Bataille_roi_Arthur

 

S'il est un exemple, qui plus est bien connu, des liens de parenté qui unissent les Bretons et les Grands Bretons, c'est bien celui du cycle des légendes arthuriennes. Etonnante épopée que l'on retrouve à cheval sur les deux rives de la Manche, en Grande-Bretagne et en Bretagne. Elle est en réalité fondée sur des faits qui remontent à l'époque des invasions saxonnes en Grande-Bretagne, l'un des déclencheurs du mouvement de migration massive des Bretons vers l'Armorique. La fameuse grande migration, qui s'est étalée entre les Ve et IXe siècle, et qui est fondatrice de la Bretagne.
A l'origine, les Bretons sont une confédération de peuples celtes implantés sur les îles britanniques, eux-mêmes originaires de l'actuelle Belgique. Pour schématiser, les Bretons ont donc fait deux fois la traversée de la Manche à plusieurs siècles d'intervalle...


Bretagne_romaine

 

 

 

 

L'ouvrage Histoire des langues celtiques d'Hervé Abalain (Editions J.-P. Gisserot) aborde de manière passionnante cette époque antérieure aux grandes migrations vers l'Armorique. Il évoque notamment la mosaïque des peuples celtes qui occupèrent l'actuelle Grande-Bretagne. Des peuples qui n'étaient d'ailleurs pas tous nécessairement originaires de la Belgique. C'est ainsi que les Parisii ont eux-mêmes accompagné cette traversée et sont venus s'installer dans le Nord-Est de l'Angleterre. Eh oui, les Parisiens ont des parentés éloignées avec les habitants du Yorkshire !
Les Dummonii et les Dammonii ont également un lien de parenté entre eux. Ces tribus celtes sont à l'origine de ce que l'on appelle la Domnonée (actuel Devon, à l'Est immédiat de la Cornouailles britannique). En traversant la Manche, les Bretons de Domnonée ont d'ailleurs purement et simplement transplanté le nom de leur province dans le nord de la Bretagne (en gros, les Côtes d'Armor). Les Bretons de Cornouailles en ont fait de même dans le Finistère sud en fondant la Cornouaille (Kerne en breton). Les "Cornouaillais" étaient eux-mêmes originaires de l'Est du pays de Galles (les Cornovii, cf carte ci-dessus)...
Des liens de parenté sont aussi manifestes avec les Vénètes (Gwened en breton), dans le pays Vannetais, bien que le substrat gaulois ait été ici plus ancré.


Ile_de_Bretagne_VIIIe

 

Ci-dessus : la Bretagne insulaire au VIIIe siècle.

Les toponymes communs aux deux rives de la Manche se comptent d'ailleurs par milliers, essentiellement originaires de la Cornouailles et du pays de Galles. Pas étonnant, donc, que la langue bretonne soit très proche du cornique et du gallois. Ces langues appartiennent d'ailleurs au même rameau des langues celtiques dites britonniques (ou P-celtic).
Les Bretonnants connaissent souvent bien ces exemples de similitudes linguistiques :

Temps > amzer (breton), amser (cornique), amser (gallois).
Sur > war/ar (breton), war (cornique), ar (gallois).
Vivant > bev (breton), bew (cornique), byw (gallois).
Mauvais > drouk (breton), dròk (cornique), drwg (gallois).
Noir > du (breton), du (cornique), du (gallois).
Ile > enez (breton), enys (cornique), ynys (gallois).
Bon, bien> mat/mad (breton), màs (cornique), mad (gallois). Etc...

Moins prégnants, les liens existent également avec les langues celtiques dites gaëliques (ou Q-celtic), qui possèdent elles aussi par exemple des mutations, ces changements de lettre en tête de mot, qui s'opèrent au contact d'une autre lettre selon des règles grammaticales parfois assez complexes. Ainsi, "penn" (tête en breton) donne-t'il "ma fenn" (ma tête), mais aussi "da benn" (ta tête)...
Mais les similitudes entre langues britonniques et gaëliques sont également lexicales. Le mot "fils", qui se dit "mab" en breton, donne ainsi "mac" en Irlandais et en Gaëlique d'Ecosse. Le breton "Enez" donne "inis" en irlandais ; amzer donne "aimsir". Etc.
Quant aux noms propres, citons un exemple : l'archipel des Hébrides, qui se dit "Innse Gall" en gaëlique d'Ecosse (l'île des Etrangers), à rapprocher du breton "Enez gall". Le mot "gall" a d'ailleurs donné pays de Galles, le pays des étrangers. Il est amusant de constater que les envahisseurs saxons appelaient eux aussi les Gallois les Etrangers : les "wealhas", terme à l'origine de "Welsh", dénomination du pays de Galles en anglais. De même, le breton désigne-t'il d'ailleurs la France par le terme de Bro-C'hall (pays étranger).
Du reste, les interpénétrations entre les langues celtiques et l'anglais, langue germanique, ne sont pas rares, bien que les seconds aient - en partie du moins - chassé les premiers... De nombreux noms de lieu anglais en témoignent : Dover, Doverdale, Andover descendent du britonnique "dour" (eau). Douglas descend du gallois "glais" (cours d'eau). Melrose de "moel" (chauve, dénudé) et de "rhos" (lande). Cheetham, qui vient du britonnique "coet"/"cet" (bois). Liskeard, qui provient du gallois "llys" (cour) et de "karreg" (rocher). Enfin, last but not least, Wenlock provient de "gwyn" (blanc) et de "llog" (monastère), deux mots également très proches du breton (gwen et loc).
Dans le registre des interpénétrations entre langues celtiques et germaniques, on pourrait également parler de certains lieux des îles britanniques fondés par des Scandinaves (notamment sur l'île de Man et au pays de Galles). Ainsi, les Scandinaves ont-ils fondé Sker au pays de Galles. Gallois qui, à leur tour, ont fondé Scaër en Bretagne...