La population bretonne depuis 1800

 

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Surprenants enseignements que ceux livrés par cette récente étude de l'Insee Bretagne. L'organisme régional a compilé année après année, depuis 1800, des cartes de la densité de la population, fruit d'un important travail de recherche historique et statistique. Le résultat, mis en animation, permet d'observer et de décoder d'importants mouvements de population en l'espace de deux siècles en Bretagne*. 

Outre l'évolution globale de la population, liée à l'augmentation du solde naturel et l'amélioration des conditions de vie, c'est avant tout le jeu des migrations qu'il est intéressant d'analyser. En la matière, plusieurs phénomènes ressortent avec netteté :

1. A l'aube du XIXe siècle, fait remarquable : la population bretonne est nettement concentrée sur le littoral nord, de Brest à Saint-Brieuc et autour de Saint-Malo. Seules les villes de Rennes et les ports de Lorient et Saint-Malo se distinguent. Vannes et Quimper ne sont que de gros bourgs ruraux et s'avèrent même de bien moindre importance que la ville de Fougères et sa longue tradition manufacturière (étain, verrerie puis chaussure...).

Cette concentration sur le littoral de la Manche est à mettre en parallèle avec la concentration de la population à l'aulne des grandes migrations bretonnes des IV-VIe siècle et semble en être là un témoignage, un marqueur de plus.

2. Tout le XIXe siècle est marqué par un basculement démographique important vers le sud-Ouest de la Bretagne (essentiellement la Cornouaille). Il correspond à l'essor spectaculaires des conserveries, implantées à partir de 1824 (à noter que la première conserverie a été créée à Nantes aux Salorges). Ces conserveries sont d'ailleurs souvent dominées par des capitaux nantais (Amieux, Cassegrain, Saupiquet) et, dans une moindre mesure, lorientais (Delory, Ouizille) et douarnenistes (Chancerelle).**

La pêche elle-même a été favorisée par la constitution des filières de la conserverie et a elle aussi atteint son apogée vers les années 1880. Exemple emblématique de cet essor : le Cap-Sizun, porté par Audierne et Douarnenez, explose et attire massivement de la main d'oeuvre, dans toute la presqu'île. 

3. La révolution industrielle, tardive en Bretagne, produit ses effets au tournant du XXe siècle. C'est l'amorce de l'exode rural vers les grandes villes : Nantes, Rennes, mais aussi Quimper, Saint-Brieuc, Brest, Saint-Nazaire ou Vannes. A l'inverse, le centre-Bretagne n'en finit pas de se dépeupler et ce, jusqu'au début des années 2000 (avec un exode qui atteint son point culminant entre 1945 et 1975). La dernière décennie semble plus encourageante : on observe un sensible revirement de situation, une amorce de revitalisation du Kreiz Breizh.

4. La fin du XXe et le début du XXIe sont marqués par une littoralisation continue, en particulier en Bretagne sud. En dépit de prix immobiliers proches de la saturation, le phénomène ne semble pas encore trouver ses limites, de même que l'expansion considérables des 2e et 3e couronnes de Rennes, Nantes, Vannes et désormais Lorient.

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L'animation de l'Insee, visible sur le site de l'Insee Bretagne, a été réalisée année après année. Elle est ici synthétisée. Du fait des découpages administratifs, la Loire-Atlantique n'a pas été incluse dans le périmètre de l'étude qui perd de fait de sa signification, en particulier quand on mesure l'étroitesse des implications entre le bassin nantais et le reste de la Bretagne sud.

** source : Dictionnaire d'histoire de Bretagne, Skol Vreizh. 

µ : Maison du pâté Hénaff, Pouldreuzic.

 

synthèse étude insee

 

Posté par ar valafenn