ex voto saint lenoard montage

 

Un bois peuplé d'ex voto menant, par une allée fantasmatique, à une croix de granite surélevée. Lieu de pèlerinage jusque dans les années 70, le site, dédié à Saint-Léonard, fait toujours l'objet d'un culte religieux comment dire... spontané. Il n'est pas reconnu par l'Eglise à proprement parler.

 

En l'occurrence, la croix - et le tombeau de Saint-Léonard - qui porte la date d'avril 1867, célèbre un enfant de Sens-de-Bretagne qui, jadis, faisait endurer à ses voisins de biens mauvais tours. Il donnait du fil à retordre aux charretiers en disposant de grosses pierres semi-enterrées dans les chemins de traverse, ce qui compliquait considérablement leur passage. Les charrettes se retrouvaient parfois totalement bloquées. Les charretiers avaient dès lors toutes les peines du monde à sortir leur attelage de ce faux pas. Caché dans les buissons, le jeune Léonard ne manquait pas d'assister au spectacle en riant à gorge déployée. 

 

Un jour qu'il se promenait dans un bois de la région, il saisit une pomme sauvage afin d'apaiser sa soif. Il la jeta derechef, la trouvant trop amère, mais cueillit une autre pomme qu'il disposa à la jonction de plusieurs branches d'un chêne et décida de la laisser y mûrir. Lorsqu'il revient la goûter quelques temps plus tard, il la trouva si délicieuse qu'il se dit que la nature pouvait bien faire les choses : "Tout s'amende dans la nature, il n'y a que moi qui ne devienne pas meilleur", se dit-il.

 

Il décida sur le champ qu'il ne ferait plus que de bonnes choses. Il décida d'aller au secours de charretiers justement victimes de ses récents méfaits. Mais l'un d'eux reconnut ce diable de Léonard, saisit un morceau de bois et le frappa mortellement à la tête. L'assassin s'empressa d'enterrer Léonard et plaça sur la fosse creusée à la hâte une grosse pierre.

 

Le temps passa, mais peu à peu se répandit le bruit que Léonard était mort en odeur de sainteté et qu'il accomplissait des miracles. Et c'est là que la légende rejoint la réalité. Certains habitants doutaient de ces dires et un cantonnier prononça même un jour devant la tombe de fortune de Léonard : " Saint-Léonard, si tu as du pouvoir, fais-le voir, fais-moi tortillard !" Le malheureux fut dès la nuit suivante pris de sévères douleurs et devint boiteux. Il fit alors ce voeu : "Si je guéris un jour de ce mal, je jure de bâtir un tombeau à Saint-Léonard !" Ses douleurs cessant un beau jour, il accomplit sa promesse. La connaissance de cette guérison et l'édification de ce tombeau en 1870 acheva de consacrer Saint-Léonard.

 

En dépit des doutes de l'église elle-même, le tombeau de Saint-Léonard devint un lieu de pèlerinage populaire, plus fréquenté que la chapelle de Saint-Pair de La Bouexière et que tous les autres endroits miraculants de la région. Tous les ans, en dépit d'une farouche opposition des prêtres du pays, se tint un pèlerinage, le vendredi saint, sur le site où repose l'infortuné. Il s'y déroula jusque dans les années 1970.

 

A noter qu'une chapelle célébrant Saint-Léonard a bel et bien existé au bois de Borne, au XVIe siècle. Elle a été entièrement détruite depuis et il n'en reste plus aucune trace aujourd'hui.