Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
B u h e z  U r  V a l a f e n n
Publicité
9 novembre 2017

Daïk, chapitre 26

  

lettre typo celtique D

ANS LA RÉGION, LES RIVERAINS SONT HABITUÉS AUX TIRS de canon

qui s’entendent des kilomètres à la ronde. Cela fait partie du paysage.

Les campagnes de tir sont peu fréquentes. Peut-être trois ou quatre

jours par mois hors période touristique aux heures de la sieste des

enfants... L’armée a ses plages chasse gardée. Tout près de là, la

Direction générale à l’armement occupe un bâtiment étrange qui  ressemble à un

sous-marin planté dans le sable à l’entrée d’un isthme pas déplaisant  menant à un joli

petit port de pêche.

Mais là tout de même, c'est inattendu : Daïk est tranquillement installé au bord de l’eau,

Il contemple la mer d’oxygène hydrogéné, avec un zeste de soufre,

de calcium, de chlore, de sodium, de brome, de magnésium et de carbone, de la

même manière qu’il contemple d’ordinaire sa planète gazeuse comme un légume,

immortel d’ennui, et là, soudain, surgit une machine de guerre qui lui tire dessus !

-OK, nous y voilà. Je vois à qui j’ai affaire ! Ils m’ont repéré !

Il bondit derrière les ganivelles sur la dune. A côté, un autre panneau représente

un être humain marchant avec un bâton à la main.

Daïk croit comprendre : seuls les combattants ont le droit de venir ici 

avec leur gourdin !

L’extradolescent est bien au pays des Vénètes, peut-être du temps de César,

il n’a pas pris le temps de vérifier. Où sont les druides ? Ont-ils déjà levé le camp ?

Les vaisseaux ennemis venant de Nantes, en voilà un ! Malheur à vous !

Daïk doit prendre la direction de Vannes et trouver les onze béleks avant qu’il ne soit trop

tard, le tourisme attendra !

Il s’élance entre les oyats et les spirantes dans la dune vive, piétine sans vergogne

de rares tétragonolobes siliqueux couleur or. Ses pas s’enfoncent dans cette matière

tiède et informe qui s’étale, à perte de vue, devant lui, parsemée de plantes

stupides et inutiles qui lui lacèrent les mollets fémoraux à travers sa combinaison

espace-temps. Une saleté d’ivraie du Portugal vient lui déchiqueter sa rétro-combinaison

étirable, la grosse gerbe de Lolium parabolicae Sennen lui pique sa peau satinée

(et imberbe) jusqu’à l’entrejambe asexué provoquant une quinte de fou rire inattendue,

il n’avait encore jamais ressenti ça ! Et là, soudain, devant lui, surgit un groupe

de jeunes humains avec une planche en forme de soucoupe elliptique sous le bras.

Un mâle puissant et une femelle aux cheveux jaunes et filandreux comme

un tétragonolobe recouverts d’une fine pellicule d’oxygène et d’hydrogène toute

dégoulinante lui font face. Daïk se terre derrière ce qu’il pense être un char à feu

en forme d’œuf stationné sur la lande. Pourquoi prennent-ils cette direction ?

Vont-ils s’opposer aux vaisseaux venant de Nantes ? Par déduction, ces deux individus

étrangement armés doivent être des combattants de Vannes avec leurs épées brisées.

Vannes ! Où est-ce au fait ?

Deux indices l’interpellent : leurs robes ne sont pas ensanglantées et ils ne portent pas

de béquilles ! Daïk hésite à enfreindre la Loi. Furtif comme un astéroïde, il se poste

au devant d’eux, près des ganivelles qu’il prend pour des palissades. Peut-être un vestige

d’un ancien village gaulois aujourd’hui englouti ou une réplique d’un mur de fortification,

une frontière avec le royaume des morts...

Il doit les faire parler ! Vivants, c’est mieux.

Ils sont sans nul doute du côté des fameux druides en déroute.

Daïk prend son courage à quatre mains et s’approche du couple en train de bavarder

avec leurs étranges lunettes vissées sur le crâne comme si leurs yeux leur sortaient des

cheveux. Ils disent qu’ils vont rider les vagues.

« Rider » ? Tsssst. Ce terme est inconnu dans la langue des Vénètes !

Daïk entre en télépathie avec son bocal terrestre en quête d’une traduction adéquate.

Vite, vite ! Ah ! OK. Il s’agit soit d’un terme de langue française sous-entendant

qu’ils vont vieillir la peau des vagues soit d’un terme de langue britannique,

celle qui est parlée du côté de chez les Bretons insulaires (depuis qu’ils se

sont faits submergés par des Angles, des Jutes et des Saxons) et qui signifie

chevaucher. Mouais. Etonnant qu’ils utilisent des mots étrangers,

mais ce sont probablement des chevaliers vénètes tout de même !

Et puis, leurs cheveux longs et leur allure téméraire correspondent bien

aux iconographies en vigueur, il n’y a pas de doute là-dessus. Reste à savoir

où sont passés les autres : de trois cents, ils ne sont plus qu’eux onze

Ces deux là font sûrement partie des ultimes survivants !

La machine de guerre venue du ciel fait un nouveau détour. Des tirs de canonnades

retentissent. Ni une ni deux, Daïk jette un hypno-rush sur les deux cavaliers-navigateurs.

Leurs cheveux se figent. La fille en perd sa chaussure dans l’océan de particules

de roche désagrégée, de quartz, de micas et de feldspaths mâtinés de débris calcaires,

de coquillages et de corail. Daïk s’approche d’eux et plonge ses yeux à facette dans les leurs :

-Daik, mab gwenn drouiz ore, Daik, petra fell dit-te ? Petra ganin me dit-te ?

Kan din eus-a ur rann, ken a oufenn bremañ…

- ???

-COMPRENEZ-VOUS LA LANGUE DES DRUIDES ?!

-Oh, doucement petit !, fait le surfeur décoloré.

-C’est du breton, lui dit la fille en posant son bonzer. Salud dit ! Aloha !

-Moi, le breton j’aime bien comme ça, mais à part chouchenn, kenavo, a-dreuz,

mor bihan ou quelques trucs dans le genre, répond le faux blond.

Daïk se tait et se compose une posture inspirée. A force de regarder les humains dans son

bocal, il a tout de même appris quelques mimétismes de circonstance :

-Je vois, je vois.

Ils disent souvent ça. En fait, il ne voit pas grand-chose sinon que l’hypnose sur les humains,

ça marche moyen. C’est parce qu’ils sont mal dégrossis. Il tente une autre approche

 avec un copié-collé de voix humanoïde :

-Quel est le chèfe de votre tribuuu ?

-Mouahahaha l’autre ! Allez, enlève ton costume d’extraterrestre

sous cellophane ! T’as perdu tes parents ?

Le ton irrévérencieux n’est pas fait pour déplaire à Daïk. En fait, ça lui rappelle

celui de ses jeunes congénères, comme sa cousine née d’une resucée de gênes

prélevés sur ses grands parents. Pas de chance, c’est le seul membre de sa famille,

parce que les manipulations génétiques, c’est tout de même hors de prix...

Il paraît que se reproduire est encore gratuit sur Terre.

Toujours le mot pour rire. Tu veux que j’enlève mon costume ? Tu ne vas pas être

déçu, l’humain ! De toute façon, je porte un revêtement anti-UV parfaitement

adapté à la composition et à la pression de votre atmosphère saturée d’humidité.

Mais enfreignons la loi jusqu’au bout. Ils vont l’avoir, leur attentat à la pudeur !

Daïk déchire son film déjà lardé de griffures faites par ces satanées plantes

qui lui piquent l’entrejambe.

Il dévoile une autre pelure, bleu nuit.

La fille fait des yeux éberlués :

-C’est bon, c’est bon, dit-elle. Arrête ton bikini contest. Garde ton intégrale !

Seigneur, ils ne sont pas sous hypnose ! Ca ne fonctionne pas ! Ils se disent simplement

qu’il est… costumé. Comme s’il était des leurs ! Daïk renonce à se déshabiller.

Il opine du chef :

-OK, vous m’avez reconnu ! Je suis un enfant du pays !, tente-t-il.

-Ouais, bien sûr, le villageois ! Bon, mon petit, on va y aller, d’accord ? Parce que là,

c’est le moment d’y aller. Il y a un méchant clapot aujourd’hui et on ne voudrait pas

rater ça ! 

Puis, se tournant vers l’ondine, il lui dit :

-La vache, il est carrément deep inside, ce gosse !

-Ouais, grave !

Et ils s’éloignent vers l’océan…

 

-Hé ! Attendez ! J’ai juste un truc à vous demander ! Hého !

Tout en dodelinant des fesses, l’ondine fait claquer un mouvement de la main

comme pour dire : « lâche l’affaire. » Mais Daïk ne se démonte pas, court après eux,

manque de s’affaler dans la poudreuse des mers. Le surfeur finit par interrompre la marche

de sa comparse du bout des doigts, se retourne, raide comme un passif agressif :

-Quoi encore ? Va jouer au bac à sable, OK ? Tu nous lâches maintenant !

-Juste que… Je voudrais vous dire que… Les Nantais ! Les Nantais attaquent !

-… Les Nantais ? Mais bien sûr ! Ouiii, les Nantais… Où t’as vu qu’il y a de la compète

dans l’air ici ? Crétin, on est seul, il y a personne aujourd’hui !

-Il fume ou quoi ?

-Grave ! C’est pas un truc de ton âge, Mars Attack !, envoie la fille.

Pantelant, Daïk tente alors, comme une désespérance :

-Je veux juste savoir où sont les vôtres ? Dites-moi juste où sont partis les onze béleks

et je vous jure que je vous laisse tranquille ! Je cherche les onze béleks de Vannes !

-Les onze Bellec ? Rozenn, t’en connaitrais pas, toi, des Bellec, par hasard ? Ca ne manque

pas par ici...

-Si, Joss et Koupaïa. Mais ils ne sont pas onze ! Sauf en comptant leurs cousins,

remarque…

-OK, fait le surfeur. Il veut les Bellec de Vannes ? Il va les avoir !

___________________ 

*Avec même d’authentiques bretonnants de comptoir, parce que c'est souvent là que l'on découvre ses premiers bretonnants en chair fraîche.

Publicité
15 mai 2018

In extinso

 

22 planguenoual cidre

 

Parce que parfois (rarement en fait) les communiqués de presse peuvent être instructifs.

Rien à dire de plus...

Celui-ci est particulièrement bien conçu, même s'il a tendance à vous bombarder de chiffres.

Bravo ;-)

 

Communiqué de presse

 

Les Français ne connaissent-ils vraiment rien aux produits de saison ?

 

65% des Français ne préparent pas leurs repas avec des produits de saison

84% des femmes sont freinées par le prix mais 52% des hommes, non !

36% des Français sont prêts à payer seulement 10% de plus

 

La provenance est importante pour 61% des femmes et pour seulement 32% des hommes

95% des Français considèrent que les fruits et les légumes de saison sont bons pour la santé

Les Français n'obtiennent que 4 bonnes réponses sur 13 sur les produits de saison

 

Les 3 régions où les Français connaissent le mieux les produits de saison :

N°1 : Auvergne Rhône-Alpes, N°2 : Bretagne et N°3 : Normandie

 

 

Suite à la journée mondiale du commerce équitable du 12 mai 2018, Quitoque.fr, leader français du marché des panier-recettes livrés à domicile, a voulu savoir les Français savaient comment s'alimenter en fonction des saisons et des productions locales. Un sondage effectué auprès de 8.657 personnes pour connaître leurs compétences sur ce sujet d'actualité.

Lien officiel : https://www.quitoque.fr/  

 

*Méthodologie : L'enquête a été réalisée sur 8.657 personnes représentatives de la population nationale française âgées de 18 ans et plus. Sondage effectué en ligne, sur le panel propriétaire Buzzpress France, selon la méthode des quotas, durant la période du 4 au 10 mai 2018.

 

Des repas... pas de saison

Au cours de l'élaboration de leurs repas, les Français sont bien loin de choisir des produits en fonction du calendrier. En effet, plus de 62% des femmes et 69% des hommes répondent qu'ils ne se préoccupent pas du tout de savoir si les fruits ou les légumes qu'ils cuisinent sont en phase avec la saison.

 

Lorsque vous préparez vos repas, privilégiez-vous les fruits et légumes de saison ?

Réponses

Global

Femmes

Hommes

Oui

35%

38%

31%

Non

65%

62%

69%

 

 

 

 

 

 

Trop cher...

Pour la grande majorité des Français (66%), le prix des produits de saison est un frein. Dans le détail, ce sont surtout les femmes qui sont attentives aux tarifs pour plus de 84% d'entres elles alors que les hommes ne sont que 48% dans ce cas.

 

Pour vous, le prix est-il un frein ?

Réponses

Global

Femmes

Hommes

Oui

66%

84%

48%

Non

34%

16%

52%

 

 

 

 

 

 

Le juste prix est...

Concernant le prix à payer pour des produits de saison, 36% des Français sont prêts à aller jusqu'à une augmentation de 10%, mais pas plus. 28% sont disposés à monter jusqu'à 20% et enfin 16% jusqu'à 30%. A noter que les hommes sont plus nombreux à accepter de dépenser plus.

 

Combien en pourcentage êtes-vous prêt(e) à payer en plus ?

Réponses

Global

Femmes

Hommes

Rien du tout

8%

12%

3%

Jusqu'à 10%

36%

41%

32%

Jusqu'à 20%

28%

28%

29%

Jusqu'à 30%

16%

11%

20%

Jusqu'à 40%

9%

6%

12%

Jusqu'à 50%

3%

2%

4%

 

 

 

 

 

 

D'où ça vient ?

Si la provenance des produits de saison ne semble pas être un problème pour 53% des Français, l'analyse des réponses en fonction des sexes apporte un éclairage bien différent. En effet, plus de 61% des femmes interrogées considèrent que la provenance des fruits et des légumes est d'une importance majeure alors que 68% des hommes y sont indifférents.

 

Pour vous, la provenance des produits est-elle un frein ?

Réponses

Global

Femmes

Hommes

Oui

47%

61%

32%

Non

53%

39%

68%

 

 

 

 

 

 

C'est bon pour la santé ? 

Un fait sur lequel les femmes et les hommes sont pleinement d'accord est celui de la santé. En effet, 95% des Français considèrent que consommer des fruits et des légumes de saison est réellement bénéfique pour leur corps.

 

Selon vous , manger des produits de saison est-il bon pour la santé ?

Réponses

Global

Femmes

Hommes

Oui

95%

91%

98%

Non

5%

9%

2%

 

 

 

 

 

 

Voilà l'été !

C'est à la saison estivale que 61% des Français consomment le plus de produits de saison. En deuxième position arrive l'automne pour 40% des répondants, suivie du printemps avec 37% et enfin l'hiver en dernier choix avec 36%.

 

Y a-t-il des périodes où vous mangez plus de produits de saison ?

Réponses

Global

Femmes

Hommes

En hiver

36%

33%

38%

Au printemps

37%

32%

42%

En été

61%

58%

65%

En automne

40%

41%

40%

 

 

 

 

 

 

Interrogation sur les produits de saison : 6/20 !

Lorsque l'on questionne les Français pour savoir quels sont les produits actuellement en phase avec la saison, les bonnes réponses se font rares. En effet, les Français trouvent seulement 4 produits sur les 13 propositions.  Ainsi, ils savent que les endives ou les châtaignes ne se récoltent pas en ce moment mais que c'est la bonne période pour les radis et les fraises. En revanche, ils ont tout faux pour tous les autres fruits et légumes proposés.

 

Parmi ces produits, lesquels sont de saison en ce moment ?

Réponses

Oui

Non

Artichaut

42%

58%

Asperge

49%

51%

Brocoli

54%

46%

Chou-fleur

43%

57%

Épinards

35%

65%

Endive

48%

52%

Oseille

42%

58%

Petits pois

47%

53%

Salsifis

51%

49%

Radis

50%

50%

Fraise

52%

48%

Châtaigne

36%

64%

Rhubarbe

43%

57%

 

 

 

 

 

Dans quelles régions les Français connaissent-ils le mieux les produits de saison ?

Avec seulement 2% de bonnes réponses, les régions Pays-de-Loire, Ile-de-France et Hauts-de-France font figure de mauvaises élèves au niveau national. Ce sont les régions Auvergne Rhône-Alpes avec 15%, Bretagne et Normandie avec 13% qui arrivent en tête des régions connaissent le mieux (ou le moins mal) les produits de saison.

 

Dans quelle région habitez-vous ?

Classement

Régions

Pourcentages

N°1

Auvergne Rhône-Alpes

15%

N°2

Bretagne

13%

N°3

Normandie

13%

N°4

PACA

12%

N°5

Nouvelle Aquitaine

11%

N°6

Occitanie / Pyrénées-Méditerranée

10%

N°7

Bourgogne Franche-Comté

6%

N°8

Centre - Val de Loire

5%

N°9

Grand Est

5%

N°10

Corse

4%

N°11

Pays-de-Loire

2%

N°12

Ile-de-France

2%

N°13

Hauts-de-France

2%

 

 

 

 À propos de Quitoque

Quitoque est le leader français sur le marché des panier-recettes livrés à domicile. Les trois co-fondateurs de la start-up se sont donnés pour mission de simplifier le quotidien des Français et de leur permettre de bien manger, sans contrainte. Les abonnés reçoivent chaque semaine un panier contenant tous les ingrédients ainsi que les recettes pour réaliser 4 à 5 repas. Les produits sont sélectionnés avec soin pour leur fraîcheur et leur qualité. Les recettes sont imaginées par la Chef Céline Nguyen, co-fondatrice de la marque ; elles sont faciles, originales, et équilibrées. La livraison est gratuite et possible partout en France métropolitaine. En pleine croissance, Quitoque a pour ambition de devenir une véritable alternative aux courses du quotidien.

Pour plus d'informations : https://www.quitoque.fr/

 

Allez, un bémol : la photo du CP... Kitchissime. Je l'ai troquée par cette illustration du dessinateur de presse Clam (parue originellement dans Le Guide de la Bretagne insolite & relax).

11 septembre 2017

Daïk, chapitre 14

 

lettre typo celtique P

ENDANT CE TEMPS, DAÏK MET LE CAP

sur le trou noir II>IV.

Fébrile, l’extradolescent vérifie la production

en plutonium et, à l’aide d’un bras

mécanique articulé, plonge les barres dans

le générateur intégré. Il vérifie aussitôt l’état

de sa combinaison tout en délockant les

stabilisateurs de la capsule de secours.

L’univers IV n’est pas un monde inconnu.

Nombre de navigateurs ont posté leurs itinéraires préférés sur les méta-terminaux.

Les données de vol sont automatiquement partagées. Ainsi, n’importe quel utilisateur

de vaisseau peut se router facilement. Daïk compte ainsi cibler la portion

du trou noir II>IV menant aux confins de la voie lactée dans l’une des constellations

de Ptolémée*. 

Pour être déjà évoquée par les récits druidiques, la constellation est située

à proximité du système solaire entre Ophiuchus et Capricorne.

Le centre de cette constellation se trouve dans

la Voie lactée, elle-même plus dense à l’endroit où elle traverse le Sagittaire.

Le Sagittaire est un repère à nébuleuses et à amas stellaires fort bien gâté

par Dame nature...

-Bordel, comment s’y retrouver là-dedans ?, grogne Daïk qui murmure :

l’étoile la plus brillante de la constellation du Sagittaire (Kaus Australis ε Sgr) se situe

à la base sud de l’arc, OK. A dix degrés plus au nord-est se trouve Nunki, au niveau

du cou, super ! Ces deux étoiles forment un quadrilatère complété par Ascella au sud-est

et Medius au nord-ouest. C’est le corps de la bête, quoi !

En retrait, moins lumineuse, τ Sgr marque l’arrondi du corps. A l’opposée, γ et λ Sgr.

Tout bon ! Quant à l’arc, il est formé par trois étoiles : Kaus Borealis, Kaus Medius et

Kaus Australis.

Mouais.

Daïk ne voit pas encore par quel biais récupérer la trajectoire d'une comète…

Une certitude : l’évocation de la constellation du Sagittaire est

bluffante pour une civilisation si en retard en matière d’observation

spatiale. Au cœur de la Voie lactée, la constellation

du Sagittaire et la radio-source Sgr A** sont associées à un trou noir super-massif situé

au centre de la galaxie en univers IV. Une douzaine d’étoiles compose un

amas stellaire en orbite autour de ce même trou noir… Autrement dit, Sagittaire est

LA constellation autour de laquelle tourne la Voie lactée.

Particularité de ce trou noir central qui fait office de courroie d’entraînement,

il émet une faible activité électromagnétique.

Faut-il encore savoir pourquoi.

Daïk jette un globe aux rapports des navigateurs qui ont déjà débouché au

cœur de ce trou noir depuis l’univers II. Il engloutit une faible quantité de

matière, les étoiles en orbite autour sont extrêmement proches puisque la

plus exposée d’entre toutes fait un tour complet en quinze révolutions

terrestres ! Autant dire que dalle ! Aucune forme de matière connue n’est susceptible

d’être aussi comprimée dans un tel espace tout en étant aussi peu lumineux

sauf un trou noir... Celui-là avoisinerait les quatre millions de masses solaires !

Dans la foulée, l’extradolescent géo-localise le système solaire dans un bras

de la Voie lactée très excentrée, et c’est une chance pour leurs

habitants. Car non seulement le trou noir est peu actif, mais en plus, ce système

est très éloigné. Bien avant d’être englouti par le trou noir central, la Grande menace

viendra de l’explosion de l’étoile solaire. Et plus sûrement encore d’une collision

avec une comète...

-Bon, c’est cool. Revenons à nos moutons, fait Daïk. Y’a du boulot !

La distance à parcourir promet d’être phénoménale avant le retour

de campagne de papa-maman. Daïk ne voit qu’une solution : se jouer de

l’espace-temps et bien optimiser ses inverseurs attractionnels destinés à

« négativer » la puissance d’attraction du trou noir et à propulser ainsi l’aéronef

à une vitesse astronomique dans la direction souhaitée. Pas simple, non, car la faible

efficience du trou noir complique sévèrement la donne.

Jouer à fond de la distorsion espace-temps entre univers II et IV, c’est un peu comme

convertir des francs suisses en euro… ou, pour être précis, des francs suisses en dollars

zimbabwéens de 2009 avec ses billets de cent mille milliards de dollars ($ 1014)...

Comme quoi, l’astronomie c’est comme la finance.

Tout est possible...

 

 

________________________ 

* Les premiers travaux quantitatifs relatifs à la structure détaillée de la Galaxie remontent à 1918. Harlow Shapley étudia la répartition sur la sphère céleste des amas globulaires et détermina que le centre de la Voie lactée se situait dans la direction de la constellation du Sagittaire aux coordonnées approx. de 17h 30m et -30°. Ainsi  établit-il que le Soleil ne pouvait être situé au centre de la Voie Lactée. Shapley est ainsi considéré comme l’auteur d’une seconde révolution copernicienne. Il estima la taille de la Voie lactée à plusieurs dizaines de milliers de parsecs, un parsec représentant 3,2616 années-lumière soit environ trente milliards de kilomètres. 

*La radiosource Sgr A est découverte en 1974 par Bruce Balick et Robert L. Brown à l’Observatoire de Green Bank, l’année de l’invention des playmobiles.

 

12 octobre 2017

Daïk, chapitre 21

lettre typo celtique I

NJECTION D'ADRENALINE. Tension rétablie.

Le médecin écarte la piste d’un choc

anaphylactique. Mais l’enfant a essayé

de vomir : une sorte de mucus en

témoigne au coin de la bouche.

 Il est vingt-deux heures quand l’ambulance

s’élance. Joss décide de la suivre délaissant

Koupaïa avec la petite, et son angoisse.

Il ne quitte pas la route des yeux. L’idée que son fils est peut-être

en train de mourir lui traverse l’esprit et il a peur. Tout cela est si brutal; incompréhensible…

Un message. Il détourne le regard, jette son téléphone sur le fauteuil passager.

Virage en épingle. Il sent les roues-avant crisser, puis déraper !

Les lois de la gravitation le propulse, comme un pantin,

dans la verdure ensanglantée.

 

                                                                             *

 

Fin de rétropropulsion. Daïk recourt à la navigation manuelle. Il reprend

de la vitesse en frôlant les planètes du système solaire. L’extradolescent

ajuste sa trajectoire dans le sillage d’une magnifique gazeuse bardée d'anneaux.

Daïk est proche du but.

La grande Loi l’interdit d'aller sur la Terre, au pays des humains.

Au pays des druides.

Mais s’il pouvait avoir la preuve que les druides

ont encore un peu de pouvoir sur Terre, il pourrait rassurer son peuple

sur le caractère pacifique des humains, il les aiderait même dans leurs

recherches proto-spatiales s'il le pouvait.

Mais... Daïk contemple son reflet dans la coupole de son aéronef et observe l

es éclats mordorés de sa combinaison espace-temps.

L’idée d’un changement de programme lui traverse l’esprit...

 

24 août 2017

Daïk, chapitre 8

 

 

 

lettre typo celtique D

AÏK EXAMINE LES TRAJECTOIRES

des astéroïdes L'une d'elles s’est écrasée

sur la Terre au milieu de la partie continentale

la plus massive du globe ! Seigneur, quelle merde,

la collision a libéré l’équivalent de mille explosions

atomiques artificielles et dévasté des forêts sur plus

de mille kilomètres carrés ! Cet événement s’est produit quelques RT

avant la passion humaine pour les armes atomiques [Evénement de la Toungouvska,

du nom d’un fleuve de Sibérie. Cette collision s’est produite le 30 juin 1908

vers 7 h 13 dans cette partie de l’Empire russe.

L’hypothèse la plus plausible à priori confirmée est

celle d’un impact par un objet céleste type astéroïde. L’onde de choc a été

équivalente à plusieurs centaines voire à un millier de fois celle générée

par la bombe Hiroshima. Elle détruisit soixante millions d’arbres sur

une centaine de kilomètres à la ronde et fut entendue à huit cent kilomètres,

la distance Paris-Marseille].

Depuis que ces humains existent, ce serait

la plus importante explosion nucléaire causée par une collision. 

Donc, en l’espace de quelques dizaines de révolutions terrestres,

c’est l’équivalent de non pas deux milles, mais trois milles bombes nucléaires

qui ont secoué la planète toute entière...

 

Daïk sonde le temps et l’espace immédiats de la Terre

à la recherche d’un autre astéroïde parmi les centaines ou milliers

susceptibles de couvrir cette période trouble de l’histoire humaine.

Nombre s’avèrent trop petits, ou trop lointains.

Daïk note quelques spécimens trop tardifs, puis enfin ceux-là, beaucoup

plus intéressants :

 

18 janvier 1991 : un astéroïde passe à 165.000 km de la terre au point

le plus proche soit 0,43 distance terre-lune ; dimension de l’astéroïde :

entre cinq et douze mètres de long. Essai nucléaire artificiel le plus près

de la date d’approche : mars 1991 dans l’Ouest américain.

 

15 mars 1994 : astéroïde à 165.000 km soit 0,43 distance terre-lune ;

cinq à douze mètres de diamètre. Essai nucléaire le plus près

de la date : juin 1994 dans l’Ouest de la Chine.

 

9 décembre 1994 : astéroïde à 112.000 km, soit 0,27 distance terre-lune ;

dix à quinze mètres de diamètre. Essai le plus près de la date :

juin 1995 dans l’Ouest de la Chine.

 

20 mai 1993 : astéroïde à 150.000 km soit 0,39 distance terre-lune ;

quatre à neuf mètres de diamètre. Essai nucléaire le plus près de la date :

octobre 1993 dans l’Ouest de la Chine.

 

27 mars 1995 : astéroïde à 434.000 km soit 0,88 distance terre-lune ;

une belle bête de trente mètres de diamètre. Essai le plus près de la date :

mai 1995 dans l’Ouest de la Chine, encore..

 

Un beau tir groupé d’astéroïdes et deux préférences sautent aux yeux de Daïk :

l’approche du 18 janvier 1991, précédent de deux mois un tir atomique par l’homme

et celui du 15 mars 1994. Les deux astéroïdes sont de dimensions comparables.

De quoi largement héberger sa petite capsule de secours.

La distance, une demi Terre-Lune, ne sera qu’une simple formalité.

Objectif de la mission terrestre « Daïk » : comprendre ce qu’est la mort

et l’autodestruction.

Postulat « Daïk » : les êtres humains tentent de reproduire ce qui se passe

au cœur de leur étoile anticipant d’une bien curieuse manière ce qui va se produire

de toute façon d’ici quelques milliards de révolutions terrestres !

Question alternative soulevée par ce postulat :

y-a-t-il une intention cachée derrière ce projet funeste ?

Las de sa vie par procuration, l’extradolescent va enfin découvrir le vrai monde en prenant

au pied de la lettre les grandes leçons dont on le serine à longueur de révolutions terrestres :

 

« Observe les univers et tire-en des enseignements pour plus tard, quand tu seras grand. »

 

#1 : inspection de la capsule de secours. Vérifier que tout est en place.

Sautillant comme une puce, Daïk passe en revue tous les instruments de bord.

Il sait qu’il est mûr ! Mûr comme une étoile à l’âge adulte ! Roulement de tambours !

Gonflé à l’hélium, l’extradolescent entre en télépathie avec le serveur orbital

et méta-charge toutes les courses astrophysiques possibles et imaginables.

#2 : Deuxième point important : vérifier qu’il y a bien une imprimante

3D à bord pour confectionner sur place tous les outils nécessaires, ce qui allégera

la charge à bord pendant la route ! Daïk pense surtout à sa combinaison et aux ressources

énergétiques et caloriques nécessaires à sa petite aventure...

#3 : important bis : bien aborder le passage dimensionnel de l’univers II

vers l’univers IV via le trou noir super-massif.

Si Daïk est biodégradable dans l’espace, il peut en être de même de sa capsule.

Nombre de navigateurs sont partis et ne sont jamais revenus… Les anciens ont rapporté

d’innombrables récits de naufrageurs évoquant « d’intrépides fous des mers

et de l’espace qui outrepassaient les règles astronomiques et jouaient

avec les limites de l’univers. Ils jouaient avec l’horizon des événements, quitte

à se laisser piéger par le champ gravitationnel de trous noirs géants plus massifs

que des milliards d’étoiles », pour citer un ouvrage écrit par un spécialiste de la question,

appelé Ann Drouiz ou quelque chose dans le genre.

A ce propos, ce passage lui traverse l’esprit :

 

« Comme une araignée au cœur de sa toile, être

chimérique de la légendaire planète

Terre, les trous noirs guettent leurs proies. Leur satiété ne repose-t-elle pas

sur l’efficacité du système qu’ils ont eux-mêmes généré ? »

 

Ann Drouiz

 

En clair, les trous noirs se nourrissent de leur propre zone d’influence

gravitationnelle, c’est aussi simple que ça ! Ce qu’ils en font, en revanche…

c'est une autre histoire (*)... De tous temps, les naufrageurs et leurs descendants ont relaté

des récits de vaisseaux happés par un trou noir, jetant toutes leurs forces dans

la bataille mais finissant pas se faire désintégrer. D’émérites navigateurs racontent

qu’il ne faut jamais craindre la désintégration, c’est quelque chose d’inconcevable

pour un esprit censé immortel. Il conviendrait juste de fermer les yeux et se laisser aller,

oui, de lâcher prise ! Telle serait encore la meilleure façon de survivre.

Avec constance, les navigateurs affirment que chaque trou noir super-massif

permet de basculer d’un univers à l’autre et qu’une telle expérience s’approcherait

de ce que ressentiraient les humains eux-mêmes lorsqu’ils meurent.

Des cartographes ont ainsi établi que tel trou noir conduit de l’univers I à l’univers II,

tel autre du II au I, etc. Daïk, dans son cas, doit passer de l’univers II à l’univers IV

et prévoir de facto son itinéraire retour par un autre trou noir (ils sont tous à sens unique).

 

Est-ce une folie ? S’il en croit sa cousine Sannah, la réponse est :

-Non, n’y va pas !

Daïk ne connaît personne dans son entourage qui ait vécu

à un tel transfert de charge ; Sannah, je t’jure ! Elle serait bien capable de raconter

des salades rien que pour se faire mousser et quand bien même traverser un trou noir

serait indolore, reprendre de la vitesse ne sera pas une mince affaire. Aucun corps céleste

ne l’emmènera du trou noir II>IV jusqu’aux champs d’astéroïdes qui gravitent dans la ceinture

située entre la  quatrième et la cinquième planète (**) où il y aurait moyen de se poser

sur un astéroïde ou une comète en route vers la Terre.

Or, cette région du système solaire est riche en amas du même acabit.

Idéal pour faire des sauts de puce tel un autostoppeur bondissant

de planètes en comètes…

 

____________________________________

(*) Cela faillit arriver à l’une d’elle, détectée par les télescopes d’ASAS-SN

de Hawaï le 25 janvier 2014 sous la forme d’un gigantesque flash

dans la constellation de la Grande-Ourse. D’autres télescopes ont pris l

e relais de ce signalement et ont permis d’écarter la piste d’une supernova.

Après reconstitution de la scène à partir des indices recueillis à 650 millions

d’années-lumière de nous, les scientifiques ont mis en évidence la capture

d’une étoile par un trou noir… Cette étoile s’est tirée d’affaire de justesse : elle s’est

faite happée par le trou noir qui lui a arraché une partie de ses « vêtements »

au passage : l’équivalent d’un millième de la masse du soleil.

Quant au flash observé, il correspond  à l’échauffement provoqué par

la matière ainsi happée et passée au travers de « l’horizon des événements ». Autrement

dit, les forces d’attraction du trou noir l’ont emporté sur la cohésion de l’étoile sans l’engloutir

en totalité.

 

(**) Pour les planétologues, les astéroïdes sont des corps qui n’ont pas

pu s’agglomérer pour former une planète à cause de l’influence

de Jupiter. En cause : le phénomène de résonance,  qui serait à priori responsable

de l’absence d’une cinquième planète tellurique entre Mars et Jupiter. Les planètes

se sont formées il y a 4,6 milliards d’années par l’agglomération de poussières en petits corps

appelés planétésimaux qui se sont eux-mêmes regroupés pour former des corps massifs.

L’attraction gravitationnelle de la planète géante agit avec la même force

et surtout dans la même direction que le soleil. La répétition et l’accumulation

d’effets identiques finit par avoir une influence déterminante sur l’objet :

un changement de trajectoire et de période de révolution. C’est ce phénomène,

appelé la résonance, qui explique les trous dans la distribution actuelle

des orbites d’astéroïdes.

 

Publicité
2 octobre 2017

Daïk, chapitre 19

 

lettre typo celtique I

 

NANIMÉ, NATHAN FLOTTE DANS LES DOUVES

de son château tel le Dormeur du val.

Ses parents ignorent encore ce qui

se trame à cet instant. Koupaïa

fait défiler sur le net un ramassis de têtes

décaties du monde sur le mode les 25 pires ravalements de façade.

-Tu sais que j’avais écrit un truc dans le genre, un jour : Cinq trucs inavouables,

fait Joss, encore à mille lieux d'imaginer la réalité.

-Hum, répond-elle.

La belle n’a pas envie de savoir ou feint d’avoir déjà entendu son récit

circonstancier sur ses séries d’idioties inavouables... Pas les pires ignominies de sa vie,

non, mais plutôt des conneries du genre :

1. Etudiant à Nantes, Joss avait l'embarras du choix pour faire ses courses dans son quartier.

Indifféremment, il allait à une supérette ou à une autre... jusqu'à se rendre compte

qu'elles ne faisaient qu'une !

2. Son dernier job en date a été journaliste ; son premier job étudiant

éboueur (véridique).

3. Joss s’est mouché dans le Stars and stripes du fils d'une

famille d'accueil américaine tellement il le saoulait avec son inconditionnel

chauvinisme infantile. Ce petit branleur ne l'a plus bassiné une seule fois

du séjour après cette profanation...

4. Joss est co-fondateur de la Confrérie des mangeurs de flans qui a sévi essentiellement

pendant leurs révisions de baccalauréat. Avec ses camarades de classe, ils tiraient

les rois en plaçant dans ledit flan la plus infâme saloperie ramassée par terre.

Crachat autorisé.

5. Etudiant, Joss excella dans la cuisine à l'huile. Saucisses à l'huile, steaks à l'huile,

pâtes à l'huile... La technique s’avéra excellente pour dégoûter sa femme à vie.

Elle ne lui demanda plus jamais de lui faire à manger.

Voilà, le genre de trucs... Et Joss ose critiquer les Anglais !

-On appelle ça de la junk-culture, chérie, dit-il en contemplant son site

web mercantilo-érotique. Tu es tombée bien bas.

Heureusement qu’elle pratique son humour de merde et qu’il n’a guère plus

de prise sur elle depuis que son psy lui a dit que ce n’était pas de la maltraitance,

juste de la taquinerie pour le fun. Joss exerce désormais ses talents sur ses voisins

Brits avec autant de succès.

 

De toute aussi mauvaise foi, la petite est en train de s’enrouler toute seule

sur son matelas. Sa couette a volé depuis belle lurette.

Ambiance de crise… De guère lasse, Joss abandonne Penez Drigent et Gisa

Lerrard à leurs incantations druidiques et file redresser la barre - ou devrait-on

dire la quille ? - de ce qui sert de turbulette à la jeune girl power. A force de se

contorsionner, elle a fini par se prendre les pieds dans les filets : la « turbu »

s’est méchamment enroulée autour d’elle jusqu'à faire des nœuds.

-Tu crois qu’elle capitulera un jour ?

Koupaïa répond par une question :

-A-t-elle une âme de résignée de la vie ?

-J’ai bien peur de subodorer la réponse.

-Subodore, subodore…

Joss la « désentortille » et la libère tout en la sermonnant un peu mollement :

-Tu sais que ce n’est pas comme ça que tu vas t’endormir ?

Mais il manque de conviction. Il la prend finalement dans les bras. Les joues

de Tania sont en feu. On dirait un personnage de bande dessinée, du Marcel Gotlib

ou non, pire : Goossens. Ouais. On dirait le bébé dans Goosens, mais en quadrichromie !

Comme la petite semble inconsolable et que ses parents ne sont pas

des tyrans, il décide de l’emmener avec lui dans le salon en sachant pertinemment

que c’est ce qu’elle cherche. Un bébé est tout sauf con. C’est une affaire de niveau

de conscience, de praxis et de logos, mais pour le reste : TOUT Y EST. Toutes les qualités

et vices inhérents à l’espèce humaine sont réunis dans cette petite boule

de poil sans poils. Les muscles et les nerfs sont bien en place et déjà forts vifs.

Joss sait aussi pertinemment que ce sont bien les bras de sa maman

qu’elle réclame à travers lui. Ben tiens.

-Voilà chérie, ta fille te veut.

Et là, la maman délaisse ses sites subversifs et là, ô miracle,

les pleurs s’estompent comme par enchantement.

Stupéfiant, fait Joss. Vraiment stupéfiant…

Penez Drigent n’a plus à s’égosiller pour couvrir la voix de juniorette

et là, soudain, c’est le silence.

 

*

 

Vingt et une heure trente, il se fait tard. Nathan œuvre à la bougie, parce que

c’est un artiste. En l’occurrence, la bougie a la forme d’un projecteur de jardin

que Joss a eu toutes les peines du monde à installer parce qu’il a convenu de percer

la pierre de la longère. Du granit véritable, foret diamètre dix mille exigé ! Il en a bavé,

il a même cru en mourir et s’est juré que la prochaine fois qu’il auto-construira sa maison,

elle sera en bois !

Sauf qu’il ne le fera pas, hé, car il aime trop son nid à arachnides avec son paysage

de carte postale...

Joss décide d’aller sonner la cloche pour que Nathan délaisse enfin ses œuvres.

Il sort.

Il ignore encore que l’enfant gît dans les douves de son propre château,

comme tombé dans un trou noir...

 

Pendant cet espace-temps, au cœur de la Voie lactée, Daïk a l’impression

de se réveiller après un long somme, assis dans une chaise derrière

une fenêtre donnant sur la mer. La fenêtre est close. Daïk voit des oiseaux colorés

et ultra-haut-fréquencés volant avec de grandes ailes lumineuses sur lesquelles

se reflèteraient comme sur des panneaux voltaïques des milliers et des milliers

d’étoiles. Daïk se frotte les facettes. N’importe quel vaisseau normalement constitué

aurait été pulvérisé par le transbordement. Mais sa capsule a résisté sans le moindre

accroc : sa civilisation est passée maître dans l’art de voyager dans l’espace.

Daïk songe à ses parents, obsédés par la réussite astrophysique et astronomique.

Pour la première fois de sa vie, il se dit qu’ils ont leurs raisons comme ils ont raison

d’insister sur l’indispensable quête d’autonomie, sur la nécessité d’étudier les astres,

d’apprendre à naviguer à l’instinct d’une constellation à une autre. Et

à savoir se repérer en cas de panne sans recourir au moindre instrument de bord.

-Tu comprendras un jour ce que signifie le terme grandir.

-Grandir, justement ! Si vous saviez comme je me sens prêt !

-Grandir ne signifie pas prendre la poudre d’escampette et errer à qui mieux-mieux,

cela veut dire avant tout comprendre les rouages du monde, intégrer les mécanismes

astrophysiques, et alors seulement tu sauras naviguer. La vie est faite d’étapes, fiston.

Tu peux comprendre ça ?

-Oui !

-Oui ?

Enfin… oui et non.

Euh, en fait carrément non !, se dit Daïk quand il ouvre les yeux et voit cette mer

de constellations.

Le spectacle vaut le détour ! Sous ses pieds, un tapis de connexions aussi

folles qu’éblouissantes partant dans tous les sens. Derrière lui : l’immense trou noir dans lequel

semblent plonger et disparaître le bras de Persée, le bras de la Règle et même celui

d’Ecu-Croix du sud ! Et sur sa droite : l’autoroute lumineuse faite d’étoiles et d’amas,

de constellations et de nébuleuses, le bras de Sagittaire-Carène ! Seigneur ! C’est cette route

qu’il doit emprunter sur des milliers et des milliers d’années-lumière.

Daïk contemple les manches de sa combinaison espace-temps avec un mélange d’effroi

et de fierté un peu crâne. Il configure les rétro-propulseurs, active l’inverseur

de force qui utilise la puissance d’aspiration gravitationnelle en négatif et propulse

la capsule à toute vitesse vers le rail du Sagittaire-Carène, l’un des quatre bras spiraux

majeurs de la Voie Lactée qui le conduira jusqu’au bras de banlieue d’Orion, entre le bras

du Sagittaire et celui de Persée.

Mais soudain, Daïk est pris d’un doute. Ne doit-il pas remonter à la source

 au lieu d’aller observer le symptôme le plus visible de toute l’histoire de cette

planète depuis l’espace ? Le vieil Ann Drouiz lui a suggéré d’étranges connexions

liant son peuple aux légendes terrestres. Toutes ces légendes ne sont-elles pas

fondatrices d’un ordre nouveau ? L’extrado ne doit pas se tromper d’objectif. Si origine

humaine il y a, alors c’est bien aux sources de la légende qu’il doit remonter. C’est

aux origines du chant des Séries, du temps des premiers druides de Bel !

Daïk entend la voix de Merlin, celle de Taliésin, tous lui parlent des huit vents,

des sept éléments, de l’Ile de Mon, des feux perpétuels au sommet de la montagne.

Il songe aux paroles d’Ann Drouiz. Il faut remonter au temps des premiers druides

pour comprendre d’où proviennent ces innombrables et majestueuses légendes

terriennes qui ont tant nourri sa propre civilisation. Ce peuple qui a périclité

sur terre n’a pas tant inspiré le cosmos par hasard. Les explosions atomiques

ne peuvent-elles pas être à rapprocher des feux des druides ? Il semble que le désordre,

l’ignorance, aient vaincu des humains et laissé éclater au grand jour et à la face

des mondes extraterrestres, toute leur dérive suicidaire. L’atome ! L’un des huit éléments

au même titre que le vent. Au même titre que le feu. En aucun cas un élément

supérieur devant tyranniser les autres.

En aucun cas un maître.

Daïk maîtrise les bases de l’astrophysique, discipline essentielle à sa survie,

mais ignore à quelle période précise remonter. Il décide de s’approcher de la Terre,

d’emprunter ce tunnel galactique menant du trou noir jusqu’au cœur de la constellation

du Sagittaire, au point de passage le plus étroit entre le bras du Sagittaire et le bras d’Orion.

A charge ensuite de trouver un relais énergétique pour le propulser vers le système solaire.

Une certitude : il devra dérouter son appareil pour sortir du flux à une distance comprise

entre vingt-six et vingt-huit milles années-lumière du centre de la Voie lactée. Il pourra

s’appuyer sur une étoile naine rouge de la constellation du Sagittaire, distante

de près de dix années-lumière, voire d’une autre naine rouge à 4,3 années-lumière

dans la constellation du Centaure. Troisième possibilité : pointer cette super-géante,

dans la constellation de la Carène, au gouvernail de ce que les astronomes terrestres

nommèrent jadis le Navire-Argo, un ensemble de trois constellations imbriquées.

Et que dire de Sirius, dans la constellation du Grand-chien ?

Nom d’un chien justement, comme diraient les Terriens ! Daïk a l’embarras du choix

pourvu qu’il ne commette l’erreur de sortir des rails le conduisant dans un coude sur la face

externe du bras d’Orion.

 

L’extradolescent ajuste le col de sa combinaison, pointe son curseur

sur la spirale, met les rétro-propulseurs bien dans l’axe du trou noir derrière lui,

et… go !

Go !

Il fonce. Et il troque. Il troque une éternité pour une fraction de seconde.

Il troque des milliards de dollars du Zimbabwe pour un franc suisse. Et il cible l’Europe,

le pays des druides. Il hésite entre l’Ile de Mon, sur la grande Ile de Bretagne,

et le pays des Vénètes qui ont combattu les armées de César comme l’évoque

le chant des Séries. Nombre onze ou douze ? Peu importe, il ne sait plus trop.

Il sait juste qu’il doit faire vite parce qu’il craint que ses parents soient déjà sur ses pas...

Daïk actionne le col de sa combinaison, synchronise l’espace et le temps,

ferme les yeux. Il opte pour les Vénètes. Parce qu’il se souvient de lointaines légendes.

De mégalithes connectés aux astres. D’alignements au milieu des bois.

Des druides y font procession depuis des siècles et des siècles. N’innombrables légendes

courent à travers la lande et au creux des forêts fécondes.

Non loin de là, une colline se dresse avec un grand mégalithe brisé depuis

la nuit des temps. Un autre ensemble de pierres en forme de cercle est à moitié

englouti par les eaux depuis des milliers et des milliers de révolutions.

Il opte pour ces terres désolées. Désolées, mais si riches en enseignements

sur ces lointaines croyances fondatrices...

 

*

 

L’enfant est allongé comme un poilu sacrifié au fond de sa tranchée

au beau milieu d’une assemblée de schtroumpfs et de playmobiles. Il gît comme

un chef de guerre parmi ses combattants. Sous son poids, sa tête a fracassé

le pont levis de son château de sable géant. Ses épaules ont éboulé le flanc

des douves. Tout son corps baigne dans une eau saumâtre. Joss découvre

avec stupeur que son fils avait coulé du ciment au fond de son bac à sable !

Alimentées à chaque averse, les douves semblent communiquer par

un système de trop-plein vers une mare grande comme un cercueil...

 

Il découvre aussi que l’enfant a planté des piquets comme les charpentiers

de marine le faisaient afin d’assembler les coques de navire à partir de bois

flotté immergé. A côté se dresse un moulin fait d’éléments récupérés à l’aide

de vieux jouets démontés. L’enfant respire, mais Joss a beau le secouer comme

un prunier et lui flanquer des paires de gifles, il ne parvient à le ramener

à la conscience. Ses cheveux collants font corps avec son tombeau éphémère comme

s’il était une épave échouée sur le flanc, au pied de son œuvre. Sa création l’a emporté,

fossilisé. Son fils a été transformé en pantin de bois ! Il ressemble

à une marionnette en pleine crise d’apoplexie. Joss éboule encore un peu

plus les douves du château du revers de la main, puis incline le corps

de son fils en position de sécurité. L’enfant respire toujours, il n’y a aucun

doute là-dessus ! Pas la moindre trace de sang, ni d’hématome…

Son fils a-t-il pu faire un malaise vagal, s’évanouir ? Joss veut y croire… Il détale

comme un lapin, pénètre dans la maison, s’empare du téléphone,

appelle Koupaïa tout en composant le numéro. Elle ne répond pas.

De la lumière provient de l’étage par la cage d’escalier :

-Vite ! Nathan a fait un malaise ! IL NE BOUGE PLUS !

Joss redescend, saisit un plaid et un coussin dans le salon, s’élance

à nouveau jusqu’au fond du jardin. Il y a de la lumière à la fenêtre des Anglais.

Pas de seins nus ce soir, plus de joutes verbales, juste un impératif :

sauver son fils. Prier les urgences. Qu’elles méritent leur nom !

Koupaïa surgit à son tour. Ses cheveux lui donnent un air de Celte insulaire

descendue de ses montagnes septentrionales. Joss imagine une lointaine

descendante picte ou scot déboulant sous une pluie naissante annonciatrice

du déluge. L’incurie, le péril sont à nos portes ! Un seigneur maléfique a intenté à la vie

de notre fils, on a jeté un sortilège !

Revenu à ses pieds, Joss trouve que Nathan est comme possédé avec

ses yeux fixes.

Joss le voit bien, maintenant que les siens s’habituent aux ténèbres...

 

5 septembre 2017

Daïk, chapitre 12

 

lettre typo celtique T

u ne veux pas quoi ? Proférer des ignominies

contraires aux lois universelles ? Non, Daïk,

décidément, tu es bien naïf et inconscient

sur ce coup-là !

-Cela les conduirait droit à leur perte !

Ils chercheraient à te détruire,

ils te pousseraient dans le vide sidéral. Ces êtres sont maléfiques et

« paranoïaques » pour citer l’antique expert en sciences des défauts humains.

N’imagine pas ces hommes capables de bons sentiments envers un étranger.

Ils ont de tout temps manifesté une vile agressivité envers eux. Sinon, ils

n’auraient jamais déclenché autant de guerres. Interférer dans leur monde

est tabou. Arabat eo ! Formellement interdit ! C’est l’une des lois fondamentales

qui font très certainement que tes parents eux-mêmes se refuseraient à répondre

aux questions que tu me poses là ! NE JAMAIS ENTRER EN CONTACT

AVEC LES TERRIENS, NE JAMAIS LEUR PRÊTER ASSISTANCE ET ENCORE MOINS

ALLÉGEANCE. Ils se serviront de nous à la première occasion, chercheront

à nous dominer ou à nous détruire ! Ils chercheront à tirer avantage de notre présence,

à puiser dans nos ressources par paresse, sans plus chercher à accroître

par leurs propres techniques leur maîtrise de l’espace.

Daïk est surpris par son emportement soudain, lui qui le croyait

acquis à la cause des Terriens.

Ann Drouiz reprend de plus belle :

-Sais-tu combien de peuples extraterrestres connaissent l’existence

des Terriens ? Des dizaines, des centaines peut-être. Tous, nous savons

que cette planète existe et représente une menace, alors que je crois savoir

qu’à ce stade ces êtres barbares n’ont connaissance d’aucune espèce vivante

de notre sorte ! Cette planète est pire qu’un trou noir, c’est un trou noir qu’ils

sont les seuls à ne pas voir. D’ailleurs, je travaille actuellement sur une théorie

là-dessus : et si derrière chaque trou noir se cachait une planète peuplée

d’espèces intelligentes ultra-magnétiques. Voire de Dieux ? Elle fera l’objet d’un ouvrage,

bientôt...

-Pourtant, nous nous nourrissons de leurs légendes… C’est vous-même qui…

-Justement, je parle en connaissance de cause. Leurs légendes sont ce

qu’elles sont. C’est un puits d’enseignements sans équivalent, et c’est bien

la face glorieuse et fascinante de la médaille. Comme je te l’ai dit,

la force de leurs légendes est à la mesure de leur substrat maléfique.

Ces légendes traversent l’espace et le temps. Tant que nous saurons

nous contenter de les étudier et d’en tirer des leçons de vie pour nous-mêmes,

alors tout ira très bien. Et puis, tu ne sais pas tout au sujet de ces légendes. Et il ne vaut mieux

pas tout savoir !

-Qu’est-ce que vous voulez dire par là, druide ?

-Que ces Terriens doivent rester pour nous des légendes. Ces légendes

sont ce qu’ils ont probablement fait de mieux et elles doivent continuer à nous

enrichir comme des outils métaphysiques. Ces êtres archaïques nous rappellent

chaque jour à ce que nous ignorons : la mort, le viol, la discrimination, le pillage

des ressources internes et endogènes, le repli obscurantiste, la peur de l’étranger,

l’amnésie. Appliquer un seul de ces sept vices archaïques nous conduirait droit

au chaos.

-Donc, vous êtes d’accord avec la grande Loi, au fond.

-Oui.

-Mais que faire alors ?

-Se détourner d’eux. Refermer ce chapitre. Détourne-toi de ce bocal plus

bleu et plus beau que les autres. Tu n’aurais jamais dû tomber sur cette séquence

de leur histoire diabolique. Si c’est à cause de ce satané cache que tu as laissé

sur ton bocal, alors enlève ce révélateur de la radioactivité des planètes

immédiatement ! Enlève tous les caches, contente-toi d’observer les planètes

avec tes yeux, sans instruments pernicieux. Cela n’est pas encore la bonne façon

de procéder.

Tu es trop jeune.

Daïk baisse la tête mais il en sait déjà trop.

-Vous n’en parlerez pas à mes parents, hein ?

-Hmmpf !

-S’il vous plaîîîît ! Par tous les Dieux !

Il le supplie comme un ado.

-Ne jure pas par tous les Dieux, pitié, de grâce ! Contente-toi d’apprendre

leurs légendes, et en particulier le chant des Séries dans le bon ordre, ce sera

déjà bien comme ça. Ce n’est pas un hasard si le chant des Séries commence

par douze et se termine par la série du nombre un, qui est celle exigeant la plus grande

sagesse. Je ne suis même pas certain que tes parents soient rendus

au nombre un dans leur mast... euh maturation métaphysique.

-Très bien, alors apprenez-moi le chant des Séries !

-T’es un enfant terrible, toi, hein ?

Ann Drouiz hésite, soupèse le pour et le contre. Il n’a pas envie de tenter

Daïk, il ne veut pas non plus le laisser dans l’ignorance. Autant l’aiguiller

sur de bons rails, il sera toujours temps de l’empêcher d’aller

trop loin… (ça c’est se comporter en adulte !).

-Très bien, fait-il. Mais juste les premières Séries !

Il respire bruyamment, puis fait le silence autour de lui.

Et dit :

-Il y a douze mois et douze signes sur Terre. L'avant-dernier, le Sagittaire,

décoche sa flèche armée d'un dard. Les douze signes sont en guerre.

La belle vache, la vache noire à l'étoile blanche au front, sort de la forêt

des dépouilles. Dans la poitrine, le dard de la flèche. Son sang coule. Elle beugle,

tête levée. La trombe sonne : feu et tonnerre ; pluie et vent;

tonnerre et feu ; rien ; plus rien ; rien, ni série...

-Qu’est-ce que cela signifie ?

-Qu’au début est le chaos universel dans tout le cosmos. J’ai la conviction

que le nombre douze parle du big-bang originel et cela, bien avant que les

astronomes de cette planète n’aient compris ce principe originel. Il parle

des douze signes du zodiaque et des prêtres du Dieu Bel comme présage

de la révolution et de la fin du monde. Le big-bang originel rejoint la fin

du monde. Le chant des Séries pressent le meurtre de la vache sacrée

des Bretons, un vieux peuple terrien faisant partie des peuples dits celtiques*

dont est originaire ce chant druidique au bout de la petite et belliqueuse Europe.

C’est une contrée oubliée, pour ne pas dire niée, d’où proviennent pourtant

beaucoup de légendes sur l’ordre du cosmos. Un barde gallois, peuple celtique

lié par le sang aux Bretons, dit de cet animal fabuleux, la vache noire à l’étoile

blanche, qu’elle était « vigoureuse, vigilante, bonne, belle d’entre toutes, sans laquelle

le monde périrait ». Je peux même te dire que les Initiés de la vallée du Bélen

rapportèrent cela aussi.

-Les initiés de la vallée du Bélen ?

-Des bardes gallois, lointains descendants de l’ère médiévale qui se disaient

descendants convertis des druides, prêtres du Dieu Bel. Tout cela relève des

cultes païens druidiques de cette région de la Terre…** L’évangélisation par

de nouveaux missionnaires a joué à merveille dans ces provinces à tradition

orale en recourant à des emprunts et en mettant en exergue une forme de…

comment dire… de compatibilité entre croyances druidiques et chrétiennes.

-C’était si important que cela ?

-Si important que de transmettre de nouvelles croyances aux êtres humains ?

Oui, c’est d’ailleurs ce qui nous fascine le plus nous-mêmes. Nous puisons

dans leurs légendes des vérités que nous ne retrouvons pas dans la technique

ni dans la science. Ce sont des enseignements, des dogmes. Le problème,

c’est que les hommes s’en sont eux-mêmes servis comme outils dévolus

à la guerre. La mort, le viol, la discrimination, le pillage de ses ressources

internes et endogènes, le repli obscurantiste, la peur de l’étranger, l’amnésie.

J’en reviens à ces sept vices archaïques. L’aveuglement des hommes

recoupe parfois plusieurs de ces sept vices.

-En somme, cet enseignement est aussi important pour nous qu’il le fut pour eux, fait Daïk.

-Je ne formulerais pas les choses ainsi. Je ne hiérarchiserais ni ne quantifierais

pas l’importance de ces enseignements. C’est un travers humain, infantile, archaïque, que

de penser ainsi.

-Que dire de la série du nombre onze ?

-Ha, tu vas vite en besogne ! Mais je m’y attendais ! Le chant du nombre onze,

c’est le chant des onze bélek armés venant de Vannes avec leurs épées brisées…

et leurs robes ensanglantées ; et des béquilles de coudrier ; de trois cents

il ne reste qu'eux onze… !’, entonne-t-il. Le coudrier est le symbole celtique

de la défaite. Bélek est intraduisible. Plutôt que prêtre, il convient de lui préférer

le terme de ministre du Dieu Bel, référence au temple de Bélen. Cette référence

à une bataille demeure incertaine. D’aucuns y voit une allusion à César, empereur

romain, peuple dominant des rives du sous-continent Europe, face au continent

de l’Afrique. On sait que la flotte de César est partie d’un fleuve portant le liquide

clef de la vie sur Terre, du ciel jusqu’à l’océan, aux abords d’une cité appelée

Nantes pour venir attaquer la capitale d’un peuple celte, les Vénètes. Les onze bélek

désigneraient les débris du collège druidique. Les Romains firent égorger

leur sénat et grand nombre de leurs prêtres.

-La guerre déjà !, frémit Daïk.

-La guerre, encore et toujours, face à un ennemi qui va soumettre ce peuple

et commencer à mettre à mal la puissance des druides dont je me réclame ! Mais

j’en ai déjà trop dit pour le moment, Daïk. Médite déjà sur ces deux premières séries

et retourne à ta contemplation.

-Mais je meurs d’ennui !

-Je sais, c’est la croix des immortels.

-Je ne tiendrai jamais une éternité en orbite autour de cette gazeuse insipide et glacée !

-Es-tu en train de me dire que tu es attiré par cette tellurique bleue ?

-Non, Druide, non. J’ai retenu la leçon ! (Il ment).

-L’extradolescence n’est pas un âge facile, Bel enfant. Il est normal que tu sois

attiré par les contrées les plus reculées et subversives du cosmos, mais de grâce,

tu as de belles choses à découvrir autour de toi, oui, tout près de toi. N’y-a-t’il pas

d’autres planètes, d’autres constellations à proximité de chez toi ?

-Cette gazeuse sans intérêt est la seule de ce tr… système perdu !

-Tu as bien des amis…

-Ils habitent dans d’autres systèmes.

-Tu télépathes avec eux, non ?

-Bof… La télépathie, ça ne vaut pas l’exploration !

-Tout de même, c’est la vie.

-Ca va bien deux ou trois RT-II...

-As-tu déjà exploré des mondes ?

-Pas depuis que mes parents sont repartis en campagne !

-Mais avant cela ?

-Bof, un peu.

-Donc ça veut dire oui. As-tu vu de belles choses ?

-Mouais. J’ai visité les contreforts d’une supernova.

-Mais, c’est super ! Et quoi d’autre ?

-Je suis descendu dans une mer de glace où il y avait une grotte à l’intérieur, avec

des stalactites en carbone et en méthanol.

-C’était beau ?

-Bof !

-Allons, comment peux-tu dire ça ! Quoi d’autre ?

-J’ai joué dans la coma d’une comète.

-Quel souvenir fabuleux !!! Avec des amis ?

-Avec ma cousine.

-Fort bien ! Et tu la vois souvent, ta cousine ?

...

Daïk a envie de rompre la discussion, de s’en retourner dans sa capsule.

Toujours les mêmes conversations stériles adultes-ados qui ne résolvent rien…

Comme si le pousser dans les bras de sa cousine ou de ses amis allaient

solutionner le problème ! De toute façon, il ne les verra pas avant d’innombrables

RT-II, donc le temps ne passera pas plus vite pour autant… Autant l’avouer,

Daïk est obnubilé par la Terre. La clef du monde y réside puisqu’Ann

Drouiz vient de lui avouer d’où il tient même son sel philosophique (il s’en

doutait un peu). Sauf qu’il en sait désormais encore un peu plus et apprend même

que le druide se réclame d’une civilisation que l’on appelle les Celtes et

qui sont porteurs de ce si puissant chant fantasmatique. Donc, OUI et mille

fois OUI, Daïk compte bien explorer l’origine de ce savoir avec la ferme

intention de toucher du doigt cette exo-légende fondatrice. Où vivent les Initiés

de la vallée du Bélen ? Où se trouve la cité de Vannes, capitale des Vénètes

qui ont dû affronter les terribles Romains de César, venus des rives opposées de

l’Europe ? Que sont devenus ces onze béleks survivants ? Ne s’agit-il pas des

ultimes dépositaires de cette civilisation ? Etaient-ils eux-mêmes de simples mortels ?

Autant de questions qui surgissent parce qu’il a bien écouté le druide et auxquelles

il espère tant trouver des réponses ! Malheur à toi, druide, je crains que tu n’aies fait qu’emplir

ma curiosité...

 

Et si le druide l’a renvoyé à ses chères études, à la méditation, à la contemplation,

force est de reconnaître que Daïk n’est pas un pur intellectuel pour autant.

Il n’a même pas reçu d’enseignement druidique contrairement à d’autres

jeunes de son âge ! Alors, certes, il n’est pas un intellectuel pur sucre, mais un petit

curieux, oui ! Donc, son heure est venue de savoir puisqu’il est le seul à connaître

l’épisode des explosions atomiques et qu’il tient, soudain, un début de piste :

Il y a douze mois et douze signes ; l'avant-dernier, le Sagittaire, décoche

sa flèche armée d'un dard. Les douze signes sont en guerre.

La constellation du Sagittaire… Il en est sûr et certain ! C’est par là-bas qu’il doit

se tourner et qu’il trouvera la clef manquante à son périple sur Terre.

Daïk se dé-rushe du Druide et rompt la communication.

Kenavo.

 

 

________________________ 

*Peuples celtiques, dont l’origine étymologique demeure encore floue. Les grecs anciens la firent dériver du verbe grec kellein (accoster, aborder un bateau) ou d'ancêtres éponymes tels que Celtos, fils d’Héraclès. Des linguistes ont émis l’hypothèse d’une racine indo-européenne *kel signifiant « haut » (de cette racine dérivent les mots celsus, « élevé, élancé, haut, grand », cella (« grenier »),  culmen, « point culminant »), columna, « colonne », collis). Autre sens : « frapper » ou « cacher ». Selon une autre théorie, le mot "celte" proviendrait de l'indo-européen *keleto, « rapide » car se déplaçant à cheval, ou de kel-kol, « colon, envahisseur ». Le mot Celte est aussi à rapprocher de « sel » (en grec ancien, hals, en latin, sal) au centre de l'activité économique de la riche civilisation de Hallstatt.

**« Des missionnaires de la religion dite chrétienne transposèrent ces chants dans la « contre-partie chrétienne. L’enseignement seul fut changé. L’apôtre emprunte au Druide son système pour le combattre », évoque Théodore Hersart de la Villemarqué in Barzhaz Breizh.

 

25 octobre 2019

Vous en prendrez encore un peu ?

Vous en prendrez encore un peu ?
Le tribunal administratif de Rennes a annulé l’arrêté municipal de Langouët (Ille-et-Vilaine) interdisant l’usage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations, estimant qu’un tel arrêté ne relevait pas de la compétence d’un maire, a-t-on appris...
4 avril 2014

Crimes et délits en Bretagne : tous les faits constatés en chiffres

Crimes et délits en Bretagne : tous les faits constatés en chiffres
La Bretagne demeure l'une des régions les plus sûres de France... et plus encore en Europe pour les homicides. Chiffres : ensemble des faits constatés par les services de police et les unités de gendarmerie nationales par département en 2011 ( Observatoire...
24 février 2007

Fenêtre sur cour

Fenêtre sur cour
Les Anglais me poursuivent. Non contents de m'avoir agressé à la piscine municipale d'Hemel-Hampstead, D'avoir embouti ma voiture quelques années plus tard, Ils hantent également mon champ de vision, depuis ma chambre. Là, en face, dans cette maison....
8 avril 2006

BELLE-ILE : DE L'EAU DE MER JUSQU'AU ROBINET

BELLE-ILE : DE L'EAU DE MER JUSQU'AU ROBINET
Confrontée périodiquement à de sévères pénuries en eau potable, Belle-Ile dispose depuis aujourd'hui d'une unité mobile de dessalement d'eau de mer. Une seconde unité est attendue avant la saison estivale. Chacune de ses unités pourra déssaler 50 000...
20 janvier 2017

Gérer le Brexit ? Plus kafkaïen que de rester en Europe !

Gérer le Brexit ? Plus kafkaïen que de rester en Europe !
"Les Britanniques croient fuir l'Europe de Kafka ? Le Brexit va s'avérer plus kafkaïen encore..." http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/un-hard-brexit-risque-de-faire-exploser-le-groupe-iag-british-airways-iberia-v...
26 septembre 2014

La réunif, c'est maintenant...

La réunif, c'est maintenant...
15 h 30 - 50 000 personnes espérées pour la plus grande manifestation en faveur de la réunification de la Bretagne. Un rendez-vous crucial avant le 2e et dernier "round" parlementaire, au Sénat en octobre. A l'arrivée, 30 000 personnes présentes selon...
21 novembre 2013

Un séisme de 4.9 ressenti en Bretagne

Un séisme de 4.9 ressenti en Bretagne
Un séisme de 4.9 sur l'échelle de Richter a été ressenti ce jeudi matin à 10 h 53. L'épicentre est à 2 km de Grand-Champ dans le Morbihan. Le séisme s'est produit à 4 km de profondeur dans le sud du massif de Lanvaux et a été ressenti assez fortement...
4 octobre 2013

Trugarez e pep yezh d'al lec'hienn Planetveo...

Trugarez e pep yezh d'al lec'hienn Planetveo...
Trugarez e pep yezh d'al lec'hienn Planetveo... Merci dans toutes les langues à Planetveo, voyagiste qui, depuis aujourd'hui, parle d'ebreizh.net dans les carnets de voyage de ses six sites de rooting à travers le monde : Planetveo, site de voyage sur...
27 mai 2013

Mais où va se nicher la langue bretonne ?

Mais où va se nicher la langue bretonne ?
Une vidéo X en breton ? Voilà qui change des hits habituels du site de vidéo à la demande en breton BreizhVOD que sont Trotro et Marion du Faouët. Enrichi au fil des années en films, en dessins animés et en documentaires, le site, soutenu par l'association...
6 janvier 2013

6. 18 JUIN 44 : RÉCIT D'UNE FOLLE JOURNÉE 1re partie

La ferme de La Nouette dit "La Baleine" C'est un fait d'histoire plutôt méconnu : la première bataille de la Libération, le jour même du Débarquement en Normandie, s'est déroulée dans le Morbihan, entre Sérent et Saint-Marcel. Depuis la défaite de 1940,...
18 avril 2007

SOIRÉES ÉLECTORALES UNPLUGGED

SOIRÉES ÉLECTORALES UNPLUGGED
Hormis le référendum sur la constitution européenne, c'est la première soirée électorale que je ne couvrirai pas depuis que j'ai commencé à travailler. Or couvrir une soirée électorale sur le terrain offre un point de vue intéressant sur la politique....
1 février 2008

Lu sur un fil d'actualité... "L'offre et la

Lu sur un fil d'actualité... "L'offre et la
Lu sur un fil d'actualité... "L'offre et la demande sont égales et les réserves sont bonnes", dixit un roi du pétrole. ?????? A part ça, le brut frôle les 100 dollars le baril. Rappelons qu'il était à 20 dollars il y a une dizaine d'années. On continue...
31 janvier 2007

DE STARE MESTO À JOSEFOV...

DE STARE MESTO À JOSEFOV...
Retour à Prague, perle d'Europe centrale, à commencer par le quartier de Stare Mesto, la vieille ville. Un quartier que l'on ne peut visiter sans évoquer son ancien hôtel de ville et sa splendide horloge astronomique. A chaque heure, jusqu'à 21 h, le...
5 juillet 2007

TROP FORT

TROP FORT
Quand on scolarise ses enfants en école bilingue, en l'occurrence en langue régionale, reconnaissons un certain attachement, non anodin, à la diversité culturelle, par opposition aux cultures dominantes. Au-delà des vertus linguistiques et cognitives...
18 juin 2007

WAR AL LUDU NUKLEEL

WAR AL LUDU NUKLEEL
Au détour d'une route littorale, entre deux vues sur l'océan, près des Roches Sèches et de Porh Kerouët, Une main géante. Ouverte. Signature de luttes populaires contre le nucléaire. Contre un projet de centrale en face de ça : J'ignorais qu'il y avait...
3 juin 2007

Bulletin de notes de fin d'année

Bulletin de notes de fin d'année
FRANçAIS : Gros fayot. Même pas dégoûté par son vicelard de prof de 6e, 5e et 4e, qui aimait visiblement les jeunes filles. MATHÉMATIQUES : Fayot en primaire et au collège. Ca s'est gâté avec les intégrales au lycée. A sombré en Prépa en maths II. HISTOIRE-GÉO...
28 avril 2007

EUROPE DE L'EST : LA MONNAIE DE NOTRE PIÈCE

EUROPE DE L'EST : LA MONNAIE DE NOTRE PIÈCE
Après la Suisse, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique, un petit tour par la Tchéquie. C'était en décembre 1993. Un séjour d'une semaine avec une incontournable compagnie de voyages en car qui a dû transporter des bataillons et des bataillons de...
25 janvier 2007

JE REVIENS DE L'AU-DELÀ

JE REVIENS DE L'AU-DELÀ
Au départ, cela ressemble à un banal ascenseur, devant lequel j'attends, seul. La porte s'ouvre. Je pénètre dans l'ascenseur. A l'intérieur : surprise. Je tombe nez à nez avec mon beau père, dont le décès il y a un peu plus de deux ans nous a beaucoup...
Publicité
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 > >>
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 484 401
Publicité
Publicité