éolienne offshore

Alors que vient de se tenir cette semaine la dixième conférence régionale de la mer et du littoral en Bretagne, consacrée notamment à la future ferme éolienne offshore de la baie de Sant-Brieuc, quelles retombées sont-elles à attendre de la mise en place de cette filière dans la région ? Quelles perspectives s'ouvrent en matière d'emploi et de développement dans les dix années à venir, dans une Bretagne largement sous dimensionnée en terme de production d'électricité (environ 11 % de sa consommation annuelle seulement) ?

Avec un sérieux retard sur ses voisins européens, en particulier britanniques, le gouvernement français a lancé deux appels d'offre européens afin de doter enfin le pays d'une filière d'envergure (objectif : 6000 mégawatts d'ici 2020 contre, pour rappel, 13000 mégawatts déjà installés au Royaume-Uni en 2010). Le premier a abouti en 2011 à la sélection de quatre sites au large de Saint-Brieuc (à 17 km d'Erquy plus exactement), Fécamp, Saint-Nazaire et Courseulles-sur-Mer. Un projet au Tréport a finalement été reporté. Il rejoindra le second appel d'offre attendu pour ce deuxième semestre et prévoyant également une ferme offshore au large de Noirmoutier, en Vendée. 


La France, deuxième potentiel d'Europe


Avec un potentiel de 200 TWh/an, la France dispose du deuxième plus grand potentiel éolien en mer d'Europe derrière le Royaume-Uni. Il se trouve essentiellement en Manche et dans la moitié nord du golfe de Gascogne. S'il était utilisé en totalité, ce ne sont pas moins de 31 % des besoins français en électricité qui pourraient ainsi être couverts à l'horizon 2040. Il faudrait pour cela installer environ 15 000 éoliennes d'une capacité moyenne de 5 mégawatts. En l'occurrence, les deux appels d'offre ne permettraient donc d'assurer que 8 % de ce potentiel.

Mais c'est bien évidemment déjà un début, d'autant que les retombées en terme d'emplois ne seront pas négligeables. S'agissant de la ferme au large de Saint-Brieuc, 140 emplois de maintenance sont attendus à Saint-Quai-Portrieux, Saint-Cast ou Saint-Brieuc. Pas moins de 2000 m² de bâtiments et 4000 m² d'entrepôts devront être construits à cet usage. La maintenance assurera du travail pendant les 25 à 30 années de vie de la ferme éolienne d'une capacité totale de 500 MW. A elle seule, l'exploitation de cette ferme permettra d'ailleurs de faire passer la production bretonne d'environ 11 à 18 % de sa consommation.

En amont, l'ingenierie, autour de l'Espagnol Iberdrola, d'Eole, RES, Areva et Tecnip, devrait se traduire par la création de 300 emplois dont 200 en Bretagne pendant deux à trois ans. Quant aux 300 pièces nécessaires à la construction de chaque éolienne, elles seront en majorité fabriquées localement, selon le cahier des charges. En revanche, c'est au Havre qu'elles seront assemblées par Areva.


La sous-production électrique bretonne entretenue ?


De son côté, le duo EDF-Alstom, qui a été retenu pour les trois lots de Fécamp, Courseulles et Saint-Nazaire, avance le nombre de 1000 emplois directs - et de 4000 avec les sous-traitants - autour de quatre usines prévues à Saint-Nazaire et Cherbourg. Plutôt rare par les temps qui courent, cela serait la première fois en 30 ans qu'Alstom ouvre une nouvelle usine sur le sol français.

Selon que l'on considère la Bretagne à quatre départements ou bien réunifiée, l'estimation, en terme de retombées, varie donc considérablement : limitée à la seule ferme de la baie de Saint-Brieuc, la Bretagne administrative tire beaucoup moins son épingle du jeu que ses voisins normands et ligériens, alors qu'associée au bassin nazairien, il en est tout autrement. Même en matière de développement des filières éoliennes offshore, et en dépit d'un solide savoir-faire à Brest et Lorient, qui ne bénéficient pour l'heure que de retombées secondaires, la Bretagne part avec l'handicap de sa position périphérique face aux bassins normands et ligériens, pourtant largement dotés en terme de capacité de production énergétique.