Daïk, chapitre XIII

 

-ÇA NE M’INTÉRESSE PAS DE RÉTABLIR des langues de trou-perdu

ou de Trifouillis-les-Oies. Ça ne m'intéresse pas de revenir à la France

féodale où d'une région à l'autre on ne se comprenait pas. Ceci, même après

François Ier qui avait fait un effort d'unification, unification que certains

veulent détruire ! Le but des langues, c'est d'être compris, de faciliter la communication,

que chacun se renferme dans son petit clocher, je ne trouve vraiment pas ça positif.

Je suis allé au Luxembourg, certains se plaignent que la langue française soit

si envahissante. Moi, j'ai envie de leur dire : "Qui comprend le luxembourgeois,

à part le petit Luxembourg ?"

Mais là encore, c'est soft.*

Il lui a dit ça aussi :

-Avec le français on va dans des pays comme la Belgique, la Suisse, le Québec,

l'Afrique francophone, etc ! Où va-t-il aller le Breton-bretonnant avec son breton chéri-adoré ?

Nulle part ! De toute façon, comme à part la Bretagne tout le reste c'est de la m… il

s'en fiche !*

-Oh.

-Quoi ? T’es peut-être Breton, toi ? C’est nouveau. Vendu à la cause régionaliste !

-Tu te méprends. Ce n’est pas mon propos, ni ma philosophie de vie…

-Comme je vois que tout le monde veut revenir à la France du moyen-âge,

je n'ai plus qu'à m'en aller… Je n'ai pas dit qu'apprendre le breton empêchait

d'apprendre le français, seulement il y en a qui aimeraient bien que l'on ne parle

plus français en Bretagne, à l'image de ces Bretons qui remplacent les panneaux écrits

en français par des panneaux en breton ! Même un extraterrestre n’y retrouverait pas

son chemin !

Et toc. Son père a enfoncé le clou. Sa mère l’a défendu avec mollesse, mais n’a pas osé

soutenir son fils peut-être par esprit de désolidarisation de sa belle-fille

qui l’a rallié à sa cause celto-ruralo-écologiste, qu’il se dit qu’ils pensent.

-De toute façon, à l'heure de la mondialisation, c'est une perte de temps.

Il vaut apprendre au moins le français et l'anglais. Des personnes douées peuvent

aussi apprendre l'allemand et anticiper avec le chinois, là c'est utile si elles veulent

partir en voyage ou s'expatrier. Si elles veulent aussi apprendre des langues mortes

comme le breton si ça les amuse, mais qu'elles ne viennent pas les imposer.

-Il ne s’agit pas d’imposer une culture, il s’agit de la réhabiliter parce qu’elle est

toujours menacée de disparition quoi qu’on en pense. Et que c’est dommage

de perdre un patrimoine pareil. Il ne s’agit pas de l’imposer à qui que ce soit. Mais

il est revenu à l’assaut :

-Qu'est-ce que c'est un million et demi par rapport à six milliards

d'habitants ?*

-Papa, nous sommes sept milliards sur terre, presque deux de plus que lorsque tu es né…

-Raison de plus. Qu'est-ce que ça représente aujourd’hui, la Bretagne, sur

un globe terrestre ?*

-C'est fort, tout ça. Joss pensait que les mentalités avaient évolué. Si considérer

que un million de personnes et demi à l'échelle de six milliards - en réalité 3,2 sans

la Loire-Atlantique et quatre millions et demi d'habitants avec - ne justifient pas

que l'on reconnaisse leur culture, leur langue, alors c'est la porte ouverte à toutes

les extrêmes. Que valent alors trois millions et demi d'Arméniens, trois millions

de Kurdes turcs, cinq cents mille Francophones du Val d'Aoste ou deux cent mille

Lapons, sans parler des Berbères ou des Mélanésiens ? Il y a un seuil minimum pour

avoir droit au respect de sa culture ? Et que dire des arguments très méprisants sur

les locuteurs de ces langues ? Ils sont passéistes, arriérés ? De quel droit les nier, les

empêcher de vivre leur culture ?

Koupaïa lui dit de lâcher l’affaire, de trouver une autre tribune, parce que c’est inutile. Joss

fulmine sous le regard éberlué de la petite qui mouille son boudoir avec toutes les peines

du monde sur sa chaise haute.

Chaud bouillant, il continue sur sa lancée :

-Et que dire encore de ce type de raccourcis : personne attachée à sa culture

régionale = indépendantiste considérant les autres comme de la merde ? On croit

rêver ! Il n'y a pas de lien nécessaire, systématique, entre être attaché à une

langue régionale et vouloir quitter la France. La grande majorité des parents qui

inscrivent leurs enfants dans une école bilingue ne sont pas des militants ni

des indépendantistes. Ils aspirent simplement à transmettre une culture

millénaire, qui n’est pas morte comme on veut le faire croire trop souvent ! Ils refusent

l'idée d'une sorte d’inéluctable uniformisation. Ils sont d'ailleurs très, très souvent

aussi bien attachés au français et au maintien du français face à l'uniformisation

par l'anglais. On objecte toujours des points de vue majoritaires aux minoritaires

et quand on répond que la majorité des minoritaires n’est pas anti-majoritaire on accorde

une espèce d’importance démoniaque aux minoritaires des minoritaires

comme s’ils mettaient en danger la survie des majoritaires et discréditeraient par la

même occasion la majorité des minoritaires, c’est un truc de dingue !

-Alors pourquoi imposer les panneaux bilingues ? Pourquoi taguer au frais du

contribuable les signalisations, jusque dans les gares ? La symbolique est tout de

même claire : il s’agit de biffer le français pour le remplacer. Ne me dis pas l’inverse.

Père et fils sont aux portes de la guerre pour une histoire de chapelles ou

de conviction, selon le point de vue où l’on se place (parce que le minoritaire plaide

tout le temps pour un clocher, le majoritaire pour l’intérêt général).

-Le bilinguisme ne veut pas dire remplacement du français par la langue régionale.

D'ailleurs, toutes les études ont prouvé que l'acquisition d'une langue conforte une autre.

Ils sont d'ailleurs beaucoup, dans ces écoles, à apprendre en même temps l'anglais

dès la maternelle (et à être donc trilingues).

-Alors, autant traduire les panneaux en anglais comme dans certains pays.

 

-Je déteste ce genre de conversation !, lui glisse Koupaïa en aparté, entre deux plats.

C’est complètement stérile ! Je ne me reconnais pas dans la vindicte

identitaire. Le nationalisme, le souverainisme, tout ça c’est dépassé, non ?

Moi je renonce à ce genre de débats. On est libre de faire comme on pense que c’est

bien de faire, mais essayer de convaincre ou de rallier l’autre point de vue à bâtons rompus,

ça m’use. Tu ne peux pas savoir comme ça m’use à la longue ! C’est juste

contreproductif.

Elle a probablement raison, mais Joss lui dit que son père n’avait pas à le

chercher là-dessus !

-Je ne suis pas une vitrine ambulante des langues régionales mais j’aime

la diversité et je l’applique, c’est tout. Maintenant, je n’ai aucune certitude : peut-être

est-ce déjà un combat perdu d’avance comme celui des druides en d’autres temps...

-Arrête de répondre à ses provocations. Tu ne vois pas qu’il te cherche ? Tu es

si loin de ses positions, de son mode de vie. Il a grandi à une époque tellement

différente… Il ne peut même pas comprendre cela et il faut reconnaître que les Trente

glorieuses, par définition, donnent raison à ceux qui ont connu cette ascension.

Puisqu’on n’arrête pas de leur rabâcher qu’ils ont réussi, qu’ils ont eu plus de chance

que les autres, n’est-il pas logique qu’ils nous renvoient dans nos buts à un moment

en disant : « Eh bien, c’est peut-être tout simplement parce que nous avions la bonne

approche de la vie et de la société… » Et que répondre à cela ?

Bébé s’étouffe avec son boudoir. Lui, les boudoirs, il a toujours trouvé

ça bof, mais il paraît que c’est bon pour se faire les dents.

-Eh bien, moi, je trouve des similitudes entre les Trente-glorieuses et les boudoirs.

-Tu es dans le jugement de valeur, poursuit-elle. Je ne suis pas surpris que

tu t’étripes ainsi en famille parce que vous êtes tous sortis du même moule !

-Oh ! Et donc, tu donnes raison à son discours du plus grand nombre.

-Houla, il est reparti. Je ne pensais pas avoir remis un jeton !, fait Koupaïa.

Je ne dis pas que tu as tort, mais tout est affaire d’équilibre, n’est-ce pas

l’esprit du triskel ? L’équilibre des forces... La priorité doit rester l’apprentissage

du français et de l’anglais, dans le respect et la promotion des langues

minoritaires quelles qu’elles soient, c’est tout.

-Ce dans quoi je m’inscris à cent pour cent...

-Eh bien, présente-lui les choses comme ça !

-Il me dira qu’on ne peut pas poser des panneaux de signalisation en-français-

et-en-anglais-avec-un-petit-sous-panneau-en-langues-minoritaires !

-Ben non, ou alors on appelle ça le foutoir. C’est aussi simple que ça. Crois-moi,

la seule solution consiste à faire ce que l’on peut sans répondre à ce genre de taquineries.

-Où est Nathan ?

-Dans le bac à sable, pardi. Il agrandit son village gaulois.

-Famille de fous.

-Ah ça, il tient de son père !

*

Allons bon. Aurait-il perdu les clefs de la sagesse ? Alors, Joss pense que

son Nathan de fils a peut-être raison plus que quiconque : lui qu’ils n’entendent

pour ainsi dire jamais tant il est occupé par son œuvre titanesque. Parfois, Jos

se dit qu’ils ont fait un artiste accompli ! C’est assez difficile à gérer pour les parents.

D’un côté, il ne faut pas contrarier l’artiste, de l’autre il serait bon qu’il s’inscrive

dans le monde à venir (comment concilier les deux, comment trouver la formule

magique dans un monde aussi changeant ? Professer aujourd’hui le retour à une

civilisation dématérialisée et désintéressée de l’argent revient peut-être à lui faire

le lit de la misère). A l’inverse, contrarier une vocation peut être aussi le meilleur

moyen de conduire son enfant à l’échec et à la frustration.

Et donc aussi à la misère ! Hé !

 

Oui, quelle attitude adopter en présence d’un enfant aussi absorbé par sa tâche,

aux antipodes de ce que la société réclame, à savoir des individus

socialement hyper-interconnectés jusqu’à la saturation ? Eh bien, le jeu social

est tellement poussé et puissant qu’on en vient à douter sans cesse des

bienfaits de la solitude, même lorsqu’on en revendique ses bienfaits : serais-je prêt

à souhaiter à mon enfant de vivre dans un camp retranché ? Cette question est

obsédante, parce que Nathan, lui, vit tout de même un peu dans un camp

retranché. Et parfois, Joss a la sensation désagréable que cela tient à leur

mode de vie en relative autonomie, loin du tumulte, et qu’ils ne lui rendent pas service.

Mais le fait est.

Nathan a toujours été comme il est, dévoré par sa création.

Cet enfant ne commet jamais de bêtises, ne fait de mal à quiconque, ne contrarie personne.

Il ne manifeste guère d’émotions négatives. Simplement, il bricole tout le temps,

en permanence, sans avoir nécessairement besoin des autres

pour accomplir le travail qu’il s’attribue tout seul, à la sortie de l’école ou le week-end.

Cet enfant ignore l’ennui.

Et cela ennuie beaucoup certains.

 

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* Tirés de véritables commentaires lus sur le web et sur ce blog même.

 

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Langues régionales : tournées vers l'avenir ?

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Publiée sur le site de l'Agence Bretagne Presse, la carte de répartition des apprenants en langue régionale pourrait inciter à l'optimisme. Ces données sont toutefois à pondérer : en Bretagne par exemple, le chiffre de 34.000 élèves englobe à la fois les quelque 14-15.000 élèves en filière bilingue, les élèves, collégiens et lycéens qui suivent 1 ou 2 h d'option/semaine et les étudiants du supérieur. La relève n'est pas pour autant assurée car il y a des déperditions encore trop importantes : rupture de continuité entre le CM2 et la 6e, abandons, faiblesse du programme optionnel (qui relève de l'initiation)... A l'arrivée, on peut estimer à (grand) maximum 10.000 locuteurs le gain par cycle d'apprentissage, encore loin du rythme de diminution "naturelle" du nombre de locuteurs chaque année. 

Au-delà des progrès enregistrés, c'est aussi la motivation des apprenants qui est en première ligne. 

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Tamm ha tamm / Petit à petit...

 

 pyramide des âges bretonnants carhaix

file:///C:/Users/Ga%C3%ABlle&Xavier/Desktop/Ensklask-Karaez-fr.pdf

Pyramide des âges de Carhaix.

Ci-dessous : la proportion d'élèves en filière bilingue en 2005 et en 2015 :

 

taux de scolarisation en breton 2005-2015

mode d'acquisition de la langue bretonne selon les départements

lecteurs en langue bretonne

Source : Office de la langue bretonne/Ofis ar brezhoneg.

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Ur vranig a oa e kreiz ar c'hoad...

 

corbeau

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A redécouvrir, un air traditionnel breton joliment interprété :

Ur vranig a oa e kreiz ar c'hoad,

Kanañ a rae a-hed an deiz

Kan, branig, branig, kan !

'vit plijadur vras hon diouskouarn

*

Il y avait une petite corneille dans les bois

Elle chantait toute la journée

Chante, petite corneille, oetite corneille, chante !

Pour le grand plaisir de nos oreilles

*

#4 - Ur vranig :

http://bed.ar.vuhezourien.free.fr/radio.blog/?autoplay=3

https://doriandre.wordpress.com/2012/11/

http://legueuloire.canalblog.com/archives/2013/05/20/27202059.html

 

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03 décembre 2014

Kaoc'h ki !

  Hého, ça ne va pas s'écrire tout seul !!!   Il mange des tweets et des souris, il a imprimé sa marque aux réseaux sociaux, il est même devenu l'égérie des geeks : non content d'être désormais l'animal de compagnie préféré des Français, il est en train de bouter les chiens hors de la niche ! Avec environ 11,0 millions de chats pour 7,6 millions de chiens, les chats connaissent une démographie galopante, en progression de 900.000 en quatre ans quand la population des chiens, elle, diminue de près d'un demi million sur... [Lire la suite]
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26 février 2014

Langues celtiques : combien de locuteurs

  Il conviendrait d'ajouter le nombre de locuteurs hors espace celtique : aucune statistique n'existe à ce jour, mais leur nombre toutes langues confondues surclasse très certainement celui des "autochtones". En lien également : The All-Island Research Observatory (AIRO), Irlande. Les chiffres clés réactualisés de l'Office de la langue bretonne.
09 février 2014

ATTENTION, BRETONS SENSIBLES S'ABSTENIR...

Je m'étais pourtant bien juré de faire une pause dans les notes sur la Bretagne... Parce que n'oublions pas que les Bretons représentent ici moins de 50 % de mes visiteurs (et de mes blogs amis aussi d'ailleurs). Peut-être seulement 1/3. Je ne voudrais donc pas abuser des bonnes choses et saouler mon auditoire... :))) Mais là, c'est plus fort que moi. Je suis très remonté. Voici une petite réponse à un certain nombre de recherches Google qui aboutissent sur mon blog (tels que 'patois breton', 'sale mentalité bretonne', etc). Si... [Lire la suite]
28 janvier 2014

Langues régionales : l'Assemblée nationale dit "Ya" !

  L'Assemblée nationale vient enfin d'adopter la proposition de loi permettant de ratifier la charte européenne des langues régionales par la France...
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21 janvier 2014

Edit 2014

  Radioscopie des pays celtiques, buV, 2014 | Infographics Réactualisation 2014. Petite radioscopie des pays celtiques. La comparaison permet notamment d'apprécier la place de la Bretagne dans ce groupe qui comprend également l'Ecosse, l'Irlande, le pays de Galles, la Cornouailles britannique, l'île de Man et la Galice espagnole. S'agissant des langues celtiques, justement, la Galice n'est pas considérée dans cet ensemble où prévaut le gallois et le gaëlique, langues celtiques les plus parlées. Le breton suit avec... [Lire la suite]
16 janvier 2014

Gilgamesh, l'homme qui ne voulait pas mourir, traduit en breton

    "Gilgamesh : an den dreist ne faote ket dezhon mervel", hennezh a oa ur gouron sumerian hag a oa chomet pell-pell e vrud. Skrivet e vo e droioù-kaer e mar a yezh,akadianeg, niniveg, hititeg ha-razh. Kerkoulz lâret e oa istoar Gilgamesh ur "best-seller" e Mezopotamia ! Gant Gwendal Mevel 'ez eus bet taolet ur sell el levr-mañ war troioù kaer ur roue mac'hom hag a zesk an uvelded gant dorn an doueed . Un nebeut judennoù arall da lenn e brezhoneg gant Gwendal Mevel, kelenner-skolaj e bro-wened hag en deus troet... [Lire la suite]
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