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L'Ile Longue (ci-dessus lors de la construction des bâtiments, photo presse de la Marine nationale). Le site emblématique de la dissuasion nucléaire française est le point d'attache des quatre sous-marins nucléaires lance-engins (SNLE) nouvelle génération, équipés de missiles M51. En réalité, l’Ile Longue accueille en permanence un ou deux sous-marins en phase d'armement de missiles ou de maintenance. Le port militaire de Brest, non loin, héberge lui aussi des sous-marins SNLE en entretien, ainsi que le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, arrivé à ce titre en cale sèche en janvier pour quelque... 5.000 lignes de travaux à réaliser (un million d'heures de travail et 900 personnes mobilisées).

L'arrêt technique en cours prévoit notamment des travaux d'entretien sur les chaufferies nucléaires du Charles de Gaulle, sous la maîtrise d’ouvrage du Service de soutien de la flotte (SSF) et la maîtrise d’œuvre de DCNS.

La récente étude (lire Not in my Breizh-yard #1) de l'Institut de radioprotection et de sécurité nucléaire (IRSN) simulant les conséquences humaines et économiques, parue dans le JDD début mars, ne doit pas faire oublier que si la Bretagne est désormais dépourvue de centrale nucléaire, depuis la fermeture de Brennilis, et peu exposée du fait des vents dominants, elle n'est pas à l'abri d'un accident sur un lanceur d'engin nucléaire, comme le rappellent d'autres scénarios catastrophes.

Parmi eux, l'exercice mis en pratique en novembre 2011 à L'Ile longue (le précédent exercice datait de décembre 2005). Ce scénario ne modélisait non plus "seulement" le coût humain et matériel, illustré par une carte choc, mais s'articulait autour du Plan particulier d'intervention (PPI) et de la Commission d'information auprès des sites d'exploitation des installations nucléaires des ports militaires de Brest et de l'Ile Longue*.

En cas d'accident d'arme (missile), le scénario appliqué par le PPI en décembre 2005 et testé en novembre 2011 à l'Ile longue prévoit un périmètre de danger de trois kilomètres impliquant à Crozon Le Fret, Rostellec et le nord-est de Saint Fiacre, à Roscanvel une partie du bourg et à Lanvéoc Reun ar Chant, soit une population comprise entre 920 personnes l'hiver et 1950 l'été (source : Brest-ouvert). Le périmètre en cas d'accident sur une chaufferie de sous-marin est prévu sur deux kilomètres (en gros à l'intérieur des limites de l'enceinte militaire). 

En fonction de l’accident, un périmètre plus restreint de 500 mètres a été défini en vue d’une éventuelle mesure d’évacuation.

Ces périmètres ont été définis autour des onze points potentiels de stationnement d’un bâtiment à propulsion nucléaire. Un accident chaufferie présenterait un risque de fuites radioactives exposant 46.200 personnes pour 24.400 logements. Ce secteur comprend les administrations (sous-préfecture, préfecture maritime de l’Atlantique, commissariat et mairie) ainsi que des établissements... scolaires et universitaires. Le périmètre de 500 mètres (sujet à évacuation possible), lui, exposerait une population de 3.000 personnes pour 1.800 logements.

Concrètement, outre des prospectus, les populations locales peuvent compter sur des stocks d'iode prêts à être distribués à la population. Elles doivent l'être entre 3 et 6 heures après l’accident pour être efficaces. Parallèlement, l'Etat a déjà fait distribuer 490.000 pastilles d’iode qui sont disponibles dans les pharmacies du département du Finistère, comme dans celles des autres départements, mais dans un cadre de prévention civile cette fois-ci, en cas d'accident dans une centrale nucléaire.

* La commission d'information réunit autour du préfet responsables militaires, administratifs, élus ainsi que trois représentants associatifs de AE2D, Abri nucléaire et Bretagne vivante).

Ci-joint en complément : un lien intéressant du site Mer et marine.

A lire également : un article de Libération sur les secrets de l'île Longue.

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A suivre sur eBreizh.net, Not in my Breizh yard #3 : de l'Iroise à l'Océan arctique, éclairage sur une remarquable enquête menée par l'association environnementale russo-norvégienne bellona.org en 2001 sur les sous-marins nucléaires russes. Le contexte, certes, est fort différent. Mais le parallèle avec les sous-marins de la marine française s'avère néanmoins très instructif.