armen 2 phare atomique

Derrière ce titre un brin provocateur, Not in my Breizh-yard fait bien sûr référence à l'expression anglaise (Not in my back-yard, pas dans mon jardin) désignant le rejet chez soi de projets d'infrastructures ou industriels présentant des nuisances. S'agissant de l'atome, l'expression prend tout son sens quand on connaît l'opposition forte dans la région depuis les manifestations anti-nucléaires de Plogoff (mais aussi de Erdeven, dans le Morbihan). L'absence de centrale nucléaire aujourd'hui ne doit pas faire oublier que cet état de fait n'a pas toujours été vrai (centrale de Brennilis, dans les Monts d'Arrée) et que le territoire breton concentre l'essentiel de la force de dissuasion nucléaire à l'Ile Longue et à Brest, où sont basés quatre sous-marins lanceurs d'engins et où fait très souvent escale le porte avion Charles de Gaulle (lire Not in my Breizh-yard #1 et Not in my Breizh-yard #2).

L'activisme anti-nucléaire en Bretagne a ceci de particulier qu'il concentre généralement les critiques et ses flèches sur l'atome civil, sur EDF, et loue à l'envi la virginité bretonne en la matière. Croiser le fer contre le lobby militaire est déjà moins aisé, d'autant qu'il fait vivre des dizaines de milliers de familles dans les Arsenaux, à la DCNS. Il y a là parfois une contradiction dans le discours. 

Le propos de ce troisième et dernier article de cette petite série est en l'occurrence d'ouvrir sur l'extérieur et de montrer l'activisme dont peuvent faire preuve d'autres associations dans d'autres pays. Certes, le contexte n'est jamais transposable : le propos étant en l'occurrence d'évoquer le travail remarquable de l'ONG russo-norvégienne bellona.org, créée en 1986 au lendemain de Tchernobyl, et qui a beaucoup oeuvré sur la sécurité nucléaire dans l'Arctique. En 2001, l'association a rendu un rapport très instructif sur l'état des bases sous-marines russes dans la région, entre autres études. 

 

arctic nuclear challenge

 

Le rapport de Bellona.org a pu compter sur le soutien des autorités américaines, danoises, norvégiennes. L'étude de la radioactivité dans l'Arctique tient bien entendu à la Guerre froide avec la présence de 30 tonnes de déchets radioactifs accumulés dans les bases navales de la Baie de Andreïeva et de Gremikha, le long des côtes de la Péninsule de Kola. Sous marins et brises-glaces nucléaires y ont charrié quelque 21.000 crayons radioactifs à deux doigts des frontières de l'OTAN représentant une contamination de l'ordre de neuf Tchernobyl. L'association oeuvre de façon pragmatique en lien avec les autorités pour trouver des solutions, ne ciblant pas seulement la Russie mais également par exemple les installations nucléaires britanniques de Sellafiled qui connurent un grave accident par le passé.

 

extrait couv chapitre rapport

 

Le travail de cette ONG mérite d'être connu, en Bretagne notamment, où les associations environnementales n'ont pas toujours la tâche aisée, qu'il s'agisse du suivi du démantèlement de Brennilis, du naufrage du Bugaled Breizh et ses soupçons d'épronage par un sous-marin britannique ou américain ou encore la sécurisation des zones civiles autour de l'Ile longue en cas d'incident. Les personnes intéressées par les questions environnementales trouveront matière à réflexion en visitant le site extrêmement bien documenté de Bellona.org qui présente de nombreuses études sur la sécurité nucléaire mais aussi sur les énergies renouvelables et les innovations technologiques en anglais. 

Le nom de Bellona est une référence aux contaminations à la radioactivité dites de type Bellona. Une référence également aux phares à générateurs thermoélectriques à radio-isotope soviétiques (photo en haut à droite). Méconnus, ces phares atomiques, fonctionnaient sur le principe de la désintégration radioactive de matériaux riches en radio-isotopes comme le Strotium 90 ou le Plutonium 238. Ces phares, laissés à l'abandon après la chute du communisme, sans entretien ni surveillance, ont posé de sérieux soucis écologiques. Ils furent également l'objet de pillages par des voleurs de métaux au mépris de leur santé... Certains y laissèrent leur peau, victimes de contamination radioactive de type Bellona 1.

X.E.

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