esperance de vie femmes regions en europe

Nouvelle série de cartes issues de l'Office européen de la statistique (eurostat) dans le domaine de la santé : espérance de vie et principales causes de mortalité dans les régions d'Europe.

Les données sont très intéressantes car elles transcendent les cadres nationaux qui gomment souvent des problématiques culturelles au profit de problématiques politiques ou organisationnelles. Elles permettent notamment de considérer la Bretagne avec un autre oeil que celui, simplement, de citoyen français. En la matière, il est souvent considéré que la Bretagne est mal placée dans le domaine sanitaire, notamment en terme d'espérance de vie moyenne. Considérer les données à l'échelle non plus seulement française mais européenne apporte en l'occurrence un autre regard.

1. L'espérance de vie des femmes (2008-2010, carte 2.7 ci-dessus). La Bretagne ressort comme figurant parmi les régions où l'espérance de vie est la plus longue (premier cliché) et rejoint en ce sens les pays d'Europe latine. A noter toutefois quelques exceptions : la Norvège et le Luxembourg et à l'inverse, le sud de l'Espagne et le nord-est de la France. Les cartes suivantes permettront d'aborder plus en détail les trois premières causes de mortalité : cancers, maladies cardio-vasculaires, maladies respiratoires. Elles viendront expliquer un peu cette carte plus générale de l'espérance de vie des femmes, mais aussi des hommes (carte 2, ci-dessous).  

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esperance de vie hommes regions en europe

2. L'espérance de vie des hommes (carte 2.6 2008-2010, ci-dessus). Les données sont très différentes s'agissant des hommes, où la réalité ne fait plus ressortir l'étonnante uniformité géographique collant presque trait pour trait avec l'aire culturelle de l'Europe latine. On pourra s'étonner de l'absence de données en Europe de l'est (à l'inverse des femmes, où l'aire slave apparaît dans toute sa problématique en matière sanitaire).

Premier constat : les Bretons, jugés mauvais élèves en France avec une surmortalité avant 60 ans et notamment une sur-représentation des pathologies digestives liées à l'alcool, apparaissent à l'échelle de l'Europe dans une position intermédiaire. Elle est à rapprocher de celle des Allemands du nord, d'une partie de l'Angleterre (Cornouailles britannique notamment) et s'avère plus élevée que dans les autres régions celtiques (Galice mise à part). 

Au niveau de l'Europe, il n'existe pas de clivage culturel puisque c'est aux deux extrémités nord-sud du continent que les hommes vivent le plus longtemps. Seule constante : à nouveau, la mauvaise posture de l'Europe centrale et orientale, sud de la Roumanie mis à part. Plusieurs facteurs ressortent de ce double constat : la surconsommation d'alcool, le régime alimentaire, le retard de développement en matière sanitaire accumulé depuis le communisme et en matière de prévention à l'école. A noter la bonne position du sud de l'Allemagne où l'espérance de vie des hommes avoisine celle des Grecs ! La bière et le régime crétois n'expliquent pas tout... En France, à une dichotomie nord-sud s'oppose plutôt une dichotomie aires urbaines et zones rurales.

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deces cancers regions en europe

3. Mortalité par cancer (carte 3.2, 2006-2008). Voici probablement la carte la plus parlante expliquant notamment la sous-mortalité masculine dans les régions les plus au nord et les plus au sud du continent. Elle tient surtout à la faible mortalité par cancer dans ces zones géographiques, essentiellement pour des raisons de comportement alimentaire (régime méditerranéen), mais aussi de prévention des risques et de qualité du système sanitaire. C'est particulièrement vrai des pays scandinaves et de la Suisse en matière de dépistage. Une fois de plus, l'Europe de l'est s'avère très mal placée avec des taux de mortalité par cancer explosifs. Autre particularité : la mauvaise position à l'intérieur de l'ensemble scandinave du Danemark, qui rejoint plutôt un ensemble allant jusqu'à l'Irlande en passant par le Bénélux, le nord de la France et le nord de l'Angleterre et l'Ecosse. Il est intéressant de constater la réduction de la mortalité par cancer en Allemagne et à l'inverse, sa dégradation dans le nord de la France. Il y aurait une dizaine ou une quinzaine d'années, la carte aurait été sensiblement différente faisant ressortir l'Allemagne en mauvaise place, à l'instar du Royaume-Uni aujourd'hui. Des évolutions sensibles en matière de prévention, de politique publique ont été observées en Allemagne, ce qui n'a pas été le cas en Grande Bretagne ou au Danemark.

S'agissant de la France, les régions du sud (Midi Pyrénées en tête), du sud-est et l'Ile de France sont privilégiées. La façade ouest, dont la Bretagne, sont en position médiane, tandis que le nord et le nord-est présentent les plus fortes mortalités par cancer. La Bretagne est bien placée en matière de cancers de l'appareil respiratoire ou du sein, bien moins s'agissant des cancers digestifs et de la peau.

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deces maladies respiratoires regions en europe

4. La mortalité par maladie respiratoire (carte 3.3 ci-dessus, 2006-2008). A l'exception de la quasi totalité de l'Allemagne, la carte fait ressortir une flagrante surmortalité dans les régions urbaines très densément peuplées comme celles du Royaume-Uni, des Pays-Bas, mais aussi comme la Ruhr, les Flandres et le Nord-Pas de Calais (exceptions notables, l'Ile de France et le nord de l'Italie, très peuplés mais peu exposées aux pollutions industrielles) ainsi que les régions urbaines d'Europe de l'est. A l'inverse, la surmortalité en Europe du sud (Espagne, Portugal, Grèce), régions pourtant peu urbaines, s'explique non pas par la pollution en ville mais par la surconsommation de tabac dans ces pays. Le Danemark et la Norvège, peu concernées par les pollutions urbaines comme par la consommation excessive de tabac, font curieusement partie des mauvais élèves.

A l'inverse, la France, la Suède, la Finlande et l'Europe alpine font figures de zones privilégiées : bonne prévention, système de santé efficace, faible pollution atmosphérique... En France, la Bretagne ferait plutôt partie des mauvais élèves alors qu'elle est très bien placée à l'échelle de l'Europe. 

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maladies cardiovasculaires regions en europe

5. La mortalité par maladie cardio-vasculaire (carte 3.1 ci-dessus, 2006-2008). C'est la deuxième cause de mortalité si l'on prend tous les cancers dans leur globalité. La mortalité par maladie cardio-vasculaire est typiquement une pathologie de l'est et du nord du continent, mais quelques surprises ressortent tout de même : la Grèce n'est pas prophète en son pays (le pays du régime crétois, pourtant) en raison d'une surconsommation de tabac, mais aussi d'un système de santé peu performant. A l'inverse, ce dernier s'avère excellent en Norvège, associé à un régime alimentaire et une prévention alimentaire en constante amélioration. Indiscutablement, la France est la meilleure élève d'Europe en matière de mortalité cardio-vasculaire avec là aussi des progrès constants. Régime alimentaire, système de santé efficace, consommation de vin rouge... La France, à l'instar du nord de l'Italie et de l'Espagne, se distingue et la Bretagne fait elle aussi figure de bon élève. A noter l'amélioration de la mortalité cardio-vasculaire au Royaume-Uni, longtemps à égalité avec l'Allemagne et le reste du nord de l'Europe. Le sud de l'Angleterre a décroché dans le bon sens du reste du pays et tend à rejoindre les conditions sanitaires qui prévalent sur les rives sud de la Manche.

X.E.