La réunification de la Bretagne a-t-elle une chance d'aboutir ? En dépit des ouvertures offertes par la loi NOTRe, qui rend possible la tenue d'un référendum (une pétition est en cous en ce sens et recueille 66 000 signatures d'électeurs de la Loire-Atlantique à ce jour - il en faudrait 100 000) et du soutien des 4 000 élus locaux qui ont signé la charte de la réunification, c'est fort peu vraisemblable.

L'obstacle majeur ne vient plus du pouvoir central, mais de Nantes. Les sphères dirigeantes nantaises voient d'un bon oeil le statu-quo actuel : Nantes gagne sur tous les tableaux : elle jouit du rayonnement culturel et de la notoriété touristique de la Bretagne... tout en bénéficiant des retombées du pouvoir politique et économique en tant que capitale des pays de la Loire.

Bretagne Réunie, l'association qui fédère les tenants de la réunification, l'a bien compris. Elle recherche aujourd'hui des soutiens autour de Nantes et dans les départements ligériens voisins. C'est que Nantes phagocite quasi tout en Pays de la Loire. La croissance économique et démographique est aujourd'hui le fait quasi-exclusif des métropoles en France, et c'est ainsi que Nantes capte infrastructures et startups et crée, à l'instar de Paris il y a une trentaine-quarantaine d'années, un vaste sas de dépressurisation autour d'elle... De la même manière que Paris a siphonné le grand bassin parisien (les départements limitrophes à l'Ile de France ont tous vu leurs centres de recherche et développement s'exiler dans la capitale en l'espace d'une génération), une large frange du Maine et Loire et de la Vendée, pourtant active, risque fort de connaître le même sort. Le phénomène n'épargne pas non plus, du reste, la frange bretonne, à l'ouest (pays de Redon, sud de l'Ille et Vilaine).

C'est ainsi que Bretagne Réunie a rencontré en mai dernier les députés de plusieurs circonscriptions du Maine et Loire, de Loire-Atlantique et de Vendée. Leur point commun ? Toutes se situent à la périphérie de la région des Pays de la Loire et tentent de résister à l'ogre nantais : circonscription de Saint-Nazaire, d'Angers, de Saumur, du Sud-Vendée... Autant de territoires qui, sans approuver la réunification, ont prêté l'oreille aux propositions de Bretagne Réunie : "Au mois de mai dernier nous avions eu un entretien avec Mme Dubré-Chirat, député La République En Marche de la 6ème circonscription du Maine-et-Loire. L'élue avait proposé d’organiser en juillet, à l’Assemblée Nationale, une audition de Bretagne Réunie, explique l'association pour la réunification de la Bretagne dans un récent communiqué (...). Nous avons donc pu exposer notre projet de réunification devant Nicole Dubré-Chirat, Sandrine Josso, députée de la 7e circonscription de Loire-Atlantique, Patricia Gallerneau, députée de la 2ème circonscription de Vendée et Jean-Charles Taugourdeau, député de la 3ème circonscription du Maine-et-Loire. Parmi les thème abordés : la réunification, un projet partagé avec les départements voisins ; un nouveau départ pour les départements voisins ; la position dominante de la métropole nantaise à l’égard des départements voisins ; l’intérêt des sentiments d’appartenance ; les « marques » Vendée, Anjou, Bretagne ; l'équilibre entre les métropoles et les pays ruraux ; le droit d’option et la pétition."

Ces territoires, il est vrai, auraient beaucoup à gagner à intégrer des ensembles économiques, historiques et culturels régionaux plus cohérents, porteurs de sens.

Mais la position de Bretagne Réunie ne relève-t-elle pas pour autant de l'équilibrisme schizophrène ? Si l'agglomération nantaise vide son hinterland ligérien pourquoi en serait-il différemment s'agissant de l'hinterland breton ? Au nom d'un prétendu équilibre des forces avec Rennes, d'un côté, et l'Ouest breton de l'autre ? On peut comprendre les rétissences des Nantais qui peuvent voir dans cet équilibre des forces un affaiblissement du rayonnement de leur métropole, sans parler de la question du choix de la capitale de la future région. On peut comprendre aussi les rétissences des Bas Bretons, déjà rudement challengés par la dynamique rennaise.

On voit toutes les limites de l'exercice. A Bretagne Réunie de convaincre et de résoudre cette équation pour lever les réserves. Aux habitants de Loire-Atlantique, surtout, de prendre leur destin en main. Et dans le cas d'un tel référendum, de ne pas en minimiser l'enjeu, comme les Alsaciens ont pu le faire en boudant l'occasion qui leur a été offerte de fusionner les deux départements alsaciens. Leur incapacité à unir les forces entre Strasbourg et Colmar leur avait coûté leur région, diluée dans un Grand-Est vide de sens... Un scénario cauchemar pour les Bretons. Mais un tel scénario l'est-il pour les habitants de Loire-Atlantique qui peuvent être tentés par le statu-quo, voire par le concept mou de Grand-Ouest ?