etude genomes europeens

C'est à un drôle de travail que se livrent les généticiens et les ethnologues qui, autour des recherches sur les haplogroups, s'atèlent à démêler les origines des individus et des peuples, loin de tout obscurantisme, loin de ce à quoi les nazis et leurs penseurs inspirateurs du XIXe siècle se sont essayé. L'approche ne s'entend pas de façon réductrice, orientée, mais dans la complexité de la tâche. Plus elle avance, plus cette dernière tend non seulement à conforter le travail factuel ou local de milliers d'historiens de tous pays, mais aussi l'idée plus générale que partage la profession d'un complexe mélange des genres au gré des migrations, des périodes de glaciation aux guerres d'invasion en passant par les périodes d'expansion démographique.

Dernière étude en date, celle de Pios Biology menée autour d'un échantillon des gènes de 40 populations du continent européen par deux chercheurs californiens, Peter Ralph et Graham Coop : à consulter ici (lire également l'article Européens tous cousins paru sur le site Press Europ Express).

S'appuyant sur les recherches par haplogroups, les deux scientifiques américains ont étudié un pannel de 2257 personnes en Europe afin d'observer à travers leur données génomiques leurs ascendances communes. L'optique a été de déterminer à quel degré le patrimoine génétique de ces 2257 Européens se recoupaient au cours des 3000 dernières années à l'échelle continentale. 

Leur enquête a amené à détecter 1,9 million de segments génomiques. L'enseignement principal dégagé: sur 1500 ans, une paire de n'importe quel Européen possède en moyenne 2 à 12 ancêtres communs génétiques. Et le nombre passe à 1000 si l'on se réfère encore à 1000 ans précédents ! Ces chiffres sont des moyennes globales. Avec la distance géographique, ces ratios tombent de façon exponentielle. Logique, diriez-vous.

L'un des autres enseignements tient aux variations régionales : ainsi, l'étude met-elle en relief un plus grand nombre d'ancêtres communs dans les populations de l'Est de l'Europe remontant à peu près à la période de migration, lors des expansions des Slaves et des Huns dans cette région. L'étude vient corroborer le travail des historiens et pointe l'importance des grandes migrations européennes. Pour des raisons différentes, tenant davantage à l'isolement géographique des péninsules européennes, une grande homogénéité est observée en Italie et, dans une moindre mesure, dans la presqu'île ibérique. En Italie, par exemple, l'expansion historique de la population s'est structurée de "façon plus stable". Si les populations italiennes, à l'époque romaine essentiellement, ont essaimé vers le reste de l'Europe, peu de populations extérieures ont essaimé en Italie : c'est là le témoignagne d'une très longue tradition d'émigration et non d'immigration en Italie qui serait en quelque sorte l'un des bassins de peuplement les moins "diversifié", les plus homogènes d'Europe.

" Il est (...) facile de négliger le fait que nous sommes tous des cousins éloignés, liés entre eux par un vaste réseau de relations. Ici, nous utilisons les données du génome des individus européens pour enquêter sur ces relations au cours des 3.000 dernières années, en regardant pendant de longues génome qui sont partagés entre les paires d'individus à travers leur héritage des ancêtres génétiques communes. Nous quantifions cette omniprésent récent ancêtre commun, montrant par exemple que les couples de personnes de même extrémités opposées de l'Europe partagent des centaines d'ancêtres communs génétiques au cours de cette période. Malgré ce degré de communauté, il y a aussi des différences régionales frappantes", notent les auteurs de l'étude particulièrement complexe et donc difficile à synthétiser, par définition. 

L'étude n'est qu'au début de ses conclusions : les chercheurs n'ont pas exploré toutes les pistes qui s'ouvrent à eux tant les croisements sont nombreux. Ils ont notamment comparé les patrimoines génétiques d'Européens de même pays : par exemple entre les pannels de Britanniques et de Français, entre les pannels de Britanniques et d'Irlandais, d'Italiens et de Balkanniques, entre Turcs et Chypriotes...

Les enseignements sont légions, parfois attendus, d'autres fois moins. Entre autres conclusions, l'étude fait ressortir une "imprégniation" entre Français et Britanniques, par exemple, dans un dégradé allant du Nord-Ouest au Sud-Est. Plus on va vers le Nord-Ouest, plus le nombre d'ancêtres communs s'élève. Les auteurs ne vont pas plus loin dans leur étude, en raisonnant de manière régionale, mais les autres études enseignements récents concernant les haplogroups (évoquées également sur eBreizh dans la rubrique Patrimoine -> ethnologie) attestent d'ores et déjà de l'importance des migrations des îles britanniques vers l'actuelle Bretagne et notamment des migrations indirectes, de l'Irlande vers la Bretagne en passant par les pays de Galles et la Cornouailles britannique (bien plus que de l'Irlande vers la Bretagne directement).

X.E.

 

La méthodologie des chercheurs :

Le travail des deux chercheurs s'appuie sur les segments d'ADN : deux individus ayant un ancêtre commun peuvent partager un segment d'ADN. Or, plus le segment est long plus l'ancêtre commun est récent. A chaque génération, le génome d'une personne se forme en combinant les gènes des deux parents. La génération suivante, de nouveaux segments viennent s'ajouter. 

Cela permet non seulement de comparer les mélanges de population mais aussi de dater. Exemple exposé dans l'article de Press Europ Express : " Des cousins germains au premier degré, qui ont des grand-parents communs, partageront des segments d’ADN plus longs que des cousins au deuxième degré. " La longueur des segments permet ainsi d'évaluer l'ancienneté de cet ancêtre.

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Dans quelques mois, eBreizh proposera un ouvrage sous forme de livre numérique (ebook) sur l'Origine des Bretons, en vente sur un site en ligne, reprenant les articles évoqués sur le webzine en plus développé. D'ici là, le synopsys, également présenté à des éditeurs en décembre dernier, sera mis en ligne.