Daïk, chapitre 24

lettre typo celtique D

AÏK DEBARQUE SUR TERRE. Il cible l’Europe,

terreau des légendes, contrée des mythos !

Mais Joss est loin d’imaginer que Daïk va bouleverser sa vie

ou plutôt... sa mort.

 

Il y eut un grand flush. Mais pour une raison indéterminée, Daïk atterrit quelques

années APRÈS l’ère des tirs nucléaires. Sans doute a-t-il mal ajusté

sa combinaison espace-temps... Heureusement, tout n'est

pas perdu : Daïk atterrit bel et bien en Bretagne, au pays des Vénètes...

 

Et par chance, il échappe à la course de la Redadeg, le tour de la Bretagne

 à pied que des types sont prêts à payer pour y participer parce que

leur culture judéo-chrétienne ne doit pas être assez mise à rude épreuve par le sens

fiscaliste aigu de leur pays ! Mais c’est pour la cause : ils dézinguent des portiques écotaxes,

mais sacrifient quelques foulées pour palier au manque d’interventionnisme de l’Etat,

tiens, l’Etat, libéral quand ça l’arrange et qui a décrété de ne surtout pas trop

en faire pour une langue de dégénérés qui va s’éteindre d’elle-même. Sa mort est

plus ou moins programmée et actée ! Daïk est donc à deux doigts d’atterrir dans

un terroir d’acculturés en devenir qui ne seront bientôt plus en mesure de lui

expliquer le chant des Séries dont on se fout déjà pas mal. Comme ébouriffé

par le passage des coureurs (des romains ou des vénètes ???), il est intrigué

par l’odeur qui émane d’un bouge vaguement amélioré tenu par une vieille

« mamm gozh », comme ils diraient ici, et qui ressemble à une sorte de soupe

protéinique (le bouge, pas la grand-mère)...

Après avoir chuté lourdement avec son scaphandre espace-temps sur

cette placette pour le moins étrange, Daïk ne peut que constater que ces

humains ont découpé des blocs de roches métamorphiques issues de leur

propre sol, sol plus dur encore qu’une lune inculte, et qu’ils les ont empilés et

que… mais... Seigneur… ils vivent dedans ! Avec tout le radon radioactif que

cela suppose ! Oui, au mépris des règles élémentaires de la physique nucléaire,

dans des sarcophages atomiques, sans scaphandre !

Modèle du genre, la construction rocheuse d’où émane cette forte odeur

de molécules protéiniques l’interpelle. Non seulement les humains vouent

toujours un culte à la farine de l'air, mais ils se nourrissent aussi d’une

pâte informe créée à partir de farine végétale, agrémentée de matière

grasse à mort lente ! Houuuch ! Un truc terrible. A sa connaissance en univers II,

n’importe quel organisme vivant ne résisterait pas à un tel régime alimentaire.

C’est un signe qui ne trompe pas : les humains s’autodétruisent VRAIMENT. Ils

ne tiendront jamais un milliard de révolutions terrestres et leurs modes de vie

semblent à des années lumières des standards de n’importe quel peuple qui

anticipe un tant soit peu sa survie dans le cosmos ! L’immortalité, ce n’est

quand même pas trop compliqué d’après tout ce qu’on lui a bassiné pendant

sa prime jeunesse !

 

Non. Pas l’ombre d’un vaisseau spatial, d’une capsule protégeant des radiations.

Au lieu de quoi les Terriens du coin s’abritent dans de vieilles charrues de feu

équipées de panneaux transparents qui font effet loupe. Daïk s’approche sur la

pointe des pieds des humains assis à des tables à base de carbone. Par chance,

il fait deux bonnes têtes de moins que le plus petit de leurs modèles, des enfants

du druide en plus rustres et bruyants. L’une d’eux, une petite femelle (il la reconnaît

à sa démarche féline semblable à celle de sa cousine sur-éduquée Sannah) lui semble

un peu plus évoluée que les autres marmots. Limite il pourrait l’imaginer en

compagnie d’un druide causant rhétorique métaphysique et astronomique.

Mais il ne doit pas enfreindre la Loi, surtout pas maintenant !

Il doit pénétrer l’esprit d’un enfant du druide en toute discrétion.

Le mieux est de passer son chemin et d’entamer une longue analyse quantique

dans le but de sélectionner un modèle s’approchant le plus possible du bel enfant

du druide. L’idéal serait d’approcher d’un enfant ayant entendu parler

de Taliésin ou de Merlin (mais peut-être est-il déjà trop ambitieux). L’extradolescent

ignore que sur cette planète, le chaos fait loi : vous pouvez toujours planifier,

rien ne se passera comme prévu. C’est comme leur météorologie d’une inconstance

surprenante et d’une extrême variété. Ici, tout est en nuance. A part la pointe Finistère,

pas de vents démoniaques (2.000 km/h sur sa lointaine sœur Neptune),

pas de croute terrestre gelée sur des milliers de kilomètres ni de sol spongieux

ou gazeux. Non, tout semble d’un équilibre absolu, mais si on y regarde de près,

cet équilibre des forces a un gros défaut : il est très fragile et le peuple terrien,

loin d’être rustre, est à l’image de sa planète, d’une violence aussi inouïe qu’invisible,

d’une diversité d’âme et de pensée insoupçonnables sous des dehors uniformes.

Mis à part la couleur de leur enveloppe et la texture de leurs poils (parce

qu’ils ont des poils comme certaines proto-espèces), les êtres qui l’entourent

ont tous, à de rares exceptions près, le même nombre de bras, de pieds, d’yeux.

En revanche, une quantité invraisemblable d’espèces pullule : des bêtes qui volent,

qui grattent, rampent, flottent, nagent, des bactéries par milliards que les humains

ne semblent même pas voir, des méduses comme on en trouve en univers III…

Un joli capharnaüm qui n’est peut-être pas étranger à l’agressivité permanente

qui fait la réputation des humains. Ils sont dérangés ou sollicités en flux tendu

par une infinité de bestioles qui tantôt viennent leur sucer le sang, tantôt

les empoisonnent, les dévorent pendant leur sommeil, quand elles ne viennent

pas leur réclamer à bouffer en leur hurlant dessus ! Paradoxalement, ce sont celles

qui leur crient dessus en permanence qu’ils osent appeler des « espèces domestiques ».

Résultat des courses : les humains se vengent comme ils peuvent en les découpant,

en les brûlant, en les mangeant, ou parfois en les transformant en mobilier !

D’aucuns dort avec des macchabés vidés de leurs entrailles transformés en descente de lit.

 

Bref, tout juste arrivé sur Terre, Daïk est déjà impressionné par le nombre incalculable

d’usages que font les humains de leurs colocataires. Il leur arrive même de les

transformer en capsules qu’ils avalent avec de l’eau dans des sortes de récipients

transparents comme les vitres qui ornent leurs machines roulantes.

En fait, seules les bactéries ont encore le dessus sur l’homme. Une règle générale

semble ainsi dominer sur cette planète : les proies ignorent - ou mésestiment

au mieux - leurs prédateurs. Ils ne voient jamais le coup venir et succombent

bêtement à ce qui semble pourtant couler de source au jeune Daïk. Tiens, les bactéries,

par exemple, un modèle du genre ! L’être humain fait preuve d’une créativité

sans faille dans ses rapports aux autres, mais s’accommode coupablement

de ce qu’il ne perçoit pas comme un danger, et lorsqu’ils recourent à toutes sortes

de machines aussi absurdes qu’archaïques, c’est pour mieux se perdre dans

des complications invraisemblables. Dieu qu’ils sont encore loin du compte !

L’immortalité n’est pas pour demain, ni pour après demain, alors qu’elle devrait être

une quête permanente. La destruction, en revanche, apparaît clairement comme un mode

de fonctionnement. Les livres et les récits de ses pères étaient justes. Daïk perçoit toute

l’ampleur de la menace : on comprend mieux la défiance universelle qui règne à

leur encontre.

L’extradolescent renonce à s’approcher du fameux bouge d’où proviennent

ces grognements hystériques et menaçants. Il se faufile entre les constructions

en roche brute et traverse des nuées de bactéries et de petites bêtes. Au détour d’un

édifice, un espace avec des cailloux découpés en cube et bien alignés. Au milieu de

cet espace : une construction en granit représentant un être humain comme si l’un

d’entre eux avait été coulé dans de la roche en fusion ! Un sacrifice humain peut-être ?

Ou bien le témoignage d’un rite comme il en existe tant dans les récits antiques…

Daïk tiendrait-il déjà une piste ? Il approche du monument sacrificiel.

L’homme ressemble à celui dont il est question dans nombre de récits druidiques.

Jésus Christ. Mais seul le chant sacré des Série l’intéresse.

Daïk délaisse donc le vestige hérité du rite nécrophage. Il paraît que les hommes

ont dressé pléthores de vestiges semblables dans ces contrées sauvages.

Pourquoi représenter ainsi à l’identique (ou presque) partout ce qui ne s’est produit

qu’une seule fois ? Pour rendre universel ce qui a été à l’origine un événement

isolé, particulier ? Alors, ces hommes sont vraiment passés maîtres dans l’art

de la reproduction… Là encore, sûr qu’ils ne doivent même pas s’en rendre compte,

mais tout est affaire de reproduction chez eux, absolument tout ! Les objets,

les représentations, même leurs tenues invraisemblables !

 


De l'utilisation d'un photocopieur

 

Tout juste débarqué, Daïk a déjà eu tout le loisir d’observer plusieurs petites

femelles habillées de la même façon avec des représentations identiques. Les mêmes

petites filles avec les mêmes petits animaux de couleur criarde gravés sur leurs

vêtements, le tout agrémenté de calligraphies anciennes. Espèce sexuée douée

de capacités de reproduction, l’être humain pense ABSOLUMENT TOUT

SON ENVIRONNEMENT DANS LA DUPLICATION. Pourquoi ? Par peur que l’espèce s’éteigne ?

Convient-il de répéter en boucle le message :

 

Reproduisez-vous, vite, vous allez tous crever !

 

C’est ça. L’être humain est obsédé par sa propre disparition et a structuré

tout son environnement de manière à rappeler en permanence qu’il convient

de penser reproduction à chaque instant et dans toutes les actions de son existence.

Le jour où il deviendra immortel ou qu’il ne procréera plus que par le biais de

la génétique, alors ne trouvera-t-il peut-être plus judicieux de dupliquer

les éléments qui composent son environnement.

 

Daïk évite de justesse un nouveau banc de microbes en tous genres dont

deux germes hautement pathogènes (pour les humains). Plus loin, plusieurs

arbres surgissent. Seigneur ! Des arbres !!! Daïk songe au chant des Séries du nombre neuf :

 

Neuf petites mains blanches sur la table de l'aire, près de la tour

de Lezarmeur, et neuf mères qui gémissent beaucoup.

Neuf Korrigans qui dansent avec des fleurs dans les cheveux et des robes

de laine blanche, autour de la fontaine, à la clarté de la pleine lune.

La laie et ses neuf marcassins, à la porte de leur bauge, grognant et fouissant,

fouissant et grognant; petit ! Petit ! Petit ! Accourez au pommier !

Le vieux sanglier va vous faire la leçon.

 

LE POMMIER, végétal immense, curieux, bruissant de petites bêtes minuscules,

mais complètement hystériques autour des branches de l’arbre. LA VIE ! La vie

qui frémit, grouille, palpite, sort par tous les pores. Des milliers et des milliers

d’espèces qui se croisent, s’évitent de justesse ou, à l’inverse, se bouffent le cul.

L’X-ado est stu-pé-fait ! Est-ce le témoignage d’un monde chaotique ? La vie

tendrait-elle à se multiplier ou à se concentrer avec l’évolution ? Au vu de son

propre monde en univers II, il lui semble que l’évolution s’accompagne d’une grande

réduction du nombre d’espèces. Elles s’agglutinent, fusionnent telles des galaxies

qui s’absorbent. Daïk songe à Andromède et à la Voie lactée bientôt réunies

 comme 1+1 font 1.

Déjà fort indisposé, l’extradolescent est saisi d’une terrible angoisse. Tout ce monde

lui semble si complexe et dangereux. Il comprend mieux la puissance et la grande

diversité des légendes terrestres. Comment survivre dans un tel chaos

permanent sans s’édicter des règles intangibles et sans, surtout, se représenter

le monde au travers de récits métaphysiques ou, disons, du moins, globalisants ?

Le seul fait de déambuler dans cet univers lui colle la frousse et brouille son esprit :

il ne sait même plus ce qu’il cherche tant le nombre d’informations

qui l’assaille est vertigineux.

N’importe quel esprit dénué de repères et de principes éducatifs se sentirait

agressé en permanence. Daïk ne tiendra jamais plus d’une révolution terrestre

s’il ne garde pas à l’esprit le sens de sa quête : aller au bout du chant des Séries,

comprendre le sens du nombre Un. La Nécessité unique. Le Trépas père de la Douleur.

Rien avant, rien de plus…

 


Daïk, chapitre 23

lettre typo celtique JOSS TROUVE QU'IL N'A JAMAIS autant travaillé de sa vie que depuis qu’il

est sorti des rails, après sa radiation sous Sarko. Il avait même eu

l’impression d’être retourné en enfance, du temps où créer

s’affranchissait de toutes ces barrières insensées. Il suffisait

de s’emparer des objets, de matérialiser les idées

et, comme l’expression de son art, l’idée prenait forme. Il aimait bien ça

malgré les désagréments quotidiens. Il en tira toutes sortes d’enseignements

sociologiques qui lui inculquèrent cette conviction que l’argent et le regard social

travestissent,

font se renier.

 

Ce n’était pas la joie tous les jours, mais c’était bon de suivre ses principes de vie.

Demeurent néanmoins aujourd'hui ces questions en suspens :

Son passage sur terre influencera-t-il la vie des siens

et pendant encore combien de temps... ?

Celui de quelques relevés bancaires ?

Le temps d'’une décennie ?

D’une génération ?

D'un siècle ?

Connaissez-vous l’histoire de vos ancêtres d’avant guerre ?

Et de ceux qui ont vécu au XIXe ?

On ne meurt pas dans le même état d’esprit selon que l’on soit puissant

ou misérable. Mourir avec des questions matérielles dans la tête est tout de même

pathétique. Joss n’aime pas sa mort. Il ne voyait pas ça comme ça.

Il pensait nourrir l’humanité de ses questionnements philosophiques.

Trouver des clefs, croiser le génie d’esprits immortels, et surtout, surtout,

vibrer au son de l’orgue sur une sonate d’amour absolue.

Hélas, non.

Il meurt en suivant une ambulance.

Il arrive dans le même hôpital que son fils, mais par une autre porte.

 

Et pendant ce temps, son fils est entre la vie et la mort.

Sa dernière vision de Nathan : l’enfant étendu dans son bac à sable, figé,

impassible, presque serein. Ce constat le culpabilise et le rassure

en même temps.

Puis, une autre vision surgit : les secours piétinant ses vestiges, s’étonnant

de ses curieux hobbies d’attardé s’il lit bien entre les lignes (les enfoirés). Joss revoit

leurs bobines, l’un riant sous cape, disant que sa tension est « normale », lui répondant :

-Oh, vous ne voyez pas qu’il est complètement paralysé !

-Oui, mais il respire, il n’y a pas de symptômes apparents, regardez, le type lui répond.

Joss lui aurait bien enfoncé la tête dans le sable s’il n’avait un minimum

de retenu et de respect lié à sa fonction ! Il a détesté le regard que ce type

a coulé sur le bac à sable de son fils qui couvre un tiers de la propriété… et alors ?

Ca vaut bien une tablette, non ? Joss parie que le gamin du secouriste passe

ses journées dans le salon sur son… non : sur ses écrans, sûr qu’il en a un régiment !

Il enrage comme il a enragé toute la route jusqu’à ce satané virage

et cette saleté de fossé. Fallait voir l’état du bas côté. Et les pompes funèbres

qui vont assassiner Koupaïa ! Ils vont lui massacrer le compte en banque,

peut-être lui cherchera-t-on des poux, trouvera-t-on des failles dans ses contrats

Prévoyance décès ! Une chance qu’il ne soit pas décédé dans des circonstances

inexpliquées, genre mort subite ou accident de voiture avec une valise pleine

de drogue dans le coffre. Il paraît que plein de gens convoient de la dope

sans même s’en rendre compte. Elle aurait moisi des jours et des jours

dans une chambre froide avec une enquête sur le dos et une facture des pompes

funèbres qui tourne à toute vitesse comme un compteur de taxi. Vivre sur Terre est 

une course perpétuelle après le fric et lorsque vous mourrez, nom de Dieu,

ça ne s’arrête pas ! La course continue. L’Etat, le croque-mort, le notaire et certains

ayant-droits, tout le monde fait semblant de ne pas vous attendre au tournant parce

que vous n’êtes jamais tant bankable que lorsque vous êtes morts !

TOUS BANKABLES.

En guise de revanche, il s’est jeté comme un kamikaze dans un élan subconscient

sur le bas-côté genre contre un portique en ruine frappé par la pandémie de bonnet-

rougeole. Il a heurté une sorte de plot en béton émargeant de la route avant

de voltiger dans le décor, c’était quoi ce truc ? Il ne le saura jamais.

Et si c’était vrai… A qui en vouloir au fond ? Au taux de prélèvement record ? Ce n’est pas une

vie que de mourir obsédé par ce genre de préoccupations stériles !

Joss aurait mieux à faire et à penser dans l’au-delà... A côté, mourir durant

les Trente glorieuses devait faire de vous un immortel dégagé de toutes considérations

matérielles. Saint-Pierre vous ouvrait les portes de la grandeur d’âme,

alors que là… il doit avoir de la peine pour Josselin.

-Mon pauvre monsieur…

-La crise économique m’a fumé pour l’éternité !

Joss a l’impression de se faire tirer le portefeuille du veston par un cleptomane.

Non, pire : que lorsque l’on meurt, on sent son influx vital sortir de sa poitrine

en même temps qu’une main vous faire les poches ! On vous paluche le paletot :

 

« Portefeuille, sors de ce corps... »

 

Matérialisme de merde ! Un excès de structuration des comportements

humains par le modèle économique systémique qui fait que certains types

sont persuadés que même leur propre inspiration-expiration devrait être tarifée

toutes les trois secondes. Tout est codé, monétisé, et tout doit être retranscrit

en acte ad-hoc. Demain, les pets seront assujettis à cotisations sociales au prorata

du volume de méthane rejeté parce que vous contribuez au réchauffement de l’atmosphère.

Et les puces dans les poubelles, et dans les robinets, et dans les toilettes,

n’est-ce pas déjà dans les tuyaux ? Vous croyez que ces types vont en profiter

pour nettoyer la fiscalité antérieure ? Non, pardi ! On superpose. On ajoute à la fiscalité

héritée du capitalisme une fiscalité héritée de l’écologie comme antithèse

du capitalisme. Conséquence : en additionnant les fiscalités de façon contradictoire

avec des incohérences de schizophrène, on aboutit à un magma administratif

pire que du gaz asphyxiant ou paralysant. Ces mecs dans leurs bureaux ne comprennent

pas pourquoi plus rien ne fonctionne dans ce pays :

-Hé ! Vous bourrez la mule dans les deux sens : par devant et par derrière !

Et que dire de la fiscalité européenne ? En vingt ans, vous venez de créer

trois niveaux de fiscalité, une première dans l’histoire de l’humanité, et

vous pleurez votre mère qu’on n’est pas capable de générer autant de recettes 

qu’à votre guise ! Mais l’économiste John Keynes n’aurait jamais laissé passer

ça, pas même Karl Marx ! Fiscalité nationale, fiscalité européenne, fiscalité écologique.

Et soyons sûr qu’ils cogitent une strate de plus parce que, forcément, en détournant

un peu Laffer (vous savez, le mec qui a dit : « Trop d’impôts tuent l’impôt »)…

eh bien… c’est tout con : il suffit d’en créer de nouveaux assujettis sur

des trucs qui n’existaient pas avant pour remplacer le produit qui ne rentre plus !

C’est comme ça qu’on arrive à la nouvelle soviétisation du pays : inadapté

à la mondialisation parce que trop mis à contribution, le secteur privé s’effondre

et le niveau de vie moyen de la fonction publique explose celui du privé et la part

du secteur public bondit dans le produit intérieur brut, tandis que le taux

de prélèvement obligatoire final atteint des niveaux jamais atteints de l’ordre

de 60 voire 65 % de la richesse captée. Même la Russie et Cuba n’en veulent plus !

Après les impôts écologiques et pourquoi pas une taxe d’habitation

sur les morts ? Hein ?

Ils en dégagent, du carbone !

Voilà. Telles furent les dernières paroles de Josselin, libéré de tout filtre,

dans le lâcher-prise le plus total inhérent à son nouveau statut 

de jeune défunt, en cette décennie 2010...

 

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Daïk, chapitre 22 / Ran niver pemp

 

PEMP -5 -

 

 

L’ENFANT.
—Chante-moi la série du nombre cinq.

 

LE DRUIDE.
—Cinq zones terrestres : cinq âges dans la durée du temps; cinq rochers sur notre sœur.

 

 

 

lettre typo celtique L

ES CINQ ZONES DE LA TERRE ÉTAIENT CONNUES des anciens bardes 

comme les trois parties du monde. Un poème attribué à Taliésin, et qui

présente plusieurs points d’analogie avec le chant armoricain,

offre la preuve de ce fait : ‘La terre, dit-il,  a cinq zones et se divise

en trois parties : la première est l’Asie ; la seconde, l’Afrique ;

la troisième, l’Europe’.

-Mais je crois savoir qu’il existe cinq continents sur Terre…

Les druides avaient-ils connaissance des deux autres ?

Le collecteur de légendes ne répond pas. Daïk l’imagine riant sous cape.

L’extradolescent a peut-être une autre lecture, liée à son exo point de vue

sur la question : et si le chant du nombre cinq évoquait plutôt l’existence de cinq planètes

comparables à la Terre et toutes habitables ? Et que faut-il comprendre des cinq âges

dans la durée du temps et des cinq rochers sur notre sœur ?

-Je ne vois pas qu’elle est cette sœur emprisonnée sous cinq rochers, répond-il.

Il est possible qu’il y ait quelque rapport entre elle et la personne à laquelle Merlin

donne le même nom dans ses poésies, dit Kervarker.

-Y-a-t-il d’autres planètes autour de Proxima du Centaure ?, demande l’extradolescent

qui commence à ressentir une immense fatigue peser sur ses épaules.

Les effets de la traversée éprouvent son organisme.

-Je ne sais pas de quoi tu parles. Rappelle-toi que j’ai vécu il y a bien longtemps...

Je ne connais ce qui m’est postérieur, sinon ce dont tu me réfères à présent !

-Et les cinq rochers sur notre sœur ?

-Peut-être un lieu druidique. Peut-être une sépulture.

-Et si c’était un indice sur l’existence d’une autre planète habitable, notre sœur,

sur la présence de vie : je pense à l’eau qui sourd sous cinq rochers

-Pures suppositions ! Comment vérifier ?

-Je ne sais pas. L’enfant du druide saurait peut-être nous guider, s’il a bien retenu

la leçon…

-L’enfant du druide ? Ce n’est pas l’esprit druidique. L’enfant n’est pas un guide,

ni un messager. La philosophie druidique n’est pas une religion comme les humains

l’entendent bien souvent. Pour les druides, il n’y a pas de messager supérieur, mais

une interconnexion des êtres avec la nature et le cosmos.

Le collecteur imaginait peut-être un extraterrestre davantage relié au cosmos

qu’un Terrien monothéiste attaché aux représentations et aux commandements

bibliques.

La communication se rompt.

Daïk décide d’orienter son aéronef en direction de l’exo-planète

qui est en orbite autour d’alpha Centuri B. Il jette son appareil dans son sillage.

Le vaisseau s’approche de la tellurique, dénuée d’atmosphère, se joue de son

attraction gravitationnelle, reprend de la vitesse de libération puis se fait catapulter

tout droit sur le système solaire. Cette rupture de communication ressemble bien

à un dérushage volontaire... Daïk songe aussitôt à sa cousine par une sorte

de lien de causalité et tente de la joindre au mépris des règles de sécurité :

la conversation méta-fréquence pourrait être interceptée par ses parents.

Mais il se sent terriblement seul. Il a besoin de parler à quelqu’un de son âge.

Et de son espèce, si possible.

Par chance, la connexion aboutit :

-Ohh ! Daïk ! Un bail que je n’avais plus de tes nouvelles ! Comme je suis ravie de t’entendre !

-Oh moi aussi, Sannah.

-T’as l’air bizarre… Ca va comme tu veux ? Où es-tu ?

Daïk lui parle de la fugue. De son intention de défier la loi.

Folle d’inquiétude, Sannah lui crie à l’esprit :

-Tu as perdu la raison ! Tes parents vont te tuer !

-Ils l’ont déjà fait.

-Comment peux-tu dire ça ?!

-Ils m’ont livré à mon triste sort, Sannah. Depuis bien trop longtemps.

-T’es déphasé ou quoi ?

-Ils ne pensent qu’au Fric. Le Fond de recherche interstellaire commun ! Et moi,

pendant trop longtemps, j'ai été livré à mon triste sort en orbite géostationnaire.

‘N’avais pas le droit de sortir. Ce n’est pas une vie !

-Mais… tu ne vas pas abandonner tes AAP avec les notes que tu te tires ?

Pas maintenant ! Tu es proche du but !

-Quel but ? Ecoute moi bien, Sannah, j’ai mieux à faire : je suis entré en contact

avec des druides terriens. J’apprends plein de choses sur l’univers IV et je peux même

te dire que j’approche du système solaire en ce moment ! Je ne suis plus qu’à un jet

d’astéroïdes. Tiens, tu entends ?

-Non, je n’entends rien. Quoi donc ?

-Je suis en train de reprendre de la vitesse de libération et si tu veux,

je te rappelle tout à l’heure. ‘Suffis simplement que j’ajuste ma combinaison espace-temps

et je te reprends, OK ?

-Attends, Daïk. Daïk ! Ecoute-moi !

Scrouip.

Krrrrrrchhhhhhh…

-Sannah ???

-…

Daïk ajuste son col. Mars, système solaire, bras d’Orion, Voie lactée, univers IV.

Ce qui lui a pris un temps infini en univers IV n’a été qu’une coupure de faisceau

en univers II.

Sannah reprend, furieuse :

-Daïk, tu fais chier. Tu m’as explosé les tympans ! C’était quoi ce rush ?!

-Pas un rush... ‘Viens de transborder ! Youhou !!! J’approche de la quatrième

planète du système solaire ! Ha, ha ! Tu sais, le système qui est sous embargo ?

N’empêche que leurs légendes décoiffent !!! Si les Terriens avaient écoutés

leurs druides plus longtemps, ils ne seraient pas dans cet état de délabrement.

Je suis certain qu’ils seraient même un exemple pour toutes les galaxies. Tu sais sur quoi

je suis tombé ?

-Daïk, je t’en supplie, reprends-toi. Tu dérailles ! N’enfreins pas la Loi…

-Mes parents attendent que je l’enfreigne, alors ! Je suis conditionné pour. C’est un truc

que tu peux pas comprendre.

-Prends-moi pour une conne. Les druides t’ont bourré le mou, oui !

-Non, même pas. Mais peu importe, je veux te parler d’autre chose. De quelque qu’on

n’apprend pas dans les AAP ni en courant l’espace pour le Fric ! Les Terriens ont attenté

à leur propre planète. Je suis tombé par hasard sur une révélation, un truc énorme :

les êtres humains ont manipulé la farine des choses !

-Ces Terriens ont toujours été complètement barrés. Ne te comporte pas

comme un humain, Daïk, on s’en fout de leur gueule.

-Je veux remonter à la source des récits cosmiques. Au chant des Séries.

-C’est quoi encore ce truc ?

-Une légende druidique colportée dans tout l’espace par Ann Drouiz.

L’illustre Ann Drouiz, voyons ! Avec qui j’ai télépathé, figure-toi !

-Tu parles de ce vieux ringard qui écoute de la musique de branque

dans une sale hutte et qui s’est fait excommunié par l’univers entier ? Ann Drouiz !

Mais personne n’écoute ses fadaises depuis toujours !

-C’est le seul pont qui existe entre les Terriens et notre peuple.

Et je suis sur le point de comprendre beaucoup de choses…

-Mon pauvre ami, t’es givré à -273° c ! Pourquoi me racontes-tu tout ça ?

Je te préviens, je ne te couvrirai pas, hein, c’est hors de question ! T’es grave de me balancer

ce genre de rushes incompréhensibles, tu vas ruiner ta carrière, ta famille va…

-Bah, ne t’en fais pas pour ça ! ILS COMPRENDRONT BIENTÔT ! Je voulais juste parler

avec toi, pas que tu me fasses la leçon. Si je suis Terrien, eh bien moi je peux te dire

que tu es le portrait craché et sur-équipé de tes parents ! Et que fais-tu de la solidarité

extradolescente ?

-J’ai grandi, Daïk.

-Je vois, t’as renoncé.

-Renoncé à quoi ? Je suis responsable, c’est tout ! Atterris, mon vieux !

-Frimeuse, va.

-Et toi petit branleur !

-Tu me traites de… ? T’es gonflée à l’hélium ! Tu ne sais même pas ce que ça veut dire !

-Si, ça veut dire que tu te comportes comme un adolescent humain.

-Tu parles, t’en as jamais vu un seul de ta vie !

-J’ai entendu tous ces récits sur les sexués, figure-toi. Tu n’as rien de bon à apprendre

d’eux. J’espère vraiment pour toi qu’on n’est pas sous contrôle méta-parental.

-C’est pour ça que tu me tiens leur discours ? T’as peur d’être sur écoute !

Eh bien, moi, je ne pense pas que ce soit une évolution de l’espèce, toutes ces écoutes

de merde. Les druides écoutaient la nature et y puisaient toutes sortes d’enseignements

philosophiques et biologiques. Ils ne jouaient pas à pénétrer ton esprit comme une bande

de méta-violeurs collectifs. Allez, je file, souhaite-moi bonne chance et fais ta balance

si tu veux !

Quelle embrouille ! Aucun soutien, nulle part ! Personne ne veut comprendre

le fin mot de l’histoire ! L’origine des légendes. Pourquoi toujours considérer les Terriens

comme de la crotte sidérale à la fin ? Daïk est prêt à jurer qu’Ann Drouiz n’est pas fou.

Il existe des passerelles entre les deux mondes. Personne ne l’empêchera d’enfreindre

cette satanée Loi.

La Loi du silence.

Et de l’amnésie...

 

 

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Daïk, chapitre 21

lettre typo celtique I

NJECTION D'ADRENALINE. Tension rétablie.

Le médecin écarte la piste d’un choc

anaphylactique. Mais l’enfant a essayé

de vomir : une sorte de mucus en

témoigne au coin de la bouche.

 Il est vingt-deux heures quand l’ambulance

s’élance. Joss décide de la suivre délaissant

Koupaïa avec la petite, et son angoisse.

Il ne quitte pas la route des yeux. L’idée que son fils est peut-être

en train de mourir lui traverse l’esprit et il a peur. Tout cela est si brutal; incompréhensible…

Un message. Il détourne le regard, jette son téléphone sur le fauteuil passager.

Virage en épingle. Il sent les roues-avant crisser, puis déraper !

Les lois de la gravitation le propulse, comme un pantin,

dans la verdure ensanglantée.

 

                                                                             *

 

Fin de rétropropulsion. Daïk recourt à la navigation manuelle. Il reprend

de la vitesse en frôlant les planètes du système solaire. L’extradolescent

ajuste sa trajectoire dans le sillage d’une magnifique gazeuse bardée d'anneaux.

Daïk est proche du but.

La grande Loi l’interdit d'aller sur la Terre, au pays des humains.

Au pays des druides.

Mais s’il pouvait avoir la preuve que les druides

ont encore un peu de pouvoir sur Terre, il pourrait rassurer son peuple

sur le caractère pacifique des humains, il les aiderait même dans leurs

recherches proto-spatiales s'il le pouvait.

Mais... Daïk contemple son reflet dans la coupole de son aéronef et observe l

es éclats mordorés de sa combinaison espace-temps.

L’idée d’un changement de programme lui traverse l’esprit...

 

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Daïk, chapitre 20 / Ran niver c'hwec'h

 

C’WEC’H - 6 -

 

 

L’ENFANT.
— Chante-moi la série du nombre six.

LE DRUIDE.
— Six petits enfants de cire, vivifiés par l'énergie de la lune; si tu l'ignores, je le sais.

Six plantes médicinales dans le petit chaudron; le petit nain mêle le breuvage, son doigt dans sa bouche.

 

 

lettre typo celtique D

AÏK EST SUR LE POINT DE DECOUVRIR LA MORT. 

 

Il va comprendre ce que c’est de mourir.

Le petit enfant de cire…

 

Le vide sidéral le sépare désormais de sa

famille. Peut-être a-t-il même échappé

 pour de bon à la vigilance du vieil Ann

Drouiz... Comme il se sent seul, 

il tente un rush avec Merlin et Taliésin :

 

C’houec’h mabik great e koar,
Poellet gand galloud loar ;
Ma n’ouzez-te, me oar.

C’houec’h louzaouen er perik
Meska’r goter ra’r c’horrik ;
Enn he c’henou he vezik.

Toujours cette langue étrange… Mais c'est le conteur

et collecteur Théodore Hersart de la Villemarqué, dit Kervarker,

qui répond à la place des deux druides terrestres, tel un initié du Bélen :

-Les enfants de cire jouaient un grand rôle dans la sorcellerie du Moyen-âge

lors des siècles qui ont suivi les grandes migrations. Quand les druides

et les peuples de l’Ile de Bretagne ont traversé la mer

pour coloniser de nouvelles terres à l’extrémité du continent, ils y ont retrouvé

des ancêtres communs, des Celtes continentaux descendants des Gaulois.

Les Bretons se sont mêlés à eux et par ce fait, ont régénéré leurs croyances

en dépit de la soumission des Vénètes aux troupes romaines de César. Ainsi les enfants

de cire ont-ils traversé les siècles. Quiconque voulait faire tomber son ennemi

fabriquait une figurine et la donnait à une jeune fille qui la portait

emmaillotée neuf mois durant dans son giron, poursuit Kervarker.

Les neuf mois révolus, un mauvais prêtre baptisait l’enfant à la clarté de la lune,

dans l’eau d’un moulin. On lui écrivait au front le nom de la personne qu’on voulait faire

mourir, au dos le mot Belial, et le sortilège ne manquait jamais d’opérer. Des siècles

plus tard, aidé d’un moine noir, un Comte perpétua l’obscure tradition des Celtes

sur son rival*.

 

Daïk est saisi d’un trouble. Il contemple le bras d’Orion face à lui, majestueuse protubérance

spiralée prête à le conduire aux confins de la Voie lactée.

Une figurine en forme d’enfant de cire fait office de sortilège, de maléfice.

 

                                                                               *

 

-ILS ARRIVENT !, hurle Koupaïa. Elle s’agenouille près de l’enfant allongé dans l’herbe.

Koupaïa enroule son fils dans le plaid du salon :

-Mon Dieu ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Là, sur son front !

On dirait du sang, mais l’eau saumâtre a délavé l’encre improvisée. Près de l’enfant et de

son château, un moulin de sable avec une roue à aube figé comme une horloge à bout

de forces. De petites figurines sont disposées en cercle près de lui : six enfants playmobils,

réunis telle une assemblée druidique. Autour d’eux, six feuilles du jardin. Six !

-Le sang, les six plantes, les six enfants de cire… Ca ne te dit rien ?

-Le chant des Séries ! Tu crois que notre fils a joué au druide ? Regarde tout ce sang !

-Il n’y a pas de plaie ! J’ai vérifié, je vois rien !

Transie, Koupaïa déboutonne le veston de l’enfant, remonte les manches du pull-over,

inspecte ses poignets, son torse, tandis que Joss en fait de même avec ses pieds,

ses  jambes, avant de l’entortiller de nouveau dans le plaid.

-Que font les secours ? Seigneur !

-J’appelle les flics.

-OUI, appelle-les aussi ! Et vite !

 

                                                                                *

 

Daïk entame sa descente. Kervarker révèle ce qu’il sait des six plantes médicinales.

Le corps du collecteur de légendes repose dans son tombeau.

Son esprit interpelle Daïk quand il réalise que quelqu’un extrait son savoir :

-Qu’est-ce qui se passe, qui est là ? Me faire ça à moi, dans mon état ! Misère ! Un squelette !

Et ma barbe, ma jolie barbe ! Disparue, poussière !

-Excusez-moi... Désolé. Je ne voulais pas déranger... Mais votre esprit est immortel.

Je peux vous rassurer. Je vous entends comme je vous vois. Vous n’êtes pas un hologramme...

-Mais tu as une voix d’enfant ! Qui es-tu pour me croire ?

-Je m’appelle Daïk.

-Daïk ? Comme l’enfant du druide ? Tu me poses toutes ces questions sur le chant des Séries

alors que tu t’appelles Daïk ??? Daik, mab gwenn Drouiz, ore...

-Je ne suis pas celui auquel vous croyez. Je viens d’un autre monde.

-Mais on t’a donné le nom de l’enfant qui reçoit l’instruction du druide,

le bel enfant du druide...

-J’ai entendu parler de cette légende, seulement… je vous jure que je ne suis pas un Terrien !

-Que me chantes-tu là Bel enfant ? D’où viens-tu alors ?

-D’un autre univers que nous appelons l’univers II… Ce n’est pas parce que vous ne nous voyez

pas que nous ne sommes pas là, dit un jour l’un d’entre vous**. Si je vous parle, c’est que

j’ai enfreint la Loi. Je me permets de vous le dire parce que je crois que vous non plus, vous

ne pouvez plus communiquer avec vos contemporains...

-C’est ce que tout le monde pense souvent des morts ici-bas.

-Alors nous sommes sur la même coque de bateau ! Ce n’est pas parce qu’ils ne vous voient

plus que vous n’êtes pas là, n’est-ce pas ? Vous les morts terrestres, vous êtes comme

nous  autres les extraterrestres...

-Les druides seraient ravis de t’entendre. Mais comme tu le dis si bien, nous ne devons

en aucune façon enfreindre la Loi.

-Oui, répond Daïk. C’est la grande loi universelle et physique qui régit les êtres du cosmos,

n’est-ce pas ? C’est comme, de notre point de vue, laisser les êtres terrestres dans

leur solitude physique. Pourquoi les priver de ce savoir, ça je ne l’ai jamais compris...

-As-tu posé la question à tes aïeux ?

-Oui, bien sûr.

-Et quelle fut leur réponse ?

-Ils prétendent que les êtres humains sont néfastes, mauvais, dangereux. Ils disent qu’ils font 

le mal sur Terre. Que tous les peuples du cosmos ont peur de leurs réactions terribles. Ce sont

des esprits étroits et vénaux.

-Ils n’ont pas écouté leurs propres druides ni leurs messies. Ils s’aveuglent de ne pas croire

en ce qui n’est pas formellement démontré. De fait, ce qui les rassure d’un côté nourrit

leurs inquiétudes de l’autre.

-Et ils ont joué avec l’atome...

-L’atome ? La farine de l’air ?, s’étonne le collecteur.

-Une centaine de révolutions terrestres après votre existence, ils ont fabriqué des armes

de destruction gigantesques, je le sais, le l’ai vu !, s’exclame l’extradolescent. Ils ont allumé plus

de deux milles feux dévastateurs. Certains sous les océans, d’autres sous terre et

des centaines d’autres encore sur terre, libérés à même l’atmosphère…

-Le feu sur la montagne ! Huit vents qui soufflent. Huit feux avec le Grand Feu, allumés

au mois de mai sur la montagne de la guerre… Bon sang, ils ont relancé le décompte

du chant des Séries...

-L’un des feux a dévasté un archipel et tué des milliers et des milliers de Terriens.

-Le Grand Feu sur une île ! L’Ile de Bretagne !

-Non, une autre île, tout à l’autre bout du monde.

-Ils ont perdu l’esprit du chant des druides ! Malheur !

-Après le Grand feu, d’innombrables répliques se sont produites. Ils osent croire

que ces feux ne tuent plus personne, mais ils se trompent. Ils tuent, eux aussi. Ils sont invisibles,

bouleversent l’équilibre de la planète, précipitent sa fin. Les hommes n’entendent pas attendre

un milliard de révolutions et refusent de se préparer au naufrage.

-Que viens-tu faire alors dans ce bas monde ? Pourquoi enfreins-tu la Loi ?

-J’ai assisté aux explosions dévastatrices et j’en pressens d’autres ! Mais il n’y a pas que ça.

Je sais qu’il existe un lien sacré entre les druides et notre peuple.

-Comme toi par exemple ?

-Non, grand Dieu ! Non, je ne prétends rien de tel.

Daïk est pris d’un vertige. Non et non. Comment se pourrait-il ? Voyons… Une simple allusion…

-Une invocation. Une incantation. Une incarnation, peut-être...

-Un nom comme on nomme les choses, rien de plus ! Ils auraient très bien pu m’appeler…

-Mais ils ne l’ont pas fait.

-C’était un choix contingent !

-Ou sous-jacent, comme une cause sacrée que l’on inocule dans une existence. Ils

t’ont attribué le nom de l’enfant du Druide originel, Daïk ! L’héritier du savoir

druidique par excellence, le prodige ! 

-Vous faites erreur, ils ont toujours combattu l’idée que je sorte de mon orbite. Je passe

ma vie à tourner autour d’une horrible planète gazeuse d’un ennui immortel.

Je suis seul tout le temps.

-On voudrait t’inculquer la philosophie que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

On voudrait t’inculquer la mort, non plus. L’ennui avant d’être immortel est mortel.

C’est un précipice qui débouche toujours sur un défi.

-Quel défi ?

-Rompre l’ennui. L’ennui est un charme qu’il convient de rompre. Ou alors, c’est

la mort assurée…

-Mais je suis immortel !

-On t’aurait condamné à l’ennui éternel ? Alors, si tel est le cas, tu es un damné.

 

Un damné ! Sur un satellite en orbite autour d’une gazeuse d’où rien ne surgira plus,

comme une planète Terre après que l’eau, l’oxygène, les six plantes médicinales aient

disparu ! Né d’une damnation, condamné pour l’éternité...

Abasourdi, Daïk songe à ses parents qui le pressent de connaître l’immensité du savoir,

mais l’interdisent de faire quoi que ce soit. Je suis privé de tout ce dont j’ai accès à travers

ces artéfacts animés en temps réel mis à ma disposition mais desquels il ne ressort jamais

rien de concret, seulement un devoir : apprendre à connaître pour mieux tenir

les choses à distance. Oui, Daïk est abasourdi à l’idée d’avoir été enfanté par des esprits

qui ont organisé une sorte de piège immatériel et infini autour de son existence…

-Il semble que tes parents soient bizarrement… très humains. Je pense que tu as

un défi à relever. On n’appelle pas son enfant Daïk tout en l’éloignant de ce qui fait

l’essence et le sel de la vie innocemment.

-Mais vont-ils m’empêcher de m’accomplir indéfiniment ?, enrage l’extradolescent.

-Il se peut qu’ils fassent tout pour t’en empêcher parce qu’ils estiment que c’est trop tôt.

Plus la rétention est importante, plus l’effet rebond le sera aussi.

-Tout ça, c’est donc organisé, prémédité ? Du pur calcul ? Ah, les stratèges !

-Je crois que tes aïeux attendent quelque chose de toi. Quelque chose de fort,

voire d’insensé. Un peu comme si, au fond d’eux, ils avaient furieusement envie que

tu retournes voir d’où tu viens.

Et de confier à Daïk l’autre lecture du chant du nombre six, avec l’idée

que ce chant corrobore la thèse d’un sortilège :

-Pourquoi six enfants de cire plutôt que tout autre nombre, je l’ignore. Je vois

mieux la raison des six plantes médicinales du bassin qu’un nain a mission

de mêler. Les plantes dont il est ici question jouaient un grand rôle dans

la pharmacie des druides et des anciens bardes. Les historiens latins n’en comptent

que cinq : le sélage, la jusquiame, le samolus, la verveine et le gui de chêne. Mais

les poèmes mythologiques des Cambriens en nomment bien six

en joignant aux plantes désignées la primevère et le trèfle et excluant le gui,

qui servait sans doute à d’autres usages. Selon eux, c’étaient les ingrédients d’un bassin

pareil à celui du chant armoricain, surveillé par un nain et contenant le breuvage du savoir

universel. Trois gouttes du philtre magique ayant rejailli, disent les bardes, sur la main

du nain, il porta le doigt à ses lèvres et aussitôt, tous les secrets de la science se dévoilèrent

à ses yeux. C’est pourquoi le nain du poème armoricain a aussi le doigt dans la bouche...

 

____________________

*Le comte d’Etampes sur le comte de Charolais en 1463.

**L’écrivain américain John Ball.

 

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Escale à Houat

 

houat côte sud 2

 

 Bien longtemps que je ne m'étais prêté au jeu du mini reportage photo pour le blog. C'était dans une autre vie, faite d'incertitudes, d'errance. Aux premières années de ce blog, avant le "phagocytage" des réseaux sociaux par FB et consorts. 

 

Houat bourg

 

A cette époque, bien avant la naissance de la précieuse personne sur cette photo,  dans les années 2007-2009, les blogs ressemblaient aux radios libres. Les commentaires abondaient, donnant le rythme de la journée. Je vivais les prémices du monde actuel, ne comprenant pas bien ce qui se passait, pourquoi l'arbre de mes études ne donnaient plus de fruits. 

 

houat côte sud

  

J'ai vécu cette période de bascule, de contrats courts assedico-stériles, de sarko-radiations, comme une sorte de purgatoire professionnel. Je me suis remis en question sans fin. En vain. Un peu comme un réacteur nucléaire qui se serait emballé. 

 

houat land art

 

J'ai maudit ce monde et l'aveuglement de la société française nous demandant des cotisations impossibles ne correspondant plus au niveau de vie induit par les nouvelles règles du jeu tacite. Mais j'ai vécu de travaux manuels, d'écriture, de voyages accessibles. 

 

houat land art 2

  

Je garde un souvenir très particulier de cette période qui a valu les plus riches

échanges sur les blogs, une grande créativité intérieure.

Apprenant à survivre.

Et finissant par aimer ça.

 

houat coeur land art

 

Aujourd'hui, avec le recul sur cette décennie de l'étrange, constatons ceci :

plus rien ne sera comme avant. Des pans entiers ont péri. Il a fallu

se raccrocher aux branches.

Dans mon cas, j'ai réappris la presse, moins spontanée, moins intuitive,

plus digitalisée. Plus data.

Le desk triomphe à (presque) tous les étages.

J'ai renoué avec une rédaction sans plus vraiment me projeter, en prenant la vie

comme elle vient...

 

houat kenavo

  

Post scriptum : j'ai adoré l'île de Houat. 

Je retourne sur le continent...

mais je reviendrai.

 

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Daïk, chapitre 19

 

lettre typo celtique I

 

NANIMÉ, NATHAN FLOTTE DANS LES DOUVES

de son château tel le Dormeur du val.

Ses parents ignorent encore ce qui

se trame à cet instant. Koupaïa

fait défiler sur le net un ramassis de têtes

décaties du monde sur le mode les 25 pires ravalements de façade.

-Tu sais que j’avais écrit un truc dans le genre, un jour : Cinq trucs inavouables,

fait Joss, encore à mille lieux d'imaginer la réalité.

-Hum, répond-elle.

La belle n’a pas envie de savoir ou feint d’avoir déjà entendu son récit

circonstancier sur ses séries d’idioties inavouables... Pas les pires ignominies de sa vie,

non, mais plutôt des conneries du genre :

1. Etudiant à Nantes, Joss avait l'embarras du choix pour faire ses courses dans son quartier.

Indifféremment, il allait à une supérette ou à une autre... jusqu'à se rendre compte

qu'elles ne faisaient qu'une !

2. Son dernier job en date a été journaliste ; son premier job étudiant

éboueur (véridique).

3. Joss s’est mouché dans le Stars and stripes du fils d'une

famille d'accueil américaine tellement il le saoulait avec son inconditionnel

chauvinisme infantile. Ce petit branleur ne l'a plus bassiné une seule fois

du séjour après cette profanation...

4. Joss est co-fondateur de la Confrérie des mangeurs de flans qui a sévi essentiellement

pendant leurs révisions de baccalauréat. Avec ses camarades de classe, ils tiraient

les rois en plaçant dans ledit flan la plus infâme saloperie ramassée par terre.

Crachat autorisé.

5. Etudiant, Joss excella dans la cuisine à l'huile. Saucisses à l'huile, steaks à l'huile,

pâtes à l'huile... La technique s’avéra excellente pour dégoûter sa femme à vie.

Elle ne lui demanda plus jamais de lui faire à manger.

Voilà, le genre de trucs... Et Joss ose critiquer les Anglais !

-On appelle ça de la junk-culture, chérie, dit-il en contemplant son site

web mercantilo-érotique. Tu es tombée bien bas.

Heureusement qu’elle pratique son humour de merde et qu’il n’a guère plus

de prise sur elle depuis que son psy lui a dit que ce n’était pas de la maltraitance,

juste de la taquinerie pour le fun. Joss exerce désormais ses talents sur ses voisins

Brits avec autant de succès.

 

De toute aussi mauvaise foi, la petite est en train de s’enrouler toute seule

sur son matelas. Sa couette a volé depuis belle lurette.

Ambiance de crise… De guère lasse, Joss abandonne Penez Drigent et Gisa

Lerrard à leurs incantations druidiques et file redresser la barre - ou devrait-on

dire la quille ? - de ce qui sert de turbulette à la jeune girl power. A force de se

contorsionner, elle a fini par se prendre les pieds dans les filets : la « turbu »

s’est méchamment enroulée autour d’elle jusqu'à faire des nœuds.

-Tu crois qu’elle capitulera un jour ?

Koupaïa répond par une question :

-A-t-elle une âme de résignée de la vie ?

-J’ai bien peur de subodorer la réponse.

-Subodore, subodore…

Joss la « désentortille » et la libère tout en la sermonnant un peu mollement :

-Tu sais que ce n’est pas comme ça que tu vas t’endormir ?

Mais il manque de conviction. Il la prend finalement dans les bras. Les joues

de Tania sont en feu. On dirait un personnage de bande dessinée, du Marcel Gotlib

ou non, pire : Goossens. Ouais. On dirait le bébé dans Goosens, mais en quadrichromie !

Comme la petite semble inconsolable et que ses parents ne sont pas

des tyrans, il décide de l’emmener avec lui dans le salon en sachant pertinemment

que c’est ce qu’elle cherche. Un bébé est tout sauf con. C’est une affaire de niveau

de conscience, de praxis et de logos, mais pour le reste : TOUT Y EST. Toutes les qualités

et vices inhérents à l’espèce humaine sont réunis dans cette petite boule

de poil sans poils. Les muscles et les nerfs sont bien en place et déjà forts vifs.

Joss sait aussi pertinemment que ce sont bien les bras de sa maman

qu’elle réclame à travers lui. Ben tiens.

-Voilà chérie, ta fille te veut.

Et là, la maman délaisse ses sites subversifs et là, ô miracle,

les pleurs s’estompent comme par enchantement.

Stupéfiant, fait Joss. Vraiment stupéfiant…

Penez Drigent n’a plus à s’égosiller pour couvrir la voix de juniorette

et là, soudain, c’est le silence.

 

*

 

Vingt et une heure trente, il se fait tard. Nathan œuvre à la bougie, parce que

c’est un artiste. En l’occurrence, la bougie a la forme d’un projecteur de jardin

que Joss a eu toutes les peines du monde à installer parce qu’il a convenu de percer

la pierre de la longère. Du granit véritable, foret diamètre dix mille exigé ! Il en a bavé,

il a même cru en mourir et s’est juré que la prochaine fois qu’il auto-construira sa maison,

elle sera en bois !

Sauf qu’il ne le fera pas, hé, car il aime trop son nid à arachnides avec son paysage

de carte postale...

Joss décide d’aller sonner la cloche pour que Nathan délaisse enfin ses œuvres.

Il sort.

Il ignore encore que l’enfant gît dans les douves de son propre château,

comme tombé dans un trou noir...

 

Pendant cet espace-temps, au cœur de la Voie lactée, Daïk a l’impression

de se réveiller après un long somme, assis dans une chaise derrière

une fenêtre donnant sur la mer. La fenêtre est close. Daïk voit des oiseaux colorés

et ultra-haut-fréquencés volant avec de grandes ailes lumineuses sur lesquelles

se reflèteraient comme sur des panneaux voltaïques des milliers et des milliers

d’étoiles. Daïk se frotte les facettes. N’importe quel vaisseau normalement constitué

aurait été pulvérisé par le transbordement. Mais sa capsule a résisté sans le moindre

accroc : sa civilisation est passée maître dans l’art de voyager dans l’espace.

Daïk songe à ses parents, obsédés par la réussite astrophysique et astronomique.

Pour la première fois de sa vie, il se dit qu’ils ont leurs raisons comme ils ont raison

d’insister sur l’indispensable quête d’autonomie, sur la nécessité d’étudier les astres,

d’apprendre à naviguer à l’instinct d’une constellation à une autre. Et

à savoir se repérer en cas de panne sans recourir au moindre instrument de bord.

-Tu comprendras un jour ce que signifie le terme grandir.

-Grandir, justement ! Si vous saviez comme je me sens prêt !

-Grandir ne signifie pas prendre la poudre d’escampette et errer à qui mieux-mieux,

cela veut dire avant tout comprendre les rouages du monde, intégrer les mécanismes

astrophysiques, et alors seulement tu sauras naviguer. La vie est faite d’étapes, fiston.

Tu peux comprendre ça ?

-Oui !

-Oui ?

Enfin… oui et non.

Euh, en fait carrément non !, se dit Daïk quand il ouvre les yeux et voit cette mer

de constellations.

Le spectacle vaut le détour ! Sous ses pieds, un tapis de connexions aussi

folles qu’éblouissantes partant dans tous les sens. Derrière lui : l’immense trou noir dans lequel

semblent plonger et disparaître le bras de Persée, le bras de la Règle et même celui

d’Ecu-Croix du sud ! Et sur sa droite : l’autoroute lumineuse faite d’étoiles et d’amas,

de constellations et de nébuleuses, le bras de Sagittaire-Carène ! Seigneur ! C’est cette route

qu’il doit emprunter sur des milliers et des milliers d’années-lumière.

Daïk contemple les manches de sa combinaison espace-temps avec un mélange d’effroi

et de fierté un peu crâne. Il configure les rétro-propulseurs, active l’inverseur

de force qui utilise la puissance d’aspiration gravitationnelle en négatif et propulse

la capsule à toute vitesse vers le rail du Sagittaire-Carène, l’un des quatre bras spiraux

majeurs de la Voie Lactée qui le conduira jusqu’au bras de banlieue d’Orion, entre le bras

du Sagittaire et celui de Persée.

Mais soudain, Daïk est pris d’un doute. Ne doit-il pas remonter à la source

 au lieu d’aller observer le symptôme le plus visible de toute l’histoire de cette

planète depuis l’espace ? Le vieil Ann Drouiz lui a suggéré d’étranges connexions

liant son peuple aux légendes terrestres. Toutes ces légendes ne sont-elles pas

fondatrices d’un ordre nouveau ? L’extrado ne doit pas se tromper d’objectif. Si origine

humaine il y a, alors c’est bien aux sources de la légende qu’il doit remonter. C’est

aux origines du chant des Séries, du temps des premiers druides de Bel !

Daïk entend la voix de Merlin, celle de Taliésin, tous lui parlent des huit vents,

des sept éléments, de l’Ile de Mon, des feux perpétuels au sommet de la montagne.

Il songe aux paroles d’Ann Drouiz. Il faut remonter au temps des premiers druides

pour comprendre d’où proviennent ces innombrables et majestueuses légendes

terriennes qui ont tant nourri sa propre civilisation. Ce peuple qui a périclité

sur terre n’a pas tant inspiré le cosmos par hasard. Les explosions atomiques

ne peuvent-elles pas être à rapprocher des feux des druides ? Il semble que le désordre,

l’ignorance, aient vaincu des humains et laissé éclater au grand jour et à la face

des mondes extraterrestres, toute leur dérive suicidaire. L’atome ! L’un des huit éléments

au même titre que le vent. Au même titre que le feu. En aucun cas un élément

supérieur devant tyranniser les autres.

En aucun cas un maître.

Daïk maîtrise les bases de l’astrophysique, discipline essentielle à sa survie,

mais ignore à quelle période précise remonter. Il décide de s’approcher de la Terre,

d’emprunter ce tunnel galactique menant du trou noir jusqu’au cœur de la constellation

du Sagittaire, au point de passage le plus étroit entre le bras du Sagittaire et le bras d’Orion.

A charge ensuite de trouver un relais énergétique pour le propulser vers le système solaire.

Une certitude : il devra dérouter son appareil pour sortir du flux à une distance comprise

entre vingt-six et vingt-huit milles années-lumière du centre de la Voie lactée. Il pourra

s’appuyer sur une étoile naine rouge de la constellation du Sagittaire, distante

de près de dix années-lumière, voire d’une autre naine rouge à 4,3 années-lumière

dans la constellation du Centaure. Troisième possibilité : pointer cette super-géante,

dans la constellation de la Carène, au gouvernail de ce que les astronomes terrestres

nommèrent jadis le Navire-Argo, un ensemble de trois constellations imbriquées.

Et que dire de Sirius, dans la constellation du Grand-chien ?

Nom d’un chien justement, comme diraient les Terriens ! Daïk a l’embarras du choix

pourvu qu’il ne commette l’erreur de sortir des rails le conduisant dans un coude sur la face

externe du bras d’Orion.

 

L’extradolescent ajuste le col de sa combinaison, pointe son curseur

sur la spirale, met les rétro-propulseurs bien dans l’axe du trou noir derrière lui,

et… go !

Go !

Il fonce. Et il troque. Il troque une éternité pour une fraction de seconde.

Il troque des milliards de dollars du Zimbabwe pour un franc suisse. Et il cible l’Europe,

le pays des druides. Il hésite entre l’Ile de Mon, sur la grande Ile de Bretagne,

et le pays des Vénètes qui ont combattu les armées de César comme l’évoque

le chant des Séries. Nombre onze ou douze ? Peu importe, il ne sait plus trop.

Il sait juste qu’il doit faire vite parce qu’il craint que ses parents soient déjà sur ses pas...

Daïk actionne le col de sa combinaison, synchronise l’espace et le temps,

ferme les yeux. Il opte pour les Vénètes. Parce qu’il se souvient de lointaines légendes.

De mégalithes connectés aux astres. D’alignements au milieu des bois.

Des druides y font procession depuis des siècles et des siècles. N’innombrables légendes

courent à travers la lande et au creux des forêts fécondes.

Non loin de là, une colline se dresse avec un grand mégalithe brisé depuis

la nuit des temps. Un autre ensemble de pierres en forme de cercle est à moitié

englouti par les eaux depuis des milliers et des milliers de révolutions.

Il opte pour ces terres désolées. Désolées, mais si riches en enseignements

sur ces lointaines croyances fondatrices...

 

*

 

L’enfant est allongé comme un poilu sacrifié au fond de sa tranchée

au beau milieu d’une assemblée de schtroumpfs et de playmobiles. Il gît comme

un chef de guerre parmi ses combattants. Sous son poids, sa tête a fracassé

le pont levis de son château de sable géant. Ses épaules ont éboulé le flanc

des douves. Tout son corps baigne dans une eau saumâtre. Joss découvre

avec stupeur que son fils avait coulé du ciment au fond de son bac à sable !

Alimentées à chaque averse, les douves semblent communiquer par

un système de trop-plein vers une mare grande comme un cercueil...

 

Il découvre aussi que l’enfant a planté des piquets comme les charpentiers

de marine le faisaient afin d’assembler les coques de navire à partir de bois

flotté immergé. A côté se dresse un moulin fait d’éléments récupérés à l’aide

de vieux jouets démontés. L’enfant respire, mais Joss a beau le secouer comme

un prunier et lui flanquer des paires de gifles, il ne parvient à le ramener

à la conscience. Ses cheveux collants font corps avec son tombeau éphémère comme

s’il était une épave échouée sur le flanc, au pied de son œuvre. Sa création l’a emporté,

fossilisé. Son fils a été transformé en pantin de bois ! Il ressemble

à une marionnette en pleine crise d’apoplexie. Joss éboule encore un peu

plus les douves du château du revers de la main, puis incline le corps

de son fils en position de sécurité. L’enfant respire toujours, il n’y a aucun

doute là-dessus ! Pas la moindre trace de sang, ni d’hématome…

Son fils a-t-il pu faire un malaise vagal, s’évanouir ? Joss veut y croire… Il détale

comme un lapin, pénètre dans la maison, s’empare du téléphone,

appelle Koupaïa tout en composant le numéro. Elle ne répond pas.

De la lumière provient de l’étage par la cage d’escalier :

-Vite ! Nathan a fait un malaise ! IL NE BOUGE PLUS !

Joss redescend, saisit un plaid et un coussin dans le salon, s’élance

à nouveau jusqu’au fond du jardin. Il y a de la lumière à la fenêtre des Anglais.

Pas de seins nus ce soir, plus de joutes verbales, juste un impératif :

sauver son fils. Prier les urgences. Qu’elles méritent leur nom !

Koupaïa surgit à son tour. Ses cheveux lui donnent un air de Celte insulaire

descendue de ses montagnes septentrionales. Joss imagine une lointaine

descendante picte ou scot déboulant sous une pluie naissante annonciatrice

du déluge. L’incurie, le péril sont à nos portes ! Un seigneur maléfique a intenté à la vie

de notre fils, on a jeté un sortilège !

Revenu à ses pieds, Joss trouve que Nathan est comme possédé avec

ses yeux fixes.

Joss le voit bien, maintenant que les siens s’habituent aux ténèbres...

 

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Daïk, chapitre 18

 

 

lettre typo celtique J

OSS ALLUME LA TELE. IL TOMBE SUR UN CONCERT

DE PENEZ DRIGENT EN TRAIN D'ENTONNER

UNE COMPLAINTE. 

Une gwerz.

Il aurait bien invité Robert à voir cet Ovni de la

chanson mais doute que Miss’ ait envie de se

le fader à l’heure du dîner.

Et puis l'Anglais est censé avoir mangé

depuis longtemps. Ses voisins n’ayant ni volets

ni rideaux, il est aisé d’à peu près tout connaître de leur

vie et Joss peut affirmer que Fenêtre sur court en version franco-anglaise

ce n’est pas triste non plus (quoique moins anxiogène). Kate,

sa femme, de son vrai prénom Sandy - mais sa chevelure fait penser

à celle de Kate Bush - ne passe plus la porte de sa longère bretonne

après avoir dégainé son sèche-cheveux ! C’est la seule interprétation plausible

pouvant expliquer d’une pierre deux coups le mystère de sa tignasse

explosive et sa discrétion légendaire dans tout le village : elle ne sort pratiquement

jamais de son antre troglodytique, comme si elle avait décidé de quitter

la grisaille anglaise pour venir s’enfermer dans une grotte armoricaine.

 

Le soir, elle a cette curieuse manie de se déshabiller que lorsque la lumière

est allumée. Un jour, Joss s’est surpris à avoir un début d’érection sans même

la voir, rien qu’en pressentant son passage devant la fenêtre de sa chambre

et cette fois-là, il s’est vraiment dit que ça devenait grave.

 

 

Oui, ça devenait grave ce garde-à-vous pavlovien, surtout quand vous finissez par intégrer

que les défilés de votre voisine font désormais partie du paysage de votre vie

au même titre que les seins de votre propre femme !

 

Joss a encore de la chance que, conformément au cliché de la quarantaine britannique, Kate

soit davantage portée sur le chocolat que sur la bagatelle...

Pendant ce temps, Nathan son petit génie en culottes courtes est en train d’échafauder

on ne sait quelle création artistique dans le jardin à plus de vingt et une heures

(pas d’école demain) tandis que Koupaïa lit sur son site web préféré un article très jacobin

 sur d’autres Marie-Antoinette : Cinq stars défigurées par la chirurgie esthétique, et que

la caïd de la bande s’attaque aux barreaux de son petit lit comme un Bonnet rouge

à son portique.

Joss jette un œil par la fenêtre, contemple le salon dévasté

et qui n’a pas encore été rangé, mesure le niveau sonore hallucinant

de la télévision avant de constater que le volume n’a rien d’excessif (niveau vingt-huit sur

une Toshiba de cent quatre centimètres). Le chanteur Penez Drigent est en train

de hurler à la mort à vous dresser les poils sur les bras. Ar Rannoù alias Le chant des

Séries… avec la bande originale de La Chute du Faucon noir (Gortoz a ran), sûrement

l’un de ses morceaux préférés. Bien que ce soit du quinze ans d’âge, grand minimum,

force est de reconnaître que l’on a tendance à vieillir avec ses idoles.

Ce chant lui rappelle par sa puissance Now we are free, de la bande originale

du film Gladiators, par Zans Himmer et Gisa Lerrard des Dead can Dance, et éveille

en lui des envies de retraite médiévale dans un obscur château dominant l’Ile de Skye

ou la vallée du Lot. Il y vivrait comme un seigneur en écoutant ces chants anachroniques

qu’ils n’auraient sûrement pas reniés si d’ordinaire il avait pu adapter l’acoustique gothique

à la technologie moderne dans ce qu’elle a de plus aboutie et réussie : la quête du son absolu,

impérieux, impérial.

Penez Drigent est au bord de l’apoplexie et Gisa Lerrard choisit ce moment

pour entrer sur scène ! Elle se mêle à la féerie afin de transcender et de sublimer la voix

du barde breton, tandis que Fillette attaque les barreaux à la scie circulaire

avec un disque en diamant, que Kate ouvre encore une tablette de chocolat,

que Robert sort fumer une cigarette électronique dans le but évident de conserver

le plaisir onirique du tabagisme sans les funestes désagréments, et que madame

coupe quelques têtes décaties sur une tablette tactile de ses doigts alanguis.

Ploc, la tête de Rickey Mourke, ploc, la tête de Lourtney Cove, ploc celle

de Jickaël Mackson.

 

 

Ploc, ploc, ploc…

Penez Drigent semble faire un malaise, comme pris d’une sorte de rush.

Joss n’est pas dans sa tête et ignore que le chant des Séries est en

train de le posséder jusqu’à la lie. La faute à un extraterrestre...

Comme foudroyé, l’artiste manque à l'instant de s’évanouir au beau milieu

de son public.

 

Et Nathan ne revient pas de ses châteaux de sable et autres occupations nocturnes.

D’ailleurs, il ne rentrera pas ce soir.

 

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Daïk, chapitre 17

lettre typo celtique C

 

ONVERSATION INATTENDUE, DÉROUTANTE.

Robert Smith se pique de découvrir

les jeux de mot en langue française.

Tout à son affaire, excité comme une puce,

il bondit de sa porte fermière en ce petit matin

de printemps, un bob sur la tête :

-Hey, les Frogs, je tiens mon premier jeu de mot en français !

-Hé, you’re scary this morning !, dit Joss encore hagard, sourcil en pointe.

(Il s’attend au pire).

-Vous savez comment on appelle un fonctionnaire en France ?

-...

-Un dysfonctionnaire !

-.

Et monsieur a trouvé ça tout seul. Il opine du chef, comme les Anglais savent si bien le faire.

Traduire, il jubile.

-D’ailleurs, demande-t-il, quel est l’origine du mot « fonctionnaire » ?

Est-ce lié à la fonction ou au fait qu’ils sont censés faire fonctionner le pays ? Nous,

en Angleterre, on parle de civil servant.

-Je vois, le rapport sémantique à la chose publique est en effet

très différent : les fonctionnaires seraient-ils vos esclaves ?

-Non, ce sont nos serviteurs ! La notion de service prime. Chez vous, la notion

de « fonctionnement » ou de statut prime. On ne sait pas trop lequel des deux prime, en fait.

-En France, on parle de fonction publique depuis des lustres. Tu me poses une question,

là. Quelle est l’origine du mot fonctionnaire en France… Allez, je suis

trop bon : entre. On va regarder dans le dictionnaire.

Robert pénètre de bonne grâce, salue la fille de Joss en train d’étaler

sa morve toute fraîche sur le miroir simili-renaissance du salon. Joss farfouille

dans les innombrables étagères qui donnent une illusion de grandeur intellectuelle

à leur humble demeure post-plouc. Là ! En voilà un qui menace de choir sur sa fille, ce qui lui

apprendrait un peu à maîtriser ses sécrétions, la grande affaire de sa vie.

-Fonctionnaire… fonctionnaire… Voyons voir :

 

A l’origine, désigne toute fonction – ah, déjà – confiée par le roi à un particulier

rémunéré  par des gages et des taxations attachées à chacune des opérations

qu’il accomplit. On parle aussi d’officier. En 1604, l’édit de la Paulette (???) consacre

le caractère patrimonial et héréditaire des offices contre le versement

d’un droit annuel et d’un droit de mutation à l’Etat.

 

Les yeux de Bob s’illuminent. Joss sait ce qu’il pense : que les révolutionnaires

sont de parfaits hypocrites qui n’ont pas bien masqué leurs crimes...

D'ailleurs, l’ancien régime n’est jamais très loin dans leurs placards encore remplis

de macchabés mal décomposés. Il suffit de gratter un peu le vernis républicain pour découvrir

l’ampleur du simulacre de remises de têtes... en guise de compteur à zéro.

Bob dit avec l’accent d’Oxford :

-Mais pourquoi avez-vous coupé toutes ces têtes ?

-T’occupe, ce sont nos affaires. Et puis, de toute façon, moi… je serais plutôt un girondin

à la base, tu vois.

-Girondin ? You mean from Bordeaux ?

Joss ne va pas lui expliquer la Révolution française dans le détail à cette heure,

tandis que fillette s’attaque aux rideaux. A chaque jour suffit sa peine !

-Robert, on va en rester là, tu veux ? Il y a eu les ultra-révolutionnaires - les Montagnards -

et il y avait les autres, un peu tièdes, ‘ limite ils auraient supporté une monarchie

constitutionnelle à l'anglaise...

-Tu es des nôtres alors !, fait Robert, ému comme un ivrogne par cette révélation.

Joss a toujours trouvé ces élans suspects venant de ses voisins perfides !

Cette accolade lui fait le même effet que contempler son jardin parsemé

de canettes de bières...

Malgré tout, Il l’aime bien, son Robert Smith, ça le change un peu de ses compatriotes

contemporains. Le Français n’aime pas toujours ses étrangers, mais il les préfère encore

à ses congénères...  Bienvenue chez les fous !

 

Robert revient à son jeu de mot, allusion à peine déguisée à ce qu’il pense

de la France, « le pays du dysfonctionnement », sauf qu’en même temps, il ne fréquente

plus les services publics britanniques et se garde de le reconnaître...

-Tu sais ce qui me chagrine surtout, se justifie-t-il, c’est le passage entre

la fonction publique et la politique dans votre pays. Chez nous, un fonctionnaire

qui fait de la politique ne peut pas retrouver son fauteuil de fonctionnaire après une défaite.

En France, si. Dans notre pays, le fonctionnaire doit démissionner s’il veut se présenter devant

les électeurs !

-Mais oui, bien sûr, Bob, je suis entièrement d’accord avec toi...

-Mais pourquoi ne changez-vous pas les règles si vous êtes tous d’accord avec nous ?!

-Robert, tu sais c’est quoi ton problème ? Tu n’as pas bien compris.

Nous sommes en France. Tout le monde sait ce qu’il faudrait faire pour démocratiser

nos institutions, mais personne ne veut toucher à Marianne d’un pouce. Cette femme

est intouchable ! C’est une icône conservée dans son formol, pigé ? J’ai mis du temps

à le comprendre, mais réformer ce pays, c’est comme vouloir violer Marianne,

tu saisis ? Apprends à aimer cette femme telle qu’elle est. Elle a ses défauts, certes,

mais elle est terriblement sexy. Ne trouves-tu pas ses paysages terriblement sexyyyy ?

Eh bien, pas touche à Marianne. C’est tout.

 

  

-Mais la Terre tourne !

-Vous êtes trop pressés, vous autres Anglo-saxons ! Vous nous stressez. Vous savez quoi ?

Plus vous vous réformez et plus vous risquez de retourner illico à la case départ et alors,

eh bien notre archaïsme reviendra à la mode et on vous repassera devant ! Hé, hé, hé !

C’est ça, le principe ! (Jos pousse un rire démoniaque). La Terre tourne et revient à son point

de départ, toujours !

-This is so absurd ! Je crois que j’en ai trop entendu pour aujourd’hui !, clame Robert

avec une voix étouffée, comme s’il s’essuyait la bouche avec sa serviette après un repas

trop copieux.

-C’est le but, dit Joss, sourire perfide aux lèvres, d’épuiser les esprits

pour mieux les soumettre au charme à la française.

Et voilà. Le tour est joué, Josselin a fait son parfait VRP français, lui le breizhou.

Le pire, c’est qu’il s’inscrit lui-même en faux avec cet immobilisme galopant,

rampant, sous-jacent, permanent, bref, épuisant. Mais il croit tout de même que,

par ce dialogue à brûle pourpoint de bon matin, il a un peu mieux compris le mode de

dysfonctionnement de son pays…

 

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Daïk, chapitre 16 / Ran niver seizh

 

SEIZH – 7 -

  

L’ENFANT.


— Chante-moi la série du nombre sept.

LE DRUIDE.


— Sept soleils et sept lunes, sept planètes, y compris la Poule.
Sept éléments avec la farine de l'air (les atomes).

 

 

lettre typo celtique S

OIT. LE VENT EST L’UN DES SEPT ÉLÉMENTS.

Mais que sont ces sept soleils, ces sept lunes,

ces sept planètes y compris la poule ? 

Daïk est à mille lieues d’imaginer qu’on ne puisse

percevoir de son point d’observation que sept planètes.

Ce système solaire en compte huit, Est-ce que je me trompe ?

Taliésin lui parle d’un monde révolu et si lointain où l’observation

avait pour limites l’œil humain dépourvu du bras armé de la technologie.

Ce monde était porté par un élan philosophique nouveau et puissant.

Les légendes innombrables étaient au cœur du savoir, et cette transmission

se faisait presque exclusivement par la bouche…

-Par l’œil, par la bouche ? Vous voulez dire que cette connaissance du cosmos

a débuté par l’observation primitive et que ces récits antiques ont été bâtis

par des animaux primitifs dénués de… de maîtrise de la technologie ? L’intelligence

appelle l’intelligence. Il a bien fallu un jour que des esprits éclairés commencent

le travail à une époque où il n’y avait pas encore d’ampoules !

 

 

-Difficile de ne pas penser comme un enfant sans pères, n’est-ce pas ?, souffle

Taliésin. Difficile de s’imaginer l’ampleur des transformations opérées

par les générations antérieures... Sais-tu que Merlin comme moi-même

étions des enfants sans pères ? C’est ce qu’a colporté l’Historia Brittonum.

Mais les auteurs chrétiens des légendes arthuriennes relatent une autre version

et disent que la mère de Merlin existait et qu’elle s’appelait

Adhan et que le père était un esprit du souffle ou du vent...

Enchanté, esprit du vent !

 

Daïk acquiesce, fait celui qui connaît une célébrité inconnue à ses yeux

que l’on présenterait dans une soirée mondaine.

Le dos tourné, il glane quelques infos de secours.

Ainsi, Taliésin serait à la fois un barde historique et un druide mythique :

son nom comme celui de Merlin étant associés aux grands récits

des Bretons du Ve et VIe siècle après le grand messie. Un messie issu

d’autres croyances : Jésus Christ !

« Hé, je connais ! »

Daïk sait que ce messie a donné naissance à une religion qui a fini par dominer, entre

autres, les croyances celtiques et qui a repris un grand nombre de ses rites et

légendes. Les druides immortels sont fort circonspects à son sujet.

Daïk songe au vieil Ann Drouiz. S’il veut comprendre cette planète et le drame

auquel il a assisté impuissant, il doit remonter aux premiers druides, quelque mille

cinq cents révolutions terrestres avant l’obsession de l’atome...

Il ne doit plus seulement entrer en communication avec Taliésin ou Merlin,

mais partir à leur rencontre. Il sait qu’ils sont dépositaires de cette légende.

Le chant des Séries s’est transmis à eux par tradition orale, et ils ont été

de ceux qui ont influencé ses nouveaux maîtres tel qu’Ann Drouiz. Ann Drouiz

qui se refuse de lui enseigner les Rannoù jusqu’au bout, tandis que Taliésin

s’esquive en le renvoyant à sa méconnaissance des anciens.

Pourquoi donc ne veulent-ils pas l’aider à grandir plus vite ?

 

 

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