Voici un petit inventaire d'idées reçues persistantes sur la Bretagne et les Bretons ainsi que quelques réponses (du moins à mon sens. Certains ne seront pas forcément d'accord avec mon analyse).

Le breton est un patois. FAUX. La langue bretonne est antérieure au français. Les premiers écrits en breton remontent à 790, contre un siècle plus tard pour le français. Un patois est une variante locale d'une langue. En ce sens, le picto-charentais est un patois du français de langue d'oïl. Mais le breton a sa propre grammaire, sa propre syntaxe, qui découle certes du même rameau que le gallois ou le cornique, mais au même titre que le français descend du latin et est une langue romane. Ça n'en fait pas pour autant un patois du latin ou de l'italien...

Les Bretons descendent de tribus barbares sanguinaires. FAUX. Mythe assez typique des envahisseurs nordiques longtemps resté vivace dans le monde méditerranéen. Les Bretons ont émigré des îles britanniques de manière organisée en plusieurs vagues. Tout d'abord à l'appel même des Romains, qui ont enrôlé des mercenaires bretons (d'où le mythe, peut-être ?) pour défendre les côtes d'Armorique, car la population autochtone était quasi inexistante et parce que les Romains n'occupaient pas en nombre suffisant cette extrémité de leur Empire. Par la suite, le mouvement de masse s'est fait sous la poussée des Angles et des Saxons qui ont chassé les Bretons des îles britanniques. Les Bretons ont émigré avec familles, enfants et chefs religieux (les fameux Saints bretons).

Il pleut toujours en Bretagne. VRAI et FAUX. Avec plus de 1000 mm de pluie par an, l'ouest de la Bretagne détient le record de France (mais à égalité avec le pays basque). Mais cela doit être relativisé : l'Est et la bande côtière sud de la Bretagne sont moyennement arrosées. Le bassin rennais est notablement en deça de la moyenne française.  Il pleut fréquemment, mais aussi parce que le temps est très changeant. Souvent, la même journée voit alterner belles éclaircies et averses.

L'alcoolisme des Bretons est un vieil atavisme, presque génétique. FAUX. La consommation d'alcool en Bretagne a explosé au XIXe siècle seulement (et pas avant), siècle noir de la Bretagne par excellence. C'est la misère sociale de cette époque qui a amené ce phénomène.

La Bretagne est une région économiquement pauvre. FAUX. C'était indéniable jusqu'aux années 70-80. La Bretagne a été la région la plus pauvre de France. Aujourd'hui, le PIB/habitant est le 10e de France (sur 22 régions). Si le revenu moyen demeure inférieur à la moyenne nationale, le revenu médian est le 6e sur 22 régions. C'est mieux que Provence Alpes Côte d'Azur. Les mythes ont la vie dure. Le chômage est le plus faible de France à égalité avec les Pays de la Loire. En revanche, c'est l'une des régions comptant le plus faible nombre de grandes fortunes. Peu de pauvres, peu de riches : la Bretagne présente le plus bas ratio d'inégalités de revenus entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres.

La Bretagne est une région déserte, battue par la lande. FAUX. La densité de population est supérieure à celle de la France (111 hab/km2 contre 110 en France, mais près de 130 hab/km2 avec la Loire-Atlantique). Cette population est en revanche concentrée sur les littoraux et la Bretagne présente peu de grandes villes. Le maillage en villes moyennes et en petites villes saute aux yeux. En revanche, le Centre-Bretagne présente en effet de grands espaces de faible peuplement, d'où peut-être cette impression persistante !

La Bretagne est une société matriarcale. VRAI et Les femmes ont toujours eu un rôle fort. La place des femmes est relativement bonne. Le taux d'activité des femmes est l'un des plus élevés de France, malgré une natalité elle aussi légèrement supérieure. Savez-vous par exemple que le Finistère est le seul département de France à avoir 50 % de députés femmes ? La Région Bretagne est l'une des seules de France à compter plus de conseillères régionales que de conseillers. Jusqu'aux derniers mouvements de chaises musicales, la Bretagne administrative comptait trois préfètes pour un seul préfet (dont la préfète de région en son temps). En revanche, un bémol demeure : le niveau des salaires des femmes est là aussi 20 % inférieur à celui des hommes.

Les sols et le littoral breton sont pollués par les nitrates. VRAI et FAUX. Le problème de la prolifération des algues dans les Côtes d'Armor ne peut être nié. Les taux de nitrate en Centre Bretagne excèdent encore régulièrement les normes européennes. Mais une récente étude révèle que la tendance est franchement à la baisse. Le problème a été pris en considération depuis déjà pas mal d'années et il s'avère qu'aujourd'hui des régions présentent des taux supérieurs à ceux de la Bretagne (Nord, Picardie, Beauce, Poitou) sans que personne ne s'en émeuve vraiment.

Les Bretons comprennent tous à peu près le breton. FAUX. Seulement 20 % des habitants de la moitié ouest le parlent (soit moins de 10 % dans l'ensemble de la région). Ce chiffre peut toutefois être multiplié par presque 2 si l'on inclut ceux qui ont une connaissance moyenne ou qui ont des notions. La tendance est toujours à la baisse malgré le développement des filières bilingues (11.000 élèves, en progression d'environ 5 % par an).

Les Bretons sont-ils chauvins. VRAI. On ne peut pas le nier, au point de saouler leur auditoire... Un récent sondage mené en Europe a révélé que le peuple se reconnaissant comme étant le plus chauvin était le peuple irlandais. Le même sondage mené en France mais par région a révélé que les Bretons arrivaient en tête.

Les Bretons sont majoritairement indépendantistes. FAUX. Selon les sondages, environ 10 % des Bretons se disent favorables à l'indépendance. En revanche, une large majorité se dit favorable à plus de pouvoirs aux régions.

Les Bretons ne sont pas hospitaliers et sont très froids. VRAI et FAUX. De prime abord, nul doute que les Bretons semblent très froids. Ils se lient difficilement d'amitié. Mais cette amitié est généralement sincère et durable.

Les mouvements bretons étaient pro-nazi pendant la 1939-45. VRAI et FAUX. Certains mouvements l'ont été, comme les Breiz Atao, comme la revue Gwalarn ou Roparz Hemon qui a sympathisé avec les Allemands pour pouvoir émettre une radio en breton. Mais des mouvements étaient aussi dans la Résistance et les Bretons ont globalement été sur-représentés dans la Résistance (1/3 des SAS français, premiers Résistants à rallier de Gaulle depuis l'île de Sein...)

L'Interceltisme est une fumisterie, il n'y a jamais eu beaucoup d'échanges avec les autres peuples celtiques. FAUX. Les échanges ont eu lieu durant toutes les époques, des grandes migrations entre le Ve et le IXe siècle à nos jours. Nombre d'Irlandais ont émigré en Bretagne au XIXe (ce qui n'est pas très vieux), lors de la grande famine. Un nom de famille comme Le Déan, très répandu, descend directement des O' Dean. Il en serait de même des patronymes Eliot ou Roussel (Russel), très répandu en Morbihan notamment. Les liens commerciaux ont été nombreux, en particulier lors de l'âge d'or des XV-XVIe siècles, où le commerce de lin, de toiles, de beurre (etc) était important. Les échanges ont également été très riches sur un plan musical avec de nombreux emprunts aux Irlandais et Ecossais, comme la musique de bagad.

Les Bretons ont une faible espérance de vie. VRAI et FAUX. C'est en effet l'une des plus faibles de France (73 ans pour les hommes, 81 pour les femmes), mais l'écart est en fait faible avec la moyenne et cette espérance demeure supérieure à celle de nos voisins britanniques ou allemands. La tendance est d'ailleurs à une réduction de cet écart, notamment en Haute-Bretagne. En revanche, il est vrai que le taux de mortalité précoce des hommes demeure élevé dû en particulier à la surconsommation d'alcool et à un taux élevé de morts précoces (suicides, accidents du travail, etc).