Daïk, chapitre IX

 

Daïk examine les trajectoires historiques des astéroïdes L'une d'elles s’est écrasée

sur la Terre au milieu de la partie continentale la plus massive

du globe ! Seigneur, quelle merde, la collision a libéré l’équivalent de mille explosions

atomiques artificielles et dévasté des forêts sur plus de mille kilomètres carrés !

Cet événement s’est produit quelques RT avant la passion humaine pour les armes

atomiques [Evénement de la Toungouvska, du nom d’un fleuve de Sibérie.

Cette collision s’est produite le 30 juin 1908 vers 7 h 13 dans cette partie

de l’Empire russe. L’hypothèse la plus plausible à priori confirmée est

celle d’un impact par un objet céleste type astéroïde. L’onde de choc a été

équivalente à plusieurs centaines voire à un millier de fois celle générée

par la bombe Hiroshima. Elle détruisit soixante millions d’arbres sur

une centaine de kilomètres à la ronde et fut entendue à huit cent kilomètres,

la distance Paris-Marseille].

Depuis que ces humains existent, ce serait

la plus importante explosion nucléaire causée par une collision. 

Donc, en l’espace de quelques dizaines de révolutions terrestres,

c’est l’équivalent de non pas deux milles, mais trois milles bombes nucléaires

qui ont secoué la planète toute entière...

 

Daïk sonde le temps et l’espace immédiats de la Terre

à la recherche d’un autre astéroïde parmi les centaines ou milliers

susceptibles de couvrir cette période trouble de l’histoire humaine.

Nombre s’avèrent trop petits, ou trop lointains.

Daïk note quelques spécimens trop tardifs, puis enfin ceux-là, beaucoup

plus intéressants :

 

18 janvier 1991 : un astéroïde passe à 165.000 km de la terre au point

le plus proche soit 0,43 distance terre-lune ; dimension de l’astéroïde :

entre cinq et douze mètres de long. Essai nucléaire artificiel le plus près

de la date d’approche : mars 1991 dans l’Ouest américain.

 

15 mars 1994 : astéroïde à 165.000 km soit 0,43 distance terre-lune ;

cinq à douze mètres de diamètre. Essai nucléaire le plus près

de la date : juin 1994 dans l’Ouest de la Chine.

 

9 décembre 1994 : astéroïde à 112.000 km, soit 0,27 distance terre-lune ;

dix à quinze mètres de diamètre. Essai le plus près de la date :

juin 1995 dans l’Ouest de la Chine.

 

20 mai 1993 : astéroïde à 150.000 km soit 0,39 distance terre-lune ;

quatre à neuf mètres de diamètre. Essai nucléaire le plus près de la date :

octobre 1993 dans l’Ouest de la Chine.

 

27 mars 1995 : astéroïde à 434.000 km soit 0,88 distance terre-lune ;

une belle bête de trente mètres de diamètre. Essai le plus près de la date :

mai 1995 dans l’Ouest de la Chine, encore..

 

Un beau tir groupé d’astéroïdes et deux préférences sautent aux yeux de Daïk :

l’approche du 18 janvier 1991, précédent de deux mois un tir atomique par l’homme

et celui du 15 mars 1994. Les deux astéroïdes sont de dimensions comparables.

De quoi largement héberger sa petite capsule de secours.

La distance, une demi Terre-Lune, ne sera qu’une simple formalité.

Objectif de la mission terrestre « Daïk » : comprendre ce qu’est la mort

et l’autodestruction.

Postulat « Daïk » : les êtres humains tentent de reproduire ce qui se passe

au cœur de leur étoile anticipant d’une bien curieuse manière ce qui va se produire

de toute façon d’ici quelques milliards de révolutions terrestres !

Question alternative soulevée par ce postulat :

y-a-t-il une intention cachée derrière ce projet funeste ?

Las de sa vie par procuration, l’extradolescent va enfin découvrir le vrai monde en prenant

au pied de la lettre les grandes leçons dont on le serine à longueur de révolutions terrestres :

 

« Observe les univers et tire-en des enseignements pour plus tard, quand tu seras grand. »

 

#1 : inspection de la capsule de secours. Vérifier que tout est en place.

Sautillant comme une puce, Daïk passe en revue tous les instruments de bord.

Il sait qu’il est mûr ! Mûr comme une étoile à l’âge adulte ! Roulement de tambours !

Gonflé à l’hélium, l’extradolescent entre en télépathie avec le serveur orbital

et méta-charge toutes les courses astrophysiques possibles et imaginables.

#2 : Deuxième point important : vérifier qu’il y a bien une imprimante

3D à bord pour confectionner sur place tous les outils nécessaires, ce qui allégera

la charge à bord pendant la route ! Daïk pense surtout à sa combinaison et aux ressources

énergétiques et caloriques nécessaires à sa petite aventure...

#3 : important bis : bien aborder le passage dimensionnel de l’univers II

vers l’univers IV via le trou noir super-massif.

Si Daïk est biodégradable dans l’espace, il peut en être de même de sa capsule.

Nombre de navigateurs sont partis et ne sont jamais revenus… Les anciens ont rapporté

d’innombrables récits de naufrageurs évoquant « d’intrépides fous des mers

et de l’espace qui outrepassaient les règles astronomiques et jouaient

avec les limites de l’univers. Ils jouaient avec l’horizon des événements, quitte

à se laisser piéger par le champ gravitationnel de trous noirs géants plus massifs

que des milliards d’étoiles », pour citer un ouvrage écrit par un spécialiste de la question,

appelé Ann Drouiz ou quelque chose dans le genre.

A ce propos, ce passage lui traverse l’esprit :

 

« Comme une araignée au cœur de sa toile, être

chimérique de la légendaire planète

Terre, les trous noirs guettent leurs proies. Leur satiété ne repose-t-elle pas

sur l’efficacité du système qu’ils ont eux-mêmes généré ? »

 

Ann Drouiz

 

En clair, les trous noirs se nourrissent de leur propre zone d’influence

gravitationnelle, c’est aussi simple que ça ! Ce qu’ils en font, en revanche…

c'est une autre histoire (*)... De tous temps, les naufrageurs et leurs descendants ont relaté

des récits de vaisseaux happés par un trou noir, jetant toutes leurs forces dans

la bataille mais finissant pas se faire désintégrer. D’émérites navigateurs racontent

qu’il ne faut jamais craindre la désintégration, c’est quelque chose d’inconcevable

pour un esprit censé immortel. Il conviendrait juste de fermer les yeux et se laisser aller,

oui, de lâcher prise ! Telle serait encore la meilleure façon de survivre.

Avec constance, les navigateurs affirment que chaque trou noir super-massif

permet de basculer d’un univers à l’autre et qu’une telle expérience s’approcherait

de ce que ressentiraient les humains eux-mêmes lorsqu’ils meurent.

Des cartographes ont ainsi établi que tel trou noir conduit de l’univers I à l’univers II,

tel autre du II au I, etc. Daïk, dans son cas, doit passer de l’univers II à l’univers IV

et prévoir de facto son itinéraire retour par un autre trou noir (ils sont tous à sens unique).

 

Est-ce une folie ? S’il en croit sa cousine Sannah, la réponse est :

-Non, n’y va pas !

Daïk ne connaît personne dans son entourage qui ait vécu

à un tel transfert de charge ; Sannah, je t’jure ! Elle serait bien capable de raconter

des salades rien que pour se faire mousser et quand bien même traverser un trou noir

serait indolore, reprendre de la vitesse ne sera pas une mince affaire. Aucun corps céleste

ne l’emmènera du trou noir II>IV jusqu’aux champs d’astéroïdes qui gravitent dans la ceinture

située entre la  quatrième et la cinquième planète (**) où il y aurait moyen de se poser

sur un astéroïde ou une comète en route vers la Terre.

Or, cette région du système solaire est riche en amas du même acabit.

Idéal pour faire des sauts de puce tel un autostoppeur bondissant

de planètes en comètes…

 

____________________________________

(*) Cela faillit arriver à l’une d’elle, détectée par les télescopes d’ASAS-SN

de Hawaï le 25 janvier 2014 sous la forme d’un gigantesque flash

dans la constellation de la Grande-Ourse. D’autres télescopes ont pris l

e relais de ce signalement et ont permis d’écarter la piste d’une supernova.

Après reconstitution de la scène à partir des indices recueillis à 650 millions

d’années-lumière de nous, les scientifiques ont mis en évidence la capture

d’une étoile par un trou noir… Cette étoile s’est tirée d’affaire de justesse : elle s’est

faite happée par le trou noir qui lui a arraché une partie de ses « vêtements »

au passage : l’équivalent d’un millième de la masse du soleil.

Quant au flash observé, il correspond  à l’échauffement provoqué par

la matière ainsi happée et passée au travers de « l’horizon des événements ». Autrement

dit, les forces d’attraction du trou noir l’ont emporté sur la cohésion de l’étoile sans l’engloutir

en totalité.

 

(**) Pour les planétologues, les astéroïdes sont des corps qui n’ont pas

pu s’agglomérer pour former une planète à cause de l’influence

de Jupiter. En cause : le phénomène de résonance,  qui serait à priori responsable

de l’absence d’une cinquième planète tellurique entre Mars et Jupiter. Les planètes

se sont formées il y a 4,6 milliards d’années par l’agglomération de poussières en petits corps

appelés planétésimaux qui se sont eux-mêmes regroupés pour former des corps massifs.

L’attraction gravitationnelle de la planète géante agit avec la même force

et surtout dans la même direction que le soleil. La répétition et l’accumulation

d’effets identiques finit par avoir une influence déterminante sur l’objet :

un changement de trajectoire et de période de révolution. C’est ce phénomène,

appelé la résonance, qui explique les trous dans la distribution actuelle

des orbites d’astéroïdes.

 

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Pssst...

 

Toi qui ne sais que faire de tes chimères...

Si ta vie est une guenille décousue,

Une toile qui se déchire à ton insu,

Fais de ton labeur

un art imaginaire

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Daïk, chapitre VIII

 

DEK – 10 –

 

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre dix.

 

LE DRUIDE.

— Dix vaisseaux ennemis

Qu'on a vus venant de Nantes :

Malheur à vous ; malheur à vous, hommes de Vannes !

DAIK N’A PLUS QU’UNE OBSESSION : partir à la rencontre de ce peuple

mystérieux qui joue à s’autodétr… Grrrrrrrrrrrr ! Ce terme ne doit pas faire

partie de ton vocable… Ce terme ne doit pas faire partie de ton vocable….. 

Le tout ne doit jamais parler le langage du rien, le plein le langage du vide.

La vie, le langage de la mort parce que Daïk est (prétendument) immortel.

Oui. Immortel.

Sauf que le vide sidéral peut dissoudre son esprit aux quatre coins de l’univers... 

 

Daïk voit une imposture dans ce beau discours officiel.

Ce qui serait naturel pour le commun des immortels ne reposerait-t-il pas

sur une contingence, un choix arbitraire ? Son instinct, comme celui d’un jeune humain,

lui souffle l’idée que la clef est de l’autre côté de la porte des toilettes.

L’extradolescent entend donc bien découvrir ces humains instinctifs

qui vivent sur cette planète bleue minuscule et sont sortis du ventre d’êtres

semblables à sa mère, mais recourant toujours à ce vieux processus de gestation

rétrograde. Un processus d’avant le triomphe d’une civilisation sur son environnement

ambiant, naturel.

Parce que chez les siens, la reproduction est depuis longtemps

une affaire de génétique d’une simplicité légendaire...

 *

Organiser sa fugue sur terre lui paraît, tout aussi, d’une simplicité légendaire.

Ses parents lui ont confié les clefs de la capsule de secours et ils ne devraient

pas revenir avant une demi-révolution autour de la gazeuse qui croise

derrière sa coupole. Un bouge ennuyeux à mourir, sans jolies éruptions

à contempler, rien de bien signifiant... De toute façon, sa famille s’est stationnée

en orbite autour de cette sinistre crotte sidérale dans le seul but de le laisser murir

sur un plan métaphysique. Les vieux adorent infliger ce genre de protocole

de maturation ! Sannah, sa cousine qu’il n’a pas vue depuis deux révolution-type

en univers II (RT-II), est restée plantée seule pendant toute la dernière

campagne parentale qui a duré une RT-II complète ! Elle était censée observer

les constellations les plus reculées de l’univers VI. Hé, sauf qu’elle passait

son temps à télépather - et télépapoter - avec ses copines de l’univers III

et qu’elle en a raté ses validations d’AAP (Auto-apprentissage standards).

Grosse plantouille ! Autant dire que ses parents étaient verts de rage. Ils ont fini

par comprendre en rétro-captant ses conversations méta-fréquence avec

ses copines. « Bonjour le respect de l’intimité », se plaignit-t-elle auprès de Daïk.

Pour finir, ils lui envoyèrent des rushes acides dans le cerveau en guise de rappel

à l’ordre.

Non, pas très cool, tout ça. Si ses parents n’auraient jamais osé faire un truc pareil,

Daïk regrettait tout de même leur manque de présence sur le mode :

« Il n’y a que le prospect spatial de vrai dans la vie ! »

 

Bref, ses techno-géniteurs sont des dingos du boulot, des hyperactifs,

tendance méta-obsessionnels. La réussite métaphysique est hyper importante

pour eux. Ne parlons pas de la réussite « métariel », qui va de paire. Tenez,

un aéronef comme le leur, là, a coûté plusieurs RT-II en équivalent-recherche pure.

Il a été synthétisé à partir de molécules stellaires et de particules ferreuses

de première qualité. Ah c’est sûr, cet engin est top-classe, il fait la fierté

de ses parents qui prétendent ne pas en avoir vu de plus beau depuis leur dernière

visite au Salon de l’aéronef. Mais ils auraient au moins pu les stationner

en face d’une supernova évolutive de toutes les couleurs ou je ne sais pas moi,

avec vue sur une mer d’astéroïdes, plutôt que de crécher dans ce quartier périphérique

sinistre ! Las, Daïk atterrit sur son lit, détache son regard des comètes

qui zèbrent la constellation, attirées par le trou noir le plus proche,

là-bas, au fond, dernière à droite. Ses facettes pourpres parcourent

ses rayonnages et tombent sur ses bocaux stellaires animés. Dans l’un, une planète

tellurique avec une vitesse de libération toute petite tournant sur elle-même

comme une toupie. Dans le bocal voisin, une étoile naine dans le diagramme HR

encore sur la séquence principale. Quel bazar... Encore un bocal mal rangé !

La planète ne révolutionne pas autour de cette étoile naine, mais autour

d’une étoile de type G, comme l’étoile du système solaire qui l’intéresse

au premier chef : c’est autour d’elle que tourne la fameuse planète Terre,

au troisième rang !

Des créatures démoniaques y jouent avec des allumettes thermonucléaires !

Soudain, une idée saisit Daïk. Il farfouille dans ses étagères, à la recherche

un bocal qui contiendrait l’artéfact d’une comète ou d’un astéroïde susceptibles

de l’emmener jusqu’à cette planète. Il délockerait la capsule de secours

et zou, en voiture !

Mais tout cela pose tout de même quelques petits problèmes :

à quelle vitesse le temps s’écoule sur cette petite tellurique ? Quel méta-logiciel

convient-il d’utiliser pour convertir l’espace temps de l’univers II en espace-temps univers IV ?

En fonction de l’écart d’échelle de temps, Daïk devra-t-il enfiler une rétro-combinaison

ou une pulso-combinaison ?

L’une comme l’autre sont comme du film de cuisine étirable, mais

la première ralentit l’espace-temps, tandis que l’autre l’accélère. Vu comme ça,

il devra opter pour une rétro-combinaison. Mais il doit en être certain ! La moindre

erreur serait fatale ! S’il opte pour une pulso-combinaison alors que l’espace-temps

de l’univers IV est déjà plus rapide que l’espace-temps de l’univers II, alors

il peut très bien débarquer bien trop tard, la vitesse temporelle accélérée

le conduisant peut-être au-delà de la dégénérescence même

du système solaire !!! Or, s’il est réputé immortel, Daïk redoute d’être

dispersé dans l’espace.

Juste comme ça.

Une dispersion pour une durée indéterminée  - si le scaphandre tient le choc -

mais un éparpillement de son être s’il s’avère dépossédé d’une telle protection

pour une raison x ou y (endommagement après une collision, fonte à l’approche d’un astre,

intervention manuelle d’un extra-terrestre, exposition à d’importantes réactions

de fission nucléaire…).

Tout l’enjeu revient à bien savoir programmer sa combinaison.

 

Electrisé par ses recherches, Daïk farfouille dans ses méta-souvenirs :

OK, la série d’explosions nucléaires est intervenue vers les 4,6 milliards

de révolutions-type univers IV. A ce stade, la planète Terre est censée

être en pleine force de l’âge. S’il se trompe de conversion, il risque de

filer à toute vitesse jusqu’à la phase d’épuisement en hydrogène de l’étoile

autour de laquelle tourne ladite planète. Autant dire jusqu’à sa mort :

parce que quand l’hydrogène vient à manquer, une étoile grossit,

grossit, elle puise ses réserves en carburant toujours plus loin dans

l’enveloppe externe de son noyau ! La taille de l’astre peut être ainsi

multipliée par deux cents facile et alors c’est un autre processus qui

s’enclenche ! L’hélium accumulé dans le cœur de l’étoile fusionne

pour former du carbone et de l’oxygène et, dans le même laps de temps,

l’hydrogène restant autour du cœur fusionne lui aussi, l’ensemble libérant

une énergie phénoménale ! Erk ! L’étoile devient une géante rouge

et absorbe toutes les planètes alentours, qui sont purement et simplement

désintégrées !

Et alors, les molécules de la Terre seront éparpillées dans l’univers et l’étoile,

au comble de l’instabilité, s’effondrera sur elle-même en propulsant

dans l’espace ses propres couches externes sous la forme d’une nébuleuse…

Wouaw...

Le calcul mérite d’être affiné et c’est rien de le dire : il va falloir parfaitement synchroniser

les deux espaces-temps de ces univers parallèles...

Aahh, tout serait si simple s’il se trouvait à cet instant dans le même univers

dimensionnel, en univers IV ! En comparaison, le choix de l’astéroïde serait

un jeu d’enfant.

 

 

Posté par ar valafenn à 01:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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Daïk, chapitre VII

 

QUI SONT-ILS ET COMBIEN SONT-ILS ?

C’est comme une nouvelle espèce que les scientifiques, comme les chasseurs,

commenceraient seulement à débusquer.

Une espèce qui fleurit jusque sur les réseaux sociaux.

Ce sont encore, parfois, des ovnis dans le paysage linguistique

de l'hexagone.

Comment revendiquer une langue qui n’a pas été transmise ? Certains ne sont pas

Bretons, mais Parisiens, Anglais, Angevins, Gallois, Vendéens ou Gascons... A mesure

que le nombre de locuteurs maternels diminue, leur proportion augmente.

Une chose est sûre : ces ovnis néo-bretonnants sont l'avenir de la langue.

Si le registre oral s'est probablement appauvri, malgré la meilleure des

bonnes volontés, le renouveau s'accompagne d'une amélioration notable

du niveau de langue écrit et de son volume de production.

C'est tout le paradoxe actuel : les bretonnants de naissance qui ont appris

oralement le breton ne savent pas souvent l'écrire, et à l'inverse, il n'est pas rare

que des néo soient plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral. Les enfants bilingues ont

souvent un niveau supérieur à celui de leurs parents. C’est d’autant plus

vrai que la majorité des parents qui scolarisent leurs enfants

en filière bilingue ne le parlent pas eux-mêmes.

Quand on scolarise ses enfants en école bilingue, en l'occurrence

dans une langue régionale, il faut reconnaître un attachement non anodin

à la diversité culturelle par opposition aux cultures dominantes. Au-delà

des vertus linguistiques et cognitives d'un tel enseignement, il y a

une envie de voir ses enfants s'épanouir dans un environnement pluriculturel :

franco-anglais, franco-breton, franco-japonais, franco-arabe, anglo-portugais,

serbo-allemand... Cela vaut dans toutes les combinaisons possibles

et c’est heureux ainsi.

Et puis, il y a un fond de défiance envers l'uniformisation culturelle anglo-saxonne.

On ne voudrait pas que les super-héros-en-slip réduisent les contes de Perrault

ou de Grimm en cendre à coup de rayons laser... mais on sait bien qu'en

même temps, il y a des tendances contre lesquelles on ne peut lutter.

Surtout en moyenne section,

Joss le sait bien.

La porte déverrouillée, il tombe nez à nez sur la petite :

-Tiens, t’as déjà fini ta sieste, toi ?

Au lieu de dormir, il fait le pari que le marmot (la marmotte ?) a mis à profit

ce temps de relâchement de la surveillance parentale pour écluser ses placards

et extraire ce déguisement de Spiderman de son grand frère, une vieillerie

qu’elle a enfilée tant bien que mal : elle a bourré ses deux jambes potelées

dans le même fuseau hachuré du pantalon. Comme elle a dû souffrir pour

accomplir ce tour de force ! Tout grippé qu’il est devenu à vitesse grand V,

Joss éclate de rire.

C’est davantage le souvenir d’un dessin qu’il a improvisé en classe

représentant Petit ours tout zébré aux couleurs de Spiderman que

la vue de la petite dans sa tenue d’apparat virile qui l’amuse. Jusqu’où

l’inspiration va se nicher ? En l’occurrence, on n’échappe pas au modèle culturel

dominant, même en filière bilingue et chez une fille (comme quoi il n’y a pas

que Reine des neiges dans la vie). Il avait baptisé l’œuvre Spider-Arzhig

et trouve que ce nom sied très bien à petite dernière qui n’a pas son pareil

pour tambouriner comme une damnée et marquer son paternel à la culotte :

-Tu sais, ce n’est pas la peine de fracasser la porte à coups d’épaule !

Quand c’est occupé, c’est occupé !

Il a l’impression parfois que les petits souffrent d’une claustrophobie inversée.

La simple idée de voir leurs parents disparaître dans cette sorte de cagibi leur

fait monter à la tête l’idée saugrenue que c’est eux qui sont enfermés.

 

Spider-Arzhig est en transe, dégoulinante de sueur. Non seulement elle a

bataillé pour enfiler sa tenue de combat, mais en plus elle s’est faite

enfermer hors des toilettes, salopards de parents !

 *

Logique contre logique. C’est ce que ressent aussi Daïk, livré à

lui-même sous sa coupole pendant que ses parents, partis en campagne,

travaillent enfermés dans leur capsule recensant on ne sait quelle

civilisation punaisée à l’autre bout de l’espace...

Daïk n’est pas au cœur de l’action, in the constellation to be, et il en vient

à regretter cette responsabilisation à outrance qui consiste à laisser son

rejeton livré à lui-même pendant que les parents vivent leur vie sous prétexte

qu’il est digne de confiance et qu’ils savent qu’il ne commettra plus le moindre

débordement. Le dernier adolescent qui a trahi la confiance de ses parents et

qui a connu ce que les Anciens appelaient une crise d’adolescence est considéré

comme le dernier représentant de la civilisation passée. Il fut un messie

à l’envers, un anti-modèle, l’ultime témoin d’un monde révolu.

Un ado archaïque dominé par ses pulsions.

Ses parents savent qu’il sera sage et responsable, l’inverse n’est même

pas envisageable. Hélas, Daïk a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir : une civilisation

en pleine crise d’adolescence utilisant la technologie tel un caprice.

Daïk recentre son esprit, chasse les pensées négatives par réflexe - c’est

normalement quelque chose de pavlovien comme relancer la respiration quand

l’organisme humain vient à manquer d’oxygène.

Sauf que Daïk a envie de voir ce que ça fait de ne pas être...

comme il devrait être.

 

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D'où viennent les Bretons ? - édit 2017

 

celtes-d'où viennent les bretons

Les derniers commentaires sur cette note, qui est l'une des plus consultées au demeurant depuis 2006 (voir également en rubrique "Ethnologie" Origine des Bretons) amène à rouvrir les débats et la discussion en vue de réamender le texte, le cas échéant. Avis à tous les fins connaisseurs, à commencer par J.-C. Even, qui a rouvert la question. N'hésitez pas à confirmer ou infirmer point par point :

 

D'où viennent les Bretons ? Combien étaient-ils à leur arrivée en Armorique ? Pourquoi et comment sont-ils arrivés en Armorique ? Une part de mythe demeure sur ce qui a été indiscutablement l'un des plus importants mouvements d'immigration en Europe au cours du premier millénaire. Un mouvement original et pacifique, qui s'est étalé dans le temps, sur des siècles.

Allons tout d'abord à la source. Installés dans les îles britanniques à la veille des premières grandes migrations en Armorique, les Bretons descendaient eux-mêmes de tribus celtes continentales, selon toute vraisemblance installées dans l'actuelle Belgique. Mais si l'on veut remonter encore plus loin, il est également fort vraisemblable que ces mêmes tribus celtes provenaient d'un triangle allant du sud de l'Allemagne à la Suisse en passant par l'Autriche : c'est là que se situait le noyau primitif même des Celtes (civilisations de Hallstatt et civilisation de la Tène), eux mêmes descendants de l'une des branches indo-européennes... D'Asie, donc.
S'agissant de l'Armorique, celle-ci était essentiellement peuplée avant l'arrivée des Bretons de tribus gauloises, telles les Osismes, les Coriosolites ou encore les Vénètes. Plus ou moins romanisées, ces peuplades celtes avaient elles-mêmes développé des liens commerciaux ou guerriers avec les îles britanniques : après la révolte et la défaite des Vénètes en 56 av.J.C, des Armoricains s'embarquèrent en effet vers l'île de Bretagne. Ces précisions ont leur importance, car elles préfigurent et expliquent en partie pourquoi l'arrivée des Bretons, ce mouvement d'immigration massif, s'est produit pour l'essentiel pacifiquement, par assimilation.
L'arrivée des premiers Bretons. Contrairement à une idée reçue, l'arrivée des premiers Bretons en Armorique, à la fin du IVe et au Ve siècle, dut beaucoup aux Romains, qui recourirent aux Bretons afin de protéger le littoral nord de l'Armorique et donc de défendre les côtes de l'Empire romain contre les pillards saxons et peut-être irlandais.
Ce flux d'immigration, contrôlé, encadré, préfigura un autre mouvement d'une toute autre ampleur, qui se produisit entre les Ve et VIIe siècle. Ce mouvement dut davantage, dans un premier temps, aux menaces d'invasion des Pictes de Calédonie (actuelle Ecosse) et des Scots d'Irlande qu'à celles des Angles et des Saxons.
Confrontés à l'invasion des Pictes et des Scotts, les Bretons décidèrent en effet de recourir à des mercenaires du Jutland (actuel Danemark). Seulement voilà : peu loyaux, les Jutes se retournèrent contre les Bretons et s'allièrent à d'autres tribus germaniques, qui les rejoignirent dans leur invasion des îles britanniques : les Angles et les Saxons. Les premiers occupèrent rapidement la côte nord-est de l'actuelle Angleterre (East Anglia), tandis que les seconds envahirent l'actuel bassin de Londres (d'où les noms de Sussex et d'Essex, par exemple).
La poussée anglo-saxonne. Les Bretons furent chassés et acculés sur la côte ouest de l'île de Bretagne, en Powys et Gwent (Pays de Galles) et en Domnonée (Cornouailles et Devon). Concentrés sur un plus petit territoire, les Bretons se trouvèrent à la fois menacés et confrontés à un problème de surpopulation. Cette poussée des Angles et des Saxons se traduisit ainsi par de nouvelles vagues de migrations, effectivement beaucoup plus importantes.
Une fois de plus, ce mouvement ne fut nullement anarchique et désordonné. Il s'agissait véritablement de troupes (ou de boats-people !) qui arrivaient à intervalles réguliers chez leurs compatriotes déjà fixés en Armorique avec femmes, enfants, chefs politiques et religieux (les fameux saints bretons). Ils achetaient des terres ou négociaient leur cession. Leur accueil était facilité par la présence d'autres Bretons, donc, mais aussi par les autochtones gaulois, qui présentaient des similitudes évidentes, tant linguistiques que culturelles. Bretons et Gaulois parlaient d'ailleurs des langues appartenant au même groupe de langues celtiques : celles du groupe brittonique ou p-celtic (par opposition au groupe gaëlique ou q-celtic).
Des nuances de peuplement. Si l'origine des Bretons est grosso modo bien connue, il est intéressant de rappeler que le peuplement par les Bretons s'est fait différemment selon les régions d'Armorique.
Ainsi, le nord de l'Armorique (notamment le Trégor) a-t-il été massivement peuplé par les Bretons de Domnonée (actuels Devon et Somerset), au point de lui transmettre son nom. Il en va de même de la Cornouaille (sud Finistère), massivement peuplée par les Bretons de Cornouailles britannique.
Les Bretons de l'actuel pays de Galles, de leur côté, ont plutôt peuplé le Léon et le pays Vannetais. A noter d'ailleurs la particularité du pays Vannetais, où le mouvement de migration n'a pas totalement submergé les autochtones. C'est d'ailleurs la principale explication de la différence linguistique du Vannetais. Si les trois dialectes bretons dits KLT de Cornouaille, du Léon et du Trégor sont proches, le Vannetais diffère sensiblement : notamment parce que le Vannetais est plus proche du gaulois. Les Vénètes y ont davantage imprimé leur trace que les autres peuplades gauloises d'Armorique, plus faibles.
Quelle fut la proportion d'immigrants dans la population (...) ? Les historiens peinent à quantifier la proportion d'immigrants bretons. Le débat n'est d'ailleurs pas clos sur cette question. Mais certains historiens avancent toutefois le nombre d'environ 30 à 50 000 immigrants bretons des îles britanniques entre les Ve et VIIe siècle. Ce qui est considérable. Car on peut estimer à l'époque la population de l'actuelle Bretagne à environ 100 000 âmes. Dans la moitié ouest de la Bretagne, le nombre d'immigrants a donc selon toute vraisemblance supplanté celui des autochtones, en particulier en Domnonée et en Cornouaille.
Il n'en reste pas moins que les bretons ont également peuplé l'est de la Bretagne, notamment jusqu'à une ligne allant du Mont-Saint-Michel aux portes de Nantes, mais il est vrai dans une moindre proportion et parfois par îlot. Ainsi, des zones ont été assez fortement peuplées par les Bretons, telle la presqu'île de Guérande et la région de Dol et Saint-Malo.

Force est donc de constater que la Bretagne est largement peuplée d'immigrés, auxquels il convient d'ajouter d'autres vagues d'immigration, notamment irlandaises (lors de l'évangélisation de la Bretagne puis, beaucoup plus tard, lors de la grande famine du XIXe siècle).


Daïk, chapitre VI

 

AU DÉPART, CELA RESSEMBLE À UNE BANALE PORTE D’ASCENSEUR

devant laquelle il attend, seul. La porte s'ouvre. Joss pénètre dans l'ascenseur.

A l'intérieur : surprise. Il tombe nez à nez avec son beau père, décédé il y a deux ans.

Ils restent tous deux sans voix, face à face. Les portes se referment.

L'ascenseur descend, descend, de plus en plus vite. Au point que leurs pieds décollent

du sol.

Ils restent en lévitation ainsi pendant de longues secondes, sans se parler,

comme tiraillés, entre la gravitation qui les attirent vers les entrailles de la terre

et la lévitation due à la poussée.

Soudain, l'ascenseur s'immobilise. Leurs pieds retouchent le sol, mais sans heurt.

Tout doucement.

Puis, la porte s'ouvre. Elle donne sur d’inquiétants escaliers métalliques qui semblent

descendre jusqu’aux entrailles du monde. Les lieux ne sont pas sombres, pas inhospitaliers

non plus, c’est une sorte d'entremêlement de poutres et de barres métalliques noyée

dans un halo de lumière jaune et rouge.

Son beau père ouvre la conversation par une série de jurons.

 

Tout va bien, il est en pleine forme. Egal à lui-même. Joss peut se réveiller.

C’est tout. C’est un rêve ! Rassuré, Joss est néanmoins troublé. Et il a la grippe.

Oui. Sortir sous la tempête n’a rien arrangé du tout. Après l’inspection

sous le déluge et après avoir déjoué le piège facétieux de Tania, il est allé s’allonger

dans la chambre à coucher et il a fait ce cauchemar avec cet ascenseur frénétique

fonçant droit vers les entrailles de la terre comme à la mine. Vlouf. Et son beau père

apparaît comme ça : il a l’impression d’être descendu dans sa tombe, de lui avoir

rendu une petite visite de courtoisie, sauf que sa sépulture est à des centaines

de mètres sous terre. Mal à l’aise, il pense aussitôt à ses grands pères,

eux aussi sont morts ! Pourquoi ne rêve-t-il pas d’eux ? Ils sont morts depuis longtemps.

C’est sûrement pour ça que Joss a rêvé de son beau-père. Sa disparition est plus

récente, plus proche de lui. Par un effet d’association d’idées, il réalise que ces hommes

ont peu ou prou le même âge dans son subconscient, comme s’il n’y avait jamais eu

de génération d’écart entre son beau père et ses deux papys.

Joss a peur de refiler la grippe à toute la famille. Il se lève et, fébrile, se dirige

vers les toilettes adjacents à la salle de bain de l’étage. Aussitôt enfermé,

des esprits frappeurs cognent à la porte ! Il a l’impression que ses deux

grands pères et son beau-père l’ont suivi sur le trône ! Ils ont tiré

le fil du cauchemar et de ses pensées pour se lancer à ses trousses. Mais il reconnaît

bientôt l’origine de ces coups frénétiques qui ne s’arrêtent jamais. Celles et ceux

qui sont parents de jeunes enfants doivent les connaître. Ces Mimi-geignards qui rôdent...

Ils guettent à chaque fois que vous allez aux toilettes. Pas moyen d’être tranquille,

ça tambourine derrière la porte sitôt que vous vous êtes enfermés ! A croire

qu’ils vous surveillent dans leur déguisement de Sioux, cachés derrièrel’étagère

de la mezzanine ou qu’ils sont reliés avec vos propres entrailles par talkie-walkie…

« Go !!!! »

Pas moyen d’être tranquille, non. Jamais ! Et voilà que ça tambourine encore et encore !

Joss a l’impression qu’ils sont innombrables. Une armée de mimi-geignards

de l’autre côté de la porte post-formée.

La prochaine fois, il s’est juré d’acheter un casque antibruit.

*

Oui, tels sont les toilettes de l’étage, son dernier camp retranché depuis

que la vie est sortie du ventre de sa femme. Son regard tombe sur ce calendrier

pseudo-érotique qui orne le mur à gauche du trône : un calendrier avec une jeune naïade

allongée sur le ventre, un drapeau breton en arrière plan. Eh oui, c'est grâce à un calendrier

qu’il s’est initié, il avoue et l’assume puisqu’il l’affiche même. Tout a débuté lors

de son arrivée à Auray. Il venait de débarquer par le TGV avec son sac de voyage

à l'épaule. Sur le chemin de la gare au journal, il avait trouvé une petite chambre d'hôtes.

Dans le hall, il y avait d'abord eu cette carte de la Bretagne toute en breton

avec des sirènes dénudées. Il avait déjà été surpris, attiré par cette affiche

aux noms mystérieux :

Bro Wened, Bro Gerne, Meurvor, Bro C'hall... Une heure plus tard, arrivé à son rendez-vous,

c'était en prenant possession de son bureau provisoire qu’il s’était véritablement initié.

Déjà émoustillé, il avait trouvé sur la table, ce fameux calendrier en breton en guise

de sous-main :

 

Genver,

C'hwevrer,

Meurzh,

Ebrel...

 

Fabuleux ! Il ne saurait dire pourquoi il était sous le charme. Il avait trouvé

ces premiers mots séduisants, énigmatiques, attirants. Ce fut le déclic qui

le poussa à apprendre la langue en commençant par un tout simple livre

touristique de l'écrivain Pierre Jakez Hélias, Images de Bretagne des Editions

Jos Le Doare : page 9, un petit lexique de quelque cent mots bretons usuels

avait fait l’affaire avant d’avaler les méthodes de Marc Kerrain et de Frañsez

Kervella… Voilà comment cette initiation a débuté. Initiation à une langue

très poétique, fort imagée, surprenante (comme toutes les langues, du reste). Il y a par

exemple ce mot : Sizhun (semaine), qui vient de Seizh (sept) et de Huñvre (rêve).

Les sept rêves de la semaine... Il y a encore Merc'heta (courir les filles) que l'on pourrait

traduire par "filler", "femmer" ! Il y a aussi Kazh-koad pour écureuil, le chat des bois ;

l’imagé Koroll qui désigne la danse ; diskar-amzer pour l'automne – littéralement, le déclin du temps ;

le joli Lipous qui signifie gourmand, alléchant ; le mystérieux Milendall qui désigne le labyrinthe ;

Kloched (prononcer clochette) à utiliser pour guillemets ; le rugissant Grozmolat pour

grommeler ! Quant aux termes modernes, ils sont souvent eux aussi très imagés

comme Karr tan, le char de feu pour la voiture ; Karr nij, le char qui vole pour l’avion…

Cette langue ne cesse de l'envoûter depuis son arrivée en septembre 1998,

en gare d’Auray. Elle l’envoûte jusque sur le trône ultime de son royaume,

tandis que la petite sœur de Nathan « grozmole » derrière la porte, que dire,

derrière la herse de son château. Il aime l’image du camp retranché, n’est-ce

pas approprié concernant cette langue, n’y a-t-il pas là une logique sous-jacente

et indéfectible à orner cette pièce recluse et intime d’un tel calendrier initiatique

(calendrier : traduire par Kalanna, à prononcer kalan avec « an » comme

dans maman + nnna !) ? Probablement. Cette langue est devenue celle d’un appendice,

d’un refuge au bout du monde, elle est délicate, intime. On ne la parle plus guère

que du bout de la langue parce que même ses défendeurs éprouvent encore

de la gêne à la pratiquer. C’est une langue du cœur avec sa part de mystère.

Le sceau du secret l’a maltraitée à ce point que même les néo-locuteurs ont parfois

la militance coupable.

Autant dire que Joss pressent un embarras à partager ce trésor parce

que la transmission orale de la langue a été perdue pour cause de nivellement

au profit du seul français cher à l’école de la République et que les apprenants

d’aujourd’hui sont pris entre le marteau des jacobins et l’enclume des bretonnants

historiques qui n’apprécient pas toujours (même si c’est de moins en moins

vrai) les tentatives de réappropriation de leur langue par de jeunes apprenants

qui véhiculent un breton jugé chimique, artificiel, uniformisé et standardisé,

pour mieux en assurer la transmission à l’avenir.

Si ce n’est pas déjà trop tard...

 

 

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Daïk, chapitre V

UNNEK – 11–

  

L’ENFANT.

— Chante-moi la série du nombre onze.

 

LE DRUIDE.

— Onze guerriers armés, venant de Vannes avec leurs épées brisées ;

Et leurs robes ensanglantées ; et des béquilles de coudrier ; de trois cents il ne reste qu'eux onze.

 

 

DAÏK EST ALLONGÉ AU-DESSUS DE SON LIT ET LÉVITE MOLLEMENT

SOUS LA COUPOLE. Du coin de l’œil, il épie les alignements

d’artefacts posés sur plusieurs dizaines de plateaux translucides

qui s’empilent jusqu’au firmament de verre. A chaque RT II-versaire, tout enfant

se voit attribuer dix artefacts d’un monde vivant. Lui en possède

déjà près d’une centaine, dont cette fameuse planète Terre située

dans la Voie lactée, en univers IV. Il se plaît à les observer en temps réel,

en accéléré, au ralenti, zoome parfois à la surface ou même jusqu’au

noyau afin d’en étudier la composition chimique. Par exemple,

il peut dire qu’à l’époque des deux mille cinquante trois explosions

nucléaires artificielles, la Terre possédait un noyau solide,

composé de fer à quatre-vingt pourcent et de nickel enrobé,

comme un bonbon inversé par une sorte de pâte fondante et liquide.

A l’intérieur du noyau solide, se trouve un autre noyau semblable

à une graine d’amande, lui-même entouré d’une enveloppe.

A cet instant, l’idée d’une expérience scientifique traverse l’esprit

de Daïk. Les êtres vivants sur cette planète n’ont-ils pas essayé

d’appliquer bêtement la méthode sismique dans une forme archaïque

consistant à créer des ondes de choc au travers du noyau afin

d’en détecter les déformations ? Cette technique ancestrale

permet de déterminer les caractéristiques du noyau, ce qui est

un élément central de la compréhension des civilisations. Toutes les espèces

vivantes avancées connues à ce jour sont passés par cette phase

d’appropriation de leur propre univers avant d’explorer l’espace.

L’étude du champ magnétique est d’autant plus déterminante dans

le cas de la Terre qu’il est créé par les courants électriques qui parcourent

le noyau externe en fusion, lequel circule lui-même autour du noyau

en fer. C’est ce mouvement de rotation qui crée un puissant effet

dynamo. Mais Daïk s’interroge. Il existe tant d’autres moyens de détecter

les déformations d’ondes de choc sismique au travers d’un noyau,

des méthodes a fortiori indolores pour des espèces vivant à la surface !

Ces êtres sont-ils aussi stupides que ce que semblent sous-entendre

ses parents ? On apprend aux enfants dès leur plus jeune âge

à décoder les principes élémentaires de la cosmologie. On rabâche sans cesse

qu’il est impossible de réussir dans la vie sans avoir développé

un sens aigu de l’observation astronomique et astrophysique.

Et voilà que Daïk se sent tiraillé pour la première fois de sa vie :

l’artefact de la planète Terre, rangé sur ses étagères entre ses voisines

bleues et rouges, à environ trois T.A. cinquante au-dessus

de sa tête, est sous embargo, comme s’il s’agissait d’une relique des antiques

cartomanciens.

Cette planète est reléguée au rayon des subversives sciences occultes

primitives : à l’âge proto-atomique, les peuplades y jouent

avec le feu et pratiquent sans le savoir la pire des magies noires...

Et puis, pourquoi ces tirs #2 et #3 sur des êtres humains ? Les peuples

de cet archipel situé près du vaste océan principal l’auraient-ils trouvé

ou tenté de le détruire ? D’autres peuples se seraient-ils élevés

contre et ils les auraient punis ? Mais la punition est une survivance

de tels comportements archaïques, il le sait trop bien ! Ses parents

viennent de le punir, croyant l’empêcher d’aller observer cette planète

qui reste néanmoins à sa portée (le mental d’un enfant est supposé

être assez puissant pour résister à la tentation à partir

d’une demi-douzaine de RT-II d’existence). Seigneur, il en a près de dix !

Mais Daïk avoue avoir très envie de s’emparer de nouveau du bocal.

C’est la première fois que cela lui arrive. La Tentation est aussi

archaïque que le châtiment, cela aussi fait partie des marqueurs ancestraux.

Les contes sont peuplés de barbarismes de la sorte : les êtres les moins

évolués de tous les univers sont ceux qui détruisent, cèdent à la tentation,

déjouent les principes éducatifs et moraux, se révoltent. Voilà

ce qu’on lui a toujours inculqué. Alors quoi ? Les intentions des déclencheurs

d’explosions atomiques relèveraient de la sorcellerie et Daïk serait tombé

par hasard sur la représentation physique la plus aboutie du mal

dans tout ce qu’il a pu voir : ce qui n’est jamais arrivé nulle part ailleurs

à sa connaissance ! Cette série apocalyptique semble s’être arrêtée net,

et c’est heureux, mais que de dégâts causés, aux conséquences climatiques

insoupçonnées…

Daïk comprend mieux cette omerta qui règne sur cette planète et la gêne

immense qui s’est emparée de ses parents quand il a parlé de cette série

d’événements désastreux, cataclysmiques. Daïk est peut-être à ce jour

le seul être à avoir touché du doigt l’expression du mal.

Il tient la preuve formelle que le mal n’est pas qu’une légende, un repoussoir.

Le mal a existé.

Les récits des anciens sont fondés.

L’extradolescent redoute d’autres malheurs à la surface de cette planète

maléfique. Il observe l’espace infini derrière sa coupole translucide. Daïk

se sent vaciller… Il se sent attiré, happé. Parce qu’il a fondamentalement

envie d’aller voir ce qu’il ne devrait pas. S’il fait ça, il sait que rien ne l’empêche

d’aller observer l’origine du monde depuis un autre point de la galaxie

selon le vieux principe suivant : plus l’œil du télescope porte loin, plus

il regarde une image animée du passé comme si l’observateur

se jouait du temps que la lumière met à parcourir l’espace.

S’il le veut, Daïk peut très bien remonter au monde des prophètes

de sa propre civilisation, mais à une seule condition : la quitter.

Changer d’univers en traversant un trou noir.

-ENCORE UN MODÈLE DU GENRE !

-Sacrée tempête ! Tu vois, il était grand temps de s’occuper du solin.

-Oui, chérie, tu avais raison...

-Allez, fiston, rentre vite ! Ta petite sœur a fini sa sieste.

Nathan referme la porte fermière en évitant, cette fois,

de se coincer les doigts entre le battant et le dormant.

-Je crois qu’il n’a toujours pas compris comment ça marche. La poignée

du haut sert exclusivement à ouvrir la fermière. Tu l’oublies, parce que

non seulement tu ne refermes pas la porte d’entrée mais tu ouvres

tout grand la fenêtre fermière et je te signale que ça fait des courants

d’air et que je n’ai pas envie que ta sœur entre d’aussi bon pied

dans l’infernale saison des rhumes et des virus ! Compris fiston ?

-Oui, papâââ.

-Ya, tadig, dit Koupaïa.

Le couple tente l’expérience des classes bilingues français-breton

avec un certain zèle, au désespoir des grands parents qui se demandent

quelle mouche les a piqués alors qu’il n’a même pas grandi ici. Joss

a beau leur expliquer que tous les lieux-dits sont bretons ici et qu’il aime

savoir qu’il va se promener au Coin du champ ou au Bois de la roche ou

bien encore dans le hameau-qui-inonde, en référence à Pen er prad,

Koad ar roc’h ou à la ville d’Is, toutes ces sortes de choses d’apparence

inutile mais poétiques, ils le regardent avec des yeux ronds,

de ces yeux qui scannent vos relevés bancaires à distance sur le mode :

-C’est pas votre breton qui va nourrir votre famille, fils...

-Papy, mamie, j’y crois, c’est important, OK ? Je n’ai pas envie

que mes enfants se réveillent un beau jour dans un monde

d’extraterrestres acculturés qui ne reconnaissent même plus le monde,

tiens, qui baragouinent CSS, HTML, SEO et anglicismes à tout bout de champs.

-Ca serait plus utile et rudement pratique pour converser avec tes voisins anglais, dit son père.

-Eh, papa. C’est à lui d’apprendre le français... et le breton s’ils le veulent !

-Et tes enfants plus tard, ils feront quoi ? Ils vendront du chouchenn au coin du bois ?

-Ils feront ce qu’ils voudront, mais au moins ils sauront où ils habitent...

Ils sauront faire des ponts entre les langues. Les enfants seront

aussi à l’aise en anglais qu’en breton ou en arménien s’ils le veulent.

-Eh bien en attendant, ton fils ne comprend pas grand-chose à l’anglais

je trouve, répond la grand-mère. Moi, de toute façon, je ne vous comprends plus...

-Parce que vos parents vous comprenaient quand vous décidiez

de partir vous entasser en banlieue parisienne en délaissant tout ce patrimoine

là, même qu’il n’y a plus de boulot et que si vous aviez poursuivi

l’œuvre familiale, toute la famille aurait un fantastique outil de travail ?

-Ah elle est pas mal celle là ! Parce que tu serais prêt à retourner à la ferme ?, s’offusque

son père.

Et pourquoi pas, songe Joss. 

Et voilà, en substance, l’échange type. Enfin, disons plutôt l’échange

type d’avant la période « refroidissement des relations diplomatiques »,

comme du temps de la guerre froide. Puis a suivi l’entente cordiale. Et désormais,

ils filent tranquillement vers la Glasnost. Non le dégel : il confond glasnost

et permafrost ! La glasnost, c’est la transparence… Et ils n’en sont pas là,

heureusement. Avoir l’impression que ses parents scannent en permanence

l’état de vos finances juste pour insinuer qu’on ne sait pas y faire suffit...

Joss redoute qu’en vieillissant il rentre à son tour dans le rang

et abandonne ses principes en concédant qu’ils reposaient avant

tout sur un besoin de se différencier. Comme si la quête d’indépendance

était impossible sans ce processus un peu rustre. Heureux les héritiers

qui embrassent la cause de leurs aïeuls, Joss a la faiblesse de croire

qu’il se comporte ainsi parce que ses parents eux-mêmes se sont

inscrits en faux devant leurs propres parents. Au bout du compte, il se dit

parfois qu’il vit un peu comme ses grands-parents comme s’il avait

opéré un fantastique lob au-dessus de leurs têtes.

Hélas, il doit désormais corriger le tir pour ne pas sortir du terrain : « Faute ! »

Peut-être qu’un jour, ses propres enfants lui reprocheront ce bilinguisme

précoce et qu’ils penseront comme ses parents :

« Papa, c’est quoi ce relevé de banque ? »

Il répondra alors entre ses dents :

-C’est un relevé de banque d’un type qui est né avec la crise,

a grandi avec la crise et t’élève avec la crise, fils. Que les Dieux économiques

te préservent !

Ses enfants appendront les cycles de Kondratiev et sauront

qu’ils durent entre cinquante et soixante ans et donc qu’il y a

tout lieu de croire que, sa vie entière, Joss passera pour un type

qui n’arrive pas à tenir son budget aux yeux des générations ascendantes

comme descendantes ! Ainsi va la vie, ainsi va l’ordre du monde... Le sien s’appelle récession,

obstruction. Le leur s’appellera peut-être, il le leur souhaite, espoir, audace, voire

conquête spatiale, qui sait, comme aux grandes heures des Trente glorieuses...

 *

Fin de la conversation. Le baromètre plonge tout à coup. L’aiguille fonce

droit vers les limbes, sous la ligne des neuf cent soixante quinze hectopascals :

-J’espère que les Anglais ont ramassé les cannettes de bières qu’ils laissent traîner

dans leur jardin, ça va voler !

Joss les a surpris un jour, l’été dernier, fort embarrassés (mais moins

que lui finalement). Il était allé les voir pour emprunter un sécateur électrique.

Il les avait vus à l’œuvre et c’était tout de même rudement plus pratique...

Las, il avait découvert leur jardinet de derrière jonché de cadavres à l’heure

du barbecue, alors qu’ils se tenaient (leurs voisins, pas les cadavres)

en compagnie d’un couple d’amis, des Irlandais. Disons plutôt un couple d’amis

avec plus de 2,1 enfants par femme. Trois, quoi. Les parents, un grand brun

baraqué et une petite rousse, lui avaient expliqué que c’était une pratique

assez répandue en Irlande que de balancer les canettes autour de soi

le temps que dure toute la divine beuverie. La leur devait durer depuis plusieurs jours.

Koupaïa sourit, approuve. Elle aussi avait trouvé le rite assez curieux.

Ils ne s’attendaient pas à être démasqués de la sorte en pleine déviance barbare.

-Tu sais qu’ils trouvent qu’on leur ressemble en plus sobre ?, dit Joss à sa femme.

Nathan vient se poster près de la fenêtre et contemple ses constructions

menacées par les premiers soubresauts du temps. Joss, lui, pense plutôt

à son solin et jette un œil à cet ogre de cheminée qui engloutit six à dix

buches par jour, loin des ratios imposés par les nouveaux diktats qui vont

transformer le patrimoine breton en nouveau cimetière si l’on écoute

encore et toujours ce qui a été décrété dans des bureaux parisiens. Fuyez

les lotissements, je vous en supplie, fuyez les lotissements ! Et kaoc’h

[m... en breton] d’ar bilan énergétique ! Même les Irlandais ne sont pas

fous et ne viennent pas sous leurs latitudes à cette saison. Robert

Smith lui a confié l’autre jour qu’il a une guerre de retard parce que

ses compatriotes trouvent que l’hexagone ne vaut plus le coup :

-Tu radotes, Robert. Tu sais ce que je crois ? Tu rêves de t’expatrier à nouveau, toi aussi !

-Moi ? God heaven, pour rien au monde ! Je ne bouge plus.

-Allons… Le soleil, les palmiers, les filles en bikini..., renchérit Koupaïa.

-Chérie, tu veux juste jouer avec mes nerfs et me tenter toi aussi ?

-Hmmm, ce n’est pas ta Bretonne qui va sortir son deux-pièces à cette saison, c’est sûr.

-Sous les yeux de nos voisins, en plus.

Après avoir pris congé de leurs amis insulaires, leur conversation se poursuivit à huis-clos :

-De toute façon, soleil ou pas soleil, je n’ai plus une minute de répit dans ma vie…

-Oh, pauvre amour !

-Quoi, je n’ai pas raison ?

-Arrête, cette fois, c’est toi qui va jouer avec mes nerfs. Tu les as voulus comme moi, nos petits

anges, hein ?

-Ca frise le double tutorat à plein temps. On a plus le temps de rien faire et ça nous coûte

les deux bras !

-C’est le syndrome des hommes : jamais assez de sexe, toujours trop de taxes !

-Bon ben sur ce, je vais faire un tour…

-C’est ça. Euh... par ce temps ?

-T’inquiète. ‘Vais juste vérifier l’état du solin.

Une violente bourrasque vient s’opposer à la tentative d’évasion paternelle.

Force onze à douze, pressions en chute libre. Koupaïa s’inquiète, et

elle a raison. Mais ce n’est qu’une tempête comme ils en subissent

tant d’autres et le premier test grandeur nature avant le passage

en force de l’homme au bonnet et au teint aviné qui se prend pour

Dieu une fois par an et pour un parfait loser alcoolisé le restant

de l’année. Joss se ramasse une violente volée de pluie dans la figure,

hasarde quelques pas chancelants, rase le mur de la longère,

constate que la descente de gouttière nantaise vibre dangereusement

mais semble tenir bon. Arrivé au pied du pignon, il se décide

à prendre du recul sinon comment voir quoi que ce soit ? Il  mesure

l’incongruité de cette sortie inutile : il n’y a aucun moyen d’apprécier

à l’œil nu l’étanchéité de l’ouvrage, c’est à l’intérieur que tout se joue !

La perspective d’une joute aussi verbale qu’inutile avec madame a été

le prétexte à cette séance rafraichissante parce qu’il aime sentir

le vent et la pluie qui lui fouettent le visage. Il aime cette sensation

de marcher à contre sens, de faire du surplace. Peut-être va-t-il s

e prendre la souche de cheminée dans la figure, il se pose la question !

D’ailleurs, c’est bien l’intérêt même d’écrire que de pouvoir poser

des questions qu’on aimerait bien que les autres nous posent :

-Mais Jossy, que deviens-tu ?

-Où es-tu, ma pomme ? Tu nous manques, tu sais.

-Oui, que fais-tu, nous nous languissons de le savoir !

Jossy alias me-unan, my self, aussi unique que les statistiques de ses articles.

Normal que celles-ci soient hautement confidentielles en ce moment, ‘faut dire.

Il ne se foule pas trop pour aller gonfler un peu les stats des autres…

C'est comme la croissance, les articles. Les sujets, il faut les chercher

avec les dents. Certes, il a bien un vieux stock qui lui assure un fond de

roulement (parce qu'il est comme ça - tout petit, il écrivait déjà des articles

sur ses playmos). Mais pas de quoi flamber. Bref. Donc question. Que fait-il,

hormis aller vérifier ses coups de truelle par très gros temps ? Et bien, il

vous informe que Joss va daigner répondre, las de tant de sollicitations :

Primo, Joss a la grippe (bon, ça, c'est pour justifier des dernières journées

d'absence sur son écran, c'est déjà ça de fait). Deuxio, il a réactualisé

sur Internet ses statistiques sur les produits intérieurs bruts par habitant

des régions de France. C'est hyper important, des statistiques sur les régions

de France qui sont redécoupées, en plus. Il aura fait tout ça pour rien,

mais ça lui est parfaitement égal. Tertio, Joss s’est acheté un ordinateur

tout neuf, et même qu'il faut le lancer entre deux et trois fois chaque matin

pour qu'il daigne ouvrir les yeux ! Il paraît qu'il a quatre cerveaux.

Sauf qu'en fait, ça fait quatre crétins à réveiller chaque matin :

-Eh oh, n° 1, debout, réveille-toi !

-Eh oh, n° 2, Houhou, debout feignasse !

-Hop hop, n° 3, on se réveille, j'aimerais bien lire mes mails, connard.

-Cher n° 4, aurais-tu l'aimable gentillesse d'ouvrir tes jolis yeux d'ordi encore

gorgés de sommeil ? Je sais qu'il est tôt (10 h 30), mais il serait peut-être

opportun de daigner sonner le tocsin auprès de tes amis W. Vista

et autre Bit defender. D'avance, merci.

C'est un peu comme les machines à laver. Avant, vous étiez tranquille pour

une génération. L'ordi précédent lui a tenu dix ans, Internet compris. Le nouveau,

censé être au moins deux cent cinquante fois plus puissant, a commencé

à faire son istribilh au bout de trois mois ! Joss a l’impression qu'il mène sa vie

d'ordi à lui tout seul. Il balance des alertes quand ça lui chante (c'est-à-dire

sans arrêt), refuse de s'éteindre le soir. « Et noooon, désolé. Je veux paaaaas. » 

Il repense alors aux multiples tentatives d'allumage du matin et il fulmine de nouveau.

C'est devenu comme un jeu entre eux deux.

Bref, Joss, c'est une friche industrielle à lui tout seul.En ce sens, Joss s’entend

assez bien avec son voisin britannique. En fait, ils sont un peu sur la même longue

d’onde du travail précaire et du télétravail. L’un comme l’autre ont l’illusion

de bosser, mais en fait, ils savent pertinemment au fond d’eux qu’ils

s’opposent au diktat ambiant par pur confort social : ils sont deux ours

de la pire espèce, l’un a grandi sur la rive nord de la Manche, l’autre

un peu plus loin sur la rive sud, mais ils ont l’un comme l’autre trouvé

dans cette verte campagne un cadre taillé sur mesure idéal pour

se faire oublier. Se faire oublier, c’est tout de même la meilleure invention

du paresseux social, non ?

Il a bien dit social, parce que Joss n’est pas un paresseux tout court.

L’auto-construction comme la pige ne sont en aucun cas des sinécures,

ajoutez à cela l’apprentissage d’une langue « étrangère », autre point

commun entre him (l’anglais qui apprend le français) et lui (le français

qui apprend le breton) et vous avez peut-être même de quoi choper

un nouveau burn-out, sauf que cette fois c’est sans véritable compensation

pécuniaire à la fin du mois. En fait, le drame de leur vie d’homme libre

consiste à ne pas vivre comme les autres et de ce fait à ne pas avoir ni

l’impression de gagner leur vie ni celle de marquer des points. Pourtant,

ils cheminent, apprennent un tas de choses, bidouillent quelques trucs

pour rentabiliser leurs vieilles pierres… mais ils se surprennent à penser

à l’argent aussi souvent que lorsqu’ils étaient d’horribles salariés

capitalistes vénaux, prêts à toutes les compromissions.

Oui, force est de reconnaître qu’ils se sentent gagnés par une sorte

de doute égotiste et nombriliste horrible. Une partie d’eux, tapie dans

l’ombre de leur cerveau de libertaire, leur intime même l’ordre

de se fabriquer de nouvelles chaînes pour faire comme tout le monde...

-Eh mais… c’est en contradiction totale avec nos préceptes de vie !

Je ne vais jamais faire ça ou alors je ne suis plus crédible, ni envers

mon entourage familial ni envers mon entourage… euh… quel entourage ?

Professionnel ? A part quelques chefs de rubrique que je ne fréquente que par

mails interposés, long processus insidieux de déshumanisation des relations matérialistes

et de dématérialisation des relations humaines... Seigneur tout puissant !

Joss est gagné par des envies de normalité ! Il voudrait que tout soit

comme avant et en même temps, il n’a aucune envie que son environnement

immédiat ne change, pour rien au monde. Il les aime bien, lui,

ses voisins, ses vieilles pierres, ses routes de campagne, ses bords de mer,

ses tempêtes, sa petite porte fermière, son ordi postmoderne qui ne décolle pas

du lit numérique les jours où il se pose des questions existentielles.

Après la métaphysique, la bétaphysique. C’est la même chose, mais avec

la bêtise artificielle...

 

Trempé comme un crouton à l’ail dans une bonne soupe iodée, Joss

retourne à la maison, actionne la porte d’entrée qui se refuse à lui.

Fermée à double tour !

-C’est quoi cette poignée que j’ai moi-même posée ?!

Il est ruisselant (la façade est orientée sud-ouest) et là, il voit, derrière

la porte fermière, la frimousse de sa petite rejetonne démoniaque grimpée

sur une chaise ou sur la pointe des pieds et qui le nargue, un sourire

de triomphe aux lèvres ! Elle lui fait coucou ! Joss a la très désagréable

impression d’être le méchant-loup (en plus humide) qui essaye en vain de

souffler sur la maison en pierre ou en brique, il ne sait plus, de toute façon

l’idée est là : cette longère en granit lui résiste et la petite l’a bien compris !

Il ne lui lira plus aucun conte de la sorte pour lui donner d’aussi mauvaises idées

parricides, car derrière l’histoire du méchant, c’est la symbolique de l’adulte mâle, non ?

Joss sonne, frappe aux carreaux, autant dire que sa petite hystérique va

entendre parler du pays s’il advient que cette porte de malheur daigne s’ouvrir un jour !

Mais d’un coup, il voit la petite décoller de sa chaise, sa mère l’arrache

par les aisselles, et vlouf, « numéro deux » atterrit sur ses deux jambes

et maman déverrouille la porte fermière, sermonne l’enfant pendant

que le père se précipite sur le paillasson aussi liquide que fumant.

-Qu’est-ce qui t’a pris, non mais ! On ne fait jamais ça !

La petite blondinette le dévisage, angélique, fait celle qui ne comprend pas.

Oh que oui. Elle fait celle qui ne comprend pas ! La diablotine

se transforme en victime sitôt le forfait accompli.

Et le pire, avec un peu de chance, c’est qu’elle a déjà oublié

la motivation première de ce tour de clef malicieux...

 

 

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Daïk, chapitre IV

 

  

 

Daouzek miz, daouzeg arouez

Unnek belek houarneset
Dek lestr tud gin a welet
Nao dornik gwenn
Eiz avel
Seiz heol
C’houec’h mabik great e koar
Pemp gouriz ann douar
Pevar mean higolin
Tri rann er bed
Daou ejenn
Heb rann, ar Red heb-ken
Ankou, tad ann anken
Netra kent, netra ken.

  

Douze mois et douze signes

Onze guerriers armés

Dix vaisseaux ennemis

Neuf petites mains blanches

Huit vents

Sept soleils

Six petits enfants de cire

Cinq zones autour de la terre

Quatre pierres à aiguiser

Trois parties du monde

Deux bœufs

Point de série pour le nombre un ; la Nécessité unique

Le Trépas, père de la douleur

Rien avant, rien de plus.

 

 

ON RACONTE QUE LES ANCIENS PARLAIENT cette langue étrange

venue d’un autre monde. Ils l’avaient emportée dans leurs bagages,

cette langue inconnue. D’où venait-elle ? L’enfant l’ignorait. D’un coin

reculé de l’espace sans doute. Pars à la découverte de cette langue

et peut-être comprendras-tu ce que signifie ce mot effroyable

et incompréhensible : le néant.

La nécessité unique. Le Trépas, père de la douleur…

Bouleversé, Daïk retourne à ses capteurs et surtout à son univers

à échelle réduite. Il chasse l’angoisse culpabilisante d’avoir laissé

ses parents alors que c’est eux qui l’ont laissé (!) et il se dit, le ventre noueux :

-Je dois comprendre pourquoi toutes ces explosions nucléaires

en si peu de temps. Deux mille cinquante explosions, puis plus rien ! Pourquoi ?

L’enfant se repasse les enregistrements en boucle et en toute

désobéissance, dénombrant les explosions nucléaires comme on dénombrerait le contenu

d’un sac de billes :-Voyons, une première explosion dans le désert ; une deuxième

puis une troisième sur des humains peuplant un archipel... Puis la quatrième.

Et là, la cinquième, à l’autre bout de l’océan qui borde l’archipel... Puis, encore

trois dans ce même océan... Et, soudain, une nouvelle explosion en une zone

vierge jusqu’alors de toute flambée hydrogénée, quelque part en plein désert

dans cette vaste partie du monde terrestre continental,

à mi chemin entre le pôle et le plus petit des trois océans !

Daïk se prend à rêver de miniaturisation et de voyage vers ce monde

étrange dont il ignore les mœurs et les milliers d’idiomes tombés dans l’oubli.

Cette terre n’est qu’une terre parmi d’autres et ses propres aïeux

n’ont gardé que des bribes de son histoire. Quel dommage... Leur tâche est exclusivement

tournée vers l’exploration astronomique et métaphysique. Tous les outils

auxquels ses parents ont recours sont voués à énumérer, recenser, trier les molécules,

à calculer les distances, les densités, les forces de gravité, à explorer les trous noirs...

De son aire de jeu sidéral, il peut toucher les astres et cela est

la grande affaire des adultes, mais lui, l’enfant  aimerait comprendre ce monde qui n’intéresse plus personne.

Pourquoi s’agitent-ils ainsi autour de leur étoile ? Etudier ces peuples

ne vous intéresse-t-il donc plus, vous les adultes, qui vous passionnez

pour les univers multiples ?

Mais personne ne lui répond.

A l’heure des valises et de dire au-revoir à ses parents, l’enfant était revenu

à la charge. Sa mère, feignant de comprendre, lui avait dit alors :

-C’est donc pour cela que tu n’as rien mangé ? Pour cette espèce humaine archaïque ?

Elle ne pouvait pas le sermonner plus que ça puisque le jeûne

n’était en aucun cas répréhensible dans le monde immortel. Le qualificatif

archaïque l’étonna néanmoins. Et il sent du mépris dans les paroles de sa mère,

cela ne lui ressemblait pas. Elle s’était presque emportée...

Seigneur, cela ne lui était encore jamais arrivée !

-Ne joue plus à ce jeu stupide, tu comprends ?! Pour l’amour des cieux, Daïk !

Oublie ce monde, jette-le, jette-le loin de toi ! Oublie cette histoire d’explosions !

-Maman, on me cache des choses et je n’aime pas ça.

-Oublie, chéri, oublie tout ça…

Ce n’est pas de ton âge.

Ce n’est plus du nôtre.

Cela ne l’a jamais été et le ne sera jamais.

 

Une étoile filante traverse le ciel entre deux constellations du troisième univers.

Juste à côté : une belle supernova. Le ciel zébré, constellé de galaxies figées pour

des milliers et des milliers d’années, fait tapisserie dans sa chambre à coucher.

Il serait adulte que presque rien n’aurait changé sous la coupole

de son enfance... Amer, Daïk soupèse son bocal puis le tourne dans tous les sens

entre ses doigts. Puis, il se résigne à dégrafer les électrodes reliées à cet univers

étrange et le range sur ses étagères vitrées au milieu de tous ses artefacts.

De tous ses mondes, le monde terrien est indiscutablement

le plus intriguant. La planète Terre a toujours été un monde intriguant.

Combien d’enfants sont en train de jouer en ce moment même avec un artéfact 

galactique comparable ? Des milliers, des millions peut-être ! Mais combien

ont figé le temps sur ce point précis de l’humanité terrestre et ont déjà observé

cette série sidérante d’explosions nucléaires artificielles à la surface

d’une planète ? Probablement personne ! Daïk est le seul à être tombé sur un tel spectacle,

il en est convaincu. Son intuition lui dit que c’est une découverte aussi

incroyable que de découvrir une nouvelle dimension ! Ces adultes passent

leur temps à regarder au loin, le plus loin possible et tous ces univers

leur montent à la tête. Lui, il aimerait figer son regard et le temps sur

cette découverte d’un autre temps. Daïk a toujours été un enfant différent, l

unaire diraient les esprits chagrins. D’aucuns dira qu’il ne fera jamais rien

de son éternité, qu’il contemplera l’infini sans jamais conquérir ne serait-ce

qu’un système ! « Avoir l’éternité devant soi pour ne pas cueillir la moindre

année-lumière carrée, c’est absurde. Cet enfant est absurde... » C’est ce

qu’ils pensent tous de lui, hein ? Daïk se sent mal. Il ne s’est jamais

senti aussi mal de sa vie. On lui cache des choses alors qu’on lui a

toujours dit qu’il n’y avait rien à cacher, que rien n’était inatteignable.

On lui cache ce que personne n’aurait jamais dû voir depuis l’espace...

Aucune espèce vivante évoluée, jamais. Deux milles cinquante trois secondes

perdues dans un océan de cent quarante deux millions de milliards de secondes

à l’instant où cela s’est produit, soit une chance sur soixante-neuf

mille trois cents milliards de le découvrir !

Et cet enfant s’appelle Daïk.

 

 

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Daïk, chapitre III

DAOUZEK – 12 –

 

L’ENFANT.

Chante-moi la série du nombre douze, jusqu'à ce que je l'apprenne aujourd'hui.

 

LE DRUIDE.

— Il y a douze mois et douze signes ; l'avant-dernier, le Sagittaire, décoche sa flèche armée d'un dard.

Les douze signes sont en guerre.

La belle vache, la vache noire à l'étoile blanche au front, sort de la forêt des dépouilles ;

Dans la poitrine le dard de la flèche ; son sang coule ; elle beugle, tête levée ;

La trombe sonne : feu et tonnerre ; pluie et vent; tonnerre et feu ; rien ; plus rien ; rien, ni série !

 

PENDANT CE TEMPS, DAÏK,, LUI, SONGE À L’ORIGINE du monde.

Aux théories du big-bang.

Il sait qu’il y a, dans l’infini né du chaos originel, d’innombrables civilisations

douées de conscience. Rien ne prouve à ce jour que l’être humain

ne soit l’invention d’une espèce extra-terrestre férue, comme la sienne,

de manipulations génétiques, l'observant depuis une autre dimension.

Pour lui, l’être humain pourrait bien évoluer dans un bocal créé de toutes pièces

par une intelligence supérieure pour qui l’univers

serait de la taille d’une urne funéraire tenant dans une main.

 

Daïk s’imagine libérant une sorte de menthe religieuse affamée,

sortie d’un autre récipient. Ses pattes crochues sont sur le point de se poser

sur la surface de la Terre, prêtes à perforer la stratosphère. Avec un peu de chance,

l’irruption de l’insecte anéantira toute forme de vie avant même

que l’enfant n’ait le temps de jouer au Godzilla géant... 

Une première patte s’enfonce comme si on enfonçait un jouet contondant

dans un ballon d’anniversaire. La peau se tend, résiste, puis… soudain…

une voix venue de l’au-delà s’élève et hurle :

-A TAAAAABLE !!! N’oublie pas que nous devons partir en campagne, nous sommes

déjà en retard !

C'est sa mère.

Et l’intelligence supérieure de renoncer à perforer l’atmosphère terrestre par peur

de se faire gronder.

Daïk range son Godzilla dans son bocal. L’enfant songe aux jouets minuscules

des êtres humains et s’étonne de leur caractère inanimé :

-Ça doit être d’un ennui ! Les pauvres ! Et dire qu’ils n’ont pas songé un seul instant

à donner vie à leurs playmobiles et autres barbies surannés…

Les enfants humains semblent dépourvus d’émotions et se contentent

de jouer avec des macchabés, voilà bien un marqueur d’une civilisation dépassée !

Daïk ne croit pas à la théorie de l’élève dépassant le maître. Ce n’est pas l’ordre des choses,

même s’il concède quelques idées de génie. Leur perfectionnisme guerrier

l’a toujours sidéré. L’invention de la bombe atomique, par exemple !

Daïk se souvient avec émotion avoir vu un jour la surface terrestre se consteller

de champignons miniatures comme des pets... Une analyse un peu plus fine du

phénomène lui permit de constater qu’il s’agissait en fait d’armes de guerre :

les êtres humains venaient d’inventer l’arme de destruction massive absolue...

A l’échelle de leur espace temps, les irruptions s’étaient déroulées

de façon assez espacées. D’abord, il y eut une multitude d’explosions depuis

un prototype tiré dans l’atmosphère. Un premier tir fut expérimenté en conditions réelles

dans une région désertique puis, à plusieurs reprises, sur des êtres humains entassés

sur un petit archipel très éloigné du premier impact en plein désert... Ces deux impacts

funestes se situaient au large cette fois de la zone la plus peuplée du monde terrestre.

Vu de l’espace, il y avait de quoi s’interroger sur le phénomène : les êtres humains

visaient-ils délibérément la zone la plus densément peuplée pour toucher le plus

de monde possible et si oui, pourquoi ?

Cela répondait-il à une autre tournure d’esprit, inconnue vue depuis l’extérieur,

comme lorsqu’on ne comprend pas les logiques d’une famille tant

qu’on n’en fait pas partie ?

Le jeune extradolescent en référa à ses parents qui étudièrent le phénomène

au moyen de capteurs posés sur le bocal. Ils en conclurent que l’intention

consistait bien à viser le groupe d’êtres humains vivant sur cette île.

De nouvelles explosions, plus petites mais bien plus nombreuses, secouèrent

une autre région du monde située à mi distance entre le premier tir atomique

et la deuxième salve. En clair, c’est comme si on avait d’abord pilonné une zone

avant de changer de secteur pour tester de nouvelles armes beaucoup plus puissantes

à l’autre bout du globe !

-Pourquoi ? Pour TUER ?

-Stop ! Tais-toi !

Ses parents ont toujours tu le mot tuer ainsi que le mot détruire, parce que cela

ne doit pas faire partie de leur vocabulaire. D’ailleurs, il est formellement interdit d’aller sur

cette planète de fous furieux.

L’incompréhension resta donc de mise. Pour ses parents, autant il était aisé d’identifier

les molécules et les processus chimiques à l’œuvre, autant la logique humaine

leur échappait totalement.

Ses parents s’empressèrent de le mettre en garde sur ce point :

-Chéri, les manipulations atomiques, c’est très dangereux ! Formellement interdit,

d’accord ? Tu ne joueras pas à ça pendant notre absence ! Tu attends sagement notre retour

de campagne, promis ?

-Oui, mamaaaan.

L’enfant en vint à la conclusion suivante : plus de deux mille cinquante explosions

atomiques avaient retenti sur la Terre, la plupart sous l’eau ou en sous-sol,

et tout de même cinq cents directement dans l’atmosphère. Un truc énorme 

sur une échelle de temps aussi ridicule ! Sur ces deux mille cinquante explosions,

« seuls » les deuxièmes et troisièmes tirs (parce qu’il s’agissait bien de tirs) ciblèrent

des populations terrestres ! Daïk en retourna à son bocal en bougonnant :

-La planète Terre tourne autour d’une étoile d’une façon frénétique et constante,

comme c’est souvent le cas dans les systèmes solaires classiques. OK.

Si l’on décompose ces révolutions par un effet de ralentissement extrême,

on peut donc en conclure que ces deux mille cinquante-trois explosions

nucléaires se sont produites sur une période de l’ordre de cinquante révolutions

autour de l’étoile mère, alors que la planète existe depuis quatre milliards

et demi de révolutions ! Paaaapa, mamaaaannnn, j’ai besoin d’aide !!!

-Quoi encore, chéri ?

-J’ai un exercice de maths, là, et je ne suis pas très sûr de moi !

Oh, tiens, ça mord ! Papa-maman se prêtent illico au jeu des vérifications :

-Bon... Si c’est pour un exo de maths... Ben... Cinquante révolutions sur 4,6 milliards...

Oui, c’est bien... Tes calculs sont justes... Mais tu ne nous as pas écoutés !!! Tu arrêtes ça !!!

-Mais c’est grave !, s’emporte Daïk. Je crois que les êtres humains

sont devenus fous comme si le temps passant, ils s’étaient attelés à

l’expérimentation de nouvelles méthodes de saccage. (Il avait bien veillé à ne pas utiliser

le mot destruction formellement interdit). Pourquoi ces peuplades se comportent

comme des barbares ?

Gros yeux à facettes :

-Tu AR-RÊ-TES avec ça ! C’est compris ?

-Boh, pô juste !

Tout le repas suivant, le dernier avant que ses parents ne partent en campagne,

l’enfant bouda. Ses parents ne firent pas grand cas de ses turpitudes

et mirent ce peu d’entrain gustatif sur la teneur moléculaire du repas, 

probablement déséquilibré à +-0,2 % près : trop pauvre en zinc, pas assez de fer,

trop de sucre, pas assez d’acides gras, jamais comme il faut, quoi ! Question d’habitude...

Bon, il mangera mieux dès lors qu’il aura percé le mystère.

Faudrait pas le connaître, le petit chéri...

 *

Une légende prétend que les espèces connaissent toutes une période appelée

L’âge de l’enfant terrible. 

Curieuse expression... Alors, si tel était le cas, l'âge terrible des humains allait s’accompagner

de bouleversements biochimiques altérant jusqu’à l’équilibre environnemental global.

Outre les radiations, les teneurs en dioxyde de carbone mais aussi en métaux lourds

promettaient de s’élever de façon immaîtrisable. Des capteurs pointaient déjà d’importantes

perforations de la stratosphère près des pôles... 

Au moins, toutes ces questions avaient le mérite de lui éviter

de penser au départ imminent de ses parents. Puissent les humains se croire au bout

de la chaîne, seuls au monde ? Puissent-ils croire encore en un univers monoplan,

sans passerelles et linéaire depuis le big-bang originel ?

Et les trous noirs ?

Et l’antimatière ?

Pour la première fois de toute sa vie, l’enfant se senti borné.

Et il se dit que cela ne devait pas être une mince affaire que d’être

un simple mortel.

Daïk crut ainsi ressentir la peur de MOURIR. Ils ne se comporteraient pas de la sorte

si la mort n’existait pas. L’idée de tuer ne leur traverserait même pas l’esprit .

Non, tuer n’existerait pas, cela ne ferait pas partie de leur psyché.

Comment peut-on faire quelque chose que nous sommes incapables d’imaginer ?

L’enfant frémit à l’idée que la mort existe depuis qu’il a assisté à cette série

d’explosions atomiques. Deux ont fait mouche, il l’a vu tout de suite.

Il sait très bien pourquoi ses vieux n’ont pas insisté pour qu’il termine son repas :

un peu de télépathie, que diable ! Bien sûr qu’ils savaient pourquoi

il n’était pas dans son assiette. Mais ils ne pouvaient pas comprendre

qu’il avait compris que la mort existait pour d’autres et ce que pouvait

signifier le mot tuer, un terme méso-extraterrestre dont il avait

déjà entendu parler en laissant traîner ses oreilles indiscrètes dans les Sphères

pour adultes...

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la vie n’avait pas toujours été éternelle.

Une mort avec rien avant, rien après, est-ce de cela dont voulaient parler les anciens ?

Le néant ?

Pour la première fois aussi, Daïk se surprit à redouter

sa séparation d’avec ses parents.

Une éternité allait s’annoncer...

 

-Tu es sage, hein ? Tu as tout ce qu’il faut à la maison. De toute façon nous serons

toujours là...

-Oui, bien sûûûûr.

-Tu n’hésites pas à nous envoyer un rush en cas de souci, d’accord, chéri ?

 

Après les recommandations d’usage, et sitôt la porte de la capsule refermée,

Daïk pleura.

 

 

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Lecture croisée : Daïk, chapitre I et II

 

ISBN n° 979-10-96086-12-2

http://www.francodeport.org

(c) Tous droits de reproduction, de traduction, d’adaptation et de représentation

réservés pour tous pays.

 

- I -

 

-CHÉRIE, J’AI ENCORE FAIT UN RÊVE STUPIDE.

-Super chéri !, répond Koupaïa depuis la salle de bain.

C'est vraiment une spécialité chez Josselin, comme rêver de son cousin

qui se fait retirer des défenses d'éléphant à la place des canines.

Et bien, cette nuit, « Joss » a rêvé qu’il visitait une maison

dans la région des Abers après l'avoir achetée sans la voir,

et il découvrait sur place, horrifié, des fuites partout. Au faîtage,

des ballons de baudruche avaient été placés pour boucher les trous.

Le problème, c'est qu’ils se dégonflaient deux fois par jour. Du coup,

l'agent immobilier allait les regonfler façon Sisyphe.

Il était très doué pour ça. Joss était fort impressionné.

-A propos, tu as pensé à la fuite, entre le mur et la souche de cheminée ?,

s’époumone Koupaïa.

-Oui, eh bien c’est le solin en ciment qui est mort !

Joss aime ce genre de réponse, qui est une façon de se préserver

de l’effort. Comme si formuler la nature du problème revenait déjà

à solutionner le problème. Mais d’ordinaire, cette technique

de résolution para-métaphysique ne fonctionne guère plus

de deux jours. Miss revient à la charge le troisième : « Alors, la

cheminée, tu as pu regarder ? »

Regarder, litote féminine ! Comprendre : tu as pu sortir l’échelle télescopique,

le nec plus ultra de l’échelle de couvreur, potasser internet pour comprendre

comment on pose la bête, préparer un ciment, euh… un mortier,

non, un ciment avec un adjuvant hydrofuge, virer les ardoises pour

fixer l’échelle en priant le ciel que Mistinguett saura le conduire

sans paniquer aux urgences distantes de trente kilomètres - une bagatelle -,

grimper jusqu’au faitage avec un seau en équilibre précaire posé

entre deux barreaux, avancer marche par marche, redescendre

parce qu’on a fait tomber la truelle, se dépatouiller du seau

plus encombrant encore que durant la montée, réitérer la menace

et la prière, se contorsionner autour de la souche de cheminée

avec la truelle, prendre le parti de refaire un solin sur l’ancien

sans trop savoir s’il convient plutôt de le virer, tant pis, trop tard,

le coup est parti, on n’en parlera pas à madame… et redescendre en vie.

Et dire à la miss, suspicieuse :

-Ça y est, j’ai regardé !

Et là, comme par enchantement, le terme mute.

-T’as regardé ou t’as refait le solin ?, s’enquiert-t-elle.

Adieu litote, bonjour fermeté, c’est l’heure du contrôle qualité.

Et pas un mot sur l’exploit héroïque. Chérie, je suis sain et sauf, là,

tu m’as vu ? Non, normal, sinon elle aurait demandé au voisin de le faire.

L’anglais qui a une tête de plus que Joss et le nargue tous les étés

le torse nu devant la maison. Il s’installe dans le jardin sous leurs fenêtres

alors qu’il pourrait très bien faire la même chose derrière chez lui.

Tu parles de Robert Smith ? Tu rigoles, t’as vu comment ils bricolent,

les Engliches ? Ils ruinent nos longères bretonnes ouais ! Les agents

immobiliers s’arrachent les cheveux pour revendre leurs merdes

innommables une fois qu’ils se sont aperçus que la vie était

tout de même moins chère au Portugal ou dans les Carpates

parce qu’eux, ils y comprennent quelque chose à la belle finance

mondiale ! Ils se jouent des parités monétaires, sortent du brouillard

londonien comme le loup du bois quand la livre sterling est à leur

avantage... Non, tu vois, je l’ai fait, OK ? Il n’y a rien de plus

insupportable que ce genre de remerciement post-mortem :

-Non, mais sinon j’aurais demandé à…

Eh oui. La retape, c’est aussi une preuve d’amour et un éternel

recommencement, surtout lorsqu’on entame un énième chantier

assorti d’une énième ligne de crédit… Ah l’éternelle jeunesse,

comme c’est beau ! En viendra-t-il un jour à bout de cette manie ingrate

de repartir à zéro ? C’est quoi son problème ? Tenez, prenons un autre

exemple : le travail. Un éternel recommencement, là encore. Joss se la

raconterait bien un peu, tiens, pendant que Mistinguett a le dos tourné.

Deux enfants par femme, taux de natalité le plus élevé d’Europe mais

un demi-job par génération. Hé, de quoi il se plaint ? C’était il y a une

bonne quinzaine d’années. Aujourd’hui, c’est nettement pire ! Joss va-t-il

pouvoir seulement devenir stable un jour comme une bernique ?

Tout cela n’existait pas enfant dans ses études socio-playmobiliennes.

Les belles mécaniques économique et géopolitique y figuraient jusqu’au constat

cynique, mais de relations humaines... Disons plutôt des avatars de relations,

un artefact du monde.

En dépit de quelques calques intéressants, la transposition du modèle

playmologique s’est avérée très éloignée des règles socio-économiques

du monde réel. Auto-construction (ça, c’est plutôt pratique), scénarisation

de la vie (pratique, si on est édité), stéréotypie des relations humaines (déjà

très moyen), approche démiurge de la vie en société (carrément nul) !

Il a fallu une femme et un deuxième enfant pour mesurer le pouvoir

d’abstraction induit par ces petits personnages exploités à l’extrême

jusqu’à un âge bien trop tardif pour lui permettre de grandir au même

rythme que les autres. Alors, plus le temps passe et plus l’évidence

s’impose : les playmobiles ont eu le mérite d’être un retardateur

à emmerdements. Ils vous préservent de la dureté de la vie, de la maltraitance

collective. C’est excellent pour schématiser voire idéaliser les relations

humaines, excellent pour développer une approche logique de ce

qu’elles devraient être avec ses enchaînements et ses propres syllogismes

(exemple : si le playmo black fait de la politique il ne deviendra pas

chef des playmos parce qu’il n’y a pas beaucoup

de playmos black), mais en apparence, rien n’est logique.

C’est comme comprendre la signification des Rannoù, le chant des Séries.

Une révolution dans la vie de Josselin comme bientôt dans celle de Daïk.

Et il avait bien besoin de ça pour ne pas mourir d’épuisement dans

cette course stérile orchestrée par la nouvelle société régie

par l’hémisphère cérébral gauche qui est... directement connecté au majeur droit !


- II -

 

JOSSELIN CONSIDÈRE SON FILS JOUANT SOUS LA PLUIE EN PLEIN VENT,

en digne héritier. Il est surpris de constater à quel point l’histoire se répète :

sous ses yeux, son playmologue junior sarcle un immense bac à sable

peuplé de licornes, de personnages articulés et chimériques avec

ses vestiges de maison alsacienne, son château médiéval revisité,

ses mâchicoulis, son chemin de ronde, ses oriflammes, ses tourelles faites

de récupération agrémentées de fragments de tipis appalachiens... 

Le petit a même bâti un moulin et creusé un petit étang de ses propres

mains parachevant son œuvre une parka sur le dos. Puis, l’enfant s’est tourné

vers le soleil rasant sur le point de se faire engloutir par la tempête, et

ses mains ont glissé le long du tuyau d’arrosage, qu’il a laissé courir

entre ses doigts froids et, comme la pluie de cette fin octobre n’a pas suffi,

il a tourné le robinet du potager.

Et le petit démiurge a inondé les douves de sable humide et glacé.

Aussitôt, des excavations nouvelles se sont formées autour

de la citadelle assiégée par le nouveau déluge cataclysmique. Les basses terres

ont disparu sous les eaux. Et les eaux ont empli le bac à sable ceint

d’une muraille en ciment, œuvre fondatrice du père.

L’enfant lui dit alors que sa ville d’Ys allait résister aux assauts destructeurs

et que la ceinture maçonnée, plus solide que l’univers de sa jeune création,

était comme les limites du monde.

 

Un jour, pressentant peut-être la mort créatrice de l’enfance, il a dit à son père

qu’il y avait sûrement quelque part, sur une autre sphère, des esprits supérieurs

contemplant son œuvre et retranscrivant l’Histoire de ses peuples !

Il a la conviction qu’il y a autant d’univers que de bacs à sable,

autant de peuples que d’histoires inventées par les enfants sur Terre.

Et puisqu’il y a une fin pour tout, un jour viendra ses peuples

s’éteindront comme les Babyloniens ou les Romains se sont éteints…

Josselin saute sur l’occasion pour lui dire qu’il en sera probablement

ainsi de la mondialisation.

Son fils fait des yeux ronds.

On ne peut pas arrêter Joss dans ces cas-là, c’est plus fort que lui :

-L’uniformisation n’est que l’expression d’une bascule d’un modèle

de société vers un autre avec ses codes, en aucun cas universels,

seulement d’une contingence différente. La mondialisation n’est même pas

mondiale ni globale, elle se joue des frontières et des barrières pour

mieux en créer de nouvelles, ce qui permet de

les imposer avec d’autant plus de facilité, et c’est le but.

-Euh… Oui, papa.

Et encore, Joss s’est gardé d’enfoncer le clou : cette civilisation porte

en elle les germes de sa disparition future. Un tel discours n’est guère

motivant, mais Joss craint de toute façon que Nathan ait parfaitement

saisi son état d’esprit depuis le temps qu’il le pratique. Peut-être se doute-t-il

même que ses théories, d’un optimisme béat, donnent sur l’oreiller avec sa mère :

-L’être humain va s’éteindre, rongé par le stress qui n’est que la manifestation

biochimique d’une forme de dé-synchronie mentale. Moi je te le dis,

le stress va dévaster le monde ! Pour moi, l’homme technologique est perdu

d’avance !

-Aaaah ouiii ? C’est bien ça ! Bonne nuit, chéri…

Pauvre Koupaïa. Dans le même genre, Joss a prédit aussi le retour en force

des druides et des Pictes avec leurs tatouages et leurs rites ésotériques,

dans l’esprit du chant des Séries. Tous zébrés et chantant :

 

Daik, mab gwenn drouiz ore

Daik, petra fell dit-te ?

Petra ganin me dit-te ?

Kan din eus-a ur rann, ken a oufenn bremañ !!!…

 

Tout beau, bel enfant du Druide ; réponds-moi ; tout beau,

que veux-tu que je chante ?

Chante-moi la série du nombre un, jusqu'à ce que je l'apprenne aujourd'hui.

 

C’est la première strophe des Rannoù (Le chant des Séries),

ce fameux chant breton collecté par Théodore Hersart de la Villemarqué

dit Kervarker (in Barzaz Breiz, 1846). Il s’agit de l’une des pierres angulaires

du patrimoine oral druidique évoquant l’enseignement

spirituel et philosophique d’un enfant par un druide.

Eh bien, Joss kiffe le Chant des Séries.

 

-... ♪ Et les Indiens et les Pygmées referont surface avec leurs cheveux

colorés et leurs corps dénudés, et avec tout plein d’autres rites encore ! 

-Essaye de dormir un peu, chéri, tu veux... ?

 

*

 

Dans la foulée de l’emménagement dans leur nouvelle longère bretonne,

Nathan a très vite conquis le jardin familial.

Il y prospère dans l’allégresse et érige des châteaux gigantesques.

Nathan a déjà une autre idée derrière la tête : « Un jour, je bâtirai

d’autres structures avec du sable de grand et du ciment ! »

Ses parents n’ont jamais entravé cet élan créateur, n’en déplaise

aux esprits qui voudraient le voir grandir plus vite que les autres.

En fait, ils sont assez convaincus qu’il est très conscient de ce qu’il entreprend.

Le discours des parents type est de considérer qu’ainsi va la vie

et que l’enfance est l’âge d’or du monde, le sel philosophique.

Son cortex cérébral est encore protéiforme, limite en bordel,

mais c’est une chance, car le petit ne s’est pas encore acharné

à privilégier cette petite partie du cerveau concentrationnaire

qui est sollicitée par les tenants de l’hyperspécialisation. La révolution

qui se profile, celle de la mondialisation et des nouvelles technologies,

n’exige-t-elle pas une concentration de la matière grise dans un point

précis du cerveau avec le risque de se retrouver exclu, de fait, le jour

où il conviendra de suivre la dernière mode comme sortie d’un chapeau ?

Dernière norme qui décrètera, du jour au lendemain,

qu’il convient de cultiver le champ d’à côté sur l’ode suivante :

« Hé les mecs, à trois, tout le monde change de cerveau ! »

... (sic) ! 

De la même manière, Nathan craint de devoir sacrifier l’étendu

de son cortex au profit d’une sorte d’hyper-culture d’un tout petit territoire

cérébral aussi glorieux qu’aliénant. Il pense qu’il ne sera jamais le meilleur

en rien, jamais le premier ni le dernier. Pour lui, cette quête est impossible.

Il confesse déjà à ses parents qu’il préfère renoncer à ce qui fait

pourtant le triomphe des espèces : l’ambition et le manque d’humilité.

 

*

 

Le château résiste, malgré la pluie et le vent. Joss emboîte le pas

à l’enfant qui boutonne sa parka sous l’œil de sa maman. Elle se garde

de le presser de rentrer à la maison parce qu’elle a compris que c’est

sa vie et qu’il la passera à explorer ce territoire sans autre approche

qu’une sorte d’intuition ascientifique.

Et sa douce maman se dit parfois qu’elle doit être aussi folle que son père

pour le laisser faire ça...

 

 

daïk l'extradolescent ok

 

 

Posté par ar valafenn à 02:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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