18 août 2006
D'Où VIENNENT LES BRETONS ? COMMENT ONT-ILS PEUPLÉ L'ARMORIQUE ?

D'où viennent les Bretons ? Combien étaient-ils à leur arrivée en Armorique ? Pourquoi et comment sont-ils arrivés en Armorique ? Une part de mythe demeure sur ce qui a été indiscutablement l'un des plus importants mouvements d'immigration en Europe au cours du premier millénaire. Un mouvement original et pacifique, qui s'est étalé dans le temps, sur des siècles.
Allons tout d'abord à la source. Installés dans les îles britanniques à la veille des premières grandes migrations en Armorique, les Bretons descendaient eux-mêmes de tribus celtes continentales, selon toute vraisemblance installées dans l'actuelle Belgique. Mais si l'on veut remonter encore plus loin, il est également fort vraisemblable que ces mêmes tribus celtes provenaient d'un triangle allant du sud de l'Allemagne à la Suisse en passant par l'Autriche : c'est là que se situait le noyau primitif même des Celtes (civilisations de Hallstadt et civilisation de la Tène), eux mêmes descendants de l'une des branches indo-européennes... D'Asie, donc.
S'agissant de l'Armorique, celle-ci était essentiellement peuplée avant l'arrivée des Bretons de tribus gauloises, telles les Osismes, les Coriosolites ou encore les Vénètes. Plus ou moins romanisées, ces peuplades celtes avaient elles-mêmes développé des liens commerciaux ou guerriers avec les îles britanniques : après la révolte et la défaite des Vénètes en 56 av.J.C, des Armoricains s'embarquèrent en effet vers l'île de Bretagne. Ces précisions ont leur importance, car elles préfigurent et expliquent en partie pourquoi l'arrivée des Bretons, ce mouvement d'immigration massif, s'est produit pour l'essentiel pacifiquement, par assimilation.
L'arrivée des premiers Bretons. Contrairement à une idée reçue, l'arrivée des premiers Bretons en Armorique, à la fin du IVe et au Ve siècle, dut beaucoup aux Romains, qui recourirent aux Bretons afin de protéger le littoral nord de l'Armorique et donc de défendre les côtes de l'Empire romain contre les pillards saxons et peut-être irlandais.
Ce flux d'immigration, contrôlé, encadré, préfigura un autre mouvement d'une toute autre ampleur, qui se produisit entre les Ve et VIIe siècle. Ce mouvement dut davantage, dans un premier temps, aux menaces d'invasion des Pictes de Calédonie (actuelle Ecosse) et des Scots d'Irlande qu'à celles des Angles et des Saxons.
Confrontés à l'invasion des Pictes et des Scotts, les Bretons décidèrent en effet de recourir à des mercenaires du Jutland (actuel Danemark). Seulement voilà : peu loyaux, les Jutes se retournèrent contre les Bretons et s'allièrent à d'autres tribus germaniques, qui les rejoignirent dans leur invasion des îles britanniques : les Angles et les Saxons. Les premiers occupèrent rapidement la côte nord-est de l'actuelle Angleterre (East Anglia), tandis que les seconds envahirent l'actuel bassin de Londres (d'où les noms de Sussex et d'Essex, par exemple).
La poussée anglo-saxonne. Les Bretons furent chassés et acculés sur la côte ouest de l'île de Bretagne, en Powys et Gwent (Pays de Galles) et en Domnonée (Cornouailles et Devon). Concentrés sur un plus petit territoire, les Bretons se trouvèrent à la fois menacés et confrontés à un problème de surpopulation. Cette poussée des Angles et des Saxons se traduisit ainsi par de nouvelles vagues de migrations, effectivement beaucoup plus importantes.
Une fois de plus, ce mouvement ne fut nullement anarchique et désordonné. Il s'agissait véritablement de troupes (ou de boats-people !) qui arrivaient à intervalles réguliers chez leurs compatriotes déjà fixés en Armorique avec femmes, enfants, chefs politiques et religieux (les fameux saints bretons). Ils achetaient des terres ou négociaient leur cession. Leur accueil était facilité par la présence d'autres Bretons, donc, mais aussi par les autochtones gaulois, qui présentaient des similitudes évidentes, tant linguistiques que culturelles. Bretons et Gaulois parlaient d'ailleurs des langues appartenant au même groupe de langues celtiques : celles du groupe brittonique ou p-celtic (par opposition au groupe gaëlique ou q-celtic).
Des nuances de peuplement. Si l'origine des Bretons est grosso modo bien connue, il est intéressant de rappeler que le peuplement par les Bretons s'est fait différemment selon les régions d'Armorique.
Ainsi, le nord de l'Armorique (notamment le Trégor) a-t-il été massivement peuplé par les Bretons de Domnonée (actuels Devon et Somerset), au point de lui transmettre son nom. Il en va de même de la Cornouaille (sud Finistère), massivement peuplée par les Bretons de Cornouailles britannique.
Les Bretons de l'actuel pays de Galles, de leur côté, ont plutôt peuplé le Léon et le pays Vannetais. A noter d'ailleurs la particularité du pays Vannetais, où le mouvement de migration n'a pas totalement submergé les autochtones. C'est d'ailleurs la principale explication de la différence linguistique du Vannetais. Si les trois dialectes bretons dits KLT de Cornouaille, du Léon et du Trégor sont proches, le Vannetais diffère sensiblement : notamment parce que le Vannetais est plus proche du gaulois. Les Vénètes y ont davantage imprimé leur trace que les autres peuplades gauloises d'Armorique, plus faibles.
Quelle fut la proportion d'immigrants dans la population d'Armorique ? Les historiens peinent à quantifier la proportion d'immigrants bretons. Le débat n'est d'ailleurs pas clos sur cette question. Mais certains historiens avancent toutefois le nombre d'environ 30 à 50 000 immigrants bretons des îles britanniques entre les Ve et VIIe siècle. Ce qui est considérable. Car on peut estimer à l'époque la population de l'actuelle Bretagne à environ 100 000 âmes. Dans la moitié ouest de la Bretagne, le nombre d'immigrants a donc selon toute vraisemblance supplanté celui des autochtones, en particulier en Domnonée et en Cornouaille.
Il n'en reste pas moins que les bretons ont également peuplé l'est de la Bretagne, notamment jusqu'à une ligne allant du Mont-Saint-Michel aux portes de Nantes, mais il est vrai dans une moindre proportion et parfois par îlot. Ainsi, des zones ont été assez fortement peuplées par les Bretons, telle la presqu'île de Guérande et la région de Dol et Saint-Malo.
Force est donc de constater que la Bretagne est largement peuplée d'immigrés, auxquels il convient d'ajouter d'autres vagues d'immigration, notamment irlandaises (lors de l'évangélisation de la Bretagne puis, beaucoup plus tard, lors de la grande famine du XIXe siècle). Peut-on y voir l'une des raisons de la faible implantation du vote d'extrême droite en Bretagne ? C'est une explication avancée par certains sociologues. Parmi d'autres...
01 juin 2006
PETITE RADIOSCOPIE DES PAYS CELTIQUES...
Voici une petite radioscopie des pays celtiques. Une comparaison qui permet notamment de mieux apprécier la place de la Bretagne parmi les pays celtiques. Un rang intermédiaire qui relève toutefois quelques surprises. Ainsi, le breton est la langue la plus parlée en proportion dans la population après le gaélique en Irlande et le gallois au Pays de Galles. Deuxième région celtique (considérée à chaque fois avec la Loire-Atlantique) par la population, la Bretagne est 3e en terme de poids économique, après l'Irlande et l'Ecosse. Son PIB/h est également au 3e rang après l'Irlande et l'Ecosse, devant l'Ïle de Man, le Pays de Galles, la Cornouailles britannique et enfin la Galice. Autre information intéressante : le taux de chômage breton se situe certes loin derrière celui de Man, de l'Irlande, des Pays de Galles et de l'Ecosse, mais à un niveau bien en-deçà toutefois de la Galice et, même si les statistiques n'y existent pas, de la Cornouailles britannique.
La présentation de chaque nation celte est proposée par ordre décroissant de population :

SCOTLAND / ALBA
POPULATION : 5 062 000 hab.
SUPERFICIE : 78 790 km2
DENSITÉ : 64 h/km2
CAPITALE : EDIMBOURG (550 000 hab.)
PRINCIPALES VILLES : Glasgow (770 000 hab.), Aberdeen (205 000 hab.)
STATUT : province autonome
PIB (milliards d'euros) : 124
PIB/hab (euros) : 24 500
Chômage : 3,5 %
Langue celtique : gaélique d'Ecosse ou erse (gàidhlig)
% de celtophones : 1,3 % (dans l'extrême nord-ouest et dans les îles d'Ecosse).
Statut de la langue : langue non officielle, non reconnue par le Parlement britannique. Enseignée dans des écoles bilingues. Nombre de locuteurs en baisse continue. A noter que le scot (langue non celtique, mais appartenant au groupe germanique) est parlé par 2,0 % des Ecossais et n'est pas non plus reconnu.

BRETAGNE / BREIZH
POPULATION : 4 213 000 hab.
SUPERFICIE : 34 070 km2
DENSITÉ : 124 h/km2
CAPITALE : RENNES (conseil régional, 325 000 hab.)
PRINCIPALES VILLES : Nantes (580 000 hab.), Brest (200 000 hab.)
STATUT : région
PIB (milliards d'euros) : 97
PIB/hab (euros) : 23 100
Chômage : 7,9 %
Langue celtique : breton (brezhoneg)
% de celtophones : entre 6 et 10 % (dont entre 1 % et 2 % en Haute-Bretagne, entre 8 et 16 % dans le pays vannetais, 25 % dans le Trégor, 25 % dans le Léon et près de 40 % en Cornouaille - à ne pas confondre avec la Cornouailles britannique).
Statut de la langue : langue non officielle, non reconnue par la France, mais reconnue par la région Bretagne. Enseignée dans des écoles bilingues. Nombre de locuteurs en baisse continue. A noter que le gallo (langue non celtique, mais appartenant au groupe roman) est parlé par moins de 2 % des Bretons et n'est pas non plus reconnu.

IRELAND / EIRE
POPULATION : 4 000 000 hab.
SUPERFICIE : 70 280 km2
DENSITÉ : 57 h/km2
CAPITALE : DUBLIN (1 100 000 hab.)
PRINCIPALES VILLES : Cork (190 000 hab.), Limerick (100 000 hab.)
STATUT : état indépendant
PIB (milliards d'euros) : 129
PIB/hab (euros) : 31 200
Chômage : 4,5 %
Langue celtique : gaélique d'Irlande (gaeilge)
% de celtophones : 33 % (mais selon certains linguistes, 10 % le parlent couramment). Dans les Gaeltachtai, enclaves dans l'extrême ouest de l'Irlande, la proportion avoisine les 70 %.
Statut de la langue : langue officielle comme l'anglais, enseignement désormais obligatoire (la proportion de gaélisant progresse donc de nouveau).

WALES / CYMRU
POPULATION : 2 903 000 hab.
SUPERFICIE : 20 720 km2
DENSITÉ : 140 h/km2
CAPITALE : CARDIFF (305 000 hab.)
PRINCIPALES VILLES : Swansea (225 000 hab.), Aberystwyth (80 000 hab.)
STATUT : province autonome
PIB (milliards d'euros) : 60
PIB/hab (euros) : 20 500
Chômage : 4,4 %
Langue celtique : gallois (cymraeg)
% de celtophones : 19 %, essentiellement dans le nord et l'ouest du pays de Galles.
Statut de la langue : langue officielle reconnue par le Parlement britannique et par le Parlement gallois. Enseignement obligatoire. Le nombre de locuteurs est de nouveau en hausse depuis les années 90.

GALICIA / GALIZIA
POPULATION : 2 871 000 hab.
SUPERFICIE : 29 540 km2
DENSITÉ : 97 h/km2
CAPITALE : ST-JACQUES DE COMPOSTELLE (95 000 hab.)
PRINCIPALES VILLES : La Corogne (1 100 000 hab.), Vigo (410 000 hab.)
STATUT : région autonome
PIB (milliards d'euros) : 42
PIB/hab (euros) : 14 600
Chômage : 12 %
Langue celtique : aucune
% de celtophones : 0 %
Statut de la langue : aucune langue celtique n'est parlée. En revanche, le galicien (langue romane) est parlé par la majorité de la population et est proche du Castillan. La Galice doit son appartenance (certes discutée) aux pays celtiques du fait de son peuplement celtibère.

CORNWALL / KERNOW
POPULATION : 480 000 hab.
SUPERFICIE : 3 500 km2
DENSITÉ : 132 h/km2
CAPITALE : TRURO (20 000 hab.)
STATUT : aucun statut, comté d'Angleterre
PIB (milliards d'euros) : 7
PIB/hab (euros) : 15 000
Chômage : ND.
Langue celtique : cornique (kernewek)
% de celtophones : 0,1 % (environ 400 locuteurs)
Statut de la langue : le cornique n'est pas reconnu. Cette langue celtique, proche du breton, s'est éteinte au XIXe siècle. Elle est toutefois réintroduite depuis quelques années dans une douzaine d'écoles bilingues.

ISLE OF MAN / ELLAN VANNIN
POPULATION : 76 000 hab.
SUPERFICIE : 570 km2
DENSITÉ : 133 h/km2
CAPITALE : DOUGLAS (35 000 hab.)
STATUT : province autonome
PIB (milliards d'euros) : 2
PIB/hab (euros) : 22 300
Chômage : 0,6 %
Langue celtique : mannois (manx)
% de celtophones : 0,5 %
Statut de la langue : le manx est depuis peu reconnu. Cette langue celtique proche du Gaélique d'Ecosse est enseigné dans quelques écoles bilingues.
26 mai 2006
LANGUE BRETONNE : QUELS ENJEUX, AU FAIT ?

La lecture d'un commentaire de Missines m'a fait réaliser combien on pouvait parfois - et c'est particulièrement vrai lorsque l'on est journaliste - s'éloigner d'une problématique et manquer de pédagogie quand on a l'habitude de suivre un sujet quasi quotidiennement.
En l'occurrence, son comm' m'a fait prendre conscience qu'il n'est pas toujours très aisé de saisir les tenants et les aboutissants des revendications actuelles concernant la langue bretonne. Quel est le problème ? Pourquoi manifester alors que des classes en breton ouvrent un peu partout ? Ils n'en ont jamais assez ? Quid de cette histoire de charte européenne des langues régionales ? Est-ce si important que cela ?
C'est clair qu'il y a de quoi y perdre son breton ! Merci Missines, donc, pour ce commentaire.
Je vais donc tâcher de résumer la situation, il est vrai complexe.
Actuellement, existent en Bretagne trois filières d'enseignement pour apprendre le breton : Div Yezh (écoles publiques), Dihun (écoles privées catholiques) et Diwan (association). Ces trois filières scolarisent 10 400 enfants cette année, sur les cinq départements historiques bretons, Finistère et Morbihan en tête. Cela représente un peu plus de 2 % des enfants scolarisés en Bretagne.
A côté de cela, le breton, parlé par plus d'un million de locuteurs jusqu'à la Grande guerre, est aujourd'hui parlé par environ 250 à 400 000 personnes, selon les statistiques. Ce nombre ne fait que baisser : il meurt environ 10 000 Bretonnants de naissance par an. Le calcul est donc facile : à ce rythme, extinction de la langue dans 25 à 40 ans maximum. Une génération, deux tout au plus.
L'enjeu aujourd'hui pour toutes celles et ceux qui sont attachés au breton est de sauvegarder la langue. En gros, de stabiliser le nombre de locuteurs à un niveau acceptable pour que la langue ne soit pas confinée à une sorte de ghetto culturel, élitiste, mais qu'elle soit parlée par une fraction conséquente de la population.
Contrairement à une idée reçue, l'enjeu, précisons-le d'emblée, n'est donc pas de faire en sorte que la totalité des Bretons apprennent le breton, qui n'a du reste jamais été parlé à l'est d'une ligne allant de Saint-Malo à Savenay, en gros.
Si l'on voulait stabiliser le nombre de locuteurs à environ 400 000 personnes - ce qui serait déjà énorme - il faudrait donc 10 000 nouveaux élèves inscrits chaque année. C'est le nombre d'enfants actuellement scolarisés, mais en tout et pour tout, de la maternelle au lycée ! Pour compenser ces 10 000 locuteurs morts chaque année, c'est en réalité 50, 60 voire 70 000 enfants scolarisés qu'il faudrait atteindre !
Actuellement, ils sont 10 400. Et l'on compte à peine 1 000 nouveaux scolarisés chaque année. 1/10e de ce qu'il faudrait.
Les défenseurs actifs de la langue bretonne (office de la langue bretonne, conseil culturel de Bretagne, commission sur la langue bretonne à la Région et surtout, une foultitude d'associations culturelles ou festives, de particuliers, d'enseignants et de parents d'élèves) s'accordent dans leur grande majorité à estimer qu'il serait déjà "optimiste" de stabiliser le nombre de locuteurs aux environs de 100 à 200 000 personnes...
Pour cet objectif plus raisonnable, la Région Bretagne et d'autres acteurs ont estimé qu'il conviendrait déjà d'atteindre les 20 000 élèves scolarisés en 2010. Le double d'ici 4 ans. Un rythme de progression de 20-25 %/an contre à peine 10 % actuellement.
Rien que cela semble déjà irréaliste, malgré un engagement très officiel pris en ce sens par la région Bretagne.
Face à cela et à l'urgence de la situation (dans 4 ans, le nombre de locuteurs aura encore baissé de près de 40 000 personnes), des manifestations sont régulièrement organisées.
Face aux multiples freins qui existent, beaucoup se disent que l'on ne sauvera jamais la langue si l'on continue comme cela, en étant tributaire du bon vouloir de l'Etat, et réclament le transfert de la compétence enseignement des langues régionales (à défaut du transfert de compétence de l'Enseignement tout court, ce qui serait anticonstitutionnel en France et donc parfaitement utopique !). Ce ne serait dès lors plus l'Etat français, mais la Région Bretagne qui assurerait le développement de ces filières, avec sûrement plus de bonne volonté.
Voilà pour les grandes lignes.
Mais pour celles et ceux qui n'auraient pas encore décroché, je voudrais rentrer un peu dans le détail de ce que j'entends par "tributaire du bon vouloir de l'Etat".
EN QUOI LE DÉVELOPPEMENT DES FILIÈRES EN BRETON EST FREINÉ PAR L'ETAT ?
Fondamentalement, le problème actuel est un problème d'ouverture de classes au sein des écoles publiques et catholiques : celles-ci ne suivent pas la demande des parents. Les ouvertures sont conditionnées par l'accord de l'Académie de Rennes et donc de l'Education nationale. Ils accordent des ouvertures au compte-goutte, parfois ferment même des classes alors que les effectifs suivent. D'autres fois, ils ne prévoient pas la continuité une fois les élèves scolarisés arrivés au collège. Dans le public et le privé, le principe est celui de la moitié de l'enseignement en français, la moitié en breton (le matin ou l'après-midi donc).
Le problème est aussi celui du recrutement des enseignants bilingues. Là non plus, ça ne suit pas la demande. Or, s'il n'y a pas de profs, il n'y a pas d'ouverture de classe possible. L'Académie freine aussi le recrutement de profs, ce qui fait un excellent prétexte pour refuser une ouverture de classe.
Bien sûr, qui dit prof titularisé dit paiement du salaire par l'Education nationale. C'est bien évidemment là que le bas blesse... L'Etat rechigne a payé des profs pour apprendre une langue régionale ! Berk ! Déjà, payer les fonctionnaires, en ce moment, ça leur donne des boutons ! Alors en breton...
D'ailleurs, pour pallier à cette pénurie d'enseignants, les écoles publiques et privées ont souvent recours à des profs suppléants, eux aussi payés par l'Etat, mais à un salaire bien moindre (en gros le SMIC). Là, l'Etat est déjà moins frileux. Mais même pour ce type de postes, il faut batailler. Car l'Etat sait bien qu'une proportion de ces suppléants tentera de passer les concours pour être titularisée. Les suppléants d'aujourd'hui seront - en partie du moins et c'est leur drame - les fonctionnaires de demain.
Le cas de Diwan (cours uniquement en breton) est encore différent : cette association, créée en 1977 dans le Finistère nord avec une classe de 7 élèves (appelés les 7 de 77), a été la première école à proposer des cours en breton, avant même le public et le privé. Elle est purement associative. Aujourd'hui, elle scolarise un tiers des 10 400 enfants en breton. Environ 3 000 enfants ! Des centaines d'enseignants, des collèges, un lycée, un centre de formation ! Cela nécessite des sommes énormes pour une seule association, qui vit essentiellement de dons, d'actions ponctuelles et des subventions des collectivités type Région Bretagne et départements. La situation, pour Diwan, est presque intenable et boucler le budget est chaque année un tour de force digne d'un funambule qui tenterait la traversée de la rade de Brest par force 8...
Pour Diwan, qui remet chaque année sa survie en jeu, l'enjeu est un peu différent. Diwan n'est pas tributaire de l'Education nationale et paye elle-même ses profs : l'avenir, pour elle, repose pour beaucoup sur la ratification par la France de la charte des langues dites minoritaires, qui exige que l'Etat assure le développement et donc la sauvegarde de ses langues régionales. L'Etat devrait dès lors soutenir Diwan. Il devrait aussi traduire tous les documents et les signalétiques officielles dans ses langues régionales. Les Britanniques, les Espagnols, les Allemands, les Italiens, les Belges (et j'en passe) le font. Pas les Français, qui prônent à l'envi dans les conférences internationales la diversité culturelle...
L'air est bien connu : faites ce que je dis. Pas ce que je fais.
Photo. Skol Ober (cours de breton pour adultes). En breton sur le panneau : "Bienvenue sur la lune. Laissez ce lieu aussi propre que vous l'avez trouvé. Merci à vous".
Précisons que près de 5 000 adultes suivent des cours de breton. Cela devrait donc relativiser un peu le nombre d'élèves scolarisés nécessaire pour maintenir la langue. Toutefois, compte tenu du nombre d'abandons, du côté des parents en cours du soir ou des élèves qui ne font pas toute leur scolarité en breton, on peut estimer que la différence est négligeable.
Précision. ATTENTION ! CECI TRAITE EXCLUSIVEMENT DE LA PROBLÉMATIQUE GLOBALE DE LA SAUVEGARDE DE LA LANGUE BRETONNE ! ON NE SCOLARISE PAS SES ENFANTS EXCLUSIVEMENT POUR RÉPONDRE À CET ENJEU DE MANIÈRE UTILITARISTE. TOUS LES ENSEIGNANTS BILINGUES INSISTENT LÀ-DESSUS : LA DÉMARCHE INDIVIDUELLE DE CHAQUE FAMILLE EST DIFFÉRENTE ET L'ACCENT EST PORTÉ SUR L'ENRICHISSEMENT À APPRENDRE UNE AUTRE LANGUE, À JONGLER FACILEMENT ENTRE FRANçAIS, BRETON ET ANGLAIS, PAR EXEMPLE, INCULQUÉ TRÈS TÔT DANS CERTAINES ÉCOLES... CECI POURRA FAIRE L'OBJET D'UNE AUTRE NOTE...







