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LE BISTROTIER LE PLUS dÉzINgUÉ

 

Pour votre gouverne, ce bistrotier malouin est complètement barré. Entrer dans Le café du coin d'en bas de la rue du bout de la ville d'en face du port, alias la Java, c'est comme jeter l'ancre chez les dingues. De doux dingues certes, mais des dingues quand même. Aux commandes de la Java, Jean-Jacques Samoy a mis dix ans pour poser la dernière pièce de son sidérant puzzle géant : "J'y ai mis tout ce que j'ai. C'était ça ou bien ouvrir un musée. Mais un musée, c'est figé ", résume-t-il plus laconiquement que le nom de son établissement. Pour vous la faire courte, Le café du coin d'en bas de la rue du bout de la ville d'en face du port est l'aboutissement d'une collection de poupées des quatre coins du monde, des plus ringardes aux plus précieuses, savamment orchestrée, dans un univers baroque et Belle époque, avec ses sculptures à têtes de lion, ses plaques émaillées et ses désarçonnantes escarpolettes en guise de tabourets de comptoir !

Digne descendance d'une clinique de poupées

Maniaque, perfectionniste aigre-doux, Jean-Jacques Samoy n'a pas été brocanteur pour rien. Il n'a pas fait deux tours du monde pour rien non plus. Et quand il sort sa caisse à outils de derrière le comptoir, ce n'est pas pour bricoler deux-trois breloques. Non, son truc révolutionnaire à lui, c'est couper en deux des Henri II. Pas le monarque, les chaises. Elles finissent placardées au comptoir. Les cuirs sont récupérés pour faire tapisserie et se retrouvent cloués au plafonnier. Et les poupées sont elles aussi restaurées, recyclées, revisitées.

C'est que le tonton dézingueur et son indévissable casquette ne se défait pas comme ça d'un lourd passif familial de réparateurs de poupées, depuis son arrière grand-mère : " Ma mère tenait elle-même une clinique de poupées rue Victor Hugo à Rennes jusque dans les années quatre-vingt. J'ai grandi dans cet univers. Réparateur de poupées était tout un art. On trouvait des ateliers dans toutes les grandes villes de France avec une trentaine de métiers différents : il y avait des spécialistes des articulations, des yeux, du grain de la peau... Dans ma famille, faire autre chose que travailler dans la poupée, ce n'était pas très bien vu ! " Que dire alors de la carrière de footballeur pro de papa, Charly, fut-il l'une des figures des JO de 1960 ? Une hérésie, pensez donc !

Élu plus beau café de France

Heureusement, le brocanteur a perpétué la tradition familiale en donnant toute son énergie, son sens du détail et une insatiable envie de partager. Le théâtre plutôt que le musée, vous dis-je. " Un bistrot ne vit qu'au travers de sa clientèle. C'est elle qui se l'approprie et le fait vivre. " Élu plus beau café de France en 2008, la Java n'est pas qu'une attraction, un trip de corsaire, en dépit de ses grands airs de manège et de quelques surprises (les toilettes sont une attraction à elles seules). Jean-Jacques Samoy a veillé à s'entourer d'une jeune équipe qui bichonne sa clientèle, qu'elle soit malouine, brésilienne ou japonaise. Humour de mise sans se prendre au sérieux, ni prendre la grosse tête : " Un cafetier reste un porteur de verre ! ", tempête Jean-Jacques Samoy, même s'il reconnaît une autre casquette au métier à la Java : " Ici, nous soignons également les épidémies de torticolis... "

 

i : Le café du coin d'en bas de la rue du bout de la ville d'en face du port, 3 rue Sainte-Barbe, Saint-Malo, Internet : lajavacafe.com

&: Le guide de la Bretagne insolite & relax, extrait

(: Gégé.