Pour parfaire mon commentaire sur la note précédente sur ma relation à la Bretagne et à la Vendée, voici un petit essai de psychanalyse géographique...

Quand on me connaît un peu, je suis bien conscient que l'on doit rapidement se dire : " Tiens, un Vendéen qui a renié ses origines, devenu sur certains points plus breton qu'un Breton... " Ce qui est un classique du genre, du reste.

D'où suis-je ? De Vendée, incontestablement. D'autant que j'y ai passé mes 18 premières années.

Il se trouve que des ébauches de recherches généalogiques sur les huit premières branches (les huit noms de famille de mes arrières grands parents) m'on amené dans deux cas de figure en Loire-Atlantique (pays guérandais et pays de Retz). Je serais donc 3/4 Vendéen et 1/4 Breton.

Indiscutablement, je me suis marié à la Bretagne, puisque mon épouse y est, elle, pour le coup, à 3/4 originaire (3/4 pays de Guérande, Brière donc, 1/8 Rhône-Alpine et 1/8 Béarnaise). Ma véritable rencontre avec la Bretagne l'a été à ses côtés.

Et ce fut un choc.

La première chose que j'ai découverte de la Bretagne n'a pas été en fait des paysages, mais la maison de sa grand-mère. La vue depuis la longère sur la lande. La luminosité si particulière. Sa grand-mère à elle seule était pour moi comme un paysage breton ! Son calme, sa sérénité, ses yeux très pâles. Ses crêpes. Son côté cliché, finalement. J'avoue.

Puis, nous avons fait un demi "Tro Breizh". Puis, un tour complet. Et là, nouveau choc. J'ai eu le sentiment que ces paysages, cette atmosphère si particulière, cette lumière même, répondaient à mon moi profond, me ressemblaient. Tout cela faisait écho en moi.

La Vendée, elle, était pour moi une évidence. Il n'y a jamais eu ce plaisir de la découverte, du dépaysement, de ce pays que l'on conquiert, que l'on a envie d'apprivoiser. Au fil du temps, je l'ai trouvé de plus en plus fade.

Par contraste.

Au-delà de la Chouannerie, des moulins du Mont des Alouettes, du passage du Gois, des plages de La Tranche, de la pointe d'Arçay, du beurre salé, du préfou, de la place Nap' et de la Venise verte, quoi d'autre ? A côté, je prenais la Bretagne en pleine gueule. Comme une énorme vague. Sa langue à elle seule est une énorme vague dans la gueule. Ses quelque 300 danses, ses bagadoù, ses sonneurs, ses cercles celtiques, ses légendes et ses contes par milliers, son histoire millénaire, ses chapelles, ses saints, ses pardons, ses troménies, ses centaines d'îles, ses navigateurs, la signification de ses toponymes, ses gwerzioù, son kan ha diskan, ses mégalithes, ses chemins creux, ses chaumières, cette pierre omniprésente et pas seulement dans sa géologie, ses bars, ses bretonnants au comptoir... parce que quand on vient de l'extérieur, c'est souvent là que l'on peut découvrir ses premiers bretonnants en chair fraîche.

Et je ne parle pas de l'esprit des habitants de cette terre, si particulier. Il y a comme un tronc commun, une matrice commune, à la grande majorité de ses habitants. Même à ceux qui s'en défendent.

J'ai commencé à porter peu à peu un autre regard sur ces Bretons souvent décriés par chez moi. En vrac et ça décoiffe (que du véridique) : " Ils ne sont pas foutus de faire comme tout le monde. Ils sont très fiers. Il paraît qu'ils prennent les étrangers de haut. Ils ont l'air malain avec leurs autocollants "Fier d'être breton" sur leurs voitures. Leurs agriculteurs nous font chier avec leurs manifs. Ils nous emmerdent avec leur patois imprononçable et d'un autre âge. Et pourquoi ils ne payent pas l'autoroute, ceux-là ? Encore un passe-droit pour les Bretons ? Ils l'ont obtenu à coup d'attentats encore ? Ils ont des coiffes et des tenues folkloriques ringardes. Ils chantent avec des voix nazillardes, c'est laid. Ils sont encore un peu arriérés. Ils ont l'esprit de clocher. "

Et moi, je découvre ses villages superbes, prospères, très bien entretenus, ses quatre-voies avec des sorties tous les 3 kilomètres, ses panneaux bilingues, ses festoù-noz partout. Je découvre des gens à la fois fiers, attachés à leur culture, mais en même temps tolérants, ouverts. Je m'attendais à y trouver des Corses du nord. C'est raté.

A tel point que j'ai fini, par réaction sans doute, à me dire que c'étaient les Vendéens, plutôt, qui s'avéraient repliés sur eux-mêmes. D'une mentalité obtue, hyper conservatrice, votant à plus de 60 % pour Philippe de Villiers.

Cela a enflé jusqu'à ce que je me ressaisisse. Je me suis dit " non, je ne peux pas raisonner comme cela, affubler les Vendéens des mêmes reproches que ceux entendus sur les Bretons ". J'ai décidé alors de chercher plutôt à comprendre, à cerner les similitudes et les différences. Et ainsi à renouer un peu avec mes origines. J'avais presque fini par les cacher, par en avoir honte. C'était totalement stupide.

Pour autant, je pense être devenu plus breton que jamais.

J'ai pris le pli.

La preuve : je ne vois plus d'antagonisme à me sentir à la fois Breton, Vendéen, Français, Européen. Au nom de quoi devrions-nous n'avoir qu'une seule appartenance. Qu'un seul camp à choisir ?