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Ahhhh l'exil fiscal. Après les boat-peoples vietnamiens ou nord-africains, voici venu le temps des yacht-peoples français.

Comme l'impression qu'on nous bourre le mou avec cette affaire-là.

L'argument premier qui a été développé a quand même été de dire que la France était victime d'une grave fuite de hauts revenus à l'étranger. Nos Johnny, nos Depardieu et consorts seraient des centaines à s'expatrier en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, à Monaco, aux Iles Caïmans...

En fait, certains ténors politiques ont fini par lâcher le nombre. Selon un rapport du Sénat paru en février 2008, 659 grandes fortunes auraient quitté la France en 2005. Quatre années plus tard, ils seraient entre 700 et 800...
D'où le bouclier fiscal fixé à maxi 50 % des revenus. Les contribuables concernés devaient même bénéficier d'une certaine rétroactivité et ont reçu leur coquet chèque du Trésor plusieurs années de rang.

Retour de bâton, l'antipatriote Hollande impose les riches à hauteur de 75 %. Las, c'en est trop.

Alors, qu'en est-il vraiment ? Est-ce réellement la débandade fiscale en France ?

Nos milliardaires ? Ils sont 14 en France. Ce qui nous place au 2e rang en Europe (3e si l'on inclut la Russie). Certes loin derrière l'Allemagne (55), mais devant - ô surprise - le Royaume-Uni... et la Suisse.
Un Français est même rentré dans le top 10 mondial : Bernard Arnault (LVMH) au 7e rang avec une fortune de 21,5 milliards de dollars.
Bon, ne mélangeons pas patrimoine et revenus déclarés. A ce stade, on boxe plus, du reste, dans la même catégorie.

Nos millionnaires ? Oui. C'est là que se trouve en réalité la cible de cette mesure. C'est dans cette strate de la population que l'on retrouve les quelque 650 exilés fiscaux/an environ.
Il y a le feu, nous dit-on. Nous laissons fuir à l'étranger nos grandes fortunes ? Il y a donc urgence à légiférer sur ce point pour endiguer ce fléau.
Six cent cinquante exilés. Oui. Mais sur combien de millionnaires, vous demandez-vous?


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Vous avez bien lu : environ 390 000. Nombre qui a progressé de 6 % en un an. Soit naturellement, grâce en particulier à la flambée de l'immobilier, des matières premières et du CAC 40, 23 400 contribuables de plus.
C'est-à-dire que si, par cette mesure choc du bouclier fiscal, on parvenait à enrayer - soyons fous et optimistes - 100 % de cet insupportable exode, la hausse ne serait plus de 6 %/an mais de 6,17 % environ !
Soit dit en passant, 6 % c'est déjà trois trois plus que l'inflation officielle et plus encore que la croissance du PIB ces dernières années.
Les six milliards d'euros que le contribuable français a déboursé pour WWF Ses miséreuses grandes fortunes devait-il permettre d'enrayer l'exode fiscal ? A l'inverse, la fiscalité - rappelons-le temporaire - à 75 % va-t-elle apauvrir considérablement le pays ?

Bien sûr.

On voit déjà tout de suite la manipulation et l'hypocrisie politiques de tels arguments : il s'agit en réalité d'effets de manche électoralistes et démagogiques, d'écrans de fumée. Hélas, ils ont fait mouche. Les Français sont majoritairement convaincus que les grandes fortunes quittent massivement le pays sur leurs yacht-peoples.


Mais admettons.

Admettons qu'il y ait un problème de fiscalité en France sur les couches les plus aisées.
Regardons maintenant un peu en dessous. Nettement en dessous, du côté des couches moyennes supérieures, type cadres et cadres supérieurs. Couches qui se sont peut-être elles aussi faites bourrer le mou car elles ne seront pas concernées par cette mesure. La quasi totalité des cadres n'envoient pas, d'ores et déjà, 75% de leurs revenus au Fisc.
Mais regardons un peu cet extrait du Nouvel Obs' :


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Je sais. Avec le Nouvel Obs', on sent tout de suite l'objectivité. Je vous rassure, je lis aussi Capital.


Premier constat : les mythes ont la vie dure sur la fiscalité en France. Alors, certes, le tableau serait sensiblement différent si l'on incluait les autres types de fiscalité, dites indirectes. Et, effectivement, la fiscalité indirecte est une spécialité française. Mais quelle est-t'elle ? Essentiellement la TVA, que tout le monde paye, les charges salariales, grosso modo proportionnelles à tous les revenus, et les charges patronales (qui, effectivement, sont plus élevées en France que dans la plupart des pays voisins).


Enfin, n'oublions pas non plus les impôts locaux, tout en sachant que ces derniers sont considérablement plus élevés dans la plupart des autres pays européens.


Plus surprenant encore, les résultats de cette étude de l'Apec elle-même (Association pour l'emploi des cadres) :


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Contrairement aux idées reçues, le salaire net moyen d'un cadre dirigeant en France est globalement très supérieur à celui de ses homologues européens, loin derrière, toutefois, le salaire net moyen outre-Manche.

En revanche, quid du salaire brut moyen de tous les Français ?


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Eh oui... Il se situe à un niveau en deçà de la moyenne européenne (pays de l'Est inclus !), juste devant l'Espagne, Chypre, la Grèce et le Portugal...


Et encore, il s'agit du revenu moyen brut. Je ne vous parle pas du revenu moyen net et encore moins du revenu médian net, qui est notoirement inférieur aux 28068 euros indiqués ci-dessus.

Alors, où est véritablement la priorité à donner en terme de pouvoir d'achat en France ?


Où est véritablement la débandade ?