révolte papier timbré bonnets rouges

Ironique histoire... La manifestation des Bonnets rouges de Quimper préfigure-t-elle de la nouvelle guerre de Hollande ? La révolte du papier timbré du XVIe siècle, à laquelle fait référence l'adoption du bonnet rouge par les manifestants anti-écotaxe de ces dernières semaines, découla de la flambée des impôts destinés à financer la Guerre de Hollande par Louis XIV, à partir de 1672. C'est en cette année, en effet, que le roi de France déclara la guerre aux Provinces Unies qui vira au bourbier : les Hollandais arrêtèrent net les Français en provoquant des inondations volontaires (le procédé rappelle, en d'autres temps, la méthode utilisée par les Bretons eux-mêmes pour stopper la progression des drakkars emmenés par Hasting, mais à l'envers : les Bretons détournèrent la Maine pour assécher le cours d'eau et stopper ainsi la progression des navires vikings).

La flotte hollandaise menaça les côtes françaises et, en particulier, bretonnes. Le commerce de la province en fut affecté. La révolte des Bonnets rouges embrasa les campagnes bretonnes d'avril à septembre 1675 suite à l'adoption d'un cortège de taxes nouvelles, dont celle du papier timbré décrété pour tous les actes authentiques. Le mouvement culmina en basse Bretagne, en particulier dans le pays bigouden et dans le Centre-Bretagne. En réalité, les insurgés portèrent des bonnets rouges mais aussi bleus.

Le mouvement fut porté par Sébastien Le Balp, lui-même notaire royal à Carhaix. Il organisa la révolte et mobilisa 30.000 hommes et investit avec 2.000 Bonnets rouges le château de Tymeur. Mais dans la nuit du 2 au 3 septembre 1675, Sébastien Le Balp fut tué par surprise par l'un de ses prisonniers, Claude de Montgaillard, le frère d'un ancien colonel du régiment de Champagne rallié à la cause de l'insurgé en chef. La révolte privée de son chef perdit rapidement de sa vigueur. Elle reste un symbole de la colère paysanne bretonne. La révolte du papier timbré reste d'autant plus ancrée que de nombreux clochés furent décapités en représailles (lire ci-dessous).

L'adoption du papier timbré mais également d'une série de taxes sur l'étain ou le tabac, précisément où l'économie bretonne était à la peine suite à la guerre de Hollande et aux blocus opérés par la marine hollandaise, mais aussi à des difficultés dans... la filière porcine (tiens, tiens) et les métiers du tissage et de la toile, n'est pas sans rappeler la situation économique actuelle et la maladresse gouvernementale qui aligne les taxations supplémentaires précisément à l'apogée des difficultés économiques. Un procédé à l'opposée des politiques de relance keynesienne habituelles en période de tension économique à l'origine de nombreux mouvements de révoltes dans l'histoire. La mise en place de l'écotaxe en Bretagne, qui plus est sur les voies express, dont la gratuité a été obtenue de haute lutte (lire ci-dessous) en compensation de la position excentrée de la région, apparaît comme une provocation. Rappelons qu'elle a été initiée par le gouvernement précédent, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. 

A noter que les premières émeutes se tinrent non pas dans l'Ouest de la Bretagne mais à Bordeaux puis dans les grandes villes bretonnes (Rennes, Nantes, Saint-Malo). Les bureaux de papier timbré ou de marquage de la vaisselle en étain y furent pillés, des affrontements eurent lieu au cri de « Vive le roi sans la gabelle ! ». Démarré au printemps, le mouvement se propagea en juin à la Basse Bretagne. Les violences culminèrent dans le Poher en juillet et au mois d'août avec le pillage de Carhaix et de Pontivy, sous le commandement du fameux notaire Le Balp. Le mouvement s'éteignit à la mort du notaire mais également sous l'effet de quelques concessions : les nobles signèrent l'abandon de certaines taxes. L'abbaye de Langonnet, par exemple, revit à la baisse ses redevances. 

Les avancées furent malgré tout timides et les représailles sévères. De nombreux insurgés, hommes et femmes, furent pendus (à Guingamp, Nantes...) parfois par dizaine aux branches d'un même chêne, comme à Combrit. Les chefs, eux, furent exécutés après torture. Le roi ordonna la destruction de toutes les archives judiciaires susceptibles d'éclairer l'ampleur de la rébellion en Bretagne. Les cloches qui avaient sonné le tocsin pour mobiliser les paysans furent descendues (Notre-Dame de Languivoa) ou arasées (Saint-Tugdual de Combrit, Notre-Dame de Languivoa à Plonéour, Saint-Honoré à Plogastel Saint-Germain, Saint-Jacques de Lambour à Pont L'Abbé, Saint-Philibert à Lanvern...) A Rennes, les représailles se traduisirent par l'exil du Parlement à Vannes. Il y resta jusqu'en 1690 et ne put réintégrer Rennes qu'au prix d'une... redevance extraordinaire de 500 000 livres à verser au roi...

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