NANN – 0 –

 

 

lettre typo celtique J

E VEUX SIMPLEMENT ENTENDRE VOTRE VERSION

des faits, face à ces graves accusations.

Avez-vous, oui ou non, caché l’existence d’une vie

extraterrestre pendant toutes ces années ?

Pouvez-vous faire la lumière sur les révélations rapportées

par monsieur Smith ?

Nathan est sous le coup de la colère. Il s’agite sur sa chaise, se donne une contenance et répond :

-Monsieur Smith a failli intenter à ma vie et cet homme aujourd’hui sénile ose à présent me mettre en cause ! Je peux vous affirmer solennellement que tout ceci est une forfaiture de la pire espèce. Ne voyez-vous pas que mon grand rival politique devant l’éternel a fait les fonds de tiroirs pour me salir ? Je n’avais pas dix ans au moment des faits qui me sont aujourd’hui reprochés ! Cet homme était le voisin de mes parents. Sous la pression, il affirme avoir aperçu un extraterrestre alors qu’il faisait nuit ! On remue de vieux souvenirs fantasmés : les siens, visiblement altérés, les miens aussi, puisque je n’étais encore qu’un enfant ! Vous examinez l’ancien bac à sable d’un gosse comme s’il portait déjà à l’époque les germes d’une affaire d’Etat, vous rendez-vous compte ? Je jouais aux playmos, nom d’un chien ! Vous comprenez ? Aux play-mo-bi-les !

-Dehors, à cette saison, à cette heure tardive ?

-Et alors ?! Mon père était lui-même un fou de playmobiles et de schtroumpfs, si vous voulez tout savoir. Il m’a légué sa passion d’enfance. D’en-fan-ce, vous pouvez entendre ce mot ? Quel rapport avec la gestion du pays, pouvez-vous me le dire ?

-M. Smith appuie ses propos sur des clichés pris par sa femme ce soir-là…

-… qu’ils révèlent près de trente ans plus tard ! Ben voyons !

-Mais vous appuyez votre défense sur la seule fiabilité de ce témoignage. Ceci parce qu’ils sont « séniles » comme vous nous l’avez si bien rappelé ?

-De grâce, ne jouons pas avec les mots. A travers eux, c’est une machination politique pour me mettre en cause ! Non, et je vous le répète, je n’ai pas cherché à dissimuler l’existence de je ne sais quelle espèce extraterrestre. Ceci est la pire des fadaises que j’ai entendues dans toute ma carrière politique !

-Monsieur le président, avouez tout de même que la photo est troublante. Vous avez-vous-mêmes reconnus l’authenticité des jouets en présence, que l’on aperçoit sur le cliché…

-Simple photomontage. Et un jeu d’enfant en l’occurrence. N’importe quel implant de logiciel actuel permet de faire ce genre de choses en deux secondes.

-Et le dossier médical, photomontage aussi ?

-Le dossier médical, parlons-en. Vous évoquez les radios qui ont été faites à l’hôpital, très bien. M. Smith a omis lui-même de dire à ma famille qu’il était l’auteur de ce coup porté sur ma tête et il ose à présent témoigner au profit de la partie adverse ! Je n’ai jamais porté plainte. Si tel est mon crime, n’en tirez aucune conclusion fallacieuse. Si j’avais su tout cela, croyez bien que j’aurais pris toute la mesure de cette affaire…

-Nous ne mettons pas en cause l’origine du coup porté, ni ses conséquences sur votre santé, là n’est pas le propos. Vous avez appris, comme nous tous, que, suite à votre prise en charge aux urgences, et étant données la nature des circonstances, des examens complémentaires ont été ordonnés. Rafraichissez-nous la mémoire : une enquête pour coups et blessures fut bien ouverte à la demande de vos parents…

-Ils ont très vite subodoré une agression en dépit de l’absence apparente de traumatisme, rétorque Nathan Le Bellec.

-Les choses auraient très bien pu en rester là. Mais admettons... Sauf que, en bons parents préoccupés par l’état de santé de leur enfant, ils ont insisté pour que des analyses complémentaires soient entreprises. Et au bout du compte, ils ont porté plainte…

-Moi-même, à leur place, j’aurais fait la même chose. Mes parents étaient totalement retournés par cette histoire et on peut les comprendre. Mon père fit même une sortie de route en suivant l’ambulance, tant il était dans un état de panique ! Par chance, il s’en tira avec quelques égratignures…

-Pour en revenir à ces fameux examens et à la pièce principale de ce dossier : il se trouve qu’ils ont révélé la présence d’un ADN inconnu, dans votre chevelure... C’est le fond du problème et vous ne pouvez le nier !

-.

Nathan Le Bellec se contorsionne sur sa chaise et s’attend au pire.

-C’est un ADN très spécial...

-Très spécial ? Oui, en effet. Permettez-moi d’appeler cela l’ADN du complot !, dit-il.

Des rires fusent.

-C’est votre interprétation, monsieur le Président. Avouez tout de même que le résultat de cet examen est troublant : cet ADN, vous l’avez lu comme nous tous dans le rapport, confirmé par dix-sept contre-expertises réalisées en quatre ans et demi depuis la réouverture de l’enquête à partir des éléments conservés d’origine, est inconnu ! La communauté scientifique a été mise sans dessus dessous dans cette affaire. On a dû remuer ciel et terre – et c’est rien de le dire - pour aboutir à ce constat : cet ADN est un croisement entre un ADN humain et un… exo-ADN ! Tous sont formels. Nous parlons bien de l’exo-ADN d’une espèce VIVANTE. Les scientifiques ont écarté de façon catégorique l’idée d’une chute de fragment de comète ou d’astéroïde sur votre crâne !

-Un extra-ADN, oui. Extra comme complètement extravagant.

De nouveaux rires éclatent dans la grande salle d’audience.

-Le fait est que cette découverte apporte quelque crédit à la photographie qui a été prise par madame Smith dont, pour le coup, on ne peut mettre la parole en doute, d’autant qu’elle ne souffre pas de sénilité - j’espère que vous en conviendrez. Par voie de conséquence, cela apporte aussi quelque crédit à la version plaignante qui demande aujourd’hui que soit faite toute la lumière sur cette affaire sans précédent.

-Cette photographie reste la seule pièce à conviction, rétorque Nathan Le Bellec devant l’assemblée de la Cour suprême européenne, dont les pouvoirs ont été élargis dans la décennie qui a suivi la crise des subprimes. L’audit du président fédéral par les juges de la Cour suprême européenne est l’une des pires humiliations de toute sa carrière. Son adversaire politique n’a jamais caché sa détermination. Il a su trouver les relais à ce qui s’apparente aujourd’hui à une véritable chasse aux sorcières.

Nathan Le Bellec fulmine :

-Je n’aurais jamais imaginé un jour que l’on puisse passer aussi vite du statut de victime à celui de coupable ! Une agression atteint toujours le but que s’est assigné son auteur. Il a toujours, quelque part, gain de cause. En l’occurrence, permettez-moi de dire que M. Smith a fait coup double !

-M. Smith a toujours affirmé ne pas avoir prémédité un tel geste, ce que semble confirmer toutes les analyses réalisées à ce jour. Il a cru voir - et en l’occurrence, les faits semblent lui donner raison – un « extraterrestre » sur le point de vous… « posséder », selon ses propres termes, et il dit « avoir cru bien faire en ciblant l’extraterrestre ». Ses multiples témoignages n’ont jamais varié d’un iota. Mais il y a eu une réaction imprévue, du mouvement, et la lumière artificielle ne permettait pas non plus d’évaluer avec précision les distances… Résultat des courses, il vous a frappé, vous, à la place de l’intrus ! Que se serait-il produit s’il n’était pas intervenu ?

-Que voulez-vous que je réponde à cela ?! Nathan Le Bellec éclate de rire. Vous voulez vraiment que je vous le dise ? Au lieu de devenir président fédéral, eh bien c’est très simple : je serais un alien.

 

De nouveaux rires éclatent, tandis que Nathan Le Bellec tire sa révérence, devant les caméras du monde entier.

Surréaliste, la scène tient en émoi les médias aux quatre coins de la planète. Elle tient aussi ceux d’un autre univers, parallèle, où il est d’usage d’ignorer l’existence de cette planète dite originelle, placée sous embargo depuis la promulgation de la grande Loi inter-universelle.

Dans cet autre univers, un procès semblable a cours.

Celui d’un extradolescent qui a enfreint la Loi.

Il a éveillé les soupçons, mais il est absent à son procès…