Daïk, chapitre 3

 

  

 

Daouzek miz, daouzeg arouez

Unnek belek houarneset
Dek lestr tud gin a welet
Nao dornik gwenn
Eiz avel
Seiz heol
C’houec’h mabik great e koar
Pemp gouriz ann douar
Pevar mean higolin
Tri rann er bed
Daou ejenn
Heb rann, ar Red heb-ken
Ankou, tad ann anken
Netra kent, netra ken.

  

Douze mois et douze signes

Onze guerriers armés

Dix vaisseaux ennemis

Neuf petites mains blanches

Huit vents

Sept soleils

Six petits enfants de cire

Cinq zones autour de la terre

Quatre pierres à aiguiser

Trois parties du monde

Deux bœufs

Point de série pour le nombre un ; la Nécessité unique

Le Trépas, père de la douleur

Rien avant, rien de plus.

 

 

lettre typo celtique O2

 

 

N RACONTE QUE LES ANCIENS PARLAIENT

cette langue étrange venue d’un autre

monde. D’où venait-elle ? L’enfant

l’ignorait. D’un coin reculé

de l’espace sans doute.

Pars à la découverte de cette langue

et peut-être comprendras-tu ce

que signifie ce mot effroyable

et incompréhensible : le néant.

La nécessité unique.

Le Trépas, père de la douleur…

Intrigué, Daïk retourne à ses capteurs et à son univers à échelle réduite.

Il chasse l’angoisse culpabilisante d’avoir laissé

ses parents alors que c’est eux qui l’ont laissé (!) et il se dit, le ventre noueux :

-Je dois comprendre pourquoi toutes ces explosions nucléaires

en si peu de temps. Deux mille cinquante explosions, puis plus rien ! Pourquoi ?

L’enfant se repasse les enregistrements en boucle et en toute

désobéissance, dénombrant les explosions nucléaires comme on dénombrerait le contenu

d’un sac de billes :-Voyons, une première explosion dans le désert ; une deuxième

puis une troisième sur des humains peuplant un archipel... Puis la quatrième.

Et là, la cinquième, à l’autre bout de l’océan qui borde l’archipel... Puis, encore

trois dans ce même océan... Et, soudain, une nouvelle explosion en une zone

vierge jusqu’alors de toute flambée hydrogénée, quelque part en plein désert

dans cette vaste partie du monde terrestre continental,

à mi chemin entre le pôle et le plus petit des trois océans !

Daïk se prend à rêver de miniaturisation et de voyage vers ce monde

étrange dont il ignore les mœurs et les milliers d’idiomes tombés dans l’oubli.

Cette terre n’est qu’une terre parmi d’autres et ses propres aïeux

n’ont gardé que des bribes de son histoire. Quel dommage... Leur tâche est exclusivement

tournée vers l’exploration astronomique et métaphysique. Tous les outils

auxquels ses parents ont recours sont voués à énumérer, recenser, trier les molécules,

à calculer les distances, les densités, les forces de gravité, à explorer les trous noirs...

De son aire de jeu sidéral, il peut toucher les astres et cela est

la grande affaire des adultes, mais lui, l’enfant  aimerait comprendre ce monde qui n’intéresse plus personne.

Pourquoi s’agitent-ils ainsi autour de leur étoile ? Etudier ces peuples

ne vous intéresse-t-il donc plus, vous les adultes, qui vous passionnez

pour les univers multiples ?

Mais personne ne lui répond.

A l’heure des valises et de dire au-revoir à ses parents, l’enfant était revenu

à la charge. Sa mère, feignant de comprendre, lui avait dit alors :

-C’est donc pour cela que tu n’as rien mangé ? Pour cette espèce humaine archaïque ?

Elle ne pouvait pas le sermonner plus que ça puisque le jeûne

n’était en aucun cas répréhensible dans le monde immortel. Le qualificatif

archaïque l’étonna néanmoins. Et il sent du mépris dans les paroles de sa mère,

cela ne lui ressemblait pas. Elle s’était presque emportée...

Seigneur, cela ne lui était encore jamais arrivée !

-Ne joue plus à ce jeu stupide, tu comprends ?! Pour l’amour des cieux, Daïk !

Oublie ce monde, jette-le, jette-le loin de toi ! Oublie cette histoire d’explosions !

-Maman, on me cache des choses et je n’aime pas ça.

-Oublie, chéri, oublie tout ça…

Ce n’est pas de ton âge.

Ce n’est plus du nôtre.

Cela ne l’a jamais été et le ne sera jamais.

 

Une étoile filante traverse le ciel entre deux constellations du troisième univers.

Juste à côté : une belle supernova. Le ciel zébré, constellé de galaxies figées pour

des milliers et des milliers d’années, fait tapisserie dans sa chambre à coucher.

Il serait adulte que presque rien n’aurait changé sous la coupole

de son enfance... Amer, Daïk soupèse son bocal puis le tourne dans tous les sens

entre ses doigts. Puis, il se résigne à dégrafer les électrodes reliées à cet univers

étrange et le range sur ses étagères vitrées au milieu de tous ses artefacts.

De tous ses mondes, le monde terrien est indiscutablement

le plus intriguant. La planète Terre a toujours été un monde intriguant.

Combien d’enfants sont en train de jouer en ce moment même avec un artéfact 

galactique comparable ? Des milliers, des millions peut-être ! Mais combien

ont figé le temps sur ce point précis de l’humanité terrestre et ont déjà observé

cette série sidérante d’explosions nucléaires artificielles à la surface

d’une planète ? Probablement personne ! Daïk est le seul à être tombé sur un tel spectacle,

il en est convaincu. Son intuition lui dit que c’est une découverte aussi

incroyable que de découvrir une nouvelle dimension ! Ces adultes passent

leur temps à regarder au loin, le plus loin possible et tous ces univers

leur montent à la tête. Lui, il aimerait figer son regard et le temps sur

cette découverte d’un autre temps. Daïk a toujours été un enfant différent, l

unaire diraient les esprits chagrins. D’aucuns dira qu’il ne fera jamais rien

de son éternité, qu’il contemplera l’infini sans jamais conquérir ne serait-ce

qu’un système ! « Avoir l’éternité devant soi pour ne pas cueillir la moindre

année-lumière carrée, c’est absurde. Cet enfant est absurde... » C’est ce

qu’ils pensent tous de lui, hein ? Daïk se sent mal. Il ne s’est jamais

senti aussi mal de sa vie. On lui cache des choses alors qu’on lui a

toujours dit qu’il n’y avait rien à cacher, que rien n’était inatteignable.

On lui cache ce que personne n’aurait jamais dû voir depuis l’espace...

Aucune espèce vivante évoluée, jamais. Deux milles cinquante trois secondes

perdues dans un océan de cent quarante deux millions de milliards de secondes

à l’instant où cela s’est produit, soit une chance sur soixante-neuf

mille trois cents milliards de le découvrir !

Et cet enfant s’appelle Daïk.

 

 

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Daïk, chapitre 2 / ran niver Daouzek

DAOUZEK – 12 –

 

L’ENFANT.

Chante-moi la série du nombre douze, jusqu'à ce que je l'apprenne aujourd'hui.

 

LE DRUIDE.

— Il y a douze mois et douze signes ; l'avant-dernier, le Sagittaire, décoche sa flèche armée d'un dard.

Les douze signes sont en guerre.

La belle vache, la vache noire à l'étoile blanche au front, sort de la forêt des dépouilles ;

Dans la poitrine le dard de la flèche ; son sang coule ; elle beugle, tête levée ;

La trombe sonne : feu et tonnerre ; pluie et vent; tonnerre et feu ; rien ; plus rien ; rien, ni série !

 

lettre typo celtique P

 

ENDANT CE TEMPS, DAÏK SONGE

À L’ORIGINE du monde.

Aux théories du big-bang.

Il sait qu’il y a, dans l’infini né du chaos

nombre de civilisations

douées de conscience. Et qui

ne dit pas que l’être humain

soit l’invention d’une espèce

extra-terrestre férue de manipulations génétiques

l'observant depuis une autre dimension ?

Pour lui, l’être humain pourrait bien évoluer dans un bocal créé de toutes pièces

par une intelligence supérieure pour qui l’univers

serait de la taille d’une urne funéraire tenant dans une main.

 

Daïk s’imagine libérant une sorte de menthe religieuse affamée,

sortie d’un autre récipient. Ses pattes crochues sont sur le point de se poser

sur la surface de la Terre, prêtes à perforer la stratosphère. Avec un peu de chance,

l’irruption de l’insecte anéantira toute forme de vie avant même

que l’enfant n’ait le temps de jouer au Godzilla géant... 

Une première patte s’enfonce comme si on enfonçait un jouet contondant

dans un ballon d’anniversaire. La peau se tend, résiste, puis… soudain…

une voix venue de l’au-delà s’élève et hurle :

-A TAAAAABLE !!! N’oublie pas que nous devons partir en campagne, nous sommes

déjà en retard !

C'est sa mère.

Et l’intelligence supérieure de renoncer à perforer l’atmosphère terrestre par peur

de se faire gronder.

Daïk range son Godzilla dans son bocal. L’enfant songe aux jouets minuscules

des êtres humains et s’étonne de leur caractère inanimé :

-Ça doit être d’un ennui ! Les pauvres ! Et dire qu’ils n’ont pas songé un seul instant

à donner vie à leurs playmobiles et autres barbies surannés…

Les enfants humains semblent dépourvus d’émotions et se contentent

de jouer avec des macchabés, voilà bien un marqueur d’une civilisation dépassée !

Daïk ne croit pas à la théorie de l’élève dépassant le maître. Ce n’est pas l’ordre des choses,

même s’il concède quelques idées de génie. Leur perfectionnisme guerrier

l’a toujours sidéré. L’invention de la bombe atomique, par exemple !

Daïk se souvient avec émotion avoir vu un jour la surface terrestre se consteller

de champignons miniatures comme des pets... Une analyse un peu plus fine du

phénomène lui permit de constater qu’il s’agissait en fait d’armes de guerre :

les êtres humains venaient d’inventer l’arme de destruction massive absolue...

A l’échelle de leur espace temps, les irruptions s’étaient déroulées

de façon assez espacées. D’abord, il y eut une multitude d’explosions depuis

un prototype tiré dans l’atmosphère. Un premier tir fut expérimenté en conditions réelles

dans une région désertique puis, à plusieurs reprises, sur des êtres humains entassés

sur un petit archipel très éloigné du premier impact en plein désert... Ces deux impacts

funestes se situaient au large cette fois de la zone la plus peuplée du monde terrestre.

Vu de l’espace, il y avait de quoi s’interroger sur le phénomène : les êtres humains

visaient-ils délibérément la zone la plus densément peuplée pour toucher le plus

de monde possible et si oui, pourquoi ?

Cela répondait-il à une autre tournure d’esprit, inconnue vue depuis l’extérieur,

comme lorsqu’on ne comprend pas les logiques d’une famille tant

qu’on n’en fait pas partie ?

Le jeune extradolescent en référa à ses parents qui étudièrent le phénomène

au moyen de capteurs posés sur le bocal. Ils en conclurent que l’intention

consistait bien à viser le groupe d’êtres humains vivant sur cette île.

De nouvelles explosions, plus petites mais bien plus nombreuses, secouèrent

une autre région du monde située à mi distance entre le premier tir atomique

et la deuxième salve. En clair, c’est comme si on avait d’abord pilonné une zone

avant de changer de secteur pour tester de nouvelles armes beaucoup plus puissantes

à l’autre bout du globe !

-Pourquoi ? Pour TUER ?

-Stop ! Tais-toi !

Ses parents ont toujours tu le mot tuer ainsi que le mot détruire, parce que cela

ne doit pas faire partie de leur vocabulaire. D’ailleurs, il est formellement interdit d’aller sur

cette planète de fous furieux.

L’incompréhension resta donc de mise. Pour ses parents, autant il était aisé d’identifier

les molécules et les processus chimiques à l’œuvre, autant la logique humaine

leur échappait totalement.

Ses parents s’empressèrent de le mettre en garde sur ce point :

-Chéri, les manipulations atomiques, c’est très dangereux ! Formellement interdit,

d’accord ? Tu ne joueras pas à ça pendant notre absence ! Tu attends sagement notre retour

de campagne, promis ?

-Oui, mamaaaan.

L’enfant en vint à la conclusion suivante : plus de deux mille cinquante explosions

atomiques avaient retenti sur la Terre, la plupart sous l’eau ou en sous-sol,

et tout de même cinq cents directement dans l’atmosphère. Un truc énorme 

sur une échelle de temps aussi ridicule ! Sur ces deux mille cinquante explosions,

« seuls » les deuxièmes et troisièmes tirs (parce qu’il s’agissait bien de tirs) ciblèrent

des populations terrestres ! Daïk en retourna à son bocal en bougonnant :

-La planète Terre tourne autour d’une étoile d’une façon frénétique et constante,

comme c’est souvent le cas dans les systèmes solaires classiques. OK.

Si l’on décompose ces révolutions par un effet de ralentissement extrême,

on peut donc en conclure que ces deux mille cinquante-trois explosions

nucléaires se sont produites sur une période de l’ordre de cinquante révolutions

autour de l’étoile mère, alors que la planète existe depuis quatre milliards

et demi de révolutions ! Paaaapa, mamaaaannnn, j’ai besoin d’aide !!!

-Quoi encore, chéri ?

-J’ai un exercice de maths, là, et je ne suis pas très sûr de moi !

Oh, tiens, ça mord ! Papa-maman se prêtent illico au jeu des vérifications :

-Bon... Si c’est pour un exo de maths... Ben... Cinquante révolutions sur 4,6 milliards...

Oui, c’est bien... Tes calculs sont justes... Mais tu ne nous as pas écoutés !!! Tu arrêtes ça !!!

-Mais c’est grave !, s’emporte Daïk. Je crois que les êtres humains

sont devenus fous comme si le temps passant, ils s’étaient attelés à

l’expérimentation de nouvelles méthodes de saccage. (Il avait bien veillé à ne pas utiliser

le mot destruction formellement interdit). Pourquoi ces peuplades se comportent

comme des barbares ?

Gros yeux à facettes :

-Tu AR-RÊ-TES avec ça ! C’est compris ?

-Boh, pô juste !

Tout le repas suivant, le dernier avant que ses parents ne partent en campagne,

l’enfant bouda. Ses parents ne firent pas grand cas de ses turpitudes

et mirent ce peu d’entrain gustatif sur la teneur moléculaire du repas, 

probablement déséquilibré à +-0,2 % près : trop pauvre en zinc, pas assez de fer,

trop de sucre, pas assez d’acides gras, jamais comme il faut, quoi ! Question d’habitude...

Bon, il mangera mieux dès lors qu’il aura percé le mystère.

Faudrait pas le connaître, le petit chéri...

 *

Une légende prétend que les espèces connaissent toutes une période appelée

L’âge de l’enfant terrible. 

Curieuse expression... Alors, si tel était le cas, l'âge terrible des humains allait s’accompagner

de bouleversements biochimiques altérant jusqu’à l’équilibre environnemental global.

Outre les radiations, les teneurs en dioxyde de carbone mais aussi en métaux lourds

promettaient de s’élever de façon immaîtrisable. Des capteurs pointaient déjà d’importantes

perforations de la stratosphère près des pôles... 

Au moins, toutes ces questions avaient le mérite de lui éviter

de penser au départ imminent de ses parents. Puissent les humains se croire au bout

de la chaîne, seuls au monde ? Puissent-ils croire encore en un univers monoplan,

sans passerelles et linéaire depuis le big-bang originel ?

Et les trous noirs ?

Et l’antimatière ?

Pour la première fois de toute sa vie, l’enfant se senti borné.

Et il se dit que cela ne devait pas être une mince affaire que d’être

un simple mortel.

Daïk crut ainsi ressentir la peur de MOURIR. Ils ne se comporteraient pas de la sorte

si la mort n’existait pas. L’idée de tuer ne leur traverserait même pas l’esprit .

Non, tuer n’existerait pas, cela ne ferait pas partie de leur psyché.

Comment peut-on faire quelque chose que nous sommes incapables d’imaginer ?

L’enfant frémit à l’idée que la mort existe depuis qu’il a assisté à cette série

d’explosions atomiques. Deux ont fait mouche, il l’a vu tout de suite.

Il sait très bien pourquoi ses vieux n’ont pas insisté pour qu’il termine son repas :

un peu de télépathie, que diable ! Bien sûr qu’ils savaient pourquoi

il n’était pas dans son assiette. Mais ils ne pouvaient pas comprendre

qu’il avait compris que la mort existait pour d’autres et ce que pouvait

signifier le mot tuer, un terme méso-extraterrestre dont il avait

déjà entendu parler en laissant traîner ses oreilles indiscrètes dans les Sphères

pour adultes...

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la vie n’avait pas toujours été éternelle.

Une mort avec rien avant, rien après, est-ce de cela dont voulaient parler les anciens ?

Le néant ?

Pour la première fois aussi, Daïk se surprit à redouter

sa séparation d’avec ses parents.

Une éternité allait s’annoncer...

 

-Tu es sage, hein ? Tu as tout ce qu’il faut à la maison. De toute façon nous serons

toujours là...

-Oui, bien sûûûûr.

-Tu n’hésites pas à nous envoyer un rush en cas de souci, d’accord, chéri ?

 

Après les recommandations d’usage, et sitôt la porte de la capsule refermée,

Daïk pleura.

 

 

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Daïk, prologue

 

ISBN n° 979-10-96086-12-2

http://www.francodeport.org

(c) Tous droits de reproduction, de traduction, d’adaptation et de représentation

réservés pour tous pays.

 

Prologue

 

 

lettre typo celtique CHÉRIE, J’AI ENCORE FAIT

UN RÊVE STUPIDE.

-Super chéri !, répond Koupaïa

depuis la salle de bain.

C'est vraiment une spécialité

chez Josselin. Et bien, cette nuit, « Joss »

a rêvé qu’il visitait une maison

dans la région des Abers après

l'avoir achetée sans la voir,

et il découvrait sur place, horrifié, des fuites partout.

Au faîtage, des ballons de baudruche avaient été placés pour boucher les trous.

Le problème, c'est qu’ils se dégonflaient deux fois par jour. Du coup,

l'agent immobilier allait les regonfler façon Sisyphe.

Il était très doué pour ça. Joss était fort impressionné.

-A propos, tu as pensé à la fuite, entre le mur et la souche de cheminée ?,

s’époumone Koupaïa.

-Oui, eh bien c’est le solin en ciment qui est mort !

Joss aime ce genre de réponse, qui est une façon de se préserver

de l’effort. Comme si formuler la nature du problème revenait déjà

à solutionner le problème. Mais d’ordinaire, cette technique

de résolution para-métaphysique ne fonctionne guère plus

de deux jours. Miss revient à la charge le troisième : « Alors, la

cheminée, tu as pu regarder ? »

Regarder, litote féminine ! Comprendre : tu as pu sortir l’échelle télescopique,

le nec plus ultra de l’échelle de couvreur, potasser internet pour comprendre

comment on pose la bête, préparer un ciment, euh… un mortier,

non, un ciment avec un adjuvant hydrofuge, virer les ardoises pour

fixer l’échelle en priant le ciel que Mistinguett saura le conduire

sans paniquer aux urgences distantes de trente kilomètres - une bagatelle -,

grimper jusqu’au faitage avec un seau en équilibre précaire posé

entre deux barreaux, avancer marche par marche, redescendre

parce qu’on a fait tomber la truelle, se dépatouiller du seau

plus encombrant encore que durant la montée, réitérer la menace

et la prière, se contorsionner autour de la souche de cheminée

avec la truelle, prendre le parti de refaire un solin sur l’ancien

sans trop savoir s’il convient plutôt de le virer, tant pis, trop tard,

le coup est parti, on n’en parlera pas à madame… et redescendre en vie.

Et dire à la miss, suspicieuse :

-Ça y est, j’ai regardé !

Et là, comme par enchantement, le terme mute.

-T’as regardé ou t’as refait le solin ?, s’enquiert-t-elle.

Adieu litote, bonjour fermeté, c’est l’heure du contrôle qualité.

Et pas un mot sur l’exploit héroïque. Chérie, je suis sain et sauf, là,

tu m’as vu ? Non, normal, sinon elle aurait demandé au voisin de le faire.

L’anglais qui a une tête de plus que Joss et le nargue tous les étés

le torse nu devant la maison. Il s’installe dans le jardin sous leurs fenêtres

alors qu’il pourrait très bien faire la même chose derrière chez lui.

Tu parles de Robert Smith ? Tu rigoles, t’as vu comment ils bricolent,

les Engliches ? Ils ruinent nos longères bretonnes ouais ! Les agents

immobiliers s’arrachent les cheveux pour revendre leurs merdes

innommables une fois qu’ils se sont aperçus que la vie était

tout de même moins chère au Portugal ou dans les Carpates

parce qu’eux, ils y comprennent quelque chose à la belle finance

mondiale ! Ils se jouent des parités monétaires, sortent du brouillard

londonien comme le loup du bois quand la livre sterling est à leur

avantage... Non, tu vois, je l’ai fait, OK ? Il n’y a rien de plus

insupportable que ce genre de remerciement post-mortem :

-Non, mais sinon j’aurais demandé à…

Eh oui. La retape, c’est aussi une preuve d’amour et un éternel

recommencement, surtout lorsqu’on entame un énième chantier

assorti d’une énième ligne de crédit… Ah l’éternelle jeunesse,

comme c’est beau ! En viendra-t-il un jour à bout de cette manie ingrate

de repartir à zéro ? C’est quoi son problème ? Tenez, prenons un autre

exemple : le travail. Un éternel recommencement, là encore. Joss se la

raconterait bien un peu, tiens, pendant que Mistinguett a le dos tourné.

Deux enfants par femme, taux de natalité le plus élevé d’Europe mais

un demi-job par génération. Hé, de quoi il se plaint ? C’était il y a une

bonne quinzaine d’années. Aujourd’hui, c’est nettement pire ! Joss va-t-il

pouvoir seulement devenir stable un jour comme une bernique ?

Tout cela n’existait pas enfant dans ses études socio-playmobiliennes.

Les belles mécaniques économique et géopolitique y figuraient jusqu’au constat

cynique, mais de relations humaines... Disons plutôt des avatars de relations,

un artefact du monde.

En dépit de quelques calques intéressants, la transposition du modèle

playmologique s’est avérée très éloignée des règles socio-économiques

du monde réel. Auto-construction (ça, c’est plutôt pratique), scénarisation

de la vie (pratique, si on est édité), stéréotypie des relations humaines (déjà

très moyen), approche démiurge de la vie en société (carrément nul) !

Il a fallu une femme et un deuxième enfant pour mesurer le pouvoir

d’abstraction induit par ces petits personnages exploités à l’extrême

jusqu’à un âge bien trop tardif pour lui permettre de grandir au même

rythme que les autres. Alors, plus le temps passe et plus l’évidence

s’impose : les playmobiles ont eu le mérite d’être un retardateur

à emmerdements. Ils vous préservent de la dureté de la vie, de la maltraitance

collective. C’est excellent pour schématiser voire idéaliser les relations

humaines, excellent pour développer une approche logique de ce

qu’elles devraient être avec ses enchaînements et ses propres syllogismes

(exemple : si le playmo black fait de la politique il ne deviendra pas

chef des playmos parce qu’il n’y a pas beaucoup

de playmos black), mais en apparence, rien n’est logique.

C’est comme comprendre la signification des Rannoù, le chant des Séries.

Une révolution dans la vie de Josselin comme bientôt dans celle de Daïk.

Et il avait bien besoin de ça pour ne pas mourir d’épuisement dans

cette course stérile orchestrée par la nouvelle société régie

par l’hémisphère cérébral gauche qui est... directement connecté au majeur droit !


                                                                 

 

JOSSELIN CONSIDÈRE SON FILS JOUANT SOUS LA PLUIE EN PLEIN VENT,

en digne héritier. Il est surpris de constater à quel point l’histoire se répète :

sous ses yeux, son playmologue junior sarcle un immense bac à sable

peuplé de licornes, de personnages articulés et chimériques avec

ses vestiges de maison alsacienne, son château médiéval revisité,

ses mâchicoulis, son chemin de ronde, ses oriflammes, ses tourelles faites

de récupération agrémentées de fragments de tipis appalachiens... 

Le petit a même bâti un moulin et creusé un petit étang de ses propres

mains parachevant son œuvre une parka sur le dos. Puis, l’enfant s’est tourné

vers le soleil rasant sur le point de se faire engloutir par la tempête, et

ses mains ont glissé le long du tuyau d’arrosage, qu’il a laissé courir

entre ses doigts froids et, comme la pluie de cette fin octobre n’a pas suffi,

il a tourné le robinet du potager.

Et le petit démiurge a inondé les douves de sable humide et glacé.

Aussitôt, des excavations nouvelles se sont formées autour

de la citadelle assiégée par le nouveau déluge cataclysmique. Les basses terres

ont disparu sous les eaux. Et les eaux ont empli le bac à sable ceint

d’une muraille en ciment, œuvre fondatrice du père.

L’enfant lui dit alors que sa ville d’Ys allait résister aux assauts destructeurs

et que la ceinture maçonnée, plus solide que l’univers de sa jeune création,

était comme les limites du monde.

 

Un jour, pressentant peut-être la mort créatrice de l’enfance, il a dit à son père

qu’il y avait sûrement quelque part, sur une autre sphère, des esprits supérieurs

contemplant son œuvre et retranscrivant l’Histoire de ses peuples !

Il a la conviction qu’il y a autant d’univers que de bacs à sable,

autant de peuples que d’histoires inventées par les enfants sur Terre.

Et puisqu’il y a une fin pour tout, un jour viendra ses peuples

s’éteindront comme les Babyloniens ou les Romains se sont éteints…

Josselin saute sur l’occasion pour lui dire qu’il en sera probablement

ainsi de la mondialisation.

Son fils fait des yeux ronds.

On ne peut pas arrêter Joss dans ces cas-là, c’est plus fort que lui :

-L’uniformisation n’est que l’expression d’une bascule d’un modèle

de société vers un autre avec ses codes, en aucun cas universels,

seulement d’une contingence différente. La mondialisation n’est même pas

mondiale ni globale, elle se joue des frontières et des barrières pour

mieux en créer de nouvelles, ce qui permet de

les imposer avec d’autant plus de facilité, et c’est le but.

-Euh… Oui, papa.

Et encore, Joss s’est gardé d’enfoncer le clou : cette civilisation porte

en elle les germes de sa disparition future. Un tel discours n’est guère

motivant, mais Joss craint de toute façon que Nathan ait parfaitement

saisi son état d’esprit depuis le temps qu’il le pratique. Peut-être se doute-t-il

même que ses théories, d’un optimisme béat, donnent sur l’oreiller avec sa mère :

-L’être humain va s’éteindre, rongé par le stress qui n’est que la manifestation

biochimique d’une forme de dé-synchronie mentale. Moi je te le dis,

le stress va dévaster le monde ! Pour moi, l’homme technologique est perdu

d’avance !

-Aaaah ouiii ? C’est bien ça ! Bonne nuit, chéri…

Pauvre Koupaïa. Dans le même genre, Joss a prédit aussi le retour en force

des druides et des Pictes avec leurs tatouages et leurs rites ésotériques,

dans l’esprit du chant des Séries. Tous zébrés et chantant :

 

Daik, mab gwenn drouiz ore

Daik, petra fell dit-te ?

Petra ganin me dit-te ?

Kan din eus-a ur rann, ken a oufenn bremañ !!!…

 

Tout beau, bel enfant du Druide ; réponds-moi ; tout beau,

que veux-tu que je chante ?

Chante-moi la série du nombre un, jusqu'à ce que je l'apprenne aujourd'hui.

 

C’est la première strophe des Rannoù (Le chant des Séries),

ce fameux chant breton collecté par Théodore Hersart de la Villemarqué

dit Kervarker (in Barzaz Breiz, 1846). Il s’agit de l’une des pierres angulaires

du patrimoine oral druidique évoquant l’enseignement

spirituel et philosophique d’un enfant par un druide.

Eh bien, Joss kiffe le Chant des Séries.

 

-... ♪ Et les Indiens et les Pygmées referont surface avec leurs cheveux

colorés et leurs corps dénudés, et avec tout plein d’autres rites encore ! 

-Essaye de dormir un peu, chéri, tu veux... ?

 

Dans la foulée de l’emménagement dans leur nouvelle longère bretonne,

Nathan a très vite conquis le jardin familial.

Il y prospère dans l’allégresse et érige des châteaux gigantesques.

Nathan a déjà une autre idée derrière la tête : « Un jour, je bâtirai

d’autres structures avec du sable de grand et du ciment ! »

Ses parents n’ont jamais entravé cet élan créateur, n’en déplaise

aux esprits qui voudraient le voir grandir plus vite que les autres.

En fait, ils sont assez convaincus qu’il est très conscient de ce qu’il entreprend.

Le discours des parents type est de considérer qu’ainsi va la vie

et que l’enfance est l’âge d’or du monde, le sel philosophique.

Son cortex cérébral est encore protéiforme, limite en bordel,

mais c’est une chance, car le petit ne s’est pas encore acharné

à privilégier cette petite partie du cerveau concentrationnaire

qui est sollicitée par les tenants de l’hyperspécialisation. La révolution

qui se profile, celle de la mondialisation et des nouvelles technologies,

n’exige-t-elle pas une concentration de la matière grise dans un point

précis du cerveau avec le risque de se retrouver exclu, de fait, le jour

où il conviendra de suivre la dernière mode comme sortie d’un chapeau ?

Dernière norme qui décrètera, du jour au lendemain,

qu’il convient de cultiver le champ d’à côté sur l’ode suivante :

« Hé les mecs, à trois, tout le monde change de cerveau ! »

... (sic) ! 

De la même manière, Nathan craint de devoir sacrifier l’étendu

de son cortex au profit d’une sorte d’hyper-culture d’un tout petit territoire

cérébral aussi glorieux qu’aliénant. Il pense qu’il ne sera jamais le meilleur

en rien, jamais le premier ni le dernier. Pour lui, cette quête est impossible.

Il confesse déjà à ses parents qu’il préfère renoncer à ce qui fait

pourtant le triomphe des espèces : l’ambition et le manque d’humilité.

 

Le château résiste, malgré la pluie et le vent. Joss emboîte le pas

à l’enfant qui boutonne sa parka sous l’œil de sa maman. Elle se garde

de le presser de rentrer à la maison parce qu’elle a compris que c’est

sa vie et qu’il la passera à explorer ce territoire sans autre approche

qu’une sorte d’intuition ascientifique.

Et sa douce maman se dit parfois qu’elle doit être aussi folle que son père

pour le laisser faire ça...

 

 

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D'où viennent les Bretons ? - édit 2017

 

celtes-d'où viennent les bretons

Les derniers commentaires sur cette note, qui est l'une des plus consultées au demeurant depuis 2006 (voir également en rubrique "Ethnologie" Origine des Bretons) amène à rouvrir les débats et la discussion en vue de réamender le texte, le cas échéant. Avis à tous les fins connaisseurs, à commencer par J.-C. Even, qui a rouvert la question. N'hésitez pas à confirmer ou infirmer point par point :

 

D'où viennent les Bretons ? Combien étaient-ils à leur arrivée en Armorique ? Pourquoi et comment sont-ils arrivés en Armorique ? Une part de mythe demeure sur ce qui a été indiscutablement l'un des plus importants mouvements d'immigration en Europe au cours du premier millénaire. Un mouvement original et pacifique, qui s'est étalé dans le temps, sur des siècles.

Allons tout d'abord à la source. Installés dans les îles britanniques à la veille des premières grandes migrations en Armorique, les Bretons descendaient eux-mêmes de tribus celtes continentales, selon toute vraisemblance installées dans l'actuelle Belgique. Mais si l'on veut remonter encore plus loin, il est également fort vraisemblable que ces mêmes tribus celtes provenaient d'un triangle allant du sud de l'Allemagne à la Suisse en passant par l'Autriche : c'est là que se situait le noyau primitif même des Celtes (civilisations de Hallstatt et civilisation de la Tène), eux mêmes descendants de l'une des branches indo-européennes... D'Asie, donc.
S'agissant de l'Armorique, celle-ci était essentiellement peuplée avant l'arrivée des Bretons de tribus gauloises, telles les Osismes, les Coriosolites ou encore les Vénètes. Plus ou moins romanisées, ces peuplades celtes avaient elles-mêmes développé des liens commerciaux ou guerriers avec les îles britanniques : après la révolte et la défaite des Vénètes en 56 av.J.C, des Armoricains s'embarquèrent en effet vers l'île de Bretagne. Ces précisions ont leur importance, car elles préfigurent et expliquent en partie pourquoi l'arrivée des Bretons, ce mouvement d'immigration massif, s'est produit pour l'essentiel pacifiquement, par assimilation.
L'arrivée des premiers Bretons. Contrairement à une idée reçue, l'arrivée des premiers Bretons en Armorique, à la fin du IVe et au Ve siècle, dut beaucoup aux Romains, qui recourirent aux Bretons afin de protéger le littoral nord de l'Armorique et donc de défendre les côtes de l'Empire romain contre les pillards saxons et peut-être irlandais.
Ce flux d'immigration, contrôlé, encadré, préfigura un autre mouvement d'une toute autre ampleur, qui se produisit entre les Ve et VIIe siècle. Ce mouvement dut davantage, dans un premier temps, aux menaces d'invasion des Pictes de Calédonie (actuelle Ecosse) et des Scots d'Irlande qu'à celles des Angles et des Saxons.
Confrontés à l'invasion des Pictes et des Scotts, les Bretons décidèrent en effet de recourir à des mercenaires du Jutland (actuel Danemark). Seulement voilà : peu loyaux, les Jutes se retournèrent contre les Bretons et s'allièrent à d'autres tribus germaniques, qui les rejoignirent dans leur invasion des îles britanniques : les Angles et les Saxons. Les premiers occupèrent rapidement la côte nord-est de l'actuelle Angleterre (East Anglia), tandis que les seconds envahirent l'actuel bassin de Londres (d'où les noms de Sussex et d'Essex, par exemple).
La poussée anglo-saxonne. Les Bretons furent chassés et acculés sur la côte ouest de l'île de Bretagne, en Powys et Gwent (Pays de Galles) et en Domnonée (Cornouailles et Devon). Concentrés sur un plus petit territoire, les Bretons se trouvèrent à la fois menacés et confrontés à un problème de surpopulation. Cette poussée des Angles et des Saxons se traduisit ainsi par de nouvelles vagues de migrations, effectivement beaucoup plus importantes.
Une fois de plus, ce mouvement ne fut nullement anarchique et désordonné. Il s'agissait véritablement de troupes (ou de boats-people !) qui arrivaient à intervalles réguliers chez leurs compatriotes déjà fixés en Armorique avec femmes, enfants, chefs politiques et religieux (les fameux saints bretons). Ils achetaient des terres ou négociaient leur cession. Leur accueil était facilité par la présence d'autres Bretons, donc, mais aussi par les autochtones gaulois, qui présentaient des similitudes évidentes, tant linguistiques que culturelles. Bretons et Gaulois parlaient d'ailleurs des langues appartenant au même groupe de langues celtiques : celles du groupe brittonique ou p-celtic (par opposition au groupe gaëlique ou q-celtic).
Des nuances de peuplement. Si l'origine des Bretons est grosso modo bien connue, il est intéressant de rappeler que le peuplement par les Bretons s'est fait différemment selon les régions d'Armorique.
Ainsi, le nord de l'Armorique (notamment le Trégor) a-t-il été massivement peuplé par les Bretons de Domnonée (actuels Devon et Somerset), au point de lui transmettre son nom. Il en va de même de la Cornouaille (sud Finistère), massivement peuplée par les Bretons de Cornouailles britannique.
Les Bretons de l'actuel pays de Galles, de leur côté, ont plutôt peuplé le Léon et le pays Vannetais. A noter d'ailleurs la particularité du pays Vannetais, où le mouvement de migration n'a pas totalement submergé les autochtones. C'est d'ailleurs la principale explication de la différence linguistique du Vannetais. Si les trois dialectes bretons dits KLT de Cornouaille, du Léon et du Trégor sont proches, le Vannetais diffère sensiblement : notamment parce que le Vannetais est plus proche du gaulois. Les Vénètes y ont davantage imprimé leur trace que les autres peuplades gauloises d'Armorique, plus faibles.
Quelle fut la proportion d'immigrants dans la population (...) ? Les historiens peinent à quantifier la proportion d'immigrants bretons. Le débat n'est d'ailleurs pas clos sur cette question. Mais certains historiens avancent toutefois le nombre d'environ 30 à 50 000 immigrants bretons des îles britanniques entre les Ve et VIIe siècle. Ce qui est considérable. Car on peut estimer à l'époque la population de l'actuelle Bretagne à environ 100 000 âmes. Dans la moitié ouest de la Bretagne, le nombre d'immigrants a donc selon toute vraisemblance supplanté celui des autochtones, en particulier en Domnonée et en Cornouaille.
Il n'en reste pas moins que les bretons ont également peuplé l'est de la Bretagne, notamment jusqu'à une ligne allant du Mont-Saint-Michel aux portes de Nantes, mais il est vrai dans une moindre proportion et parfois par îlot. Ainsi, des zones ont été assez fortement peuplées par les Bretons, telle la presqu'île de Guérande et la région de Dol et Saint-Malo.

Force est donc de constater que la Bretagne est largement peuplée d'immigrés, auxquels il convient d'ajouter d'autres vagues d'immigration, notamment irlandaises (lors de l'évangélisation de la Bretagne puis, beaucoup plus tard, lors de la grande famine du XIXe siècle).

>Lire aussi : http://breizhblog.canalblog.com/archives/2017/11/04/35836260.html

Voyage dans le ventre de la bête industrielle

 

acierie 1

 

Ca commence comme dans un film de science fiction. On pense à Valérian et Laureline, à Blade Runner ou au 5e Elément...

 

acierie 4 

 

Sauf que c'est bien réel. Il y a l'odeur, âpre, métallique, forcément. La chaleur, le bruit.

Dans un ululement de machines, le corps de la bête s'ouvre. 

 

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Un homme est aux commandes. Insatiable, le chaudron de quatre tonnes est prêt à engoutir sa pitance. 

 

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Il dévore toutes les deux heures des abats industriels et des corps démembrés de métal.

Des corps dont vous vous êtes vous-mêmes, peut-être, débarrassés un jour, dans une obscure décheterie...

 

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Obscure comme ce décor onirique, cerné par la ville.

 

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Mais las ! La besogne n'est pas accomplie. Il faut faire chauffer le ventre de la bête. Le porter à près de 1.700 °c...

 

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... tout ça pour faire du produit de nos forfaits consuméristes... de nouvelles créatures.

 

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La coulée est déversée dans des moules bruts : ils donneront naissance à des corps de pompe pour l'industrie pétrolière, à des sabots et des éléments de freinage pour trains et tramways, des éléments mécaniques pour camions militaires...

 

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Bienvenue aux Aciéries de Ploërmel, pour cette visite guidée insolite dont je ne suis pas revenu tout à fait indemme.

L'un des derniers vestiges en activité du genre en France poursuit en l'occurrence sa mue. Les aciéries (95 salariés) devraient achevé en 2019 leur déménagement titanesque, entamé en 2011, et ayant mobilisé déjà quelque 12 millions d'euros d'investissement. Après les ateliers de finition, c'est cette fonderie à arc (par électrolyse) ci-dessus qui doit à son tour déménager pour rejoindre le nouveau site industriel à l'autre bout de la ville.

Un site plus moderne, plus performant et moins énergivore (à induction). Ainsi, évoluera-t-il enfin à l'abri d'un voisinage urbain qui n'avait plus grand chiose à voir avec celui qui présida à cette aventure industrielle, il y a plus d'un siècle...

 

A lire : l'article complet - et plus factuel - sur le site du Journal des entreprises.

D'autres news éco radiophoniques en Morbihan: http://laradiodesentreprises.com/broadcast/173039-L-Eco-dans-le-Morbihan

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Station de ski en Bretagne : les hauts Bretons n'ont pas dit leur dernier mot !

 

station de ski bretonne

 

Voici le toit de la Bretagne et du massif armoricain.

Vous avez probablement entendu parler du projet Menez Are 400, mené par l'association des Skieurs bretons ? Les journaux télévisés de 13 h  en ont fait l'écho, en décembre dernier, avec des images saisissantes...

 

station de ski en bretagne menez are 400

 

Personnellement, je suis fan ! J'ai hâte que le projet sorte enfin de terre (gelée)...

 

menez are 400

 

Ne pas pouvoir skier en Bretagne, c'est LA FRUSTRATION ABSOLUE !!! d'ici à ce que le Gulf Stream nous lâche les sabots "grâce" au réchauffement climatique. 

 

menez are 400

 

Mais les skieurs bretons peuvent-ils faire des miracles ? Certes, ils ont déjà implanté une remontée mécanique à Saint-Rivoal. Trop forts. Mais quid de la neige ?

De la neige, ici, il en tombe... quelquers jours par an, au mieux. De mémoire d'internaute, à Saint-Rivoal, on peut trouver ça (merci Lud29) :

 

67805100220121344

 

J'avais en mon temps posté quelques témoignages émus, un peu plus près du littoral :

 

35485750

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Mais le fond du problème, outre la neige (petit problème), c'est l'autorisation d'exploiter dans un tel site naturel. Car vous l'avez bien compris, la remontée mécanique de Saint-Rivoal est une incrustation, fort réussie, réalisée par l'association des Skieurs bretons...

Or, il y a une autre solution, bien plus sérieuse. Et je le dis bien fort : c'est du côté de la Haute Bretagne qu'il faut se tourner !

La première station de ski bretonne existe. Elle est sous nos yeux :

 

76559687

 

Suggérons de l'appeler Abbaretz 121.

Le sommet de ce terril d'étain se site en l'occurrence 5 mètres plus haut que le point culminant officiel de la Loire-Atlantique (colline de la Bretèche), Or, Abbaretz 121 a déjà ses aficionados :

 

76559671

 

Militons donc pour la création d'une remontée mécanique et l'ouverture d'au moins une piste en serpentin sur un mix à base de sel issu des marais salants ou, moins abrasif j'en conviens, de poudre d'étain...

Je vous le dis : les Hauts Bretons n'ont pas dit leur dernier mot.

Ne reste plus qu'à trouver les investisseurs !

 

Ur vranig a oa e kreiz ar c'hoad...

 

corbeau

86765200_o

A redécouvrir, un air traditionnel breton joliment interprété :

Ur vranig a oa e kreiz ar c'hoad,

Kanañ a rae a-hed an deiz

Kan, branig, branig, kan !

'vit plijadur vras hon diouskouarn

*

Il y avait une petite corneille dans les bois

Elle chantait toute la journée

Chante, petite corneille, oetite corneille, chante !

Pour le grand plaisir de nos oreilles

*

#4 - Ur vranig :

http://bed.ar.vuhezourien.free.fr/radio.blog/?autoplay=3

https://doriandre.wordpress.com/2012/11/

http://legueuloire.canalblog.com/archives/2013/05/20/27202059.html

 

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Chapelle Saint-Philibert, Morbihan

Chapelle Saint-Philibert, Bretagne, janvier 2017.

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L'autre choc de civilisation

choc de civilisation

 

La voiture passe, le menhir demeure.

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Rétro éco #56, fin 2016

multiplast2

Septembre 2016, Vannes. L'entreprise Multiplast (150 salariés) inaugure son 4e hall. Spécialisée dans le composite haut de gamme (la plupart des bateaux de course au large sort de ses ateliers), l'entreprise part à l'assaut de l'aéronautique. Elle réalise notamment une partie du SolarImpulse, premier avion entièrement solaire ayant fait le tour du monde.

cyberdéfense

Octobre 2016, Vannes. Après l'armée de Terre, l'armée de l'Air, la Marine, le Cyber constitue le quatrième bras armé de la Défense. Il rassemble 2.500 hommes et femmes - essentiellement en Bretagne - et les besoins vont crescendo. Pour faire face, l'Université de Bretagne Sud inaugure un pôle de formation en lien avec la Défense et plusieurs sociétés spécialisées comme Bluecyforce. Cinquante ingénieurs sont formés chaque année sur le site.

mille sabords

Octobre 2016, Arzon. Cliché insolite : une partie du bureau de l'association qui organise le salon nautique Mille Sabords, pendant les vacances de la Toussaint. Le premier salon nautique d'occasion d'Europe attire jusqu'à 60.000 visiteurs et génère 12 millions d'euros de retombées à chaque édition. Environ 300 bateaux y changent de main en l'espace de quatre jours seulement.

liger

hollande 1

Novembre 2016, Locminé. Deux clichés pour un même événement. Le chef d'Etat inaugure la première unité décarbonée d'Europe destinée à recycler déchets industriels et végétaux en électricité, biogaz GNV, et en engrais vert. L'économie circulaire vertueuse sous toutes ses formes va permettre aux usines agroalimentaires et au transport routier de devenir, demain, totalement non polluants.

guyader kervignac

Novembre 2016, Kervignac. Plus à l'ouest, non loin de Lorient, l'agroalimentaire pousse les murs. Guyader Gastronomie lance la construction d'une nouvelle usine pour ses plats préparés (cakes salés). Objectif : multiplier par 3 le CA de l'actuelle unité de Kervignac, arrivée à saturation. D'une manière générale, le dernier trimestre 2016 renoue avec la croissance. En Morbihan, plusieurs inaugurations et acquisitions d'envergure se sont succédé après plusieurs trimestres d'activité en dents de scie. 

Photos : X.E.

Pour en savoir plus : 

Morbihan : Actualité des entreprises et vie économique - Le Journal des entreprises

Le Journal des entreprises - Morbihan


Le Journal des entreprises : Actualité des entreprises et vie économique

Le Journal des Entreprises diffuse l'actualité économique de 22 régions auprès des dirigeants de PME: informations sociétés, témoignages de chefs d'entreprises, lettre d'information sur la vie économique régionale, dossiers sur la gestion d'entreprise. Alertes par email, personnalisation, archivage, fil info, vidéos - National

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