bretons de paris

Il fut longtemps l'ennemi désigné, le bourreau de la culture bretonne, incarnation de l'Etat centralisé jacobin. Il a volé les Bretons de leur pays, entretenu ce qui fut l'un des Etats les plus prospères d'Europe (et à la plus longue durée de vie - voir Les frontières de l'Europe en animation) dans une pauvreté noire culminant à la fin du XIXe siècle et jusqu'à l'exode rural massif des années 50-60. Pour survivre, il convenait de se départir de ses oripeaux culturels, de sa langue, et de monter à la capitale. Les Bretonnes y devinrent femmes de ménage. Voire prostituées. Les plus chanceux devinrent militaires ou fonctionnaires et plus Français qu'un Français. Aujourd'hui, encore, l'image reste fort ancrée dans les mentalités et le touriste parisien est regardé avec circonspection tant il semble oublier, parfois, qu'il y a une vie en Bretagne pendant l'hiver, y compris dans les hameaux les plus reculés où il pense avoir trouvé sa maison de villégiature en toute tranquillité. Horreur, il y a de la vie. De l'activité, parfois, même, qui vient rompre l'idée qu'il se fait lui-même de la lande sauvage au doux son du biniou et du goélan. Les clichés de part et d'autres ont la vie dure.

En réalité, tout n'est pas si simple. Et le mythe du Parisien coupeur de têtes extrapériphériques, convaincu qu'un bon provincial est un provincial îvre mort, mérite quelques constats douloureux pour un Breton : et si l'ennemi était intérieur ? Et si le Breton était lui-même artisan de son isolement ? Les Bretons comme les Alsaciens et d'autres perçoivent-ils l'évolution des mentalités côté trottoir parisien ? Cherche-t-il à prendre le pouvoir ? Se bat-il pour la sauvegarde de la langue bretonne ? Les outils existent. Les filières ne demandent qu'à grossir : mais peu de parents encore (3% des familles) n'inscrivent pour autant leurs enfants en filière bilingue. Pas assez de jeunes encore se lancent dans l'enseignement breton qui manque cruellement de professeurs. Peu songent à pousser les feux du redécoupage des limites régionales et préfèrent torpiller un projet d'aéroport qui doterait l'une des dernières régions d'Europe de cette taille à en être dépourvue d'un véritable hub international, trait d'union qui plus est entre Nantes et Rennes. Est-ce là encore la faute de Paris ? N'est-ce pas un argument facile pour que les politiques bretons bottent en touche, préférant ne pas se mouiller dans certains dossiers.

L'exemple alsacien, par exemple, doit faire réfléchir : le refus d'une fusion des départements du Bas Rhin et du Haut Rhin a été prononcé par les Alsaciens eux-mêmes, appelés à voter sur cette question historique. Parce que les saucisses de Colmar a eu peur de se faire bouffer tout cru par celles de Strasbourg, les Alsaciens du sud ont dit nein ! Qu'en serait-il en Bretagne ? Les Rennais serraient-ils prêts à se faire bouffer par les Nantais, ou vice versa ?