J'ai longtemps jubilé en regardant ce fameux Monty Python où nos amis les Brits se font narguer à tout bout de champs par ces affreux Froggies qui, summum de l'infamie british, triomphent, en plus.
C'était bien évidemment une réaction d'anglophobie primaire, motivée à l'envi par le souvenir cuisant d'une agression par un jeune hooligan en Perfide Albion (la bien nommée). Je m'en suis longuement expliqué, quelque part dans les profondeurs de mes archives.
Je ne reviendrai donc pas sur cet épisode fâcheux.
C'était en 1988. Depuis, il y a eu prescription.
Prescription, aussi, sur les sandwitches jambon-confiture (ou fromage-confiture), qui constituaient le plat principal et récurrent préparé avec sans amour par ma famille d'accueil.
Prescription, enfin, sur ma voiture de travail, emboutie en 1999 ou 2000, par un Britannique qui, visiblement fort mal assuré, avait fait des siennes pour remplir le constat et payer les dégâts. J'avais fini par le coincer dans sa chambre d'hôtel, à M., en jurant d'éviter à l'avenir les voitures affublées d'un "GB" dans un rayon de 500 mètres minimum.
Eh bien, par une étrange alchimie, force est de constater que je suis aujourd'hui vacciné, immunisé, guéri de cette anglophobite aiguë. Sans trop savoir pourquoi. J'ai beau me forcer, jurer à l'occasion devant un match de rugby, rien n'y fait. Je ne ressens plus cette aversion. J'en suis même réduit à devoir confesser un irrépressible faible pour les comédies à l'eau de rose britanniques. Je salue mes voisins anglais, qui louent à chaque vacances le gîte d'en face (Brittany ferries priez pour nous), je bavarde avec eux. J'écoute à longueur de jour du trip hop et de la pop anglaise...
Non, le pire, c'est que je crois que j'envie ce pays et ses habitants, en dépit d'une gastronomie aussi alléchante qu'une semelle de chaussures de sport après un marathon. On ne peut même plus se targuer de leur misère sociale depuis qu'ils ont adopté le Smic (qui en plus doit même dépasser le nôtre si je ne m'abuse). En réalité, même le discours habituel sur les inégalités sociales outre-manche pue la bonne conscience franchouillarde, car il est désormais acquis que nous rivalisons en la matière, le chômage en plus.
Reste leur fond de sentiment de supériorité sous-jacent (et parfois sur-jacent). Ca, c'est vrai, on ne peut pas le nier... Le voilà le pire défaut de ces prétentieux rosbifs, ha ha ! Je le tiens !
Oups, sorry...


rosbifs_frogs