Daïk, chapitre 12

 

lettre typo celtique T

u ne veux pas quoi ? Proférer des ignominies

contraires aux lois universelles ? Non, Daïk,

décidément, tu es bien naïf et inconscient

sur ce coup-là !

-Cela les conduirait droit à leur perte !

Ils chercheraient à te détruire,

ils te pousseraient dans le vide sidéral. Ces êtres sont maléfiques et

« paranoïaques » pour citer l’antique expert en sciences des défauts humains.

N’imagine pas ces hommes capables de bons sentiments envers un étranger.

Ils ont de tout temps manifesté une vile agressivité envers eux. Sinon, ils

n’auraient jamais déclenché autant de guerres. Interférer dans leur monde

est tabou. Arabat eo ! Formellement interdit ! C’est l’une des lois fondamentales

qui font très certainement que tes parents eux-mêmes se refuseraient à répondre

aux questions que tu me poses là ! NE JAMAIS ENTRER EN CONTACT

AVEC LES TERRIENS, NE JAMAIS LEUR PRÊTER ASSISTANCE ET ENCORE MOINS

ALLÉGEANCE. Ils se serviront de nous à la première occasion, chercheront

à nous dominer ou à nous détruire ! Ils chercheront à tirer avantage de notre présence,

à puiser dans nos ressources par paresse, sans plus chercher à accroître

par leurs propres techniques leur maîtrise de l’espace.

Daïk est surpris par son emportement soudain, lui qui le croyait

acquis à la cause des Terriens.

Ann Drouiz reprend de plus belle :

-Sais-tu combien de peuples extraterrestres connaissent l’existence

des Terriens ? Des dizaines, des centaines peut-être. Tous, nous savons

que cette planète existe et représente une menace, alors que je crois savoir

qu’à ce stade ces êtres barbares n’ont connaissance d’aucune espèce vivante

de notre sorte ! Cette planète est pire qu’un trou noir, c’est un trou noir qu’ils

sont les seuls à ne pas voir. D’ailleurs, je travaille actuellement sur une théorie

là-dessus : et si derrière chaque trou noir se cachait une planète peuplée

d’espèces intelligentes ultra-magnétiques. Voire de Dieux ? Elle fera l’objet d’un ouvrage,

bientôt...

-Pourtant, nous nous nourrissons de leurs légendes… C’est vous-même qui…

-Justement, je parle en connaissance de cause. Leurs légendes sont ce

qu’elles sont. C’est un puits d’enseignements sans équivalent, et c’est bien

la face glorieuse et fascinante de la médaille. Comme je te l’ai dit,

la force de leurs légendes est à la mesure de leur substrat maléfique.

Ces légendes traversent l’espace et le temps. Tant que nous saurons

nous contenter de les étudier et d’en tirer des leçons de vie pour nous-mêmes,

alors tout ira très bien. Et puis, tu ne sais pas tout au sujet de ces légendes. Et il ne vaut mieux

pas tout savoir !

-Qu’est-ce que vous voulez dire par là, druide ?

-Que ces Terriens doivent rester pour nous des légendes. Ces légendes

sont ce qu’ils ont probablement fait de mieux et elles doivent continuer à nous

enrichir comme des outils métaphysiques. Ces êtres archaïques nous rappellent

chaque jour à ce que nous ignorons : la mort, le viol, la discrimination, le pillage

des ressources internes et endogènes, le repli obscurantiste, la peur de l’étranger,

l’amnésie. Appliquer un seul de ces sept vices archaïques nous conduirait droit

au chaos.

-Donc, vous êtes d’accord avec la grande Loi, au fond.

-Oui.

-Mais que faire alors ?

-Se détourner d’eux. Refermer ce chapitre. Détourne-toi de ce bocal plus

bleu et plus beau que les autres. Tu n’aurais jamais dû tomber sur cette séquence

de leur histoire diabolique. Si c’est à cause de ce satané cache que tu as laissé

sur ton bocal, alors enlève ce révélateur de la radioactivité des planètes

immédiatement ! Enlève tous les caches, contente-toi d’observer les planètes

avec tes yeux, sans instruments pernicieux. Cela n’est pas encore la bonne façon

de procéder.

Tu es trop jeune.

Daïk baisse la tête mais il en sait déjà trop.

-Vous n’en parlerez pas à mes parents, hein ?

-Hmmpf !

-S’il vous plaîîîît ! Par tous les Dieux !

Il le supplie comme un ado.

-Ne jure pas par tous les Dieux, pitié, de grâce ! Contente-toi d’apprendre

leurs légendes, et en particulier le chant des Séries dans le bon ordre, ce sera

déjà bien comme ça. Ce n’est pas un hasard si le chant des Séries commence

par douze et se termine par la série du nombre un, qui est celle exigeant la plus grande

sagesse. Je ne suis même pas certain que tes parents soient rendus

au nombre un dans leur mast... euh maturation métaphysique.

-Très bien, alors apprenez-moi le chant des Séries !

-T’es un enfant terrible, toi, hein ?

Ann Drouiz hésite, soupèse le pour et le contre. Il n’a pas envie de tenter

Daïk, il ne veut pas non plus le laisser dans l’ignorance. Autant l’aiguiller

sur de bons rails, il sera toujours temps de l’empêcher d’aller

trop loin… (ça c’est se comporter en adulte !).

-Très bien, fait-il. Mais juste les premières Séries !

Il respire bruyamment, puis fait le silence autour de lui.

Et dit :

-Il y a douze mois et douze signes sur Terre. L'avant-dernier, le Sagittaire,

décoche sa flèche armée d'un dard. Les douze signes sont en guerre.

La belle vache, la vache noire à l'étoile blanche au front, sort de la forêt

des dépouilles. Dans la poitrine, le dard de la flèche. Son sang coule. Elle beugle,

tête levée. La trombe sonne : feu et tonnerre ; pluie et vent;

tonnerre et feu ; rien ; plus rien ; rien, ni série...

-Qu’est-ce que cela signifie ?

-Qu’au début est le chaos universel dans tout le cosmos. J’ai la conviction

que le nombre douze parle du big-bang originel et cela, bien avant que les

astronomes de cette planète n’aient compris ce principe originel. Il parle

des douze signes du zodiaque et des prêtres du Dieu Bel comme présage

de la révolution et de la fin du monde. Le big-bang originel rejoint la fin

du monde. Le chant des Séries pressent le meurtre de la vache sacrée

des Bretons, un vieux peuple terrien faisant partie des peuples dits celtiques*

dont est originaire ce chant druidique au bout de la petite et belliqueuse Europe.

C’est une contrée oubliée, pour ne pas dire niée, d’où proviennent pourtant

beaucoup de légendes sur l’ordre du cosmos. Un barde gallois, peuple celtique

lié par le sang aux Bretons, dit de cet animal fabuleux, la vache noire à l’étoile

blanche, qu’elle était « vigoureuse, vigilante, bonne, belle d’entre toutes, sans laquelle

le monde périrait ». Je peux même te dire que les Initiés de la vallée du Bélen

rapportèrent cela aussi.

-Les initiés de la vallée du Bélen ?

-Des bardes gallois, lointains descendants de l’ère médiévale qui se disaient

descendants convertis des druides, prêtres du Dieu Bel. Tout cela relève des

cultes païens druidiques de cette région de la Terre…** L’évangélisation par

de nouveaux missionnaires a joué à merveille dans ces provinces à tradition

orale en recourant à des emprunts et en mettant en exergue une forme de…

comment dire… de compatibilité entre croyances druidiques et chrétiennes.

-C’était si important que cela ?

-Si important que de transmettre de nouvelles croyances aux êtres humains ?

Oui, c’est d’ailleurs ce qui nous fascine le plus nous-mêmes. Nous puisons

dans leurs légendes des vérités que nous ne retrouvons pas dans la technique

ni dans la science. Ce sont des enseignements, des dogmes. Le problème,

c’est que les hommes s’en sont eux-mêmes servis comme outils dévolus

à la guerre. La mort, le viol, la discrimination, le pillage de ses ressources

internes et endogènes, le repli obscurantiste, la peur de l’étranger, l’amnésie.

J’en reviens à ces sept vices archaïques. L’aveuglement des hommes

recoupe parfois plusieurs de ces sept vices.

-En somme, cet enseignement est aussi important pour nous qu’il le fut pour eux, fait Daïk.

-Je ne formulerais pas les choses ainsi. Je ne hiérarchiserais ni ne quantifierais

pas l’importance de ces enseignements. C’est un travers humain, infantile, archaïque, que

de penser ainsi.

-Que dire de la série du nombre onze ?

-Ha, tu vas vite en besogne ! Mais je m’y attendais ! Le chant du nombre onze,

c’est le chant des onze bélek armés venant de Vannes avec leurs épées brisées…

et leurs robes ensanglantées ; et des béquilles de coudrier ; de trois cents

il ne reste qu'eux onze… !’, entonne-t-il. Le coudrier est le symbole celtique

de la défaite. Bélek est intraduisible. Plutôt que prêtre, il convient de lui préférer

le terme de ministre du Dieu Bel, référence au temple de Bélen. Cette référence

à une bataille demeure incertaine. D’aucuns y voit une allusion à César, empereur

romain, peuple dominant des rives du sous-continent Europe, face au continent

de l’Afrique. On sait que la flotte de César est partie d’un fleuve portant le liquide

clef de la vie sur Terre, du ciel jusqu’à l’océan, aux abords d’une cité appelée

Nantes pour venir attaquer la capitale d’un peuple celte, les Vénètes. Les onze bélek

désigneraient les débris du collège druidique. Les Romains firent égorger

leur sénat et grand nombre de leurs prêtres.

-La guerre déjà !, frémit Daïk.

-La guerre, encore et toujours, face à un ennemi qui va soumettre ce peuple

et commencer à mettre à mal la puissance des druides dont je me réclame ! Mais

j’en ai déjà trop dit pour le moment, Daïk. Médite déjà sur ces deux premières séries

et retourne à ta contemplation.

-Mais je meurs d’ennui !

-Je sais, c’est la croix des immortels.

-Je ne tiendrai jamais une éternité en orbite autour de cette gazeuse insipide et glacée !

-Es-tu en train de me dire que tu es attiré par cette tellurique bleue ?

-Non, Druide, non. J’ai retenu la leçon ! (Il ment).

-L’extradolescence n’est pas un âge facile, Bel enfant. Il est normal que tu sois

attiré par les contrées les plus reculées et subversives du cosmos, mais de grâce,

tu as de belles choses à découvrir autour de toi, oui, tout près de toi. N’y-a-t’il pas

d’autres planètes, d’autres constellations à proximité de chez toi ?

-Cette gazeuse sans intérêt est la seule de ce tr… système perdu !

-Tu as bien des amis…

-Ils habitent dans d’autres systèmes.

-Tu télépathes avec eux, non ?

-Bof… La télépathie, ça ne vaut pas l’exploration !

-Tout de même, c’est la vie.

-Ca va bien deux ou trois RT-II...

-As-tu déjà exploré des mondes ?

-Pas depuis que mes parents sont repartis en campagne !

-Mais avant cela ?

-Bof, un peu.

-Donc ça veut dire oui. As-tu vu de belles choses ?

-Mouais. J’ai visité les contreforts d’une supernova.

-Mais, c’est super ! Et quoi d’autre ?

-Je suis descendu dans une mer de glace où il y avait une grotte à l’intérieur, avec

des stalactites en carbone et en méthanol.

-C’était beau ?

-Bof !

-Allons, comment peux-tu dire ça ! Quoi d’autre ?

-J’ai joué dans la coma d’une comète.

-Quel souvenir fabuleux !!! Avec des amis ?

-Avec ma cousine.

-Fort bien ! Et tu la vois souvent, ta cousine ?

...

Daïk a envie de rompre la discussion, de s’en retourner dans sa capsule.

Toujours les mêmes conversations stériles adultes-ados qui ne résolvent rien…

Comme si le pousser dans les bras de sa cousine ou de ses amis allaient

solutionner le problème ! De toute façon, il ne les verra pas avant d’innombrables

RT-II, donc le temps ne passera pas plus vite pour autant… Autant l’avouer,

Daïk est obnubilé par la Terre. La clef du monde y réside puisqu’Ann

Drouiz vient de lui avouer d’où il tient même son sel philosophique (il s’en

doutait un peu). Sauf qu’il en sait désormais encore un peu plus et apprend même

que le druide se réclame d’une civilisation que l’on appelle les Celtes et

qui sont porteurs de ce si puissant chant fantasmatique. Donc, OUI et mille

fois OUI, Daïk compte bien explorer l’origine de ce savoir avec la ferme

intention de toucher du doigt cette exo-légende fondatrice. Où vivent les Initiés

de la vallée du Bélen ? Où se trouve la cité de Vannes, capitale des Vénètes

qui ont dû affronter les terribles Romains de César, venus des rives opposées de

l’Europe ? Que sont devenus ces onze béleks survivants ? Ne s’agit-il pas des

ultimes dépositaires de cette civilisation ? Etaient-ils eux-mêmes de simples mortels ?

Autant de questions qui surgissent parce qu’il a bien écouté le druide et auxquelles

il espère tant trouver des réponses ! Malheur à toi, druide, je crains que tu n’aies fait qu’emplir

ma curiosité...

 

Et si le druide l’a renvoyé à ses chères études, à la méditation, à la contemplation,

force est de reconnaître que Daïk n’est pas un pur intellectuel pour autant.

Il n’a même pas reçu d’enseignement druidique contrairement à d’autres

jeunes de son âge ! Alors, certes, il n’est pas un intellectuel pur sucre, mais un petit

curieux, oui ! Donc, son heure est venue de savoir puisqu’il est le seul à connaître

l’épisode des explosions atomiques et qu’il tient, soudain, un début de piste :

Il y a douze mois et douze signes ; l'avant-dernier, le Sagittaire, décoche

sa flèche armée d'un dard. Les douze signes sont en guerre.

La constellation du Sagittaire… Il en est sûr et certain ! C’est par là-bas qu’il doit

se tourner et qu’il trouvera la clef manquante à son périple sur Terre.

Daïk se dé-rushe du Druide et rompt la communication.

Kenavo.

 

 

________________________ 

*Peuples celtiques, dont l’origine étymologique demeure encore floue. Les grecs anciens la firent dériver du verbe grec kellein (accoster, aborder un bateau) ou d'ancêtres éponymes tels que Celtos, fils d’Héraclès. Des linguistes ont émis l’hypothèse d’une racine indo-européenne *kel signifiant « haut » (de cette racine dérivent les mots celsus, « élevé, élancé, haut, grand », cella (« grenier »),  culmen, « point culminant »), columna, « colonne », collis). Autre sens : « frapper » ou « cacher ». Selon une autre théorie, le mot "celte" proviendrait de l'indo-européen *keleto, « rapide » car se déplaçant à cheval, ou de kel-kol, « colon, envahisseur ». Le mot Celte est aussi à rapprocher de « sel » (en grec ancien, hals, en latin, sal) au centre de l'activité économique de la riche civilisation de Hallstatt.

**« Des missionnaires de la religion dite chrétienne transposèrent ces chants dans la « contre-partie chrétienne. L’enseignement seul fut changé. L’apôtre emprunte au Druide son système pour le combattre », évoque Théodore Hersart de la Villemarqué in Barzhaz Breizh.

 

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Daïk, chapitre 11

 

 

lettre typo celtique L

a loi de l’offre et de la demande est

symptomatique d’un manque 

de courage intellectuel. 

Il y a toujours assez de place pour tout le monde

dès lors que l'on fait de cette règle

 une priorité. La loi de la rareté-fait-le-prix*

est révélatrice d’une tendance autodestructrice 

puisque l’espèce humaine se sait prolifique

sur un espèce limité, borné.  

Ne convient-il pas d’orchestrer les moyens

de développer les conditions d’épanouissement dans un espace infini ?

L’être humain a délaissé la recherche spatiale pour finaement privilégier

 la quête de l'arme atomique se tournant résolument vers la discrimination

 par la rareté et la guerre ! Choix absurde, malveillant. Suicidaire, une fois de plus.

Et une terrible perte de temps !

 

Fin de l’armement de la capsule. Daïk manœuvre le bras articulé

de l’astronef à quatre-vingt dix degrés de la planète autour de laquelle

il stationne.

Il entre en télépathie avec le vieux druide.

Le druide daigne lui répondre, mais décide finalmement de lui transmettre un flot

non codé de savoir intrinsèque.

L’enfant lui aurait bien posé quelques questions… mais peut-être est-ce mieux ainsi.

Collecter le savoir intrinsèque lui évitera de se faire repérer par ses parents. Daïk

se souvient avoir entendu parler d'un syndrome, en télépathie, appelé le syndrôme

de la balle au bond.  Le principe ? L’intrusion d’un tiers entre

un interlocuteur émetteur et un interlocuteur récepteur peut créer ine entrée en

communication inopinéeCe phénomène est rare, en télépathie. Mais la rareté, 

dans un monde infiniment vaste, cela arrive tout le temps...

 

Quand les êtres humains auront compris cette maxime, peut-être en auront-ils

enfin terminé avec leur principe de la discrimination et leur loi de l’offre et de la demande !

Daïk ne prend pas le risque d’envoyer un rush au Druide pour se rappeler

à son bon souvenir. L’extradolescent filtre les informations brutes qui émanent

du druide qui, pendant ce temps, se laisse faire et continue de tailler ses végétaux...

Daïk rétro-projette les informations qui lui semblent les plus 

pertinentes sur son média-terminal en prévision de l’effort de concentration que

va exiger la phase de navigation jusqu’au trou noir. Daïk n’a pas encore mis au point

sa trajectoire et bute toujours sur l’itinéraire intermédiaire une fois

qu’il aura franchi son trou noir, quelque part, entre univers II et IV.

Reste cette épineuse question : pourquoi l’homme n’est-il pas parvenu

à se libérer du joug de la guerre au sortir du conflit le plus meurtrier

et pourquoi n’a-t-il pas utilisé les pouvoirs de l’atome pour commencer

à préparer son avenir extra-terrestre ? A ce stade, une certitude : les premiers tirs

nucléaires se sont produits à la fin de la pire guerre entre humains et a ouvert

à une autre course technologique morbide. Le druide Ann Drouiz y parle de

« guerre mondiale », comme s’il lui dictait l’existence de deux conflits

majeurs, puis la visio holographique s’interrompt.

Bon… OK !, lâche Daïk en se massant les tempes. Le premier tir s’est produit dans une zone

du monde éloignée de cette guerre, les tirs n°2 et n°3 ont scellé le destin

de cette guerre sur l’archipel, mais la majeure partie du conflit s’est déroulée

dans une région très découpée et dangereuse, au bout du continent le plus vaste,

où se déroula la première guerre dite mondiale. OK. Daïk s’empresse de visualiser

les pics radioactifs sensibles émis par ces explosions nucléaires et dresse

aussitôt un constat : curieusement, aucune des explosions ne s’est déroulée

sur cette partie de la Terre. Surprenant ! De plus en plus surprenant ! Cette région

de la Terre aurait-elle renoncé à la guerre ? Ou n’y aurait-il plus de survivants ?

Pourquoi cette soudaine migration de la violence et de la destruction à

la surface de cette planète aux espèces si multiples et dangereuses ?

Tant pis. Daïk doit de nouveau entrer en contact avec Ann Drouiz.

Rush au druide !

Cette fois, ça marche !!!

Daïk se sent pris d’un vertige comme lorsqu’on bascule d’un espace-temps à un autre

(il n’a pas encore fabriqué sa combinaison à l’aide de l’imprimante 3D) :

Ruuuuuussssssssssshhhhhh.

-DDDaaaaaaïïïïk… ? Ô bel ennnnnffffffaant, que me veux-tuuuu?

-Ann Drouiz ! Mes hommages, ô druide. Je ne voulais pas vous déranger,

je me suis permis de collecter quelques informations précieuses contenues

dans vos ouvrages…

-Attends, je bouge. Ca capte mieux, là ? Oui, j’ai vu ça sur mon rapport

de fréquentation ! Tu croyais sortir de mon esprit sur la pointe des pieds,

mais j’ai tout vu, hi, hi ! Tu me parles de mes ouvrages parus

aux Editions de la forêt des Dépouilles !

-Excusez-moi, pardonnez-moi, ô druide.

-Dommage que tu n’aies pas l’âge de prendre l’apéro, mais ce n’est pas

grave, on va discuter un peu ! Attends juste un instant, je suis en plein collectage...

Je reviens, ne bouge pas, hein ? La vache noire à l’étoile blanche veut sortir

de la coque, la garce ! Hoooo !

-…

-Deux petites méta-secondes, hein !

-Oui, mon druide.

Une voix sourde, au loin :

-Ohhhhhôôôôôôô…. Ne sors pas de la coque et toi, Hu-Gadarn ! ICI !

Rhââ, cette vache sacrée est impossible à garder ! Saleté !

Chtoc !

!!!

Nouveau barouf de tous les diables, puis, essoufflé :

-C’est bon, je suis prêt. Je lui ai fait sa fête. Alors,

Bel enfant, que veux-tu que je te chante ?

-Eh bien… Je…

-Allons, tu ne m’as pas dérangé pour rien, ne fais pas ton timide ! Tu penses sérieusement

un instant que je me fiche du savoir des apprenants ? On ne me dérange jamais

dans mon champ.

-Vous… cultivez un champ magnétique… ?

-Non, pas un champ magnétique, non.

-Un champ d’astéroïde alors ?

-Non plus. Un champ de labour, de culture traditionnelle, avec des plantes

hallucinantes, toutes sortes de plantes qui prolifèrent à ma guise.

Tu sais qu’elles ont des vertus insoupçonnées en d’autres mondes ?

-Comme sur la Terre ?

-Exactement, l’enfant ! Je vois que tu comprends vite. Alors comme ça,

tu as déjà entendu parler des plantes et de leurs vertus ?

-Euh... je ne suis pas très fort en proto-botanique...

-C’est bien le problème avec vous autres qui ne croyez plus à mes théories,

vous vous intéressez à ce que vous croyez utile ! Ce n’est pas parce que nous

ignorons l’intérêt des plantes qu’il ne faut pas s’y intéresser.

Les Terriens en auront bien besoin un jour…

-Vous vous intéressez beaucoup aux Terriens aussi, n’est-ce pas, druide ?

-Ah. Je vois. C’est pour ça que tu m’as intercepté.

-Oui, enfin, c’est un peu plus compliqué que ça...

-Tu étais en train de puiser des informations sur la Terre, je le sais ! Je vois qu’il y a

une légère pellicule de rushs qui est retombée sur mes manuscrits terrestres.

Je peux te dire que c’est encore plus parlant qu’un banal rapport de fréquentation.

Je peux même te dire aussi que tu as tourné des pages, sans même le savoir.

Hé, hé ! Tu es entré dans mon esprit et je t’ai transbordé dans ma bibliothèque

terrestre en te désignant les ouvrages les plus intéressants…

Hé, hé, hi, hi, hi, ho, ho, ho ! J’adore faire ça.

-C’est vraiment ce qui s’est passé, druide, vous m’avez… redirigé ? La télépathie

peut faire ça ?

-Avec un peu de maîtrise, oui ! C’est comme les rétro-liens.

Ann Drouiz émet un petit rire de satisfaction. Le druide hydromelé bombe

le torse et plisse les yeux. Ah ça, il est plutôt content de lui.

Il poursuit :

-Non seulement on peut répondre aux questions, mais on peut aussi arracher

une partie de ses pensées et les transborder dans un lieu physique ou virtuel.

Donc, pour te dire, bien sûr que c’est possible. Tu as consulté des livres

anciens venue de la planète Terre. Et je peux te dire que nous les méconnaissons,

ces chers amis terriens, même moi tu sais. Nous les « archaïsons » volontiers.

Mais je peux te dire aussi que les ploucs de l’espace ont quelques qualités

tout de même : ils sont maîtres dans l’art de s’attaquer à plus fort qu’eux.

C’est un trait de caractère chez eux. Ils n’ont pas peur de pêcher par excès

d’orgueil. C’est parfois nécessaire pour avancer ; le problème, c’est qu’ils font

la guerre tout le temps. Leur entêtement permanent, leurs convictions dépassées,

leur méconnaissance phénoménale du cosmos… Sais-tu qu’à l’heure

où  je te parle, enfin… bref, je ne devrais pas te le dire…

-Quoi donc ?

-Rien. Rien. Parle-moi plutôt de tes recherches.

-Eh bien, disons que je suis tombé par hasard sur un phénomène

très curieux, en observant la Terre depuis mon bocal…

-Tu fais ça, toi ? Oh, oh, oh !

-Oui, oui, confesse Daïk, en baissant la tête à distance.

-Tes parents ne t’ont pas interdit d’observer la Terre dans un bocal ?

De mieux en mieux !

-Ben…

-Eh bien moi je dis qu’ils te font bien confiance ! Ce n’est pas à proprement

parler de ton âge tout ça, et tu le sais, n’est-ce pas ?

-Je ne…

-Tsssst, allons l’enfant ! Je plaisaaaante. Hu, hu, hu ! Ne t’excuse pas d’être

un esprit curieux, va. Je ne suis pas ton père, après tout. Que veux-tu savoir ?

-J’ai observé la Terre aux environs de la 4,6 milliardième RT [RT pour Révolution terrestre,

une unité de standard de temps universellement adoptée dans le dos

des terriens. Il en est de même de certaines unités de mesure et du nom des constellations

en univers IV, NDLA].

-Houla, soit plus précis. Il s’est passé beaucoup de choses aux environs

de la 4,6 milliardième révolution terrestre. Tu me parles de l’âge d’or de la Terre,

vaste période ! L’âge d’or, l’âge adulte, l’âge de l’être humain. Tu me parles

de la période la plus féconde de cette planète, quand tout a basculé. Oh que oui,

beaucoup de choses se sont produites sur cette bonne vieille Terre... C’est que l’homme est

une drôle d’espèce...

-Très bien, je vais être plus précis. Je suis tombé sur la Terre à l’âge d’or atomique.

J’ai vu la surface du globe se consteller de poussées radioactives. Certaines visibles

depuis l’espace, d’autres décelées grâce au cache mesurant la radioactivité…

-Tu laisses tes caches sur tes bocaux, toi ?

-Oui, euh… toujours.

-Superposés ?

-Euh, oui, tous les caches sont superposés de sorte que je puisse ainsi non

seulement voir, mais mesurer les différentes strates d’information astrophysiques

et chimiques. J’aime bien laisser les caches. Est-ce que c’est mal ?

-Hum... Non, non, c’est assez disruptif... Je te trouve très curieux pour ton âge, c’est tout.

Tu travailles bien tes AAP, à ce que je vois.

-Oui, comme mes parents ne sont pas souvent à la maison,

j’ai beaucoup de temps pour ça.

-Tu n’as pas beaucoup d’amis ?

-Ils habitent à l’autre bout du système le plus proche, et encore... beaucoup ont

dû migrer avec leurs parents en univers III.

-Ah, l’éclatement des cellules familiales à cause du travail… Un grand classique.

Ce n’est pas un mode toujours très adapté pour les enfants tout ça… Je vois... Tu n’as pas

de druide attitré dans ton système ?

-Non.

-Tu ne reçois pas d’enseignement druidique ?

-Non plus.

-Et tu connais tes classiques métaphysiques et astronomiques... Eh bien, fils,

je te tire mon chapeau.

-C’est juste que j’ai envie d’apprendre, rougit Daïk. Il bombe un peu le torse,

quand même. J’ai soif d’en savoir plus sur cette planète, j’aime beaucoup les légendes

terriennes. Je trouve que ce sont les plus surprenantes d’entre toutes.

-Hum ! Les plus sulfureuses, aussi. Tu mets le doigt sur des savoirs maléfiques. La Terre,

c’est un monde très subversif, tu sais...

Daïk se sent soudain verdir de honte.

-Ne t’excuse pas, va. Je sais bien que c’est de ton âge !, reprend Ann Drouiz

qui part dans un éclat de rire caverneux nourri de postillons à l’hydromel. Ne zoome pas trop

quand même sur cette planète. Ils font de drôles de choses avec leurs… Bref, des choses

qu’on ne peut même plus concevoir, nous autres.

-Quel genre de choses ?

-Hummm ! Il éclate de rire. Des choses. Tu ne peux pas comprendre ! En principe,

tu ne pourras jamais comprendre. Non seulement ce n’est pas de ton âge,

mais je dirais même que ce n’est pas de ton espèce ! Mais passons, si tu

le veux bien ! Revenons plutôt à ta question. Tu as vu des explosions radioactives

à la surface de la Terre, soit. Quelles sortes d’explosions ? Sais-tu que la Terre

a été percutée par un astéroïde qui a soulevé un gigantesque nuage qui a

bouleversé le règne des espèces vivantes ?

-Non, je l’ignorais. Je n’ai rien vu de tel...

-Allons bon ! Tu as raté la première catastrophe majeure, pourtant ! Les formes

de vie intelligentes précédentes ont été balayées. Elles étaient encore plus

archaïques que les humains et étaient loin de maîtriser la cosmologie.

C’est la seule façon d’apprendre à survivre pourtant.

-Non, ces explosions étaient comment dire… le fruit de l’homme, groupées sur

quelques dizaines de RT locales successives. J’en ai compté deux mille cinquante-trois,

avec précision, sur les différents continents.

-Ah les continents... Je vais te citer un classique. Mon vieux pote Taliésin disait :

« La terre a cinq zones et se divise en trois parties : la première est l’Asie, la seconde

l’Afrique ; la troisième, l’Europe. » Bon, si Taliésin voyait juste sur le nombre de

zones, il se trompait pour le reste… Deux mille cinquante trois explosions

artificielles, tu dis ?

-C’est ça. Des explosions atomiques.

-Atomiques ? Par tous les astres !

-Une première en plein désert puis deux sur un archipel au large du continent

le plus vaste, puis d’innombrables en tous points, mais jamais là où

se tinrent les deux grandes guerres dites mondiales.

-Oui, je vois, exact. Tu as laissé de la poussière sur les livres d’Histoire des grandes

guerres terriennes. Je comprends mieux de quoi tu veux parler. Tu veux parler de

la découverte de l’atome et de son utilisation à des fins guerrières. Tu cherches

à voir ce que tu ne devrais pas voir, tu cherches à concevoir l’inconcevable.

Sais-tu que cela n’est pas la bonne manière de procéder ?

-Eh bien… non, pourquoi ?

-On n’aborde jamais le néant par le début. Le chant des Séries commence au

nombre douze et se termine par le nombre un. Pas de série pour le nombre

un... Tu t’intéresses aux aboutissements avant de comprendre le tenant. Tu t’intéresses

à ce que les druides terriens appelaient La Nécessité unique, Le Trépas, le père

de la Douleur : Heb rann, ar Red heb-ken ; Ankou, tad ann anken. Et ils ajoutaient :

Netra kent, netra ken. Rien avant, rien de plus. N’as-tu jamais entendu parler du chant

des Séries ?

-Si, un peu… C’est une très vieille légende oubliée…

-Ce n’est pas seulement une vieille légende oubliée. C’est une composante

méconnue mais essentielle de la pensée cosmologique et philosophique

de cette planète, transmise de génération en génération par voie orale.

Ah, comment t’expliquer… transmise de druides à l’enfant, vie terrestre

après vie terrestre, tu saisis ? Nous ne procédons pas ainsi, nous autres

esprits immortels. Nous ne transmettons pas le savoir comme une chaîne,

hantés par la peur de la mort, contraints de se penser immortels en recourant

à toutes sortes de mythologies, alors qu’on pressent bien que le cosmos

est un autre monde où le temps n’a pas nécessairement la même dimension.

Tu mets le doigt sur l’angoisse existentielle de ces êtres antérieurs aux grandes

découvertes méta-astronomiques. C’est la question du néant que tu me

poses là. Cette série d’explosions atomiques a trait précisément à l’apprentissage

par l’homme de nouvelles limites alors même qu’il ne maîtrise pas encore

l’espace...

-J’ai cru comprendre au cours de cette brève incursion dans vos livres

qu’il y a eu deux guerres dévastatrices et qu’elles se sont terminées

par des explosions nucléaires meurtrières, puis des centaines et des centaines

d’autres se sont succédé mais sans dommages directs sur l’homme. Et curieusement,

ces explosions ne se sont jamais produites sur la partie du monde

où se sont déroulées les principales batailles...

-Tu cherches à faire des ponts entre légendes et faits physiques, tu cherches

à confronter tes croyances à la réalité. Je vois. Tu grandis, l’enfant. Oui, tu

grandis. Hélas tu n’as pas eu la chance de bénéficier d’un enseignement druidique

complet, contrairement à d’autres. Tu as grandi avec ta curiosité et tes

questionnements débordants sans pouvoir bénéficier de la science des sages.

Tes questions sont immenses et tout azimut. Tu poses le problème en partant,

comme je te l’ai dit, du mauvais bout de la chaîne. Peux-tu simplement

comprendre ce qu’est une chaîne ? Un début, une fin, un ordre de compréhension

des choses. Pour comprendre le monde des humains, il faut cesser de penser dans l’absolu

comme un être immortel. Tu dois sans cesse garder à l’esprit que tout est à durée

déterminée dans ce monde. Tout !

-Je comprends...

-Je ne sais pas si tu comprends, il ne faut jamais proférer de telles

certitudes à tort et à travers. Que cherches-tu à comprendre à travers

ces explosions : qu’elles ont été causées par l’homme lui-même ? Cela, si

je m’abuse, tu l’as déjà compris. Oui, la première a eu lieu dans un désert

sur un continent de la taille d’une île gigantesque qui va d’un pôle à un autre.

Cette bande de terre s’appelle le continent américain. C’est sur ce continent

qu’eut lieu la première explosion atomique créée par l’homme. Et cela a été

fait pour s’entraîner, comme une répétition, dans le but prémédité de tuer

d’autres hommes au cours des deux tirs suivants sur l’archipel que l’on appelle

le Japon. Or, le peuple habitant cet archipel combattait contre le peuple situé

sur le continent américain, le premier était allié au peuple à l’origine de la guerre

la plus monstrueuse que la Terre ait jamais portée et se trouvait en Europe,

dans cette petite région du monde étroite, très découpée, où des civilisations

multiples ont prospéré, l’un des trois berceaux des légendes les plus innombrables

qui courent encore aujourd’hui jusque dans le cosmos. Les premiers créateurs

de l’arme atomique ont puni le peuple de l’archipel pour mettre un terme

à leur guerre et à leur soutien au peuple d’Europe soumis au pire monstre

de tous les temps. Ce peuple américain soutenait une bonne partie des peuples

agressés d’Europe, notamment ceux d’où sont partis ses premiers colons

(mais pas seulement). Or, cette nouvelle arme s’est avérée dévastatrice,

plus puissante que les vaisseaux archaïques utilisés jusqu’alors. Elle s’est

imposée au monde et d’autres peuples ont voulu la posséder pour s’en

servir de bouclier ou d’arme absolue et éviter ainsi qu’une telle guerre monstrueuse

ne se reproduise un jour. Puis, pendant des dizaines de dizaines de révolutions

terrestres, tous ces peuples armés de l’atome se sont comment dire... entraînés !

Ils ont tiré à blanc, sans cible militaire désignée, mais dans l’intention d’améliorer

leurs techniques et de montrer aux autres qu’ils sont les plus forts. Seulement,

ils ont mésestimés les effets de leurs milliers de tirs sur une aussi courte

période et cela a déstabilisé l’équilibre de la planète sans qu’ils ne s’en rendent

compte. C’est comme si, pour s’entraîner à la guerre, ils s’étaient

tiré des milliers de balles dans le pied !

-Vous voulez dire que les humains n’ont pas cherché à combattre, à détruire

le territoire de leurs ennemis, mais qu’ils ont détruit leur planète au bout

du compte ?

-Les humains font les choses à l’envers. Ils créent pour détruire avant d’utiliser

le fruit de leurs créations à des fins bénéfiques. De la même manière, ils

ont préféré utiliser leurs découvertes atomiques pour la guerre ou pour créer

de l’énergie radioactive générant des déchets résiduels ultra-toxiques. Et

seulement ensuite ils ont utilisé les propriétés du plutonium pour mouvoir

leurs vaisseaux spatiaux. Hélas, après avoir enfin décidé de voyager dans

l’espace et de découvrir d’autres planètes dans une logique long-termiste,

ils ont sévèrement réduit leurs investissements spatiaux, focalisant sur la

nécessité de produire toujours plus d’énergie à court terme. Ils sont devenus plus

schizophrènes que jamais, comme aurait dit un illustre expert dans la

science des défauts humains, un certain S. Freud.

 

 

-Un expert dans la science des défauts humains ?!

Daïk rit. L’extradolescent se dit qu’il est tout de même bien inconscient

d’aller flirter avec cette planète peuplée d’êtres aussi dangereux et maléfiques...

Il poursuit néanmoins, au comble de la curiosité :

-Mais comment se fait-il que tant de légendes proviennent de cette planète ?

Est-ce précisément parce qu’ils n’ont jamais fait les choses comme

tout le monde, qu’ils ont expérimenté le mal plus que n’importe qui ?

-En somme, ta question est la suivante : est-ce que la multiplicité des légendes

tiendrait à l’importance du fond historique maléfique. Auraient-elles prospéré

sur le substrat du mal. Eh bien oui, je pense qu’il y a un peu de ça. D’ailleurs,

cette science est devenue très puissante dans les révolutions qui ont suivi

cette période de guerres terrestres et atomiques. Mais cela tient avant tout

au fait que la discrimination par la rareté est devenue insoutenable.

Je crois que tu t’es aventuré de ce côté-là déjà. Tu fais des ponts, l’enfant,

et c’est une bonne chose. Mais le rapport des êtres mortels à la rareté

de leurs ressources est une composante essentielle, pour ne pas dire

déterminante, de tous leurs problèmes. Ils ont transmis de générations en

générations cette doctrine pernicieuse. Ils fondent toute leur organisation

sur ce précepte suicidaire, au lieu d’élargir leur horizon en colonisant d’autres

planètes du système solaire, ce qui s’avérera de toute façon inévitable s’ils

ne veulent pas disparaître un jour. Tant d’autres espèces vivantes ont compris

depuis longtemps cette nécessité de coloniser l’espace pour survivre aux astres

qui ne sont pas éternels. Tant d’espèces ont compris cela depuis la nuit des

temps et sont à ce titre bien plus évoluées ! La génétique et la maîtrise

de l’espace sont les deux sciences fondatrices de l’immortalité dans

la forme que nous connaissons tous ici. Seul le vide sidéral demeure une

menace pour nous, comme tu le sais. Et bien il faut imaginer cette espèce

de vie dotée d’une planète magnifique, merveilleusement belle et féconde -

parce que la Terre est l’un des plus beaux oasis qui soit - mais incapable pour

autant d’envisager sa pérennité autrement qu’en puisant ses dernières

ressources et en s’entre-tuant. C’est très regrettable.

-Ce sont des barbares !

-Des barbares infernaux qui vivraient dans un paradis pour reprendre

ces termes issues de vieilles légendes venues jusqu’à nous...

-Mais peux-ton les aider ? Ne convient-il pas de leur apprendre nos techniques

génétiques et astronomiques pour les sortir de leur « enfer » ?

Soudain, le druide adresse un puissant rush à l’enfant. La communication

menace de se rompre.

Daïk rappelle le druide, le supplie :

-Ô druide, druide, répondez-moi, ne m’abandonnez

pas à ce questionnement !

 

* PS : oui, je sais. J'expérimente la presse économique capitaliste.

Pour mieux comprendre de l'intérieur.

 

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Daïk, chapitre 10 / Ran niver nao

NAO – 9 –

   

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre neuf.

LE DRUIDE.

— Neuf petites mains blanches sur la table de l'aire, près de la tour de Lezarmeur,

et neuf mères qui gémissent beaucoup.
Neuf Korrigans qui dansent avec des fleurs dans les cheveux et des robes de laine blanche,

autour de la fontaine, à la clarté de la pleine lune.
La laie et ses neuf marcassins, à la porte de leur bauge, grognant et fouissant, fouissant et grognant;

Petit ! Petit ! Petit ! Accourrez au pommier ! Le vieux sanglier va vous faire la leçon.

 

 

 

lettre typo celtique F

ONDAMENTALEMENT, POURQUOI UNE ESPÈCE

VIVANTE se sachant mortelle sème la mort

autour d’elle ? 

L'instinct de survie ? 

Allons, même lorsque cette espèce

se sait plus menacée, elle trouve encore le moyen de semer la mort... 

La jalousie ?

Fais chier, je vais mourir. Tiens, meurs avant moi !

Bof...

La curiosité mal placée ? 

Tiens, au fait, ça fait quoi de voir l’autre mourir… ?

Instinct de mort, éros, tétanos, et autres théories dans le genre. Tout en

armant sa capsule de secours, Daïk se remémore de lointains principes

terriens du même ordre. Telle cette légende venue d’un monde ancien ayant survécu

et colonisé une bonne fraction de l’espace : un récit raconte qu’un terrien aurait mis

des mots sur le mal par excellence. L’être humain serait animé

de deux flux contradictoires liés à sa propre constitution. Il serait programmé

pour donner la vie… et pour la reprendre !

Et pourquoi ça ? Des milliers d’individus ont étudié la question, Daïk rechigne à l’idée

de s’y coller à son tour avec son œil d’extradolescent.

Déjà qu’il a du mal à comprendre l’univers adulte

et binaire de ses semblables, alors celui de ces tortueux esprits

pseudo-intelligents qui, au balbutiement de la maîtrise de l’atome et

de la biotechnologie, se sont sentis obligés de jouer au suicide collectif… !

Non, n’attendez pas qu’il perce le secret de cette alchimie nauséabonde.

Daïk croit aussi se souvenir d’une légende rapportée par un collecteur

émérite racontant que les êtres humains seraient doués de pouvoirs

que d’autres espèces vivantes sur cette même planète n’auraient pas

et que cela les distinguerait de ce qu’ils appelleraient « les animaux »

de la même manière qu’un extraterrestre se croit supérieur

à un extraterrestre d’un autre univers...

A sa connaissance, cette règle est une particularité propre à cette planète

et tiendrait au fait qu’elle est comme un vaisseau peuplé d’une myriade

d’espèces vivantes. C’est loin d’être le cas partout où la vie a prospéré

dans l’espace, même dans l’univers IV, et cela pourrait expliquer ce sentiment

de supériorité malveillant.

Pour survivre, très tôt, l’être humain aurait dû éliminer les autres espèces

et cette pratique, au fond constitutive de son être, comme inoculée par

un esprit démiurge supérieur, aurait aiguisé une sorte d’instinct morbide.

Désormais maître de son monde, il retournerait volontiers cette tendance mortifère

immuno-acquise contre son prochain. L’enfoiré. Cela serait même une des grandes

contradictions de son règne : plus il dominerait et plus l’homme tuerait l’autre

d’une manière de plus en plus sophistiquée.

 

Daïk se connecte à l’œuvre de ce collecteur, historien, archéologue,

fin terriennologue surnommé Ann Drouiz. Le druide. Ermite aux théories fumeuses

qui collectionne toutes sortes de vieilleries sur la planète Terre. Son œuvre subversive

peut être consultée dans un bocal multidimensionnel pour adulte (on est

en exocratie tout de même !). Daïk télécharge l’artéfact de ce dernier sur

le média-terminal de la capsule de secours. Il ne veut pas aller trop vite en besogne,

mais puise de précieuses informations pendant que son imprimante 3D produit

les barres de plutonium qui serviront au décollage... Il se pourrait bien que

les premières clefs de compréhension de cette multiplicité d’explosions artificielles

se trouvent dans les travaux du terriennologue sulfureux et bizarodorant

Ann Drouiz. Qui sentirait l’H2O-mel !

 

Une petite recherche par mot clef dans ses bocaux l’envoie illico sur un tube

traitant de la question dans l’ouvrage L’univers II et l’univers IV ne font qu’un.

Un hologramme surgit dans son esprit :

 

 

-L’être humain se penserait dans l’obligation de tester ce pouvoir

sur ses semblables, dit Ann Drouiz apparaissant sous les traits d’un vieux jardinier

en tenue de circonstance. Il en serait ainsi des manipulations biologiques

puis génétiques en tous genres qu’il s’empresse de tester sur les plantes,

sur les animaux, mais aussi sur lui-même. Depuis qu’il a pris conscience

des menaces climatiques et astrophysiques qui pèsent sur lui, menaces

liées directement à sa propre suractivité, il s’est mis en tête d’éradiquer

les ultimes ressources de sa propre planète au lieu de les préserver !

Quelle bande de blaireaux ! C’est insensé, n’est-ce pas ? A l’origine de leur

attitude suicidaire, un précepte vieux comme une légende terrienne : plus

une ressource est rare, plus elle est chère. Et plus il convient de la piller

pour en tirer profit.

Daïk avait déjà entendu parler de ce bocal. Il se piquerait bien de pousser

le bouchon plus loin pour voir comment tout cela va mal se terminer. Pour

comprendre par lui-même, il doit s’appesantir, selon un terme éducatif très en vue,

sur cet instant T où l’homme a déclenché ces tirs nucléaires tout azimut.

L’instinct suicidaire de cette espèce vivante lui laisse présager la fin de l’histoire.

Il est fort vraisemblable qu’ils aient fini par épuiser les ressources de

leur vieille planète comme pour mieux se placer au bord du précipice...

Et au pied du mur, il est tout aussi vraisemblable qu’ils aient décidé de

sauter le pas en partant coloniser le système solaire sans se départir

de leurs sales habitudes.

Fort des récits qui ont cours à travers l’univers II, Daïk

imagine les habitants de cette planète bénite et maudite inventant

un système de discrimination retors pour que seule une petite minorité

dominante et dominatrice ait accès à la colonisation spatiale, genre sale

petit prétexte fallacieux permettant de justifier quelque ignominie bien

de leur cru. Au pire, ils recourront au massacre collectif, à l’abandon des plus

« pauvres* » sur place :

« Non, il n’y a pas de place pour tout le monde ! La place est rare, donc chère,

donc allez vous faire voir ! »

 

__________________________

*Personnes les plus écartées de l’accès aux technologies collectées

par l’humanité répondant en cela au dogme dominant appelée loi de

l’offre et de la demande organisant la rareté des biens et/ou de leur accès.

Les pauvres sont considérés par les dominants du système comme des esprits

intellectuellement faibles ou défaillants, donc comme inférieurs, et plus susceptibles

d’être éliminés en cas de guerre. Guerre : « période organisée »

destinée à réduire la population humaine dite inférieure sous couvert d’un prétexte

convenu entre groupes dominants.

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Daïk, chapitre 9

 

lettre typo celtique C

’EST BIENTÔT LA CONSTELLATION DU BÉLIER !

YEEEEEH !

C'est toujours une époque flamboyante

où Joss frise l’hyperactivité. D'ailleurs, le printemps

va coïncider avec le démarrage de son nouveau

trip et lui fournir matière à exulter. Le permis enfin

obtenu, tout est calé et revient à une histoire d'autorisation d'occupation

de la voirie (une formalité) et hop, au turbin ! Après la phase démolition,

place à la phase dite préparation de chantier consistant à passer les premiers

réseaux avant que les maçons ne viennent placer les treillis soudés sur lesquels

sera connectée la prise de terre... Le but : aménager une dépendance à deux pas

de son voisin anglais.

Plan en main, Joss a déjà disposé toutes les évacuations PVC en diamètre 100

qui seront connectées au tout à l'égout en passant sous le seuil de la porte d'entrée ;

il en a profité pour passer un tube de polyéthylène noir de vingt-cinq millimètres

de diamètre en eau potable : le tuyau d’alimentation générale courra du

compteur d'eau au futur chauffe-eau (pour l’instant, du basique). Bien entendu,

il en a été de même pour les PER bleus et rouges qui remplacent assez avantageusement

le cuivre. Plus silencieux et bien plus simples à mettre en œuvre, ils alimenteront

la cuisine en eau froide et en eau chaude depuis le ballon d’eau éponyme.

Restera juste à prévoir la gaine d'alimentation électrique et les deux gaines

télécom verte, tandis qu’en amont, les autres canalisations (électriques en

particulier) passeront derrière les cloisons. Tout à son affaire, Joss en a aussi

profité pour disposer plusieurs gaines électriques pré-filées en 1,5 mm²

et 2,5 mm² sous les dalles (et le 6² pour la cuisine, eh !)...

Voilà le planning pour l'essentiel de cette deuxième journée de travaux !

A ce stade, la dépendance a été transformée en coquille vide. Impressionnant

à voir, surtout depuis que les vieux planchers pourris et rongés par

les petites bébêtes sont devenus du bois de chauffage… Il ne reste

plus que les poutres sous un déplafonné de cathédrale. Quant au couvreur,

un barbu ventripotent que l’on peine à imaginer jouer au funambule sur

une toiture, il a effectué une révision des ardoises et posé deux fenêtres de toit

déjà. A terme, l’aile accueillera un salon modulable en chambre sous

un déplafonné de quatre mètres de haut. Voilà. Joss est très,

très emballé ! La maison, qui fera quatre-vingt mètres carrés habitables,

disposera d'un petit jardin de curé clôturé par des murs en pierre sèche

avec une jolie vue sur la chapelle. Prochaine étape : le passage des alimentations

électricité et télécom, ainsi que le coulage des dalles, prévue début avril,

en attendant le sableur qui doit venir décaper les façades et les murs en pierre apparente.

Joss attend cette étape avec impatience. Elle devrait promettre de belles photos

avant/après...

 

Satisfait, Joss contemple sa prometteuse coquille vide, avant de faire

un petit crochet par le jardin potager qui va gentiment reprendre vie après

ce long hiver asthmatique, puis il file admirer l’œuvre de son fils occupé à ériger

des citadelles imprenables dans son bac à sable géant, de la taille d’un parc à huîtres.

Limite est-il visible depuis l’espace…

 *

Lorsque Joss observe son fils Nathan, il songe à sa propre enfance

qui lui paraît si proche, alors qu’il imagine un gouffre entre celle de ses

parents et la sienne. Il a longtemps pensé que chaque génération avait

ses propres référents, mais que pour autant il avait bien eu rupture entre l’avant

et l’après 1968.

Mai 68 n’a pas seulement été une révolution culturelle et sexuelle,

le virage a bouleversé les rapports à l’éducation des enfants et le rapport

à l’argent. Point peu exploré par les études sociologiques et psychanalytiques,

et c’est un paradoxe, ce rapport libéral à l’enfant a été concomitant à la montée

en puissance de jeux fabriqués et standardisés, produits en grande série,

phénomène précédent en cela le mouvement de libération des mœurs

de quelques années : les Barbies de Matel, par exemple, ont prospéré

dès le début des années 1960. Ont suivi les Duplo en 1969, les meubles et maisons

de poupée Légo en 1971 et les Playmobils en 1974, tandis que les premiers

personnages Légo apparaissent la même année. Le match Playmobil-Légo

pouvait commencer. Avec les Légo techniques créés en 1977, le jouet de masse,

industriel, révolutionne les jeux pour gosses. Il standardise par essence la structuration

des jeunes cerveaux tout en individualisant l’enfant dans son temps de loisirs.

Cette révolution allège le temps que les parents consacrent à leurs enfants

« plus autonomes entre quatre murs »... Leur esprit formaté s’aventure désormais

plus volontiers dans des mondes virtuels plus sûrs et rassurants pour eux

comme pour les parents, lesquels n’ont plus à redouter les terribles

retours de guerres des boutons et autres expéditions punitives

entre bandes rivales près de la rivière… Que voulez-vous, les enfants s’adaptent.

Certains parents leur reprocheront d’ailleurs cette même docilité

quelques décennies plus tard lorsque ces premiers montreront

toujours à l’âge adulte des penchants, jugés inconséquents et irresponsables,

pour les mondes dits virtuels. N’était-ce pas inévitable ? Ne fallait-il pas

se poser la question avant ? Les enfants des années 70 et plus n’ont-ils pas

surdéveloppé leur rapport aux histoires virtuelles et auto-inventées, au bénéfice

des parents ainsi libérés de temps et d’angoisses stériles ? Bien malin qui

peut ordonner de faire marche arrière ! Et plus Jos observe son fils, et plus

il convient qu’il laisse se reproduire gentiment un schéma éducatif ne facilitant

pas l’intégration sociale dans la société de demain,

ce dont il a lui-même un peu souffert, tout de même…

 

C’est toute la schizophrénie parentale qui est à l’œuvre, tel un étau entre

le désir de bien-être individuel et le désir d’épanouissement dans la société.

Ce dernier ne doit pas être du ressors exclusif de la sphère éducative. Mais force

est de reconnaître que nous entretenons tous plus ou moins cette dichotomie :

la famille est éclatée aux quatre coins de l’hexagone, nos enfants ne voient pas

souvent leurs cousins et leurs cousines. Nous sommes arrivés depuis peu dans

une région où nous connaissons peu de familles semblables avec des enfants

du même âge que les nôtres. Ils manifestent un vif intérêt pour des jeux solitaires.

Esprits autonomes, certes, mais socialement un peu plus isolés chaque jour.

Cette passion pour les figurines en tous genres est-elle porteuse de déconnections

futures ou bien cela n’est-il pas inévitable et intellectuellement stimulant ?

Plus il observe son fils aîné et moins il sait ce qu’il convient de faire. Il lui semble

si heureux dans son monde d’auto-construction, de détournement ou

d’appropriation de jeux standardisés comme il a pu l’être lui-même. Or, ce monde

lui sauve aujourd’hui la face, parce que sans cette capacité à bâtir son univers

de vie et de travail, il serait contraint de se plier de mauvaise grâce aux diktats

du post-taylorisme. Il serait encore imprégné de cette croyance qu’il n’y a

qu’une seule place pour chacun, que nous sommes voués à devenir un

rouage, au mieux un engrenage dans cette machine protéiforme et fantastique

que l’on appelle le monde du travail comme si le travail qui ne faisait pas partie

de ce monde là n’en était pas !

Tout ça rejoint ses grandes marottes. Cette connivence entre le législateur

et le système bancaire, entre le pouvoir politique et le pouvoir financier qui ressemble à un

monstre à deux têtes, mais ce monstre nous terrasse d’un même feu et n’a qu’un seul corps

pour nous écraser.

Alors, comment faire face ? Faut-il apprendre à nos enfants à ériger

des boucliers ou faut-il leur apprendre à grimper sur le dos de la bête ?

 

Et grimper sur la bête, n’est-ce pas déjà leur inculquer l’idée

qu’il n’y a pas d’autre solution que de combattre ?

Pas de troisième voie possible ?

Et si elle était sous nos yeux. Et si c’était celle qu’ils suivaient en laissant

leurs enfants bâtir leurs univers comme ils ont pu eux-mêmes le faire...

 

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Daïk, chapitre 8

 

 

 

lettre typo celtique D

AÏK EXAMINE LES TRAJECTOIRES

des astéroïdes L'une d'elles s’est écrasée

sur la Terre au milieu de la partie continentale

la plus massive du globe ! Seigneur, quelle merde,

la collision a libéré l’équivalent de mille explosions

atomiques artificielles et dévasté des forêts sur plus

de mille kilomètres carrés ! Cet événement s’est produit quelques RT

avant la passion humaine pour les armes atomiques [Evénement de la Toungouvska,

du nom d’un fleuve de Sibérie. Cette collision s’est produite le 30 juin 1908

vers 7 h 13 dans cette partie de l’Empire russe.

L’hypothèse la plus plausible à priori confirmée est

celle d’un impact par un objet céleste type astéroïde. L’onde de choc a été

équivalente à plusieurs centaines voire à un millier de fois celle générée

par la bombe Hiroshima. Elle détruisit soixante millions d’arbres sur

une centaine de kilomètres à la ronde et fut entendue à huit cent kilomètres,

la distance Paris-Marseille].

Depuis que ces humains existent, ce serait

la plus importante explosion nucléaire causée par une collision. 

Donc, en l’espace de quelques dizaines de révolutions terrestres,

c’est l’équivalent de non pas deux milles, mais trois milles bombes nucléaires

qui ont secoué la planète toute entière...

 

Daïk sonde le temps et l’espace immédiats de la Terre

à la recherche d’un autre astéroïde parmi les centaines ou milliers

susceptibles de couvrir cette période trouble de l’histoire humaine.

Nombre s’avèrent trop petits, ou trop lointains.

Daïk note quelques spécimens trop tardifs, puis enfin ceux-là, beaucoup

plus intéressants :

 

18 janvier 1991 : un astéroïde passe à 165.000 km de la terre au point

le plus proche soit 0,43 distance terre-lune ; dimension de l’astéroïde :

entre cinq et douze mètres de long. Essai nucléaire artificiel le plus près

de la date d’approche : mars 1991 dans l’Ouest américain.

 

15 mars 1994 : astéroïde à 165.000 km soit 0,43 distance terre-lune ;

cinq à douze mètres de diamètre. Essai nucléaire le plus près

de la date : juin 1994 dans l’Ouest de la Chine.

 

9 décembre 1994 : astéroïde à 112.000 km, soit 0,27 distance terre-lune ;

dix à quinze mètres de diamètre. Essai le plus près de la date :

juin 1995 dans l’Ouest de la Chine.

 

20 mai 1993 : astéroïde à 150.000 km soit 0,39 distance terre-lune ;

quatre à neuf mètres de diamètre. Essai nucléaire le plus près de la date :

octobre 1993 dans l’Ouest de la Chine.

 

27 mars 1995 : astéroïde à 434.000 km soit 0,88 distance terre-lune ;

une belle bête de trente mètres de diamètre. Essai le plus près de la date :

mai 1995 dans l’Ouest de la Chine, encore..

 

Un beau tir groupé d’astéroïdes et deux préférences sautent aux yeux de Daïk :

l’approche du 18 janvier 1991, précédent de deux mois un tir atomique par l’homme

et celui du 15 mars 1994. Les deux astéroïdes sont de dimensions comparables.

De quoi largement héberger sa petite capsule de secours.

La distance, une demi Terre-Lune, ne sera qu’une simple formalité.

Objectif de la mission terrestre « Daïk » : comprendre ce qu’est la mort

et l’autodestruction.

Postulat « Daïk » : les êtres humains tentent de reproduire ce qui se passe

au cœur de leur étoile anticipant d’une bien curieuse manière ce qui va se produire

de toute façon d’ici quelques milliards de révolutions terrestres !

Question alternative soulevée par ce postulat :

y-a-t-il une intention cachée derrière ce projet funeste ?

Las de sa vie par procuration, l’extradolescent va enfin découvrir le vrai monde en prenant

au pied de la lettre les grandes leçons dont on le serine à longueur de révolutions terrestres :

 

« Observe les univers et tire-en des enseignements pour plus tard, quand tu seras grand. »

 

#1 : inspection de la capsule de secours. Vérifier que tout est en place.

Sautillant comme une puce, Daïk passe en revue tous les instruments de bord.

Il sait qu’il est mûr ! Mûr comme une étoile à l’âge adulte ! Roulement de tambours !

Gonflé à l’hélium, l’extradolescent entre en télépathie avec le serveur orbital

et méta-charge toutes les courses astrophysiques possibles et imaginables.

#2 : Deuxième point important : vérifier qu’il y a bien une imprimante

3D à bord pour confectionner sur place tous les outils nécessaires, ce qui allégera

la charge à bord pendant la route ! Daïk pense surtout à sa combinaison et aux ressources

énergétiques et caloriques nécessaires à sa petite aventure...

#3 : important bis : bien aborder le passage dimensionnel de l’univers II

vers l’univers IV via le trou noir super-massif.

Si Daïk est biodégradable dans l’espace, il peut en être de même de sa capsule.

Nombre de navigateurs sont partis et ne sont jamais revenus… Les anciens ont rapporté

d’innombrables récits de naufrageurs évoquant « d’intrépides fous des mers

et de l’espace qui outrepassaient les règles astronomiques et jouaient

avec les limites de l’univers. Ils jouaient avec l’horizon des événements, quitte

à se laisser piéger par le champ gravitationnel de trous noirs géants plus massifs

que des milliards d’étoiles », pour citer un ouvrage écrit par un spécialiste de la question,

appelé Ann Drouiz ou quelque chose dans le genre.

A ce propos, ce passage lui traverse l’esprit :

 

« Comme une araignée au cœur de sa toile, être

chimérique de la légendaire planète

Terre, les trous noirs guettent leurs proies. Leur satiété ne repose-t-elle pas

sur l’efficacité du système qu’ils ont eux-mêmes généré ? »

 

Ann Drouiz

 

En clair, les trous noirs se nourrissent de leur propre zone d’influence

gravitationnelle, c’est aussi simple que ça ! Ce qu’ils en font, en revanche…

c'est une autre histoire (*)... De tous temps, les naufrageurs et leurs descendants ont relaté

des récits de vaisseaux happés par un trou noir, jetant toutes leurs forces dans

la bataille mais finissant pas se faire désintégrer. D’émérites navigateurs racontent

qu’il ne faut jamais craindre la désintégration, c’est quelque chose d’inconcevable

pour un esprit censé immortel. Il conviendrait juste de fermer les yeux et se laisser aller,

oui, de lâcher prise ! Telle serait encore la meilleure façon de survivre.

Avec constance, les navigateurs affirment que chaque trou noir super-massif

permet de basculer d’un univers à l’autre et qu’une telle expérience s’approcherait

de ce que ressentiraient les humains eux-mêmes lorsqu’ils meurent.

Des cartographes ont ainsi établi que tel trou noir conduit de l’univers I à l’univers II,

tel autre du II au I, etc. Daïk, dans son cas, doit passer de l’univers II à l’univers IV

et prévoir de facto son itinéraire retour par un autre trou noir (ils sont tous à sens unique).

 

Est-ce une folie ? S’il en croit sa cousine Sannah, la réponse est :

-Non, n’y va pas !

Daïk ne connaît personne dans son entourage qui ait vécu

à un tel transfert de charge ; Sannah, je t’jure ! Elle serait bien capable de raconter

des salades rien que pour se faire mousser et quand bien même traverser un trou noir

serait indolore, reprendre de la vitesse ne sera pas une mince affaire. Aucun corps céleste

ne l’emmènera du trou noir II>IV jusqu’aux champs d’astéroïdes qui gravitent dans la ceinture

située entre la  quatrième et la cinquième planète (**) où il y aurait moyen de se poser

sur un astéroïde ou une comète en route vers la Terre.

Or, cette région du système solaire est riche en amas du même acabit.

Idéal pour faire des sauts de puce tel un autostoppeur bondissant

de planètes en comètes…

 

____________________________________

(*) Cela faillit arriver à l’une d’elle, détectée par les télescopes d’ASAS-SN

de Hawaï le 25 janvier 2014 sous la forme d’un gigantesque flash

dans la constellation de la Grande-Ourse. D’autres télescopes ont pris l

e relais de ce signalement et ont permis d’écarter la piste d’une supernova.

Après reconstitution de la scène à partir des indices recueillis à 650 millions

d’années-lumière de nous, les scientifiques ont mis en évidence la capture

d’une étoile par un trou noir… Cette étoile s’est tirée d’affaire de justesse : elle s’est

faite happée par le trou noir qui lui a arraché une partie de ses « vêtements »

au passage : l’équivalent d’un millième de la masse du soleil.

Quant au flash observé, il correspond  à l’échauffement provoqué par

la matière ainsi happée et passée au travers de « l’horizon des événements ». Autrement

dit, les forces d’attraction du trou noir l’ont emporté sur la cohésion de l’étoile sans l’engloutir

en totalité.

 

(**) Pour les planétologues, les astéroïdes sont des corps qui n’ont pas

pu s’agglomérer pour former une planète à cause de l’influence

de Jupiter. En cause : le phénomène de résonance,  qui serait à priori responsable

de l’absence d’une cinquième planète tellurique entre Mars et Jupiter. Les planètes

se sont formées il y a 4,6 milliards d’années par l’agglomération de poussières en petits corps

appelés planétésimaux qui se sont eux-mêmes regroupés pour former des corps massifs.

L’attraction gravitationnelle de la planète géante agit avec la même force

et surtout dans la même direction que le soleil. La répétition et l’accumulation

d’effets identiques finit par avoir une influence déterminante sur l’objet :

un changement de trajectoire et de période de révolution. C’est ce phénomène,

appelé la résonance, qui explique les trous dans la distribution actuelle

des orbites d’astéroïdes.

 

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Daïk, chapitre 7 / Ran niver dek

 

DEK – 10 –

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre dix.

 

LE DRUIDE.

— Dix vaisseaux ennemis

Qu'on a vus venant de Nantes :

Malheur à vous ; malheur à vous, hommes de Vannes !

 

lettre typo celtique DAIK N’A PLUS QU’UNE OBSESSION :

partir à la rencontre de ce peuple mystérieux

qui joue à s’autodétr… Grrrrrrrrrrrr !

Ce terme ne doit pas faire partie

de ton vocable… Ce terme ne doit pas

faire partie de ton vocable….. 

Le tout ne doit jamais parler le langage du rien,

le plein le langage du vide. 

La vie, le langage de la mort parce que Daïk est (prétendument)

immortel.

Oui. Immortel.

Sauf que le vide sidéral peut dissoudre son esprit aux quatre coins de l’univers... 

 

Daïk voit une imposture dans ce beau discours officiel.

Ce qui serait naturel pour le commun des immortels ne reposerait-t-il pas

sur une contingence, un choix arbitraire ? Son instinct, comme celui d’un jeune humain,

lui souffle l’idée que la clef est de l’autre côté de la porte des toilettes.

L’extradolescent entend donc bien découvrir ces humains instinctifs

qui vivent sur cette planète bleue minuscule et sont sortis du ventre d’êtres

semblables à sa mère, mais recourant toujours à ce vieux processus de gestation

rétrograde. Un processus d’avant le triomphe d’une civilisation sur son environnement

ambiant, naturel.

Parce que chez les siens, la reproduction est depuis longtemps

une affaire de génétique d’une simplicité légendaire...

                                                                        *

Organiser sa fugue sur terre lui paraît, tout aussi, d’une simplicité légendaire.

Ses parents lui ont confié les clefs de la capsule de secours et ils ne devraient

pas revenir avant une demi-révolution autour de la gazeuse qui croise

derrière sa coupole. Un bouge ennuyeux à mourir, sans jolies éruptions

à contempler, rien de bien signifiant... De toute façon, sa famille s’est stationnée

en orbite autour de cette sinistre crotte sidérale dans le seul but de le laisser murir

sur un plan métaphysique. Les vieux adorent infliger ce genre de protocole

de maturation ! Sannah, sa cousine qu’il n’a pas vue depuis deux révolution-type

en univers II (RT-II), est restée plantée seule pendant toute la dernière

campagne parentale qui a duré une RT-II complète ! Elle était censée observer

les constellations les plus reculées de l’univers VI. Hé, sauf qu’elle passait

son temps à télépather - et télépapoter - avec ses copines de l’univers III

et qu’elle en a raté ses validations d’AAP (Auto-apprentissage standards).

Grosse plantouille ! Autant dire que ses parents étaient verts de rage. Ils ont fini

par comprendre en rétro-captant ses conversations méta-fréquence avec

ses copines. « Bonjour le respect de l’intimité », se plaignit-t-elle auprès de Daïk.

Pour finir, ils lui envoyèrent des rushes acides dans le cerveau en guise de rappel

à l’ordre.

Non, pas très cool, tout ça. Si ses parents n’auraient jamais osé faire un truc pareil,

Daïk regrettait tout de même leur manque de présence sur le mode :

« Il n’y a que le prospect spatial de vrai dans la vie ! »

 

Bref, ses techno-géniteurs sont des dingos du boulot, des hyperactifs,

tendance méta-obsessionnels. La réussite métaphysique est hyper importante

pour eux. Ne parlons pas de la réussite « métariel », qui va de paire. Tenez,

un aéronef comme le leur, là, a coûté plusieurs RT-II en équivalent-recherche pure.

Il a été synthétisé à partir de molécules stellaires et de particules ferreuses

de première qualité. Ah c’est sûr, cet engin est top-classe, il fait la fierté

de ses parents qui prétendent ne pas en avoir vu de plus beau depuis leur dernière

visite au Salon de l’aéronef. Mais ils auraient au moins pu les stationner

en face d’une supernova évolutive de toutes les couleurs ou je ne sais pas moi,

avec vue sur une mer d’astéroïdes, plutôt que de crécher dans ce quartier périphérique

sinistre ! Las, Daïk atterrit sur son lit, détache son regard des comètes

qui zèbrent la constellation, attirées par le trou noir le plus proche,

là-bas, au fond, dernière à droite. Ses facettes pourpres parcourent

ses rayonnages et tombent sur ses bocaux stellaires animés. Dans l’un, une planète

tellurique avec une vitesse de libération toute petite tournant sur elle-même

comme une toupie. Dans le bocal voisin, une étoile naine dans le diagramme HR

encore sur la séquence principale. Quel bazar... Encore un bocal mal rangé !

La planète ne révolutionne pas autour de cette étoile naine, mais autour

d’une étoile de type G, comme l’étoile du système solaire qui l’intéresse

au premier chef : c’est autour d’elle que tourne la fameuse planète Terre,

au troisième rang !

Des créatures démoniaques y jouent avec des allumettes thermonucléaires !

Soudain, une idée saisit Daïk. Il farfouille dans ses étagères, à la recherche

un bocal qui contiendrait l’artéfact d’une comète ou d’un astéroïde susceptibles

de l’emmener jusqu’à cette planète. Il délockerait la capsule de secours

et zou, en voiture !

Mais tout cela pose tout de même quelques petits problèmes :

à quelle vitesse le temps s’écoule sur cette petite tellurique ? Quel méta-logiciel

convient-il d’utiliser pour convertir l’espace temps de l’univers II en espace-temps univers IV ?

En fonction de l’écart d’échelle de temps, Daïk devra-t-il enfiler une rétro-combinaison

ou une pulso-combinaison ?

L’une comme l’autre sont comme du film de cuisine étirable, mais

la première ralentit l’espace-temps, tandis que l’autre l’accélère. Vu comme ça,

il devra opter pour une rétro-combinaison. Mais il doit en être certain ! La moindre

erreur serait fatale ! S’il opte pour une pulso-combinaison alors que l’espace-temps

de l’univers IV est déjà plus rapide que l’espace-temps de l’univers II, alors

il peut très bien débarquer bien trop tard, la vitesse temporelle accélérée

le conduisant peut-être au-delà de la dégénérescence même

du système solaire !!! Or, s’il est réputé immortel, Daïk redoute d’être

dispersé dans l’espace.

Juste comme ça.

Une dispersion pour une durée indéterminée  - si le scaphandre tient le choc -

mais un éparpillement de son être s’il s’avère dépossédé d’une telle protection

pour une raison x ou y (endommagement après une collision, fonte à l’approche d’un astre,

intervention manuelle d’un extra-terrestre, exposition à d’importantes réactions

de fission nucléaire…).

Tout l’enjeu revient à bien savoir programmer sa combinaison.

 

Electrisé par ses recherches, Daïk farfouille dans ses méta-souvenirs :

OK, la série d’explosions nucléaires est intervenue vers les 4,6 milliards

de révolutions-type univers IV. A ce stade, la planète Terre est censée

être en pleine force de l’âge. S’il se trompe de conversion, il risque de

filer à toute vitesse jusqu’à la phase d’épuisement en hydrogène de l’étoile

autour de laquelle tourne ladite planète. Autant dire jusqu’à sa mort :

parce que quand l’hydrogène vient à manquer, une étoile grossit,

grossit, elle puise ses réserves en carburant toujours plus loin dans

l’enveloppe externe de son noyau ! La taille de l’astre peut être ainsi

multipliée par deux cents facile et alors c’est un autre processus qui

s’enclenche ! L’hélium accumulé dans le cœur de l’étoile fusionne

pour former du carbone et de l’oxygène et, dans le même laps de temps,

l’hydrogène restant autour du cœur fusionne lui aussi, l’ensemble libérant

une énergie phénoménale ! Erk ! L’étoile devient une géante rouge

et absorbe toutes les planètes alentours, qui sont purement et simplement

désintégrées !

Et alors, les molécules de la Terre seront éparpillées dans l’univers et l’étoile,

au comble de l’instabilité, s’effondrera sur elle-même en propulsant

dans l’espace ses propres couches externes sous la forme d’une nébuleuse…

Wouaw...

Le calcul mérite d’être affiné et c’est rien de le dire : il va falloir parfaitement synchroniser

les deux espaces-temps de ces univers parallèles...

Aahh, tout serait si simple s’il se trouvait à cet instant dans le même univers

dimensionnel, en univers IV ! En comparaison, le choix de l’astéroïde serait

un jeu d’enfant.

 

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Daïk, chapitre 6

 

lettre typo celtique Q

UI SONT-ILS ET COMBIEN SONT-ILS ?

C’est comme une nouvelle espèce que

les scientifiques, comme les chasseurs, 

commenceraient à débusquer.

Une espèce qui fleurit jusque sur les réseaux.

Ce sont encore, parfois, des ovnis dans le paysage

linguistique de l'hexagone.

Comment revendiquer une langue qui n’a

pas été transmise ? Certains ne sont pas Bretons,

mais Parisiens, Anglais, Angevins, Gallois, Vendéens

ou Gascons...

A mesure que le nombre de locuteurs maternels diminue, leur proportion augmente.

Une chose est sûre : ces ovnis néo-bretonnants sont l'avenir de la langue.

Si le registre oral s'est probablement appauvri, malgré la meilleure des

bonnes volontés, le renouveau s'accompagne d'une amélioration notable

du niveau de langue écrit et de son volume de production.

C'est tout le paradoxe actuel : les bretonnants de naissance qui ont appris

oralement le breton ne savent pas souvent l'écrire, et à l'inverse, il n'est pas rare

que des néo soient plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral. Les enfants bilingues ont

souvent un niveau supérieur à celui de leurs parents. C’est d’autant plus

vrai que la majorité des parents qui scolarisent leurs enfants

en filière bilingue ne le parlent pas eux-mêmes.

Quand on scolarise ses enfants en école bilingue, en l'occurrence

dans une langue régionale, il faut reconnaître un attachement non anodin

à la diversité culturelle par opposition aux cultures dominantes. Au-delà

des vertus linguistiques et cognitives d'un tel enseignement, il y a

une envie de voir ses enfants s'épanouir dans un environnement pluriculturel :

franco-anglais, franco-breton, franco-japonais, franco-arabe, anglo-portugais,

serbo-allemand... Cela vaut dans toutes les combinaisons possibles

et c’est heureux ainsi.

Et puis, il y a un fond de défiance envers l'uniformisation culturelle anglo-saxonne.

On ne voudrait pas que les super-héros-en-slip réduisent les contes de Perrault

ou de Grimm en cendre à coup de rayons laser... mais on sait bien qu'en

même temps, il y a des tendances contre lesquelles on ne peut lutter.

Surtout en moyenne section,

Joss le sait bien.

La porte déverrouillée, il tombe nez à nez sur la petite :

-Tiens, t’as déjà fini ta sieste, toi ?

Au lieu de dormir, il fait le pari que le marmot (la marmotte ?) a mis à profit

ce temps de relâchement de la surveillance parentale pour écluser ses placards

et extraire ce déguisement de Spiderman de son grand frère, une vieillerie

qu’elle a enfilée tant bien que mal : elle a bourré ses deux jambes potelées

dans le même fuseau hachuré du pantalon. Comme elle a dû souffrir pour

accomplir ce tour de force ! Tout grippé qu’il est devenu à vitesse grand V,

Joss éclate de rire.

C’est davantage le souvenir d’un dessin qu’il a improvisé en classe

représentant Petit ours tout zébré aux couleurs de Spiderman que

la vue de la petite dans sa tenue d’apparat virile qui l’amuse. Jusqu’où

l’inspiration va se nicher ? En l’occurrence, on n’échappe pas au modèle culturel

dominant, même en filière bilingue et chez une fille (comme quoi il n’y a pas

que Reine des neiges dans la vie). Il avait baptisé l’œuvre Spider-Arzhig

et trouve que ce nom sied très bien à petite dernière qui n’a pas son pareil

pour tambouriner comme une damnée et marquer son paternel à la culotte :

-Tu sais, ce n’est pas la peine de fracasser la porte à coups d’épaule !

Quand c’est occupé, c’est occupé !

Il a l’impression parfois que les petits souffrent d’une claustrophobie inversée.

La simple idée de voir leurs parents disparaître dans cette sorte de cagibi leur

fait monter à la tête l’idée saugrenue que c’est eux qui sont enfermés.

 

Spider-Arzhig est en transe, dégoulinante de sueur. Non seulement elle a

bataillé pour enfiler sa tenue de combat, mais en plus elle s’est faite

enfermer hors des toilettes, salopards de parents !

 *

Logique contre logique. C’est ce que ressent aussi Daïk, livré à

lui-même sous sa coupole pendant que ses parents, partis en campagne,

travaillent enfermés dans leur capsule recensant on ne sait quelle

civilisation punaisée à l’autre bout de l’espace...

Daïk n’est pas au cœur de l’action, in the constellation to be, et il en vient

à regretter cette responsabilisation à outrance qui consiste à laisser son

rejeton livré à lui-même pendant que les parents vivent leur vie sous prétexte

qu’il est digne de confiance et qu’ils savent qu’il ne commettra plus le moindre

débordement. Le dernier adolescent qui a trahi la confiance de ses parents et

qui a connu ce que les Anciens appelaient une crise d’adolescence est considéré

comme le dernier représentant de la civilisation passée. Il fut un messie

à l’envers, un anti-modèle, l’ultime témoin d’un monde révolu.

Un ado archaïque dominé par ses pulsions.

Ses parents savent qu’il sera sage et responsable, l’inverse n’est même

pas envisageable. Hélas, Daïk a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir : une civilisation

en pleine crise d’adolescence utilisant la technologie tel un caprice.

Daïk recentre son esprit, chasse les pensées négatives par réflexe - c’est

normalement quelque chose de pavlovien comme relancer la respiration quand

l’organisme humain vient à manquer d’oxygène.

Sauf que Daïk a envie de voir ce que ça fait de ne pas être...

comme il devrait être.

 

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Daïk, chapitre 5

 

lettre typo celtique A

U DÉPART, CELA RESSEMBLE À UNE

BANALE PORTE D’ASCENSEUR devant

laquelle il attend, seul.

La porte s'ouvre. Joss pénètre

dans l'ascenseur. A l'intérieur : surprise.

Il tombe nez à nez avec son beau père,

décédé il y a deux ans.

Ils restent tous deux sans voix, face à face.

Les portes se referment.

L'ascenseur descend, descend, de plus en plus vite.

Au point que leurs pieds décollent

du sol. Ils restent en lévitation ainsi pendant de longues secondes, sans se parler,

comme tiraillés, entre la gravitation qui les attirent vers les entrailles de la terre

et la lévitation due à la poussée.

Soudain, l'ascenseur s'immobilise. Leurs pieds retouchent le sol, mais sans heurt.

Tout doucement.

Puis, la porte s'ouvre. Elle donne sur d’inquiétants escaliers métalliques qui semblent

descendre jusqu’aux entrailles du monde. Les lieux ne sont pas sombres, pas inhospitaliers

non plus, c’est une sorte d'entremêlement de poutres et de barres métalliques noyée

dans un halo de lumière jaune et rouge.

Son beau père ouvre la conversation par une série de jurons.

 

Tout va bien, il est en pleine forme. Egal à lui-même. Joss peut se réveiller.

C’est tout. C’est un rêve ! Rassuré, Joss est néanmoins troublé. Et il a la grippe.

Oui. Sortir sous la tempête n’a rien arrangé du tout. Après l’inspection

sous le déluge et après avoir déjoué le piège facétieux de Tania, il est allé s’allonger

dans la chambre à coucher et il a fait ce cauchemar avec cet ascenseur frénétique

fonçant droit vers les entrailles de la terre comme à la mine. Vlouf. Et son beau père

apparaît comme ça : il a l’impression d’être descendu dans sa tombe, de lui avoir

rendu une petite visite de courtoisie, sauf que sa sépulture est à des centaines

de mètres sous terre. Mal à l’aise, il pense aussitôt à ses grands pères,

eux aussi sont morts ! Pourquoi ne rêve-t-il pas d’eux ? Ils sont morts depuis longtemps.

C’est sûrement pour ça que Joss a rêvé de son beau-père. Sa disparition est plus

récente, plus proche de lui. Par un effet d’association d’idées, il réalise que ces hommes

ont peu ou prou le même âge dans son subconscient, comme s’il n’y avait jamais eu

de génération d’écart entre son beau père et ses deux papys.

Joss a peur de refiler la grippe à toute la famille. Il se lève et, fébrile, se dirige

vers les toilettes adjacents à la salle de bain de l’étage. Aussitôt enfermé,

des esprits frappeurs cognent à la porte ! Il a l’impression que ses deux

grands pères et son beau-père l’ont suivi sur le trône ! Ils ont tiré

le fil du cauchemar et de ses pensées pour se lancer à ses trousses. Mais il reconnaît

bientôt l’origine de ces coups frénétiques qui ne s’arrêtent jamais. Celles et ceux

qui sont parents de jeunes enfants doivent les connaître. Ces Mimi-geignards qui rôdent...

Ils guettent à chaque fois que vous allez aux toilettes. Pas moyen d’être tranquille,

ça tambourine derrière la porte sitôt que vous vous êtes enfermés ! A croire

qu’ils vous surveillent dans leur déguisement de Sioux, cachés derrièrel’étagère

de la mezzanine ou qu’ils sont reliés avec vos propres entrailles par talkie-walkie…

« Go !!!! »

Pas moyen d’être tranquille, non. Jamais ! Et voilà que ça tambourine encore et encore !

Joss a l’impression qu’ils sont innombrables. Une armée de mimi-geignards

de l’autre côté de la porte post-formée.

La prochaine fois, il s’est juré d’acheter un casque antibruit.

*

Oui, tels sont les toilettes de l’étage, son dernier camp retranché depuis

que la vie est sortie du ventre de sa femme. Son regard tombe sur ce calendrier

pseudo-érotique qui orne le mur à gauche du trône : un calendrier avec une jeune naïade

allongée sur le ventre, un drapeau breton en arrière plan. Eh oui, c'est grâce à un calendrier

qu’il s’est initié, il avoue et l’assume puisqu’il l’affiche même. Tout a débuté lors

de son arrivée à Auray. Il venait de débarquer par le TGV avec son sac de voyage

à l'épaule. Sur le chemin de la gare au journal, il avait trouvé une petite chambre d'hôtes.

Dans le hall, il y avait d'abord eu cette carte de la Bretagne toute en breton

avec des sirènes dénudées. Il avait déjà été surpris, attiré par cette affiche

aux noms mystérieux :

Bro Wened, Bro Gerne, Meurvor, Bro C'hall... Une heure plus tard, arrivé à son rendez-vous,

c'était en prenant possession de son bureau provisoire qu’il s’était véritablement initié.

Déjà émoustillé, il avait trouvé sur la table, ce fameux calendrier en breton en guise

de sous-main :

 

Genver,

C'hwevrer,

Meurzh,

Ebrel...

 

Fabuleux ! Il ne saurait dire pourquoi il était sous le charme. Il avait trouvé

ces premiers mots séduisants, énigmatiques, attirants. Ce fut le déclic qui

le poussa à apprendre la langue en commençant par un tout simple livre

touristique de l'écrivain Pierre Jakez Hélias, Images de Bretagne des Editions

Jos Le Doare : page 9, un petit lexique de quelque cent mots bretons usuels

avait fait l’affaire avant d’avaler les méthodes de Marc Kerrain et de Frañsez

Kervella… Voilà comment cette initiation a débuté. Initiation à une langue

très poétique, fort imagée, surprenante (comme toutes les langues, du reste). Il y a par

exemple ce mot : Sizhun (semaine), qui vient de Seizh (sept) et de Huñvre (rêve).

Les sept rêves de la semaine... Il y a encore Merc'heta (courir les filles) que l'on pourrait

traduire par "filler", "femmer" ! Il y a aussi Kazh-koad pour écureuil, le chat des bois ;

l’imagé Koroll qui désigne la danse ; diskar-amzer pour l'automne – littéralement,

le déclin du temps ; le joli Lipous qui signifie gourmand, alléchant ; le mystérieux Milendall

qui désigne le labyrinthe ; Kloched (prononcer clochette) à utiliser pour guillemets ;

le rugissant Grozmolat pour grommeler ! Quant aux termes modernes, ils sont souvent eux

aussi très imagés comme Karr tan, le char de feu pour la voiture ; Karr nij, le char qui vole

pour l’avion… Cette langue ne cesse de l'envoûter depuis son arrivée en septembre 1998,

en gare d’Auray. Elle l’envoûte jusque sur le trône ultime de son royaume,

tandis que la petite sœur de Nathan « grozmole » derrière la porte, que dire,

derrière la herse de son château. Il aime l’image du camp retranché, n’est-ce

pas approprié concernant cette langue, n’y a-t-il pas là une logique sous-jacente

et indéfectible à orner cette pièce recluse et intime d’un tel calendrier initiatique

(calendrier : traduire par Kalanna, à prononcer kalan avec « an » comme

dans maman + nnna !) ? Probablement. Cette langue est devenue celle d’un appendice,

d’un refuge au bout du monde, elle est délicate, intime. On ne la parle plus guère

que du bout de la langue parce que même ses défendeurs éprouvent encore

de la gêne à la pratiquer. C’est une langue du cœur avec sa part de mystère.

Le sceau du secret l’a maltraitée à ce point que même les néo-locuteurs ont parfois

la militance coupable.

Autant dire que Joss pressent un embarras à partager ce trésor parce

que la transmission orale de la langue a été perdue pour cause de nivellement

au profit du seul français cher à l’école de la République et que les apprenants

d’aujourd’hui sont pris entre le marteau des jacobins et l’enclume des bretonnants

historiques qui n’apprécient pas toujours (même si c’est de moins en moins

vrai) les tentatives de réappropriation de leur langue par de jeunes apprenants

qui véhiculent un breton jugé chimique, artificiel, uniformisé et standardisé,

pour mieux en assurer la transmission à l’avenir.

Si ce n’est déjà trop tard...

 

 

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Daïk, chapitre 4 / Ran niver unnek

UNNEK – 11–

  

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre onze.

 

LE DRUIDE.

— Onze guerriers armés, venant de Vannes avec leurs épées brisées ;

Et leurs robes ensanglantées ; et des béquilles de coudrier ; de trois cents il ne reste qu'eux onze.

 

 

lettre typo celtique D

AÏK EST ALLONGÉ AU-DESSUS DU LIT

ET LÉVITE MOLLEMENT SOUS

LA COUPOLE. Du coin de l’œil,

il épie les alignements d’artefacts

posés sur plusieurs dizaines de plateaux

translucides empilés jusqu’au

firmament de verre. 

A chaque RT II-versaire, tout enfant

se voit attribuer dix artefacts

d’un monde vivant. Lui en possède 

déjà près d’une centaine, dont cette fameuse planète Terre située

dans la Voie lactée, en univers IV. Il se plaît à les observer en temps réel,

en accéléré, au ralenti, zoome parfois à la surface ou même jusqu’au

noyau afin d’en étudier la composition chimique. Par exemple,

il peut dire qu’à l’époque des deux mille cinquante trois explosions

nucléaires artificielles, la Terre possédait un noyau solide,

composé de fer à quatre-vingt pourcent et de nickel enrobé,

comme un bonbon inversé par une sorte de pâte fondante et liquide.

A l’intérieur du noyau solide, se trouve un autre noyau semblable

à une graine d’amande, lui-même entouré d’une enveloppe.

A cet instant, l’idée d’une expérience scientifique traverse l’esprit

de Daïk. Les êtres vivants sur cette planète n’ont-ils pas essayé

d’appliquer bêtement la méthode sismique dans une forme archaïque

consistant à créer des ondes de choc au travers du noyau afin

d’en détecter les déformations ? Cette technique ancestrale

permet de déterminer les caractéristiques du noyau, ce qui est

un élément central de la compréhension des civilisations. Toutes les espèces

vivantes avancées connues à ce jour sont passés par cette phase

d’appropriation de leur propre univers avant d’explorer l’espace.

L’étude du champ magnétique est d’autant plus déterminante dans

le cas de la Terre qu’il est créé par les courants électriques qui parcourent

le noyau externe en fusion, lequel circule lui-même autour du noyau

en fer. C’est ce mouvement de rotation qui crée un puissant effet

dynamo. Mais Daïk s’interroge. Il existe tant d’autres moyens de détecter

les déformations d’ondes de choc sismique au travers d’un noyau,

des méthodes a fortiori indolores pour des espèces vivant à la surface !

Ces êtres sont-ils aussi stupides que ce que semblent sous-entendre

ses parents ? On apprend aux enfants dès leur plus jeune âge

à décoder les principes élémentaires de la cosmologie. On rabâche sans cesse

qu’il est impossible de réussir dans la vie sans avoir développé

un sens aigu de l’observation astronomique et astrophysique.

Et voilà que Daïk se sent tiraillé pour la première fois de sa vie :

l’artefact de la planète Terre, rangé sur ses étagères entre ses voisines

bleues et rouges, à environ trois T.A. cinquante au-dessus

de sa tête, est sous embargo, comme s’il s’agissait d’une relique des antiques

cartomanciens.

Cette planète est reléguée au rayon des subversives sciences occultes

primitives : à l’âge proto-atomique, les peuplades y jouent

avec le feu et pratiquent sans le savoir la pire des magies noires...

Et puis, pourquoi ces tirs #2 et #3 sur des êtres humains ? Les peuples

de cet archipel situé près du vaste océan principal l’auraient-ils trouvé

ou tenté de le détruire ? D’autres peuples se seraient-ils élevés

contre et ils les auraient punis ? Mais la punition est une survivance

de tels comportements archaïques, il le sait trop bien ! Ses parents

viennent de le punir, croyant l’empêcher d’aller observer cette planète

qui reste néanmoins à sa portée (le mental d’un enfant est supposé

être assez puissant pour résister à la tentation à partir

d’une demi-douzaine de RT-II d’existence). Seigneur, il en a près de dix !

Mais Daïk avoue avoir très envie de s’emparer de nouveau du bocal.

C’est la première fois que cela lui arrive. La Tentation est aussi

archaïque que le châtiment, cela aussi fait partie des marqueurs ancestraux.

Les contes sont peuplés de barbarismes de la sorte : les êtres les moins

évolués de tous les univers sont ceux qui détruisent, cèdent à la tentation,

déjouent les principes éducatifs et moraux, se révoltent. Voilà

ce qu’on lui a toujours inculqué. Alors quoi ? Les intentions des déclencheurs

d’explosions atomiques relèveraient de la sorcellerie et Daïk serait tombé

par hasard sur la représentation physique la plus aboutie du mal

dans tout ce qu’il a pu voir : ce qui n’est jamais arrivé nulle part ailleurs

à sa connaissance ! Cette série apocalyptique semble s’être arrêtée net,

et c’est heureux, mais que de dégâts causés, aux conséquences climatiques

insoupçonnées…

Daïk comprend mieux cette omerta qui règne sur cette planète et la gêne

immense qui s’est emparée de ses parents quand il a parlé de cette série

d’événements désastreux, cataclysmiques. Daïk est peut-être à ce jour

le seul être à avoir touché du doigt l’expression du mal.

Il tient la preuve formelle que le mal n’est pas qu’une légende, un repoussoir.

Le mal a existé.

Les récits des anciens sont fondés.

L’extradolescent redoute d’autres malheurs à la surface de cette planète

maléfique. Il observe l’espace infini derrière sa coupole translucide. Daïk

se sent vaciller… Il se sent attiré, happé. Parce qu’il a fondamentalement

envie d’aller voir ce qu’il ne devrait pas. S’il fait ça, il sait que rien ne l’empêche

d’aller observer l’origine du monde depuis un autre point de la galaxie

selon le vieux principe suivant : plus l’œil du télescope porte loin, plus

il regarde une image animée du passé comme si l’observateur

se jouait du temps que la lumière met à parcourir l’espace.

S’il le veut, Daïk peut très bien remonter au monde des prophètes

de sa propre civilisation, mais à une seule condition : la quitter.

Changer d’univers en traversant un trou noir.

 

                                                      *

 

-ENCORE UN MODÈLE DU GENRE !

-Sacrée tempête ! Tu vois, il était grand temps de s’occuper du solin.

-Oui, chérie, tu avais raison...

-Allez, fiston, rentre vite ! Ta petite sœur a fini sa sieste.

Nathan referme la porte fermière en évitant, cette fois,

de se coincer les doigts entre le battant et le dormant.

-Je crois qu’il n’a toujours pas compris comment ça marche. La poignée

du haut sert exclusivement à ouvrir la fermière. Tu l’oublies, parce que

non seulement tu ne refermes pas la porte d’entrée mais tu ouvres

tout grand la fenêtre fermière et je te signale que ça fait des courants

d’air et que je n’ai pas envie que ta sœur entre d’aussi bon pied

dans l’infernale saison des rhumes et des virus ! Compris fiston ?

-Oui, papâââ.

-Ya, tadig, dit Koupaïa.

Le couple tente l’expérience des classes bilingues français-breton

avec un certain zèle, au désespoir des grands parents qui se demandent

quelle mouche les a piqués alors qu’il n’a même pas grandi ici. Joss

a beau leur expliquer que tous les lieux-dits sont bretons ici et qu’il aime

savoir qu’il va se promener au Coin du champ ou au Bois de la roche ou

bien encore dans le hameau-qui-inonde, en référence à Pen er prad,

Koad ar roc’h ou à la ville d’Is, toutes ces sortes de choses d’apparence

inutile mais poétiques, ils le regardent avec des yeux ronds,

de ces yeux qui scannent vos relevés bancaires à distance sur le mode :

-C’est pas votre breton qui va nourrir votre famille, fils...

-Papy, mamie, j’y crois, c’est important, OK ? Je n’ai pas envie

que mes enfants se réveillent un beau jour dans un monde

d’extraterrestres acculturés qui ne reconnaissent même plus le monde,

tiens, qui baragouinent CSS, HTML, SEO et anglicismes à tout bout de champs.

-Ca serait plus utile et rudement pratique pour converser avec tes voisins anglais, dit son père.

-Eh, papa. C’est à lui d’apprendre le français... et le breton s’ils le veulent !

-Et tes enfants plus tard, ils feront quoi ? Ils vendront du chouchenn au coin du bois ?

-Ils feront ce qu’ils voudront, mais au moins ils sauront où ils habitent...

Ils sauront faire des ponts entre les langues. Les enfants seront

aussi à l’aise en anglais qu’en breton ou en arménien s’ils le veulent.

-Eh bien en attendant, ton fils ne comprend pas grand-chose à l’anglais

je trouve, répond la grand-mère. Moi, de toute façon, je ne vous comprends plus...

-Parce que vos parents vous comprenaient quand vous décidiez

de partir vous entasser en banlieue parisienne en délaissant tout ce patrimoine

là, même qu’il n’y a plus de boulot et que si vous aviez poursuivi

l’œuvre familiale, toute la famille aurait un fantastique outil de travail ?

-Ah elle est pas mal celle là ! Parce que tu serais prêt à retourner à la ferme ?, s’offusque

son père.

Et pourquoi pas, songe Joss. 

Et voilà, en substance, l’échange type. Enfin, disons plutôt l’échange

type d’avant la période « refroidissement des relations diplomatiques »,

comme du temps de la guerre froide. Puis a suivi l’entente cordiale. Et désormais,

ils filent tranquillement vers la Glasnost. Non le dégel : il confond glasnost

et permafrost ! La glasnost, c’est la transparence… Et ils n’en sont pas là,

heureusement. Avoir l’impression que ses parents scannent en permanence

l’état de vos finances juste pour insinuer qu’on ne sait pas y faire suffit...

Joss redoute qu’en vieillissant il rentre à son tour dans le rang

et abandonne ses principes en concédant qu’ils reposaient avant

tout sur un besoin de se différencier. Comme si la quête d’indépendance

était impossible sans ce processus un peu rustre. Heureux les héritiers

qui embrassent la cause de leurs aïeuls, Joss a la faiblesse de croire

qu’il se comporte ainsi parce que ses parents eux-mêmes se sont

inscrits en faux devant leurs propres parents. Au bout du compte, il se dit

parfois qu’il vit un peu comme ses grands-parents comme s’il avait

opéré un fantastique lob au-dessus de leurs têtes.

Hélas, il doit désormais corriger le tir pour ne pas sortir du terrain : « Faute ! »

Peut-être qu’un jour, ses propres enfants lui reprocheront ce bilinguisme

précoce et qu’ils penseront comme ses parents :

« Papa, c’est quoi ce relevé de banque ? »

Il répondra alors entre ses dents :

-C’est un relevé de banque d’un type qui est né avec la crise,

a grandi avec la crise et t’élève avec la crise, fils. Que les Dieux économiques

te préservent !

Ses enfants appendront les cycles de Kondratiev et sauront

qu’ils durent entre cinquante et soixante ans et donc qu’il y a

tout lieu de croire que, sa vie entière, Joss passera pour un type

qui n’arrive pas à tenir son budget aux yeux des générations ascendantes

comme descendantes ! Ainsi va la vie, ainsi va l’ordre du monde... Le sien s’appelle récession,

obstruction. Le leur s’appellera peut-être, il le leur souhaite, espoir, audace, voire

conquête spatiale, qui sait, comme aux grandes heures des Trente glorieuses...

                                                                     *

Fin de la conversation. Le baromètre plonge tout à coup. L’aiguille fonce

droit vers les limbes, sous la ligne des neuf cent soixante quinze hectopascals :

-J’espère que les Anglais ont ramassé les cannettes de bières qu’ils laissent traîner

dans leur jardin, ça va voler !

Joss les a surpris un jour, l’été dernier, fort embarrassés (mais moins

que lui finalement). Il était allé les voir pour emprunter un sécateur électrique.

Il les avait vus à l’œuvre et c’était tout de même rudement plus pratique...

Las, il avait découvert leur jardinet de derrière jonché de cadavres à l’heure

du barbecue, alors qu’ils se tenaient (leurs voisins, pas les cadavres)

en compagnie d’un couple d’amis, des Irlandais. Disons plutôt un couple d’amis

avec plus de 2,1 enfants par femme. Trois, quoi. Les parents, un grand brun

baraqué et une petite rousse, lui avaient expliqué que c’était une pratique

assez répandue en Irlande que de balancer les canettes autour de soi

le temps que dure toute la divine beuverie. La leur devait durer depuis plusieurs jours.

Koupaïa sourit, approuve. Elle aussi avait trouvé le rite assez curieux.

Ils ne s’attendaient pas à être démasqués de la sorte en pleine déviance barbare.

-Tu sais qu’ils trouvent qu’on leur ressemble en plus sobre ?, dit Joss à sa femme.

Nathan vient se poster près de la fenêtre et contemple ses constructions

menacées par les premiers soubresauts du temps. Joss, lui, pense plutôt

à son solin et jette un œil à cet ogre de cheminée qui engloutit six à dix

buches par jour, loin des ratios imposés par les nouveaux diktats qui vont

transformer le patrimoine breton en nouveau cimetière si l’on écoute

encore et toujours ce qui a été décrété dans des bureaux parisiens. Fuyez

les lotissements, je vous en supplie, fuyez les lotissements ! Et kaoc’h

[m... en breton] d’ar bilan énergétique ! Même les Irlandais ne sont pas

fous et ne viennent pas sous leurs latitudes à cette saison. Robert

Smith lui a confié l’autre jour qu’il a une guerre de retard parce que

ses compatriotes trouvent que l’hexagone ne vaut plus le coup :

-Tu radotes, Robert. Tu sais ce que je crois ? Tu rêves de t’expatrier à nouveau, toi aussi !

-Moi ? God heaven, pour rien au monde ! Je ne bouge plus.

-Allons… Le soleil, les palmiers, les filles en bikini..., renchérit Koupaïa.

-Chérie, tu veux juste jouer avec mes nerfs et me tenter toi aussi ?

-Hmmm, ce n’est pas ta Bretonne qui va sortir son deux-pièces à cette saison, c’est sûr.

-Sous les yeux de nos voisins, en plus.

Après avoir pris congé de leurs amis insulaires, leur conversation se poursuivit à huis-clos :

-De toute façon, soleil ou pas soleil, je n’ai plus une minute de répit dans ma vie…

-Oh, pauvre amour !

-Quoi, je n’ai pas raison ?

-Arrête, cette fois, c’est toi qui va jouer avec mes nerfs. Tu les as voulus comme moi, nos petits

anges, hein ?

-Ca frise le double tutorat à plein temps. On a plus le temps de rien faire et ça nous coûte

les deux bras !

-C’est le syndrome des hommes : jamais assez de sexe, toujours trop de taxes !

-Bon ben sur ce, je vais faire un tour…

-C’est ça. Euh... par ce temps ?

-T’inquiète. ‘Vais juste vérifier l’état du solin.

Une violente bourrasque vient s’opposer à la tentative d’évasion paternelle.

Force onze à douze, pressions en chute libre. Koupaïa s’inquiète, et

elle a raison. Mais ce n’est qu’une tempête comme ils en subissent

tant d’autres et le premier test grandeur nature avant le passage

en force de l’homme au bonnet et au teint aviné qui se prend pour

Dieu une fois par an et pour un parfait loser alcoolisé le restant

de l’année. Joss se ramasse une violente volée de pluie dans la figure,

hasarde quelques pas chancelants, rase le mur de la longère,

constate que la descente de gouttière nantaise vibre dangereusement

mais semble tenir bon. Arrivé au pied du pignon, il se décide

à prendre du recul sinon comment voir quoi que ce soit ? Il  mesure

l’incongruité de cette sortie inutile : il n’y a aucun moyen d’apprécier

à l’œil nu l’étanchéité de l’ouvrage, c’est à l’intérieur que tout se joue !

La perspective d’une joute aussi verbale qu’inutile avec madame a été

le prétexte à cette séance rafraichissante parce qu’il aime sentir

le vent et la pluie qui lui fouettent le visage. Il aime cette sensation

de marcher à contre sens, de faire du surplace. Peut-être va-t-il s

e prendre la souche de cheminée dans la figure, il se pose la question !

D’ailleurs, c’est bien l’intérêt même d’écrire que de pouvoir poser

des questions qu’on aimerait bien que les autres nous posent :

-Mais Jossy, que deviens-tu ?

-Où es-tu, ma pomme ? Tu nous manques, tu sais.

-Oui, que fais-tu, nous nous languissons de le savoir !

Jossy alias me-unan, my self, aussi unique que les statistiques de ses articles.

Normal que celles-ci soient hautement confidentielles en ce moment, ‘faut dire.

Il ne se foule pas trop pour aller gonfler un peu les stats des autres…

C'est comme la croissance, les articles. Les sujets, il faut les chercher

avec les dents. Certes, il a bien un vieux stock qui lui assure un fond de

roulement (parce qu'il est comme ça - tout petit, il écrivait déjà des articles

sur ses playmos). Mais pas de quoi flamber. Bref. Donc question. Que fait-il,

hormis aller vérifier ses coups de truelle par très gros temps ? Et bien, il

vous informe que Joss va daigner répondre, las de tant de sollicitations :

Primo, Joss a la grippe (bon, ça, c'est pour justifier des dernières journées

d'absence sur son écran, c'est déjà ça de fait). Deuxio, il a réactualisé

sur Internet ses statistiques sur les produits intérieurs bruts par habitant

des régions de France. C'est hyper important, des statistiques sur les régions

de France qui sont redécoupées, en plus. Il aura fait tout ça pour rien,

mais ça lui est parfaitement égal. Tertio, Joss s’est acheté un ordinateur

tout neuf, et même qu'il faut le lancer entre deux et trois fois chaque matin

pour qu'il daigne ouvrir les yeux ! Il paraît qu'il a quatre cerveaux.

Sauf qu'en fait, ça fait quatre crétins à réveiller chaque matin :

-Eh oh, n° 1, debout, réveille-toi !

-Eh oh, n° 2, Houhou, debout feignasse !

-Hop hop, n° 3, on se réveille, j'aimerais bien lire mes mails, connard.

-Cher n° 4, aurais-tu l'aimable gentillesse d'ouvrir tes jolis yeux d'ordi encore

gorgés de sommeil ? Je sais qu'il est tôt (10 h 30), mais il serait peut-être

opportun de daigner sonner le tocsin auprès de tes amis W. Vista

et autre Bit defender. D'avance, merci.

C'est un peu comme les machines à laver. Avant, vous étiez tranquille pour

une génération. L'ordi précédent lui a tenu dix ans, Internet compris. Le nouveau,

censé être au moins deux cent cinquante fois plus puissant, a commencé

à faire son istribilh au bout de trois mois ! Joss a l’impression qu'il mène sa vie

d'ordi à lui tout seul. Il balance des alertes quand ça lui chante (c'est-à-dire

sans arrêt), refuse de s'éteindre le soir. « Et noooon, désolé. Je veux paaaaas. » 

Il repense alors aux multiples tentatives d'allumage du matin et il fulmine de nouveau.

C'est devenu comme un jeu entre eux deux.

Bref, Joss, c'est une friche industrielle à lui tout seul.En ce sens, Joss s’entend

assez bien avec son voisin britannique. En fait, ils sont un peu sur la même longue

d’onde du travail précaire et du télétravail. L’un comme l’autre ont l’illusion

de bosser, mais en fait, ils savent pertinemment au fond d’eux qu’ils

s’opposent au diktat ambiant par pur confort social : ils sont deux ours

de la pire espèce, l’un a grandi sur la rive nord de la Manche, l’autre

un peu plus loin sur la rive sud, mais ils ont l’un comme l’autre trouvé

dans cette verte campagne un cadre taillé sur mesure idéal pour

se faire oublier. Se faire oublier, c’est tout de même la meilleure invention

du paresseux social, non ?

Il a bien dit social, parce que Joss n’est pas un paresseux tout court.

L’auto-construction comme la pige ne sont en aucun cas des sinécures,

ajoutez à cela l’apprentissage d’une langue « étrangère », autre point

commun entre him (l’anglais qui apprend le français) et lui (le français

qui apprend le breton) et vous avez peut-être même de quoi choper

un nouveau burn-out, sauf que cette fois c’est sans véritable compensation

pécuniaire à la fin du mois. En fait, le drame de leur vie d’homme libre

consiste à ne pas vivre comme les autres et de ce fait à ne pas avoir ni

l’impression de gagner leur vie ni celle de marquer des points. Pourtant,

ils cheminent, apprennent un tas de choses, bidouillent quelques trucs

pour rentabiliser leurs vieilles pierres… mais ils se surprennent à penser

à l’argent aussi souvent que lorsqu’ils étaient d’horribles salariés

capitalistes vénaux, prêts à toutes les compromissions.

Oui, force est de reconnaître qu’ils se sentent gagnés par une sorte

de doute égotiste et nombriliste horrible. Une partie d’eux, tapie dans

l’ombre de leur cerveau de libertaire, leur intime même l’ordre

de se fabriquer de nouvelles chaînes pour faire comme tout le monde...

-Eh mais… c’est en contradiction totale avec nos préceptes de vie !

Je ne vais jamais faire ça ou alors je ne suis plus crédible, ni envers

mon entourage familial ni envers mon entourage… euh… quel entourage ?

Professionnel ? A part quelques chefs de rubrique que je ne fréquente que par

mails interposés, long processus insidieux de déshumanisation des relations matérialistes

et de dématérialisation des relations humaines... Seigneur tout puissant !

Joss est gagné par des envies de normalité ! Il voudrait que tout soit

comme avant et en même temps, il n’a aucune envie que son environnement

immédiat ne change, pour rien au monde. Il les aime bien, lui,

ses voisins, ses vieilles pierres, ses routes de campagne, ses bords de mer,

ses tempêtes, sa petite porte fermière, son ordi postmoderne qui ne décolle pas

du lit numérique les jours où il se pose des questions existentielles.

Après la métaphysique, la bétaphysique. C’est la même chose, mais avec

la bêtise artificielle...

 

Trempé comme un crouton à l’ail dans une bonne soupe iodée, Joss

retourne à la maison, actionne la porte d’entrée qui se refuse à lui.

Fermée à double tour !

-C’est quoi cette poignée que j’ai moi-même posée ?!

Il est ruisselant (la façade est orientée sud-ouest) et là, il voit, derrière

la porte fermière, la frimousse de sa petite rejetonne démoniaque grimpée

sur une chaise ou sur la pointe des pieds et qui le nargue, un sourire

de triomphe aux lèvres ! Elle lui fait coucou ! Joss a la très désagréable

impression d’être le méchant-loup (en plus humide) qui essaye en vain de

souffler sur la maison en pierre ou en brique, il ne sait plus, de toute façon

l’idée est là : cette longère en granit lui résiste et la petite l’a bien compris !

Il ne lui lira plus aucun conte de la sorte pour lui donner d’aussi mauvaises idées

parricides, car derrière l’histoire du méchant, c’est la symbolique de l’adulte mâle, non ?

Joss sonne, frappe aux carreaux, autant dire que sa petite hystérique va

entendre parler du pays s’il advient que cette porte de malheur daigne s’ouvrir un jour !

Mais d’un coup, il voit la petite décoller de sa chaise, sa mère l’arrache

par les aisselles, et vlouf, « numéro deux » atterrit sur ses deux jambes

et maman déverrouille la porte fermière, sermonne l’enfant pendant

que le père se précipite sur le paillasson aussi liquide que fumant.

-Qu’est-ce qui t’a pris, non mais ! On ne fait jamais ça !

La petite blondinette le dévisage, angélique, fait celle qui ne comprend pas.

Oh que oui. Elle fait celle qui ne comprend pas ! La diablotine

se transforme en victime sitôt le forfait accompli.

Et le pire, avec un peu de chance, c’est qu’elle a déjà oublié

la motivation première de ce tour de clef malicieux...

 

 

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A découvrir : la carte sonore des langues régionales du CNRS

 

atlas-sonore-des-langues-regionales

https://atlas.limsi.fr/

Fruit de la collaboration de deux linguistes chercheurs au CNRS, Philippe Boula de Mareuil et Albert Rilliard, et d'un chercheur en visualisation d'information, Frédéric Vernier, la carte sonore des langues régionales est un outil remarquable permettant d'identifier en nuance quelque 130 variantes de parlers ou langues régionales enregistrées auprès de locuteurs. 

L'important travail de collectage a permis de transcrire oralement un même texte d'Esope en tenant compte des variantes locales. Ainsi, le texte a-t-il été par exemple traduit dans l'un des quatre sous-groupes de la langue bretonne : le léonard (Lesneven), le cornouaillais (Quimper), le trégorrois (Lannion) et le vannetais (Auray).

Posté par ar valafenn à 20:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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