QUESTION BRETONNE, QUESTION WALLONNE

Reçu ce jour dans ma boîte mail professionnelle...
Veuillez trouver de la part de [Claude C.] le communiqué de presse suivant :
La Commission de la carte dénonce le port de brassard « presse » par d'autres que par des journalistes.
Selon plusieurs témoignages de journalistes présents lors de l’évacuation de la zone dite de Notre Dame des Landes, plusieurs membres des forces de l'ordre portaient sur eux un brassard identifié « presse ».
La Commission de la carte des journalistes professionnels dénonce ce fait qui porte atteinte à la profession de journaliste.
La CCIJP tient à rappeler que seuls les journalistes professionnels sont habilités à porter de tels brassards se rapportant à la carte de presse, une carte d’identité française officielle des journalistes professionnels encore plus nécessaire dans une période de sécurité renforcée avec le plan vigipirate.
Paris, le 12 avril 2018
Une fois n'est pas coutume, voici un petit retour d'expérience... électrisant ! Amis lecteurs, vous l'aurez compris : éco-tourisme, langues régionales, ESS, environnement sont un tout. Et en la matière, outre "retaper" une chaumière, j'ai aussi décidé d'opter pour le mix énergétique. Certes imposible encore de se délester d'un véhicule longue distance (à part le choix de l'hybride) mais pour ce qui est des véhicules secondaires, il y a vraiment des choses à faire dans l'électrique.
J'ai opté pour une Citroën C0, qui est certes l'un des véhicules électriques les plus limités en autonomie (120 - 130 km) mais c'est sans regret. Elle remplit son rôle avec un gros atout par rapport à la Renault Zoé (certes plus autonome) : la batterie hyper souple d'utilisation, que l'on peut brancher sur une prise standard chez soi et qui ne coûte pas un loyer... Moralité : non seulement on "schinte" son budget mécanique (kenavo kit distribution, pièces moteurs, vidanges et autres contrôles techniques...) mais on a réellement l'impression de "schinter" son budget énergétique : la location de batterie m'avait refroidi dans le principe, ayant finalement l'impression de remplacer (certes vertueusement) le budget carburant par celui de la batterie. Nous avons opté pour une formule de location de la C0 longue durée à 250 euros/mois assistance incluse (c'est 240 sans) et sans apport... et donc sans location de batterie. Résultat : nous consommons quelques heures de recharge sur les heures creuses. J'ai fait mon couche-tard plusieurs soirs : la batterie est rechargée en moins d'une nuit (souvent 2-3 heures suffisent) avec une consommation électrique équivalente à celle d'un sèche serviette de 500 watts... Je pense m'en tirer pour 150 euros d'électricité grand maxi par an, d'autant que la batterie de la C0 ne se décharge pas si on ne l'utilise pas !
Bref, que des avantages, mise à part l'autonomie. Il faut donc faire son petit calcul pour ses trajets...
Dans notre cas, on est ravi. Cela fait un peu plus d'un mois et demi et c'est cool.
Ah, juste un point : attention au (non) bruit : quand la C0 est à l'approche pour se garer le soir à la maison, on a l'impression d'entendre les roues d'une poussette passant dans la rue ! Ca vaut pour les piétons comme pour les animaux : on a remarqué que les chats et même les oiseaux se méfient moins du véhicule...
Quant à la vitesse, c'est très pêchu en ville. La montée un peu plus lente sur la voie express. Mais elle tient le 110 sans souci avec un peu de marge sous le pied.
Bref, je ne comprends pas trop le peu d'intérêt que semble susciter encore la C0. Y compris vis à vis de la Zoé ou de la Blue Car (excessivement chère et peu adaptée à la voie express).

"Je ne pouvais que répéter wow..." Le chercheur Anthony Murphy, volant avec son drone sur le site archéologique de Brú na Bóinne, un site du patrimoine mondial et l'un des plus importants au monde pour les vestiges préhistoriques, a découvert un nouvel "Henge". Avec le photographe Ken Williams, Murphy a découvert un énorme temple mégalithique circulaire dans le nord-est de l'Irlande, datant de 4500 ans.
Cette découverte majeure a été rendue possible grâce à la vague de chaleur actuellement en cours sur l'Europe du Nord-Ouest [et en particulier sur l'Irlande qui a connu des températures - rarissimes - supérieures à 30°c] qui a séché l'herbe. La dernière fois que des conditions de sécheresse semblables se sont produites en Irlande, c'était en 1976 (comme en Bretagne). "Il faudra maintenant du temps pour analyser le henge, le cercle mégalithique, et pour retracer l'histoire détaillée du temple découvert grâce au dévouement et au vol d'un bourdon", commente Anthony Murphy.
ISBN n° 979-10-96086-12-2
http://www.francodeport.org
(c) Tous droits de reproduction, de traduction, d’adaptation et de représentation
réservés pour tous pays.
Prologue
HÉRIE, J’AI ENCORE FAIT
UN RÊVE STUPIDE.
-Super chéri !, répond Koupaïa
depuis la salle de bain.
C'est vraiment une spécialité
chez Josselin. Et bien, cette nuit, « Joss »
a rêvé qu’il visitait une maison
dans la région des Abers après
l'avoir achetée sans la voir,
et il découvrait sur place, horrifié, des fuites partout.
Au faîtage, des ballons de baudruche avaient été placés pour boucher les trous.
Le problème, c'est qu’ils se dégonflaient deux fois par jour. Du coup,
l'agent immobilier allait les regonfler façon Sisyphe.
Il était très doué pour ça. Joss était fort impressionné.
-A propos, tu as pensé à la fuite, entre le mur et la souche de cheminée ?,
s’époumone Koupaïa.
-Oui, eh bien c’est le solin en ciment qui est mort !
Joss aime ce genre de réponse, qui est une façon de se préserver
de l’effort. Comme si formuler la nature du problème revenait déjà
à solutionner le problème. Mais d’ordinaire, cette technique
de résolution para-métaphysique ne fonctionne guère plus
de deux jours. Miss revient à la charge le troisième : « Alors, la
cheminée, tu as pu regarder ? »
Regarder, litote féminine ! Comprendre : tu as pu sortir l’échelle télescopique,
le nec plus ultra de l’échelle de couvreur, potasser internet pour comprendre
comment on pose la bête, préparer un ciment, euh… un mortier,
non, un ciment avec un adjuvant hydrofuge, virer les ardoises pour
fixer l’échelle en priant le ciel que Mistinguett saura le conduire
sans paniquer aux urgences distantes de trente kilomètres - une bagatelle -,
grimper jusqu’au faitage avec un seau en équilibre précaire posé
entre deux barreaux, avancer marche par marche, redescendre
parce qu’on a fait tomber la truelle, se dépatouiller du seau
plus encombrant encore que durant la montée, réitérer la menace
et la prière, se contorsionner autour de la souche de cheminée
avec la truelle, prendre le parti de refaire un solin sur l’ancien
sans trop savoir s’il convient plutôt de le virer, tant pis, trop tard,
le coup est parti, on n’en parlera pas à madame… et redescendre en vie.
Et dire à la miss, suspicieuse :
-Ça y est, j’ai regardé !
Et là, comme par enchantement, le terme mute.
-T’as regardé ou t’as refait le solin ?, s’enquiert-t-elle.
Adieu litote, bonjour fermeté, c’est l’heure du contrôle qualité.
Et pas un mot sur l’exploit héroïque. Chérie, je suis sain et sauf, là,
tu m’as vu ? Non, normal, sinon elle aurait demandé au voisin de le faire.
L’anglais qui a une tête de plus que Joss et le nargue tous les étés
le torse nu devant la maison. Il s’installe dans le jardin sous leurs fenêtres
alors qu’il pourrait très bien faire la même chose derrière chez lui.
Tu parles de Robert Smith ? Tu rigoles, t’as vu comment ils bricolent,
les Engliches ? Ils ruinent nos longères bretonnes ouais ! Les agents
immobiliers s’arrachent les cheveux pour revendre leurs merdes
innommables une fois qu’ils se sont aperçus que la vie était
tout de même moins chère au Portugal ou dans les Carpates
parce qu’eux, ils y comprennent quelque chose à la belle finance
mondiale ! Ils se jouent des parités monétaires, sortent du brouillard
londonien comme le loup du bois quand la livre sterling est à leur
avantage... Non, tu vois, je l’ai fait, OK ? Il n’y a rien de plus
insupportable que ce genre de remerciement post-mortem :
-Non, mais sinon j’aurais demandé à…
Eh oui. La retape, c’est aussi une preuve d’amour et un éternel
recommencement, surtout lorsqu’on entame un énième chantier
assorti d’une énième ligne de crédit… Ah l’éternelle jeunesse,
comme c’est beau ! En viendra-t-il un jour à bout de cette manie ingrate
de repartir à zéro ? C’est quoi son problème ? Tenez, prenons un autre
exemple : le travail. Un éternel recommencement, là encore. Joss se la
raconterait bien un peu, tiens, pendant que Mistinguett a le dos tourné.
Deux enfants par femme, taux de natalité le plus élevé d’Europe mais
un demi-job par génération. Hé, de quoi il se plaint ? C’était il y a une
bonne quinzaine d’années. Aujourd’hui, c’est nettement pire ! Joss va-t-il
pouvoir seulement devenir stable un jour comme une bernique ?
Tout cela n’existait pas enfant dans ses études socio-playmobiliennes.
Les belles mécaniques économique et géopolitique y figuraient jusqu’au constat
cynique, mais de relations humaines... Disons plutôt des avatars de relations,
un artefact du monde.
En dépit de quelques calques intéressants, la transposition du modèle
playmologique s’est avérée très éloignée des règles socio-économiques
du monde réel. Auto-construction (ça, c’est plutôt pratique), scénarisation
de la vie (pratique, si on est édité), stéréotypie des relations humaines (déjà
très moyen), approche démiurge de la vie en société (carrément nul) !
Il a fallu une femme et un deuxième enfant pour mesurer le pouvoir
d’abstraction induit par ces petits personnages exploités à l’extrême
jusqu’à un âge bien trop tardif pour lui permettre de grandir au même
rythme que les autres. Alors, plus le temps passe et plus l’évidence
s’impose : les playmobiles ont eu le mérite d’être un retardateur
à emmerdements. Ils vous préservent de la dureté de la vie, de la maltraitance
collective. C’est excellent pour schématiser voire idéaliser les relations
humaines, excellent pour développer une approche logique de ce
qu’elles devraient être avec ses enchaînements et ses propres syllogismes
(exemple : si le playmo black fait de la politique il ne deviendra pas
chef des playmos parce qu’il n’y a pas beaucoup
de playmos black), mais en apparence, rien n’est logique.
C’est comme comprendre la signification des Rannoù, le chant des Séries.
Une révolution dans la vie de Josselin comme bientôt dans celle de Daïk.
Et il avait bien besoin de ça pour ne pas mourir d’épuisement dans
cette course stérile orchestrée par la nouvelle société régie
par l’hémisphère cérébral gauche qui est... directement connecté au majeur droit !
JOSSELIN CONSIDÈRE SON FILS JOUANT SOUS LA PLUIE EN PLEIN VENT,
en digne héritier. Il est surpris de constater à quel point l’histoire se répète :
sous ses yeux, son playmologue junior sarcle un immense bac à sable
peuplé de licornes, de personnages articulés et chimériques avec
ses vestiges de maison alsacienne, son château médiéval revisité,
ses mâchicoulis, son chemin de ronde, ses oriflammes, ses tourelles faites
de récupération agrémentées de fragments de tipis appalachiens...
Le petit a même bâti un moulin et creusé un petit étang de ses propres
mains parachevant son œuvre une parka sur le dos. Puis, l’enfant s’est tourné
vers le soleil rasant sur le point de se faire engloutir par la tempête, et
ses mains ont glissé le long du tuyau d’arrosage, qu’il a laissé courir
entre ses doigts froids et, comme la pluie de cette fin octobre n’a pas suffi,
il a tourné le robinet du potager.
Et le petit démiurge a inondé les douves de sable humide et glacé.
Aussitôt, des excavations nouvelles se sont formées autour
de la citadelle assiégée par le nouveau déluge cataclysmique. Les basses terres
ont disparu sous les eaux. Et les eaux ont empli le bac à sable ceint
d’une muraille en ciment, œuvre fondatrice du père.
L’enfant lui dit alors que sa ville d’Ys allait résister aux assauts destructeurs
et que la ceinture maçonnée, plus solide que l’univers de sa jeune création,
était comme les limites du monde.
Un jour, pressentant peut-être la mort créatrice de l’enfance, il a dit à son père
qu’il y avait sûrement quelque part, sur une autre sphère, des esprits supérieurs
contemplant son œuvre et retranscrivant l’Histoire de ses peuples !
Il a la conviction qu’il y a autant d’univers que de bacs à sable,
autant de peuples que d’histoires inventées par les enfants sur Terre.
Et puisqu’il y a une fin pour tout, un jour viendra ses peuples
s’éteindront comme les Babyloniens ou les Romains se sont éteints…
Josselin saute sur l’occasion pour lui dire qu’il en sera probablement
ainsi de la mondialisation.
Son fils fait des yeux ronds.
On ne peut pas arrêter Joss dans ces cas-là, c’est plus fort que lui :
-L’uniformisation n’est que l’expression d’une bascule d’un modèle
de société vers un autre avec ses codes, en aucun cas universels,
seulement d’une contingence différente. La mondialisation n’est même pas
mondiale ni globale, elle se joue des frontières et des barrières pour
mieux en créer de nouvelles, ce qui permet de
les imposer avec d’autant plus de facilité, et c’est le but.
-Euh… Oui, papa.
Et encore, Joss s’est gardé d’enfoncer le clou : cette civilisation porte
en elle les germes de sa disparition future. Un tel discours n’est guère
motivant, mais Joss craint de toute façon que Nathan ait parfaitement
saisi son état d’esprit depuis le temps qu’il le pratique. Peut-être se doute-t-il
même que ses théories, d’un optimisme béat, donnent sur l’oreiller avec sa mère :
-L’être humain va s’éteindre, rongé par le stress qui n’est que la manifestation
biochimique d’une forme de dé-synchronie mentale. Moi je te le dis,
le stress va dévaster le monde ! Pour moi, l’homme technologique est perdu
d’avance !
-Aaaah ouiii ? C’est bien ça ! Bonne nuit, chéri…
Pauvre Koupaïa. Dans le même genre, Joss a prédit aussi le retour en force
des druides et des Pictes avec leurs tatouages et leurs rites ésotériques,
dans l’esprit du chant des Séries. Tous zébrés et chantant :
Daik, mab gwenn drouiz ore
Daik, petra fell dit-te ?
Petra ganin me dit-te ?
Kan din eus-a ur rann, ken a oufenn bremañ !!!…
Tout beau, bel enfant du Druide ; réponds-moi ; tout beau,
que veux-tu que je chante ?
Chante-moi la série du nombre un, jusqu'à ce que je l'apprenne aujourd'hui.
C’est la première strophe des Rannoù (Le chant des Séries),
ce fameux chant breton collecté par Théodore Hersart de la Villemarqué
dit Kervarker (in Barzaz Breiz, 1846). Il s’agit de l’une des pierres angulaires
du patrimoine oral druidique évoquant l’enseignement
spirituel et philosophique d’un enfant par un druide.
Eh bien, Joss kiffe le Chant des Séries.
-... ♪ Et les Indiens et les Pygmées referont surface avec leurs cheveux
colorés et leurs corps dénudés, et avec tout plein d’autres rites encore ! ♬
-Essaye de dormir un peu, chéri, tu veux... ?
Dans la foulée de l’emménagement dans leur nouvelle longère bretonne,
Nathan a très vite conquis le jardin familial.
Il y prospère dans l’allégresse et érige des châteaux gigantesques.
Nathan a déjà une autre idée derrière la tête : « Un jour, je bâtirai
d’autres structures avec du sable de grand et du ciment ! »
Ses parents n’ont jamais entravé cet élan créateur, n’en déplaise
aux esprits qui voudraient le voir grandir plus vite que les autres.
En fait, ils sont assez convaincus qu’il est très conscient de ce qu’il entreprend.
Le discours des parents type est de considérer qu’ainsi va la vie
et que l’enfance est l’âge d’or du monde, le sel philosophique.
Son cortex cérébral est encore protéiforme, limite en bordel,
mais c’est une chance, car le petit ne s’est pas encore acharné
à privilégier cette petite partie du cerveau concentrationnaire
qui est sollicitée par les tenants de l’hyperspécialisation. La révolution
qui se profile, celle de la mondialisation et des nouvelles technologies,
n’exige-t-elle pas une concentration de la matière grise dans un point
précis du cerveau avec le risque de se retrouver exclu, de fait, le jour
où il conviendra de suivre la dernière mode comme sortie d’un chapeau ?
Dernière norme qui décrètera, du jour au lendemain,
qu’il convient de cultiver le champ d’à côté sur l’ode suivante :
« Hé les mecs, à trois, tout le monde change de cerveau ! »
... (sic) !
De la même manière, Nathan craint de devoir sacrifier l’étendu
de son cortex au profit d’une sorte d’hyper-culture d’un tout petit territoire
cérébral aussi glorieux qu’aliénant. Il pense qu’il ne sera jamais le meilleur
en rien, jamais le premier ni le dernier. Pour lui, cette quête est impossible.
Il confesse déjà à ses parents qu’il préfère renoncer à ce qui fait
pourtant le triomphe des espèces : l’ambition et le manque d’humilité.
Le château résiste, malgré la pluie et le vent. Joss emboîte le pas
à l’enfant qui boutonne sa parka sous l’œil de sa maman. Elle se garde
de le presser de rentrer à la maison parce qu’elle a compris que c’est
sa vie et qu’il la passera à explorer ce territoire sans autre approche
qu’une sorte d’intuition ascientifique.
Et sa douce maman se dit parfois qu’elle doit être aussi folle que son père
pour le laisser faire ça...

UI SONT-ILS ET COMBIEN SONT-ILS ?
C’est comme une nouvelle espèce que
les scientifiques, comme les chasseurs,
commenceraient à débusquer.
Une espèce qui fleurit jusque sur les réseaux.
Ce sont encore, parfois, des ovnis dans le paysage
linguistique de l'hexagone.
Comment revendiquer une langue qui n’a
pas été transmise ? Certains ne sont pas Bretons,
mais Parisiens, Anglais, Angevins, Gallois, Vendéens
ou Gascons...
A mesure que le nombre de locuteurs maternels diminue, leur proportion augmente.
Une chose est sûre : ces ovnis néo-bretonnants sont l'avenir de la langue.
Si le registre oral s'est probablement appauvri, malgré la meilleure des
bonnes volontés, le renouveau s'accompagne d'une amélioration notable
du niveau de langue écrit et de son volume de production.
C'est tout le paradoxe actuel : les bretonnants de naissance qui ont appris
oralement le breton ne savent pas souvent l'écrire, et à l'inverse, il n'est pas rare
que des néo soient plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral. Les enfants bilingues ont
souvent un niveau supérieur à celui de leurs parents. C’est d’autant plus
vrai que la majorité des parents qui scolarisent leurs enfants
en filière bilingue ne le parlent pas eux-mêmes.
Quand on scolarise ses enfants en école bilingue, en l'occurrence
dans une langue régionale, il faut reconnaître un attachement non anodin
à la diversité culturelle par opposition aux cultures dominantes. Au-delà
des vertus linguistiques et cognitives d'un tel enseignement, il y a
une envie de voir ses enfants s'épanouir dans un environnement pluriculturel :
franco-anglais, franco-breton, franco-japonais, franco-arabe, anglo-portugais,
serbo-allemand... Cela vaut dans toutes les combinaisons possibles
et c’est heureux ainsi.
Et puis, il y a un fond de défiance envers l'uniformisation culturelle anglo-saxonne.
On ne voudrait pas que les super-héros-en-slip réduisent les contes de Perrault
ou de Grimm en cendre à coup de rayons laser... mais on sait bien qu'en
même temps, il y a des tendances contre lesquelles on ne peut lutter.
Surtout en moyenne section,
Joss le sait bien.
La porte déverrouillée, il tombe nez à nez sur la petite :
-Tiens, t’as déjà fini ta sieste, toi ?
Au lieu de dormir, il fait le pari que le marmot (la marmotte ?) a mis à profit
ce temps de relâchement de la surveillance parentale pour écluser ses placards
et extraire ce déguisement de Spiderman de son grand frère, une vieillerie
qu’elle a enfilée tant bien que mal : elle a bourré ses deux jambes potelées
dans le même fuseau hachuré du pantalon. Comme elle a dû souffrir pour
accomplir ce tour de force ! Tout grippé qu’il est devenu à vitesse grand V,
Joss éclate de rire.
C’est davantage le souvenir d’un dessin qu’il a improvisé en classe
représentant Petit ours tout zébré aux couleurs de Spiderman que
la vue de la petite dans sa tenue d’apparat virile qui l’amuse. Jusqu’où
l’inspiration va se nicher ? En l’occurrence, on n’échappe pas au modèle culturel
dominant, même en filière bilingue et chez une fille (comme quoi il n’y a pas
que Reine des neiges dans la vie). Il avait baptisé l’œuvre Spider-Arzhig
et trouve que ce nom sied très bien à petite dernière qui n’a pas son pareil
pour tambouriner comme une damnée et marquer son paternel à la culotte :
-Tu sais, ce n’est pas la peine de fracasser la porte à coups d’épaule !
Quand c’est occupé, c’est occupé !
Il a l’impression parfois que les petits souffrent d’une claustrophobie inversée.
La simple idée de voir leurs parents disparaître dans cette sorte de cagibi leur
fait monter à la tête l’idée saugrenue que c’est eux qui sont enfermés.
Spider-Arzhig est en transe, dégoulinante de sueur. Non seulement elle a
bataillé pour enfiler sa tenue de combat, mais en plus elle s’est faite
enfermer hors des toilettes, salopards de parents !
*
Logique contre logique. C’est ce que ressent aussi Daïk, livré à
lui-même sous sa coupole pendant que ses parents, partis en campagne,
travaillent enfermés dans leur capsule recensant on ne sait quelle
civilisation punaisée à l’autre bout de l’espace...
Daïk n’est pas au cœur de l’action, in the constellation to be, et il en vient
à regretter cette responsabilisation à outrance qui consiste à laisser son
rejeton livré à lui-même pendant que les parents vivent leur vie sous prétexte
qu’il est digne de confiance et qu’ils savent qu’il ne commettra plus le moindre
débordement. Le dernier adolescent qui a trahi la confiance de ses parents et
qui a connu ce que les Anciens appelaient une crise d’adolescence est considéré
comme le dernier représentant de la civilisation passée. Il fut un messie
à l’envers, un anti-modèle, l’ultime témoin d’un monde révolu.
Un ado archaïque dominé par ses pulsions.
Ses parents savent qu’il sera sage et responsable, l’inverse n’est même
pas envisageable. Hélas, Daïk a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir : une civilisation
en pleine crise d’adolescence utilisant la technologie tel un caprice.
Daïk recentre son esprit, chasse les pensées négatives par réflexe - c’est
normalement quelque chose de pavlovien comme relancer la respiration quand
l’organisme humain vient à manquer d’oxygène.
Sauf que Daïk a envie de voir ce que ça fait de ne pas être...
comme il devrait être.